mardi 23 novembre 2010

Au clair de la lune


- Alors Professeur, vous le voyez ?

- Je le vois parfaitement... Il est en train d'écrire sur de grands panneaux blancs... Il en brandit un, attendez... "Je vous avais dit que personne n'avait jamais mis les pieds sur la lune, c'était un coup d'Hollywood ! Aucun drapeau américain à l'horizon, et on peut respirer sans problème !"

- Il avait raison... Que fait-il exactement ?

- Il est en bermuda... Il a mis sa navette en warning, et... on dirait qu'il attache un câble à la boule de caravane...

- Je me demandais pourquoi il partait dans l'espace avec une boule de caravane...

- Il plante un piton dans le sol lunaire maintenant... Il monte dans la navette... Il met les gaz... Le câble se tend... Il perd la boule !

- Ah ça... Je vous avais prévenu.

- Non, la boule de caravane, il la perd ! Elle s'est décrochée ! Il y retourne...

- Bon, Professeur, vous n'auriez pas un petit Brouilly bien frais ?

- Il plante un piton plus grand... Apparemment, il l'enfonce très profondément... Il attache le câble directement à la barre qui relie les deux réacteurs... Il éteint avant de partir... Mince !

- Que se passe-t-il ?

- Je ne vois plus rien ! Il a éteint la lune avant de partir !

- Normal, un vieux réflexe chez Raoul, il éteint toujours avant de partir.

- Ah, il a rallumé. Oui, forcément, il ne voyait plus rien lui non plus... Il écrit à nouveau sur un panneau... Il le brandit... "Quel con ! Un vieux réflexe chez moi, j'éteins toujours avant de partir !"

- Je le connais bien mon Pierrot !

- Il ne s'appelle pas Raoul ?

- Il est tellement lunaire que parfois je me demande...

- Il vérifie la tension du câble, il remonte dans la navette... Il remet les gaz... La lune tremble ! Elle tremble de partout !!! Il y a plein de poussière !!! Je ne vois plus rien qu'un énorme nuage de poussière !

- Il va être bon pour le pressing son bermuda...

- Le nuage se dissipe... Je... Mais... C'est impossible !!!

- Quoi ?

- Il n'y a plus rien ! Il a réussi !!! Il a décroché la lune !!!

- Mon amour !!! J'espère qu'il n'aura pas de problème à la douane...

- Quelle volonté... Quelle passion... Mais de quoi est fait cet homme ?

- Raoul c'est mon soleil, et il avait rendez-vous avec la lune, depuis toujours. Pour me la décrocher, et me l'offrir.

- Je crois que c'est vous sa lune, il a décroché l'autre pour que votre seule lumière soit reine.

- Alors l'éclipse sera divine...

dimanche 21 novembre 2010

La tour infernale


- Bonjour...

- Qui êtes-vous ?

- Je suis votre voisine du dessous, Simone. On s'ennuie un peu dans cet hôtel non ?

- Vous êtes la femme de Raoul ?

- Vous connaissez mon mari ?

- Tous les hommes connaissent celui dont il ne faut pas approcher la femme !

- Oui, et bien à l'heure qu'il est, Raoul est à Rome, il tourne avec la Loren, alors je ne me fais pas trop d'illusions sur ses capacités de résistance... Vous êtes acteur vous aussi n'est-ce pas ? Vous êtes le type de la tour infernale... Je suis folle de ce film... Que faites-vous à Colmar ?

- Ecoutez Simone, vous sous-estimez sans doute votre mari, je suis sûr qu'il saura résister à toute attirance charnelle.

- Oui, et bien tant mieux s'il résiste, je comptais bien faire comme lui, mais on n'a pas tous les jours l'occasion d'être la voisine du dessus de l'acteur de la tour infernale !

- Je m'appelle Steve. Et vous ne venez pas de me dire à l'instant que vous étiez la voisine du dessous ?

- Si. Mais quand je vous vois, là, comme ça, j'ai une énorme envie de devenir votre voisine du dessus.

- Bon, Simone, ça suffit, j'ai autre chose à faire qu'à tomber dans un guet-apens !

- Ah bon ? Comme quoi par exemple ?

- Comme me laver par exemple ! Alors merci de regagner votre chambre !

- Steve... Il n'y a pas assez de mousse pour se laver dans votre bain... Et vous savez comment faire de la mousse à coup sûr ? Il faut s'ébattre, remuer l'eau dans des mouvements très rapides et réguliers...

- Simone, si vous mettez un doigt dans l'eau, je crie au viol !

- Ah vous aussi vous utilisez cette technique ? Pareil... Mais je ne vois pas beaucoup de témoins ici. Et qui croirait au viol d'un tel mâle... Je vais mettre un doigt dans l'eau Steve, puis la main, puis je vais venir toute entière vous aider à faire renaître la mousse, prenez cela comme la générosité d'une fan qui vous remercie de la faire rêver... Et si vous arrivez à vous échapper d'un tel supplice, vous aurez encore réussi la grande évasion, et je disparaîtrai comme un papillon...

- Au viol !!!

- C'est ridicule, ça ne vous va pas du tout Steve... Par contre, moi, si je crie, je peux atteindre les tympans du gardien, j'en suis sûre...

- Vous n'oseriez pas...

- Au vioooooool !!!

Trente secondes plus tard, le gardien frappe à la porte :

- Tout va bien ici ?

Steve, chuchotant à Simone :
- Bon, je vais vous faire la tour infernale... mais cinq minutes ! Et si vous criez encore, je vous mets la main sur la bouche et je cesserai toute galanterie, croyez-moi !

- Vous devriez la mettre immédiatement votre main Steve, parce que je crois que je vais crier... J'ai toujours crié devant la tour infernale...

Le gardien :
- Tout va bien ? Monsieur McQueen ?

- Oui, oui, merci, je suis dans mon bain et j'ai oublié d'éteindre la télé ! Ils passent la tour infernale, et ça crie beaucoup, je vais baisser dès que je sors ne vous inquiétez pas !

- Ah très bien Monsieur McQueen ! C'est sur quelle chaîne ? J'adore ce film ! Moi aussi je crie toujours devant ! Vous pourriez pas m'en faire un bout à l'occasion ?

- Heu... d'accord ! Je passerai avant le dîner !

- Merci M'sieur McQueen ! Je vais inviter votre voisine du dessous, je sais qu'elle adore ce film !

- Si vous voulez, mais ne la dérangez pas maintenant, elle m'a fait savoir qu'elle était dans son bain ! Et ça m'étonnerait qu'après avoir vu le film, elle veuille encore s'y replonger !

- Dans son bain ?

- Non, dans le film !

- Oh détrompez-vous, Madame Simone aime tellement ce film qu'elle y plongerait mille fois si elle pouvait ! Vous n'avez pas idée ! Heureusement qu'elle ne sait pas qui vous êtes !

- Heureusement oui !

- Justement, si vous la croisez avant moi, dites-lui que son mari vient d'appeler et qu'il quitte Rome en urgence, je vous le dis à vous, il a refusé des avances de Sofia Loren...

Simone :
"Oh le con !"

Steve :
- Pardon ?

- Non, rien... C'est l'émotion... Je voulais dire... oh la ssss.... enfin la ssss....

- Madame...

- La saleté !! Me renvoyer Raoul en plein suspense, pendant mon film préféré, au moment où le héros allait sauver la belle !

- Je crois que c'est Raoul qui vient de sauver sa belle...

- Bah oui d'accord mais... mais il la fait beaucoup moins bien la tour infernale Raoul... C'est l'amour de ma vie, mais... enfin vous comprenez... c'est vraiment injuste... pourquoi on ne pourrait pas monter dans les tours avec ceux qui maîtrisent les flammes ?

- Parce qu'il y a toujours le risque de devoir sauter par la fenêtre si tout se met à brûler. Et s'envoyer en l'air sans avoir la certitude qu'un pompier attend en bas, c'est un gros risque de fracture, Madame...

- Vous avez raison... Bonne soirée Steve... Et...

- Oui ?

- Et les sept mercenaires ? Vous voudrez bien me faire les sept mercenaires un jour ?

- Simone...

- Bonne soirée Steve...

Simone entrouvre la porte, s'assure que le gardien est parti, se retourne, regarde Steve avec tendresse, baisse les yeux, ferme la porte et s'en va. Derrière la porte fermée, Steve entend Simone dans le couloir...
"- Mais quel con !!!"

Simone et la réalité palpable





- Bouge un peu sur ta droite chérie...

- mmmm... qu'est-ce que tu fais Raoul...

- J'adore te prendre au réveil

- Oui, bah attends un peu, parce que je n'en suis pas encore au réveil là, mais juste un peu avant... tu vois ? Et puis je ne suis pas photogénique le matin...

- Tu plaisantes ? Ce mot a été inventé pour toi, pour définir le génie que tu imprimes sur toute pellicule qui voudrait te garder en souvenir !

- Oh j'ai un fait un rêve incroyable tiens ! Il me revient à l'instant...

- Raconte !

- On était chez mes parents, avec Paulette, Charles, toi et moi, un dîner familial quoi. On parlait du charisme des gens, Paulette me dit qu'elle a moins de charisme que moi. Alors je lui réponds que c'est dû à sa pudeur, que si elle ouvrait parfois un bouton de son col pour faire respirer le trait divin qui annonce la naissance pulpeuse de la douceur, tout en suggestion, elle s'en trouverait bien plus charismatique. Mais je lui dis ça en toute légèreté complice, tu vois ?

- Et ?

- Et alors évidemment elle le prend mal et elle m'agresse. Elle me dit :
"Oui, ah bah toi c'est sûr que si on juge ton charisme à ton décolleté, tu es très populaire ! Arrête de faire ta fausse modeste Simone, avec les seins que tu as, même sans ouvrir un seul bouton, tu attires les regards de tous les alpinistes du monde ! Même Charles ne peut pas s'en empêcher !"

Là, Charles se défend :
"M'enfin chaton, je ne regarde jamais les seins de ta soeur !"

Toi :
"Et bien je t'invite à continuer Charlie ! Ceci dit, tu rates quelque chose..."

- ça m'étonne pas de moi tiens...

- Moi non plus, d'ailleurs, je te reprends de volée, et Paulette en fait de même avec Charles :
"De toutes façons, je vois bien tes yeux qui roulent quand tu regardes un film avec la Sofia ! J'en ai marre de toutes ces femmes qui dictent la loi du désir, et toi Simone, tu n'as pas plus de charisme que moi, tu as juste de plus belles jambes, de plus beaux seins et une bouche parfaitement dessinée, c'est avec ça que tu attires les regards, moi c'est quand je chante du Piaf, c'est moins glamour, mais c'est plus profond !"

- Wouaouh... Et alors ?

- Bah j'ai dégoupillé... :
"Mais ma pauv' paulette, tu as le charisme d'une endive, tu as autant de profondeur qu'un dé à coudre, tu pourrais avoir les seins de Sofia Loren, les jambes de Julie Christie et la bouche d'Anita Ekberg que tu resterais aussi transparente que ton mari !

Charles :
- M'enfin Simone !

- Ah tu es là Charles ? Pardon, je ne t'avais pas vu... Paulette, quand tu te décideras à arrêter d'être jalouse de moi, à aimer vraiment ton mari pour ce qu'il est et pas pour l'amour que tu attends qu'il te donne, quand tu te décideras à arrêter de fermer tes cols jusqu'au cou, à croire que montrer ses genoux c'est se condamner à s'y mettre, quand tu chanteras "Nous sommes des soeurs jumelles" plutôt que "L"hymne à l'amour", quand tu arrêteras de mettre des gants pour te mettre de la crème solaire, ou de changer de chaîne quand tu sens qu'un baiser de cinéma électrise ton corps, tu pourras peut-être envisager d'avoir du charisme, mais pour l'instant, tu es plus près de la chenille que du papillon !

- Oui, et bien moi au moins, je ne butine pas de fleur en fleur !"

Raoul :
- Oh la conne...

- Comme tu dis. La boulette. J'ai pris le fraisier sur la table, et je lui ai écrasé en pleine figure ! Et j'ai un peu tourné dans le sens des aiguilles d'une montre, pour bien l'imprégner de ma réponse...

- Et ?

- Et je me suis réveillée ! C'était incroyablement réaliste cette scène... C'est fou les rêves, quand on en sort à peine, c'est vraiment étrange, ce sentiment de réalité palpable et pourtant impossible à toucher dans la conscience retrouvée...

A ce moment-là, le téléphone sonne, Raoul répond :

- Oui ? Ah bonjour... Oui, ça va... Elle se réveille. D'accord... Très bien, je lui dis. Au revoir, oui, bonne journée à toi aussi, merci.

- C'était qui ?

- C'était Paulette. Elle voulait te dire que les tâches de fraise ne partent pas sur sa robe blanche à col Mao qu'elle a payé 2000 francs...

- Quoi ?? Tu veux dire que...

- Que parfois la réalité d'un rêve est aussi palpable que le visage de sa soeur à travers une grosse épaisseur de crème !

- haaaaannnnn... Mais c'est terrible ça ! Mais arrête de rire Raoul ! Raouuul !!! Arrête de rire immédiatement ! C'est dramatique !

- T'aurais vu les yeux de ta soeur, noirs de rage rentrée, qui contrastaient avec la chantilly immaculée ! Deux petites billes d'incompréhension qui roulaient ! Et toi qui me raconte ton rêve à moitié endormie, le sourire aux lèvres ! ahahahaaaaaa ouhouhouuuuuu !!! J'en pleure !

- J'ai tout oublié avec le champagne...

- Ceci dit ta soeur n'a jamais eu autant de charisme qu'avec ces fraises dans les cheveux...

- Raoul !!!

Et rougir... de plaisir...


- Simone, tu ne peux pas savoir à quel point ça m'émeut de revoir la maison de tes parents... Là où je t'ai connue, où je t'ai embrassée pour la première fois, où tu m'as embrasé pour toujours...

- Tu as vu ma chambre ?

- Quoi ?

- J'ai tellement été amoureuse de toi dans cette chambre que le lierre en a éternellement rougi...

- La chambre de ta soeur, en dessous, est restée un peu verte... Paulette n'a pas aimé Charles autant que tu m'as aimé ?

- Non, c'est la pudeur de Paulette que tu vois résister au rougeoyant désir. Elle a toujours été pudique ma soeur. Et pendant qu'elle s'interdisait un peu, moi je m'offrais, en vert et contre tout, pour mourir dans tes bras, rouge de plaisir...

- Simone, j'ai tellement fait le mur pour t'aimer, je voudrais le défaire pour t'y allonger, et t'aimer tellement encore que je te ferais redevenir aussi verte que tes premières feuilles...

- C'est toujours la main verte du jardinier qui fait la beauté de la fleur...

Simone sans modération


- Pardonnez-moi mais c'est un peu inconvenant ce que vous faites là...

Raoul :

- Vous êtes qui, vous ?

- Le modérateur

- Le modérateur ?

- Oui, je suis chargé de modérer les ardeurs sur ce site...

Simone enchaîne :

- Les ardeurs ? Mais je suis gelée !

- Mais il fait 27 degrés !

- Oooooh dis donc, on a un point commun Moderato ! On vit des choses étonnantes au même moment ! Oui, je suis gelée, et quand j'ai froid, je me mets mon homme en écharpe, une sorte de col raoulé si tu préfères...

- Bon, ça suffit, reprenez une position convenable ou je ferme votre compte !

- Ecoute-moi bien Moderato, tu peux fermer tous les comptes que tu veux, me fermer l'eau, me couper le gaz, je n'arrêterai jamais de couler des jours heureux ici, et de brûler d'amour pour ceux qui m'aiment, allegro... Et tu n'y pourras pas grand chose...

- Mais...

- Mais quoi ? Et comment tu fais pour embrasser ta femme en public, tu te promènes avec une cabine ?

A ce moment-là, tout le monde se lève et crie : "Si-mone, Si-mone, Si-mone !"

- Tu vois la différence entre toi et moi Moderato, c'est que toi tu passes ta vie à calmer les ardeurs des gens, et moi je passe la mienne à les faire naître, à les cultiver. Une espèce de philosophie de vie... Maintenant, tu enlèves tes pattes vite fait de mon Raoul, et tu fonces à l'autre bout de la plage  voir si j'y suis, sinon je crie au viol ! Et comme tu peux voir, j'ai quelques amis qui se feront un plaisir de témoigner...

vendredi 19 novembre 2010

Le choix de Raoul


- Allez, Raoul, approche, je vais te montrer comment Cléopâtre est devenue reine des pyramides...

- Non, Sofia, je ne peux pas, désolé mais...

- Mais quoi ? Tes yeux hurlent ton désir ! Et ma solitude m'a un peu rouillée, j'ai besoin de toi, Ô César dépoussiérant...

- Oui, mais Simone est à Colmar et elle ne se doute tellement pas qu'un tel moment puisse arriver... je ne me sens pas capable d'en profiter...

- Mais tu n'es pas à Colmar là, tu es à Rome, tu ne peux pas tout avoir, alors profite du moment présent, profite de ce que la vie t'offre, tu ne peux pas avoir l'Alsace ET la Loren !

- Non, je ne peux pas... Elle m'appelle son chevalier blanc... Au revoir... Pardonne-moi Sofia...

- Gardes !!!

- Quoi "gardes !"  ??? Tu es chez toi et tu vis seule...

- Ah oui, c'est vrai... réflexe professionnel...

Le coeur sur la main


- Et bien bravo pour l'image que tu donnes !

- Quoi ? Qu'est-ce qu'elle a mon image ?

- Oh rien ma biche, rien du tout... On peut juste voir de la plage, et même peut-être du port, que tu es assise sur une énorme main, mais tout va bien...

- J'aime bien être tenue Raoul !

- Tu es surtout tenue de travailler sérieusement !

- Et alors, parce que je suis assise sur un siège original, je ne suis pas sérieuse ?

- Un siège original ? Toute la ville te voit toute la journée avec une main aux fesses, et tu trouves ça original ? Et pourquoi pas t'allonger nue sur une langue géante ? Ce serait original ça aussi, non ?

- Non, parce que je suis moyenne en langues, c'est pourquoi je me suis spécialisée dans la littérature française d'ailleurs... Et puis c'est une main en bois, tu ne vas pas être jaloux d'une main en bois ?

- Je suis jaloux de la suggestion !

- Détends-toi chéri... Je ne suggère rien d'autre qu'une bibliothécaire sagement assise sur de l'art contemporain.

- Et le vieux lubrique assis sur le banc, en face, qui te mate depuis trois heures, c'est de l'art ou du cochon ?

- M'enfin Raoul, c'est Monsieur Parmentier, mon patron ! D'ailleurs, il m'attend pour une petite partie de tennis à l'ancienne après le travail, je rentrerai vers 20 heures ce soir du coup...

- De tennis à l'ancienne ?

- Oui, une partie de jeu de paume exactement ! C'est très excitant le sport sous cet angle artistique, tu ne trouves pas ?

- aaaaarrrgggh.....

Raoul soigne sa ligne


- Bah tu vois Simone, celui qui a inventé le garde-boue, respect !

- Quelle idée de faire de la moto dans cette position aussi Raoul !

- Je suis au régime...

- Et alors ? Si tu t'assois ça te fait grossir ?

- Régime sans selle.

Couleur menthe à l'eau


- Simone, pousse-toi, tu es en plein dans l'axe là !

- Pousse-toi s'il te plaît mon amour !

- Oui, pousse-toi s'il te plaît mon amour...

- ...que j'aime à la folie...

- Oui, que j'aime à la folie, mais pousse-toi chérie, tu es en plein dans le faisceau là !

- Et si je le transformais en faisceau spatial, et que je te faisais voyager sur ma lune ?

- Simone... Je dois vérifier le montage, il me reste trois heures avant la première séance !

- Viens vérifier le montage avec moi mon amour, j'adore quand tu fais ton monteur, que tu sois un monteur diesel ou un monteur à explosion, tu fais toujours de moi une oeuvre parfaitement rythmée...

- C'est le thé à la menthe qui te fait ça ?

- Non, c'est vrai, j'adore ton art du plan-séquence, et cette façon de mettre ta patte sur l'expression intemporelle de la magie de la vie...

- Parce que j'ai remarqué qu'à chaque fois que tu prends un thé à la menthe après déjeuner, tu ferais fondre la banquise en douze minutes !

- Et ça t'ennuie mon Raoul ? Tu préfères que je m'éclipse ? Te laissant à ta première séance alors que je te propose un écrin savoureux qui ne demande qu'à s'ouvrir pour que les mille diamants qui font mon plaisir puissent éclater de bonheur à la lumière de ton regard ?

- Simone !! J'ai pas le temps d'aller sur la lune, ni de rêver à tes diamants, on ouvre dans trois heures !

- Alors tant pis pour toi ! C'était la dernière séance ! Et le rideau sur l'écrin est tombé !!!

Simone renaîtra de ses cendres

- Qu'est-ce que tu fais Simone ?

- Je m'en vais !

- Mais pourquoi ??

- Je viens d'entendre des gens dire "Le loup sort, je vais faire pipi", du coup ça m'a donné envie de la même chose, et ça m'a fait un peu peur aussi... Tu savais qu'il y avait des loups ici toi ?

- Mais non, ils parlaient de "Louxor et Nefertiti" !

- Peu importe, du coup j'y vais, je ne tiens plus...

- Mais ça fait quatre fois en une heure !

- Et alors ? Arrête de prendre ma vessie pour une citerne !

- Et tu vas où ?

- Je ne sais pas, en amont...

- En amont ?

- Oui, depuis ce matin les gens parlent de tout en amont, alors j'imagine que pour les commodités, comme pour le reste, tout est en amont !

- Simone... Tu es le Sphinx du Nil...

- Ah bon ? De quelle île ? Oui, tiens, d'ailleurs, tu fais bien d'en parler parce que l'agence de voyage m'a longuement décrit la beauté d'une île en Egypte mais sans me dire laquelle, elle est où cette île Raoul ? Parce que j'ai mis mon bonnet bleu exprès moi !

Un souffle au coeur


- Qu'est-ce que tu fais Raoul ?

- Je te fais chauffer le coeur, pour que tu aies une idée de la température à laquelle tu fais brûler le mien quand je te regarde...

Boulevard du Rhum


- Dis donc Simone, tu ne veux pas remettre ton maillot là ?

- Ah parce qu'on ne peut même plus faire seins nus sur son bateau ?!!

- Pas quand on donne le départ de la route du Rhum non...

- Ils sont à voile ou à vapeurs tous ces athlètes ?

- Très fin... Apparemment faudrait que tu baisses ta musique parce que pour l'instant, je ne vois que des surfeurs !

- Mais non ! J'adore qu'on aime ma musique, et si ces hommes aiment les Beach Boys, c'est qu'ils ont déjà beaucoup de qualités... D'ailleurs, ils me sourient tous !

- Simone, habille-toi ! Je vais leur mettre "tais-toi et rame..." de Guy Béart, ça va les refroidir... Et après, on s'en va, sinon ça va être l'émeute !

- Mais... et le départ ?

- Tous les chemins mènent au Rhum !

Simone sur le pont



- Tu n'as jamais eu peur de manquer ta cible chéri ?

- Mais je la manque tous les jours ! C'est pourtant pas faute d'essayer, c'est notre 243ème représentation ! Si tu savais comme j'ai du mal à cacher ma frustration tous les soirs...

- Raoul...

- Bien sûr que non je n'ai jamais eu peur mon amour... Pourquoi tu me dis ça maintenant ? Tu n'as jamais douté... tu doutes ?

- Non, mais toute série ayant une fin...

- Simone, tu es tellement mon paradis que les lames doivent le sentir, comme les manches qui les tiennent, comme mes mains qui jamais ne transpirent autre chose que l'amour qui m'inonde quand je te regarde. Et si jamais je devais avoir une seconde d'absence, tu m'aimantes trop pour pouvoir attirer une autre lame que la mienne. Jamais une seule n'oserait prendre ma place et se planter en toi. Tout est clair entre elles et moi. Point de vague à lame à l'horizon. Je navigue dans le monde du silence, et je jette mes ancres tout autour de toi, pour délimiter le contour de la plus belle île du monde.

- Il ne te manque plus qu'un bonnet rouge et c'est le Commandant Couteau !

samedi 13 novembre 2010

Sainte Simone


- ça y est chéri, on a fini les essayages pour la soirée déguisée de ce soir...

- Et alors ? Verdict ?

- Je suis en Sainte !

- Tu es enceinte ???

- Oui ! Je ne m'attendais pas à ça, mais dès que j'ai essayé le costume, j'ai su que c'était pour moi...

- Mais tu n'as pas eu le moindre signe avant les essayages ??

- Bah non, tout le monde était resté très discret...

- Comment ça tout le monde était resté discret ?!! Tout le monde était au courant ???

- Evidemment ! C'est le couturier qui a tout organisé, donc forcément les gens savaient ! D'ailleurs, il taille vraiment bien, je vais adorer porter son bébé...

- Mais qu'est-ce que tu racontes Simone ??? C'est qui ce couturier ???

- Et bien c'est Paul ! C'est lui qui m'a proposé de me mettre en Sainte, j'étais sceptique, mais quand je l'ai essayé, je me sentais très bien dans ce nouveau rôle.

- Mais Simone, tu me dis ça comme ça, sans remords, rien ne te choque ??

- Oui, je sais, ce n'est pas vraiment mon style, je suis plutôt tournée vers le plaisir que vers Dieu, mais c'est justement ce paradoxe qui fait un effet du tonnerre ! Tu adorerais me voir en Sainte mon chéri...

- Ah ça oui, j'aurais adoré ! Mais j'aurais préféré être le géniteur du projet !

- Mais tu n'as jamais su faire entrer une aiguille dans un chas, et puis tu as horreur des soirées où tout le monde se mélange...

- Ah parce que c'est arrivé comme ça en plus ?

- Comment veux-tu que ça arrive autrement ? Je n'aurais pas été en Sainte si j'avais suivi mon instinct, j'aurais plutôt été tigresse, et on m'a dit, attends, Paul a une idée pour toi, prends en de la graine... Et effectivement, c'est une graine de champion ce Paul ! Bon, je raccroche, il faut que je trouve un prénom pour ce soir.

- Déjà ?

- Oui, Paul est très organisé, et ce prénom me permettra d'entrer complètement dans le rôle.

- Tu sais ce que tu es Simone... ?

- Mais oui, je viens de te le dire, une Sainte ! Tu n'écoutes rien, comme d'habitude...

Un bruit sourd se fait alors entendre au bout du fil, comme si une masse venait de s'effondrer sur la moquette du salon.

En voiture Sissi



- Romy, que se passe-t-il ?

- Il se passe que vous m'attirez Simone, irrésistiblement...

- Mais enfin, que va dire Raoul...

- Raoul n'en saura rien, ce n'est pas un baiser échangé avec vous, dans un moment suspendu, à vos lèvres, qui changera quoi que ce soit à votre amour conjugal, n'est-ce pas ?

- Vous avez raison, l'important c'est d'aimer...

- Exactement. L'amour, la liberté, le secret, ce sont les choses de la vie, et ce baiser que je vous donne et que je vous vole fait partie de ces choses qu'on ne saurait ignorer...

- J'admire votre côté sans-souci, vous êtes une passante délicieuse dans la vie des gens... Nous pouvons aller dans la piscine si vous le désirez...

- Non, ici, près de ce vieux fusil sur la cheminée, c'est parfait. Simone, c'est une histoire simple toutes les deux, un clair de femmes... Et tant que vous m'éclairez autant, je vous garde à vue...

- Mais on pourrait nous surprendre. César et Rosalie doivent arriver d'une minute à l'autre...

- Ils sont chez Max, avec les ferrailleurs, ils prendront le train dans une heure.

- Quel plaisir que cet enfer que vous me faites vivre...

- Il n'est d'enfer que celui que vous propose votre conscience, ce que nous vivons touche plus au divin qu'au diabolique vous ne trouvez pas ?

- Vous embrassez comme une impératrice du baiser Romy...

- Non...

- Si, si...

S comme Simone






Pendant ces années adolescentes, Raoul se demandait quelle serait la femme de sa vie... Sur les bords d'un lac, il discutait avec son ami d'enfance.

- Tu la vois comment Raoul la femme de ta vie ?

- Je la vois magnifique... Sensuelle, élégante, pleine de charme et de finesse, une épouse de rêve, une mère moderne, une amante brûlante,des lèvres pulpeuses, d'une douceur extrême, des courbes à faire pâlir de regrets tous les cubistes...

- Tu as déjà croisé une femme pareille ?

- La petite Simone, je suis sûr qu'elle sera une femme de cette classe. Mais la marche est beaucoup trop haute pour moi.

- Pourquoi tu dis ça ?

- Comment veux-tu qu'une telle femme fasse attention à moi ? Un petit mec sans prétention qui taille sa route, sans grande ambition, si ce n'est celle d'être heureux, léger, généreux et de distiller du bonheur là où je passe...

- Alors faisons un jeu, j'énumère l'alphabet dans ma tête, tu me dis stop, et la lettre sur laquelle je m'arrêterai sera la première lettre du prénom de ta future femme.

- Allons-y !

A ce moment-là, une forme sort du silence, sur le lac... Un peu de vase sur le bec...

- Regarde Raoul... Regarde sa forme !

- Si ce n'est pas un cygne du destin ça...

mardi 9 novembre 2010

Beach boys


Quelques années avant que Simone rencontre Raoul, elle profitait à plein de ses jeunes années...

- Qui est ce jeune homme ?

- C'est Graham, l'étudiant anglais avec lequel Simone a dansé hier soir...

- Qu'est-ce qu'il fait sur la plage tout seul ?

- Apparemment, il lit un message personnel...

- Tu crois que c'est pour lui ?

- Simone est venue me demander mes lunettes de pilote ce matin, aux aurores... Il lui a promis le septième ciel, s'est vendu comme l'as des as, il faut croire qu'elle est allée le chercher toute seule son septième ciel, et en avion en plus !

- Elle est gonflée quand même, tout le monde peut lire son message...

- Je crois que c'est exactement ce qu'elle veut ! Tu sais Simone, si tu ne l'honores pas comme tu lui a promis, il vaut mieux changer de pays...

- Comment tu sais ça toi ? Tu as eu droit à ta banderole ?

- Moi non, mais je sais pourquoi mon frère ne vient plus à la plage depuis huit ans.

Simone Instinct


- Mais lâchez-moi sale brute !

- Qu'est-ce qui vous a pris de gratifier le jury de ce jeu de jambes "croisé - décroisé" ???

- Un instinct basique ! Vous n'allez quand même pas m'inculper pour fumage !!

- Le monde n'est pas encore assez stone pour ce genre de provocation ma chère Simone !

- Tu m'appelles encore une fois ta chère Simone, je dis à tout le monde que tu m'as fouettée dans ta cave à coups de perruques à bigoudis, que tu t'habillais avec le costume de Blanche Neige, que tu m'attachais au radiateur, et que tu exigeais de me nourrir au sein ! Et je peux te dire que je n'aurai aucun mal à trouver des témoins, et là, alors là, je serai ta chère Simone... Il te faudra sept vies pour payer ton procès et les dommages et intérêts ! Une par nain !

- Mais je n'ai rien fait moi ! Je représente l'autorité !

- Je ne sais pas de quel bois est fait l'autorité, mais si ce que je sens sous mon pied doit me donner une idée de sa puissance, on est très très loin du chêne ! Et même pour me rappeler de son fruit, je n'en ai pas assez sous le pied, il me faut revenir à votre visage pour en avoir une définition parfaite !

- Arrêtez-là !

(Deux inspecteurs interviennent)

- Veuillez lâcher cette femme Monsieur, et nous suivre s'il vous plaît...

- Pardon ?

- C'est à vous ce costume de Blanche-Neige ? On vient de le trouver dans votre coffre.

- Mais ce n'est pas à moi ! Comment vous êtes-vous retrouvés dans ma voiture ?

- Le gardien du parking, un certain Raoul, nous a prévenus.

- Mais il n'y a pas de gardien dans ce parking !!!

- Oui, c'est ça... Allez, on avance gentiment. Pardonnez-nous Madame...

- Je vous en prie. Il voulait m'enfermer simplement parce que j'avais écarté l'idée qu'on m'enferme pour fumage, vous imaginez l'abus de son pouvoir ?

- ...parce que vous avez écarté l'idée ?? Vous n'êtes pas ouverte que d'esprit chère Madame, vous avez un sacré toupet !

- Et le mien n'a pas de bigoudis ! C'est mon pic à glace à moi...

(Là, un membre du jury vient relever Simone, un sourire béat jusqu'aux oreilles...)

- Moi, j'aime beaucoup votre toupet. Je peux vous emmener dîner ?

- Il faut demander au gardien du parking

- Plaît-il ?

- C'est avec lui que je suis en voiture...

La valse à mille temps


- Regarde cet homme Simone, et cette femme qu'il vient de croiser. Leurs âmes ont compris qu'elles étaient faites l'une pour l'autre, et elles dessinent sur les lignes d'une partition imaginaire, les notes d'une symphonie qu'ils n'entendront jamais, endormis par la fatigue de ne plus y croire. Ils sont souverains dans leur solitude, et pourtant, il mourra peut-être, comme Brel le chantait, d'avoir été ce roi mort de n'avoir pas pu la rencontrer...

- Ne me quitte pas Raoul, jamais...

- Aucune chance ma chérie, nos coeurs se sont projetés sur nos ombres dès qu'elles ont entamé cette même valse. Une valse à mille temps. Même au plus profond de la nuit, j'aurais vu ton ombre. Et aujourd'hui, je ne veux toujours qu'une seule chose, que tu me laisses l'inégalable plaisir d'être l'ombre de ton ombre, l'ombre de ta main, l'ombre de ton chien...

- De quoi tu parles Raoul ? Je n'ai pas de chien !

- Je citais Brel...

- Oui, bah tu t'arrêtes là niveau citation, parce que si tu me fais le coup du volcan qu'on croyait trop vieux pour voir rejaillir son feu, je vais aller voir les marins qui boivent aux dames, celles qui leur donnent leur joli corps et leur vertu !

- Ne me quitte pas Simone...

- Je citais Brel ! Mais non mon chou, évidemment que je ne te quitterai pas... Et puis tu as raison finalement, on me dit souvent que j'ai du chien, alors si tu veux être l'ombre de cette brûlante qualité, ça nous fera un peu d'air frais, et si j'ai trop chaud, je viendrai te rejoindre...

- Je ferai un domaine où l'amour sera roi, et où tu seras reine...

- Faudrait déjà qu'on ait fini de payer la maison ! Allez arrête de rêver chéri, et va plutôt prévenir Madame que le coeur de Monsieur l'invite à valser !

Simone montre patte blanche


Le procureur général :

- Vous avez donc mis en danger une mission de plusieurs millions de dollars pour une lubie égocentrique, fumer à la fenêtre d'une fusée au décollage, au mépris de la sécurité de vos équipiers. Je requiers donc une peine de six mois de prison ferme assortie d'une mise à l'épreuve d'une année, pendant laquelle vous devrez montrer patte blanche pour entrer dans toute manifestation de la NASA.

- Monsieur le Procureur, je vais me défendre seule puisque mon mari a dépensé en clubs de golf ce qui m'aurait permis de me payer un avocat... Raoul, mon mari, m'a promis plusieurs fois de me décrocher la lune, devant son incapacité à tenir promesse, j'ai décidé de l'accompagner puisqu'il me jurait qu'elle était plus qu'accrochée. Au moment du décollage, il y avait plus de fumée autour de la fusée que dans le four de Paulette quand elle fait un gigot. Je n'ai donc trouvé aucun danger à y ajouter un peu de la mienne. Quant à la fenêtre ouverte, les trois cowboys de l'espace avaient la tête enturbannée de plexiglass, il y avait donc peu de chance pour qu'ils attrapent un rhume et aucun danger qu'ils ne puissent plus respirer. Il est d'ailleurs toujours recommandé de respirer à la fenêtre plutôt que dans un casque de cosmonaute, c'est quand même meilleur pour la santé !

- Madame, s'il vous plaît...

- Et ne me dites pas qu'on était dans l'espace, il faisait jour ! En France, nous fumons à la fenêtre, on n'est peut-être jamais allés sur la lune, mais on sait parler aux femmes. Alors Monsieur le Procureur, messieurs les jurés, dites-moi auquel d'entre vous je dois montrer patte blanche, je l'inviterai à dîner à la maison, et je lui montrerai qu'on peut tout à fait fumer à la fenêtre juste après avoir décollé, dans le délice d'une explosion censée nous faire partir dans les étoiles !

Simone haute en couleurs


- Excusez-moi Monsieur mais je cherche les scènes en couleur...

- Pardon ?

- Je dois tourner une scène avec Glenn Ford dans laquelle je dois le séduire, et je crois que je me suis trompé d'endroit.

- Vous êtes Simone ?

- Oui

- Vous êtes au bon endroit, je suis Glenn Ford, ravi de vous rencontrer enfin...

- Mais nous sommes dans un film en noir et blanc là ?

- Et alors ? Ca donne un cachet délicieux, vous ne trouvez pas ?

- Mais ça m'enlève beaucoup de cordes à mon arc le noir et blanc ! Je n'ai aucune chance de vous séduire en noir et blanc ! Moi, je suis une femme haute en couleurs, comment voulez-vous que je m'exprime dans cette teinte ?

- Simone, votre arc est si puissant qu'il tire ses flèches sans vous attendre, venez retirer celle que vous venez de me planter dans le coeur à l'instant, et buvons un verre. Rouge ou blanc ?

- Blanc, forcément, sinon comment voulez-vous que les gens sachent ce que je bois ?

- Les dialogues ma chère, et la puissance de l'imagination. Votre regard par exemple, il est d'un bleu extraordinaire, on voudrait s'y plonger mille ans, et pourtant le simple fait de suggérer sa beauté le rendra encore plus bleu que ne le ferait le Technicolor. Anita Ekberg, dans la Dolce Vita, elle est blonde ou brune ?

- Blonde évidemment...

- Et pourtant, ce n'était pas un film en noir et blond...

- Pas faux... Vous avez raison. Mais pourquoi John Wayne avait-ils les cheveux roses dans ses westerns ?

- Les cheveux roses ? Il n'a jamais eu les cheveux roses John !

- Ca dépend des imaginations, vous voyez que la suggestion propose, l'imagination dispose ! Alors arrêtez votre cinéma et retirez votre flèche tout seul cher Monsieur Fiesta et...

- Ford

- ...oui, peu importe... et n'essayez même pas d'insister ou de me faire boire, parce que si je parle de votre manège à mon mari, il va vous laisser une telle farandole de couleurs en souvenir que vous remercierez votre production de proposer une pellicule qui ne pourra jamais témoigner de la force de son amour !

- Mais enfin, ça ne va pas bien ? Pourquoi se mettre dans cet état ? Je n'ai fait que vous inviter à boire un verre en attendant de tourner ! Et vous devenez rouge de colère, qu'est-ce qui vous prend ?

- C'est Raoul qui me prend ! Et comment pouvez-vous savoir si je suis rouge de colère dans une scène en noir et blanc Monsieur je sais tout !

- Ford !

Simone prend le verre de blanc, le finit d'un trait, le pose dans un geste sec et bruyant, et lance à son partenaire :

- Blanc sur Noir, Simone se barre !

- C'est à l'écran que le rouge est noir, ici c'est du rouge !

- Blanc sur rouge, Simone bouge !

- Complètement allumée... Vous auriez du prendre du rouge, parce que le blanc manifestement, ça vous donne mal à la tête...

Simone prend un verre de rouge, le finit d'un trait, et lance :

- Rouge sur blanc, Simone fout le camp !

- Sécurité !!!

- Au revoir Monsieur Opel...

- Ford !!!!

mercredi 3 novembre 2010

Eternal flame


- Raoul, arrête, je plaisantais quand je te disais que j'avais peur de vieillir... Arrête !

- Attends...

- A quoi ça sert d'attendre si le temps est arrêté ?

- Attends, je vais t'expliquer...

Raoul arrête le temps, puis redescend, prend le visage de Simone, doucement, entre ses mains, et lui dit :

- Si j'arrête le temps, ce n'est pas pour t'empêcher de vieillir, c'est pour te dire à quel point tu n'as jamais été aussi belle... Déjà, hier, tu étais magnifique, et pourtant, tu n'étais pas aussi belle, alors si je laissais le temps figé, comment pourrais-je te voir inventer chaque jour de nouvelles déclinaisons du charme et de la beauté ? Plus tu déclines et plus je m'incline... Et toi, quand tu déclines, ça n'a rien à voir avec un soleil qui se couche, tu fais l'amour avec le temps...

- Mon amour... C'est adorable... mais remets le temps en route parce que je n'aime pas trop faire l'amour avec un truc immobile !

- Je vais le remettre en route... Je ne voulais pas perdre une seconde de ton élégance pendant que je lui rendais hommage.

- Tu me fais tourner la tête chéri...

- Ce doit être le décalage horaire...

- Je veux vieillir dans tes bras, parce que jamais je n'aurai l'impression de perdre mon temps... Parce que chaque palpitation de ton coeur annule celle du temps qui passe, tu es mon éternité Raoul...

Au fond, Simone n'est pas si légère


- Ca sert à quoi le gros bouchon au fond de la cale Raoul ?

- Mais qu'est-ce que t'as fait Simone ???

- Je l'ai enlevé... pour voir... quelle idée de mettre un bouchon au fond d'un bateau aussi, on fait pas un tour de baignoire !

- Si, c'est une idée très intelligente, pour vider l'eau en fond de cale quand on est à terre !! Passe-moi les gilets !!!

- Bah oui mais moi, quand je vois un bouchon, je le fais sauter, c'est mon côté champagne....

- Passe-moi les gilets !!!

- Les gilets ? Quels gilets ? T'as emmené des gilets ? T'as froid ? Il fait 25 degrés Raoul !

- Simone, dans mille ans, si ce bateau n'a jamais cessé de couler, il n'aura toujours pas atteint les profondeurs abyssales de ta légèreté !

- Tu sais ce qu'elle te dit ma légèreté ??? Tu es bien content de l'avoir ma légèreté ! Tu es même le premier à lui faire sauter le bouchon à ma légèreté !!

- Oh je t'en prie Simone...

- Quoi, je te choque ?

- Passe-moi les gilets !!!

- J'ai pas froid ! Mets une écharpe ! Tu veux qu'on philosophe ? Que je te montre l'étendue de ma culture plutôt que celle de ma légèreté ? Tu le regretteras avant moi mon ami ! Alors très bien, dès ce soir, au lit, nous parlerons de la théorie des idées de Pluton et du mythe qui promettait et puis qui mettait ! Ca a beaucoup moins de cuisse, tu verras !

- La théorie de Platon et le mythe de Prométhée et Epimethée...

- Et voilà, ça étale sa science mais ça a froid en plein mois de juillet !

- Mais on coule Simone !

- Et ben coule Raoul !! Et si tu croise ma légèreté en train de remonter, tu comprendras que finalement c'est le moins lourd qui remonte toujours à la surface !

Du monde au balcon


- Que se passe-t-il ?

- Raoul et Simone qui se cherchent, comme d'habitude...

- Ah... Non, pas comme d'habitude justement, ça fait seulement quelques jours qu'ils sont à cran, la faute à la pleine lune peut-être ?

- Je crois que c'est surtout parce qu'elle est trop bien accrochée...

(plus bas, Simone et Raoul...)

- C'est quoi cette histoire que tu as raconté à Yvonne ?? Tu cherches à organiser un plan à trois, à l'aube ? Mais avec qui ??? Je ne te suffis pas moi espèce de malade ??

- Mais t'es pas bien chérie ? J'ai demandé à Yvonne si elle avait un plan de Troyes, dans l'Aube ! Je te rappelle que c'est là qu'habite ta beau-frère et qu'on y va déjeuner demain !

- Ah ?

- Ah... oui... ah ! Chérie, je serais toi, j'irais me coucher, parce que j'ai l'impression que tu manques de sommeil en ce moment...

- Pardon ? Parce que j'ai mal entendu, je manque de sommeil ?

- Et voilà, c'est reparti... Tu es un moteur à explosion depuis quelques jours, partout où tu passes, les murs tremblent ! J'en ai marre Simone ! Je t'aime, la lune, tu la vois tous les jours dans mes yeux, mais toi, tu n'en as jamais assez, il faut te la décrocher, et même si j'y arrivais, ce ne serait probablement pas encore assez, tu voudrais que je fasse se lever le soleil pour bronzer en pleine nuit ! Tu es chiante Simone ! Va te coucher, et lève-toi quand tu auras retrouvé ta douceur élégante ! Et profite, on vient de gagner une heure !

- Quand ?

- A l'instant, il est trois heures du matin, et heure d'hiver oblige, il est maintenant deux heures.

- Je t'aime mon amour...

- Pardon ?

- Je t'aime, tu es un diamant aux mille facettes...

- Simone, tu es sûre que ça va ? Tu ne réagis pas à ce que je viens de te dire ?

- Il est deux heures, tu ne m'as encore rien dit... Viens te coucher chéri, dévorons cette heure gagnée, dégustons la madeleine du temps perdu...

- Ma chérie...

- Et puis c'est bien qu'on dorme un peu plus si on doit partir à l'aube...

- Dans l'Aube !

Fenêtre sur four


- Simone c'est quoi ce courant d'air là ???

- C'est moi, je fume à la fenêtre !

- Mais t'es pas bien, ferme !!

- Oh ça va, on ne va pas se prendre d'amende non plus... Parce que pour nous rattraper, faudrait qu'elles mettent un sacré coup de pédale les contractuelles !!

- Feeeeerme !!!! On est dans une fusée là Simone !!! On sera dans l'espace dans deux secondes ! Et y'a pas d'air dans l'espace !!!

- Impeccable, comme ça, y'aura plus de courant d'air...

- Simone, ou tu sautes ou tu fermes la fenêtre !!

- Bon, ça va Raoul... c'est d'avoir la tête enfermé dans un aquarium qui te donne cet air de poisson rouge ?

- Non, c'est que je suis prêt à exploser avec tes conneries !

- Oui, bah vous feriez mieux de vous garer parce que vu comment ça fume en dessous, à mon avis, t'es pas le seul qui est prêt à exploser mon chéri... votre moteur a sans doute un problème, ça marche au gasoil une fusée ?

- C'est une fusée, ça fume beaucoup au décollage, mais elle c'est normal, toi beaucoup moins, surtout à la fenêtre ! Ferme !!!!

Un petit pas pour Simone, un grand pour son homme


- On est vraiment obligés d'emmener ta femme Raoul ?

- J'ai tout essayé Neil, mais quand elle a su qu'on partait sur la lune, elle m'a dit que si je ne lui décrochais pas cette fois, elle demanderait à un autre d'avoir un peu plus d'attention...

- Mais tu ne lui as pas dit que c'était impossible ? Quel âge elle a ta femme ?

- Elle a l'âge d'aimer et de rêver tous les jours, le temps n'a pas de prise sur ça chez elle... Bien sûr que je lui ai dit ! Je lui ai dit exactement : "Chérie, on ne PEUT PAS décrocher la lune, c'est impossible, c'est une image, une métaphore amoureuse pour expliquer jusqu'où on peut aller par amour pour quelqu'un !"

Et elle m'a répondu :

- Ah oui ? Et tu ne vas même pas essayer ? Tu vas sur la lune et tu ne vas même pas essayer ?? Prends des outils au moins, montre-moi que tu vas essayer !

- Mais la lune n'est accrochée à rien Simone !!

- Ah bon ? Elle tient comme ça, toute seule, par l'opération du Saint-Esprit ?? Tu me prends pour une truffe ? Evidemment qu'elle est accrochée ! Et de toutes façons, quelqu'un est-il allé voir pour être sûr ? Non ! Vous êtes les premiers à y aller ! Alors puisque c'est comme ça, je viens avec vous, comme ça je serai sûre que tu ne me baratines pas !

- Mais Simone, il faut de l'entraînement, il n'y a pas à manger pour trois, et puis l'apesanteur te fera flotter dans l'air pendant tout le voyage...

- Tant mieux, il faut que je me mette un peu au régime, Paulette a moins de ventre que moi, ce qui est une aberration technique. Raoul, je viens, c'est tout ! Et puis ça fait longtemps que tu ne m'as plus fait connaître l'ivresse de l'apesanteur...

- C'est nouveau ça...

- Oui, parfaitement, depuis des mois, il n'y en a que pour Neil ! Neil ! Neil ! C'est par amour pour lui que tu lui montres jusqu'où tu peux aller ? Elle est là ta métaphore amoureuse à toi ? Alors reste sur ton Neil, moi je veux explorer l'océan des étoiles et décrocher la Reine !

...

- Elle est pas un peu têtue ta femme ?

- C'est la présidente du club...

Simone 150ème !


- Elle s'appelle Simone, et comme elle est tout le temps sur une autre planète, je me suis dit qu'elle était peut-être ici...

- Non Monsieur, vous m'en voyez désolé, mais nous n'avons pas de Simone ici.

- Bon...

- Mais pourquoi m'avoir choisi moi pour me poser cette question ?

- Oh, c'est très simple... Vous savez, Simone est vraiment une femme en or, alors en vous voyant, j'ai pensé que peut-être...

- Je comprends... vous avez pensé qu'elle serait venue naturellement vers moi... mais vous savez je ne me mélange pas avec les humains, je les aime beaucoup, mais j'évite de vouloir à tout prix m'intégrer dans cette communauté... J'aime ma solitude métallique.

- Simone aurait peut-être eu une chance de vous plaire, si vous saviez comme elle est une extraterrestre...

mercredi 27 octobre 2010

Simone éclaire la situation


- Ce soir, vous retrouverez votre programme favori...

- Qu'est-ce que tu fais chérie ?

- Je m'entraîne pour mon nouveau travail.

- Quel est-il ?

- Speakerine

- Et ça consiste en quoi ?

- A dire ce qu'il y a à voir sur la télé.

- Une lampe.

- Pardon... ce qu'il y a à voir à la télé...

- Et on a besoin de quelqu'un pour ça ? On a notre magazine, non ?

- Oui, mais ça apporte un peu de glamour, ça permet de faire le lien entre les émissions, d'éclairer le téléspectateur

- Et la lampe ?

- Elle ne peut pas éclairer le téléspectateur la lampe, il est chez lui le téléspectateur...

- Et pourquoi il regarde la télé dans le noir, il n'a pas de lampe lui ? On peut lui prêter si ça l'arrange.

- C'est une expression Raoul, éclairer le téléspectateur, ça veut dire rendre ses programmes plus visibles, plus accessibles.

- Mais comment ils vont t'entendre les téléspectateurs si tu parles dans le salon ?

- Mais je m'entraîne là Raoul ! Quand je travaillerai, je serai en studio !

- Et t'emportes la lampe ?

- Mais c'est quoi ton problème avec la lampe ?

- Bah rien mais si tu es en studio, ça veut dire que tu ne seras plus ici, et donc, tu ne pourras plus m'éclairer sur les programmes, donc moi, j'aurai besoin de la lampe !

- Mais je t'éclairerai depuis la télé ! Tu feras partie de tous les téléspectateurs !

- Bon, bah alors emporte la lampe, je n'en aurai pas besoin...

Simone se fait mousser


- Il faut que tu reviennes chérie, ça fait des jours que ça dure, tout le monde t'attend dehors...

- Oui, ils sont là quand je monte sur ta voiture en bas résille...

- Arrête, tu sais très bien que tu peux aussi bien te déhancher que philosopher, ton charisme est intact.

- Ils préfèrent quand même mes courbes que Descartes !

- Essuie-toi si c'est ce que tu penses, et prends ta retraite.

- Je pense, donc j'essuie.

- Très fin...

- Justement Raoul, il faut prendre en compte la pénibilité de plaire sur la durée, sans le droit d'être vide de tout charme, un jour où je voudrais respirer sans donner dans l'arsenic ou la dentelle. Alors je prends des retraites d'une semaine, ainsi, je durerai plus longtemps que tous les crépuscules.

- Simone, à l'instant où je te regarde, tu ne fais rien d'autre que respirer, sous une mousse que je jalouse, et à chaque fois que tu respires, tu m'inspires... Tu m'inspires tout l'amour du monde, ton vide c'est mon plein. Depuis que tu te prélasses dans ton mutisme, la légèreté sensuelle et le charme élégant sont en crise. Va retrouver ceux qui t'aiment, ils veulent le plein des sens...

- Quelle raffinerie Raoul !

- Raffinement chérie.

- Tu vois, même toi tu ne saisis plus mon humour !

- Pardonne-moi... C'est que plus la mousse s'évapore, moins je t'écoute attentivement...

- Viens dans l'eau Raoul, je te sens sur la réserve... Mon premier plein sera pour toi...

- Je me déshabille et j'arrive !

- Non, viens comme ça, je te prépare un mode essorage tel que tu ressortiras aussi sec que les réservoirs du peuple !

Le fruit de la plume


- Franck, occupe-toi de moi un peu...

- Simone, ma chérie, j'ai mille choses à faire, et puis j'ai eu quelques frayeurs avec ma fille, ça m'a pris beaucoup de temps.

- Elle est belle ta fille, c'est le fruit de ton amour. J'ai ce point commun avec elle.

- C'est joli ça. Et c'est vrai. Je t'aime Simone.

- Oui c'est vrai, je suis le fruit de ton amour, et de ta plume. Sans toi je ne suis rien, reviens s'il te plaît.

- Si Raoul t'entendait...

- Mais lui n'est rien sans toi non plus !

- Merci mais arrête de dire des choses comme ça, parce que ça va finir par faire un peu mégalo vu que je suis l'auteur...

- Tu es peut-être l'auteur mais je ne suis pas toujours d'accord avec ce que tu me fais dire, parfois je me sens extraordinaire de classe et de finesse, et parfois j'ai l'impression d'être une grande naïve qui se fait avoir un peu trop facilement, et mon élégance peut laisser place à une vulgarité assez crûe ! Sous ta plume, je suis tout et son contraire...

- Mais tu es un peu comme ça Simone... Tu es complètement comme ça.

- C'est vrai, mais je n'aime pas toujours que tu me connaisses aussi bien...

Shining star


- Bon, on a perdu Simone... Elle croyait que Nicholson voulait vraiment la tuer avec une tronçonneuse et elle s'est barrée avec le tricycle du petit dans le labyrinthe du jardin... J'ai crié cent fois son nom, je pense qu'elle se cache, terrorisée... Non, c'était son premier rôle, bien sûr qu'elle sait que c'est du cinéma... Mais faut dire que Jack, quand il te regarde avec son sourire de barge et la tronçonneuse qui vrombit, faut avoir une sacrée confiance dans l'homme pour être certain qu'il maîtrise son personnage !

Des bigoudis dans la salade


- Simone, où est passée la batavia ?

- Je l'ai jetée.

- Mais pourquoi ? Et qu'est-ce que tu fous avec le saladier sur la tête ?

- Tu t'occupes tellement peu de moi en ce moment, je me suis dit que si mes cheveux sentaient la salade, ça pourrait réveiller l'âme de la tortue qui sommeille en toi, et que tu pourrais enfin prendre le temps nécessaire à mon plaisir...

- Tu plaisantes ? Il faut que je te caresse le dos pendant une demi-heure, puis je dois te faire des grat-grat dans les cheveux pendant une autre demi-heure, puis te caresser le lobe des oreilles pendant dix minutes chacun, avant de pouvoir enfin accéder à la communion charnelle !

- Et bien oui, j'ai besoin de préliminaires moi !

- Oui, et bien moi aussi, mais je ne suis pas certain que les préliminaires que tu me proposes m'apportent beaucoup de plaisir !!

- Ah bon, tu n'aimes pas mon dos ? Tu n'aimes mes lobes ?

- Mais si j'adore tes lobes, j'adore ton dos, mais le plaisir ma chérie n'a pas signé d'exclusivité avec ta seule personne !

- Bon... et bien rassure-toi, je vais te faire un surprise des plus gourmandes ce soir...

- Ah ?

- Je me fais une mise en plis !

- Pardon ?

- Des bouclettes, des rondeurs, des reliefs, tu vas adorer me passer la main dans les cheveux ! Tu vas ressentir quelque chose de profondément nouveau !!!

- Génial...

Mise en scène


- Si tu touches à ma voiture, je déchire tes robes une par une, je repeins ta salle de bain au ketchup, je te fais des couettes, je les attache au ventilateur et je le mets en marche à vitesse maximum !

- Si tu touches à une seule de mes robes, je décolle toute la moquette de ton bureau avec les dents, avec les tiennes, je plie ton linge sans oublier de mettre une fine couche de beurre entre chaque vêtement, je blinde tes chaussons de carottes râpées, je saute à pieds joints sur ta télé et je couche avec Charles !

- Charles est pas foutu de jouir de sa propre vie !

- Et ben je coucherai avec Bernard !

- Si tu t'approches du charcutier, je lui raconte que tu donnais des cours particuliers de danse classique à son fils en l'appelant Rose, je lui raconte les histoires que tu veux que je te raconte pour t'endormir, je sors les enregistrements de tes ronflements, je lui raconte ta façon de grimper sur la cuvette des toilettes des restaurants avec les pieds pour ne pas salir tes petites fesses ! Je lui raconte que tu croyais que le mot clafoutis était une zone érogène, que tu mets une perruque à ton chien et que tu veux te faire refaire la bouche !

- Je veux me la faire refaire parce que t'embrasses tellement mal que depuis, elle ne sent plus rien !

- Et ben j'irai embrasser Paulette !!! Ca la changera de sa raie sur le côté !

- Elle n'a pas la raie sur le côté Paulette...

- Je parlais de son mari...

- Si tu touches à Paulette, j'appelle la police et hurle au viol, et avant de sortir de ce restaurant, je monte sur la table, et je raconte comment tu t'épiles le pubis avant d'aller jouer au foot, tes copains de vestiaire sont tous là, ils seront ravis !!

- Heu... Simone... T'as même pas besoin de monter sur la table, je crois qu'on nous regarde...

- Hum... je... pardon... nous répétions une scène pour notre pièce de fin d'année... les costumes sont de Donald Cardwell et les décors de Roger Hart !

(silence total...)

- Bon, bah on n'a plus qu'à déménager avec tes conneries... Prends ton manteau, je prends ton sac.

- Si tu touches à mon sac, je dis ce que tu as fait à la chèvre dans les Pyrénées quand t'étais ado !

- Mais ça n'a rien à voir ça ! On était bloqués depuis trente-huit jours dans un refuge !!!

- Et alors ? Ca justifiait de faire bêler la bête ?

- Bah au moins, elle bêle elle !

- C'est parce que tu parles très mal le chèvre, si tu avais compris, tu aurais fait ta première dépression à 17 ans !

Un bijou de femme


- Qu'est-ce qu'il t'arrive chérie ?

- A force d'avoir entendu toute la journée que j'étais une femme en or, je crois que je somatise...

Objectif lune


- C'est fou... On est partis hier soir et le boulevard est encore noir de monde...

- Comme quoi, même si l'enveloppe disparaît, le parfum continue d'enivrer et la mémoire fait durer le plaisir...

- Bravo pour le faux-plancher de la voiture au fait, je ne connaissais pas l'existence de cette trappe. Par contre, j'ai moins aimé les deux heures dans les égouts en pleine nuit !

- Oui, et bien remercie-moi plutôt ! Parce qu'avec ton cinéma mégalo là, t'as failli nous faire écraser comme des fourmis !

- Je voulais voir si d'autres pouvaient encore me désirer...

- En te mettant sur le toit de la voiture en porte-jarretelle ? Mais t'es pas bien Simone ? La ville entière s'est vidée de ses hommes, tu as fait régner un instinct animal pendant des heures ! N'importe quel porte-jarretelle sur le toit d'une voiture au milieu d'une foule aurait provoqué le même effet !

- Merci Raoul... Après l'hôtesse, la femme banale... N'importe quel
porte-jarretelle tu dis ? Parfait, demain, on y retourne, et tu montes sur le toit en bas résille, juste pour voir la nature de l'instinct que tu feras régner...

- Il faut comparer ce qui est comparable Simone !

- Alors je vais appeler Paulette, et tu verras que c'est ta femme qui fait la différence, pas la dentelle !

- Paulette ? Pardon, j'aime beaucoup ta soeur mais elle a autant de sex-appeal qu'une nageuse est-allemande.

- Donc, c'est ta femme qui a fait la différence...

- Arrête, tu sais très bien ce que je veux dire Simone... Tu as été un poil susceptible, et comme d'habitude, tu es devenue un volcan qui crachait sa colère brûlante...

- Pas faux...

- Tu crois que je ne te désire plus ?

- Si, bien sûr, d'ailleurs, en ce moment, tu ne quittes pas des yeux ton objectif. Et moi, je fais pareil...

Simone filante


- C'est impossible... Elle était là, sur la banquette arrière, elle buvait un verre de lait, elle me parlait à travers la vitre il y a une minute à peine et pfffuiiiiit, plus de voiture, plus rien, elle a filé comme une étoile...

- Si elle avait la voix lactée, c'est qu'elle savait qu'elle allait partir...

Breaking News


(le présentateur télé, en fond)

- Cela fait maintenant huit heures qu'une femme a mis le feu à la ville sans aucune violence ni même une seule flamme, si ce n'est celle qu'elle a semblé allumer parmi les 7867 hommes (7867 selon Simone, 12 selon Raoul) qui continuent d'affluer vers la voiture de la pyromane des sens. Cette femme se prénommerait Simone, elle serait avec son mari, dans une voiture, en petite tenue, en train de dormir sur la banquette arrière, après être montée sur le toit de la voiture pour inviter qui voudrait la suivre à dîner avec elle. Si on ne sait toujours pas à l'heure où je vous parle si la belle s'est endormie, la foule masculine est, elle, bien réveillée, et crie des "libérez Simone !" depuis hier soir. A noter que ce matin, 3429 femmes ont manifesté devant le palais de justice, au son de "Arrêtez Simone !" et plus de 4000 crient encore plus fort, sur le trottoir d'en face, des "Continue Simone !". On pense que les premières sont jalouses et que les autres sont ravies de regarder la télévision tranquillement et de dormir seules dans le grand lit. La police devait intervenir, mais le tas d'uniformes empilés au pied de la voiture laisse à penser que le coeur de l'homme a prévalu sur la raison d'état, et que cette incroyable Simone a donné naissance aux forces du désordre au sein même des gardiens de la paix.

Emportée par la foule


- On ne pouvait pas aller manifester à pied, comme tout le monde ?

- Raoul, j'adore les bains de foule, mais j'aime bien mon intimité, c'était la meilleure solution...

- Mais Simone, on a fait quarante mètres en cinq heures ! On va manger où ? On va dormir où ?

- Ici ! On est bien non ?

- Bah, y'a un peu de vis-à-vis quand même...

- T'es jamais content chéri... On n'est pas bien là ? De toutes façons, y'a plus d'essence nulle part, et ça tombe bien, on n'a même pas besoin d'avancer ! Et tous ces gens, tu te rends compte de l'exposition pour moi ?

- Mais de l'exposition de quoi Simone ?? Tu crois qu'ils sont venus pour toi tous ces gens ? Ils sont venus pour protester contre le gouvernement qui veut baisser l'âge de la retraite à 65 ans, eux, ils veulent continuer de travailler jusqu'à 70, et profiter de cette économie florissante ! Ils ne sont pas venus pour tes beaux yeux ! C'est pour ça que tu m'as demandé de prendre par le boulevard pour aller à la boulangerie ? Je me demandais aussi, ton vanity-case pour aller chercher une baguette, c'était louche... Allez, on rentre, personne ne verra tes cils ici !

- Attends un peu Raoul, je n'ai pas encore ouvert la fenêtre... et puis tu n'as pas encore vu ma tenue pour le dîner... Quand ils la verront, la rumeur va se propager jusqu'à la tête de la manifestation, les premiers vont battre en retraite, et même s'ils seront les derniers, ils seront toujours assez jeunes quand ils arriveront à ma fenêtre...

- S'il y en a UN qui raye ma voiture...

- Ah parce que s'il y en a mille qui reluquent ta femme ça te fait une belle jambe ! Mais si on touche à ton tas de ferraille, c'est l'apocalypse ??

- Apparemment, tu avais prévu d'être exposée non ? Alors fais ton numéro, mais moi, je ne suis pas venu pour faire le salon de l'auto dans la rue avec ma voiture, et encore moins pour offrir l'hôtesse en pâture à tous ces assoiffés, surtout quand l'hôtesse c'est ma femme, et qu'elle rêve d'être l'oasis de toute une ville !

- L'hotêsse ? L'hôtesse ???

Simone se met alors en dessous, de la dentelle à faire pâlir d'envie tout napperon qui se respecte, elle ouvre la fenêtre, klaxonne comme une dingue trente fois de suite, monte sur le toit, et hurle, toute de porte-jarretelle vêtue : "Qui veut dîner à la maison ???"

Et là, dans un choeur aussi fourni que spontané, aussi juste que brûlant, la réponse de mille hommes qui n'en font soudain qu'un seul résonne comme une foule dans un stade, comme une prière dans la ville toute entière : " En voiture Simone !!!"

Puis elle redescend, et dit à Raoul :

- Voilà, l'hôtesse a fini son job, normalement, tu devrais avoir du monde sur ton stand dans très peu de temps... Personnellement, je vais dormir en chien de fusil sur la banquette arrière, et dans cette tenue, ça pourrait faire des victimes. Alors je te conseille de sortir pour protéger ta voiture et ton hôtesse, et convaincre cette foule délicieuse qu'elle est effectivement venue pour le battage médiatique et pas pour le battement de mes cils...

Et la foule d'enchaîner : "Libérez Si-mone ! Libérez Si-mone !"

Dallas, ton univers impitoyable


- John, une amie m'a appelé, elle t'a vu avec Marilyn, vous étiez enlacés sur la moquette d'une chambre d'hôtel...

- N'écoute pas les ragots Jackie...

- Ce ne sont pas des ragots, elle m'a décrit la scène, elle ne voulait rien dire, mais nous jouons parfois au bridge ensemble, et elle n'a pas pu trahir notre amitié plus longtemps. Alors, tu avoues ? Ce "bon anniversaire Monsieur le Président", c'était de l'amour n'est-ce pas ?

- Ecoute Jacqueline, il n'y a rien entre cette femme et moi, c'est une amie, c'est tout, mais de là à perdre la tête pour une blonde décolorée...

- Tu as raison John, le jour où tu seras à ce point perturbé amoureusement, tu mettras probablement des chaussettes de tennis ringardes pendant une élégante croisière...

- Exactement ! Et ce n'est pas vraiment mon style comme tu le sais ! Alors laisse-moi me détendre, Dallas arrive dans une semaine, j'ai besoin de calme ! Merci !

- Je pourrai m'occuper de l'itinéraire ?

Simone va piano


- Simone ! There's a guy here, his name is Raoul ! He's looking for you !

- How good looking is he ?

- Handsome ! I think you should come and dance with him, honey !

- Play it again Sam...

vendredi 15 octobre 2010

Raoul le matador


- Ah non votre Altesse, pardonnez-moi, mais il existe une femme qui est bien plus belle que vous...

- Qui est cette traînée ???

- Hé ho calme-toi ton Altesse, elle s'appelle Simone, et elle a une classe, une élégance, un charme sensuel, qui sont autant de qualités que tu n'auras jamais espèce de vieille peau !

- Mais que t'arrive-t-il mon beau miroir ?

- Je ne suis pas un miroir, je m'appelle Raoul et je suis caché derrière depuis un mois pauvre tâche ! Et ça me faisait bien marrer de te regarder te prendre pour une reine alors que t'es juste une pauvre mytho qui n'arrive même pas à la cheville de Blanche-Neige !

- M'enfin ! Ô mon miroir... mais qui est cette Blanche-Neige ?

- T'es bouchée la reine ou quoi ? Je m'appelle Raoul ! Ton miroir il n'a jamais parlé ! D'ailleurs pour croire qu'un miroir puisse parler, il faut quand même attaquer sévère le goulot ! Je suis le mari de Simone, et Blanche-Neige, c'est la deuxième plus belle femme du monde, après ma femme, donc toi, au mieux, t'es médaille de bronze ! Mais bon, franchement, si on t'enlève ta couronne, t'es reine de rien du tout ma pauv' fille...

- Vous prendrez bien une pomme Monsieur Raoul ?

- Mais tu me prends vraiment pour une truffe Geneviève ! Je te conseille de ne pas trop me chercher parce que dans ces cas-là, je deviens un véritable taureau, et crois-moi, il ne vaut mieux pas que tu voies ce que ça donne quand le taureau rentre dans la Reine !

Y'a de la cerise !


- Tu sais que c'était l'anniversaire de Raoul hier soir...

- Oui...

- Donc, le Raoul, il rentre chez lui, nu comme un ver, entièrement recouvert de crème chantilly, avec une cerise savamment placée sur sa masculinité. Comme il veut faire la surprise à sa femme, il n'allume pas, reste dans l'entrée et l'appelle... "Simooone !"

- Il s'est offert lui-même son cadeau ! Elle a dû éclater de rire...

- Attends Lino, mieux que ça ! Il entend Simone qui dit "chéri, c'est toi ?" trompée par la corpulence crémeuse dans l'obscurité... Il répond "évidemment que c'est moi, je t'ai rapporté une énorme gourmandise comme tu aimes, je veux juste que tu te souviennes avant de commencer que le bonheur c'est la cerise sur le gâteau... allume..."

- Et alors ?

- Alors une énorme clameur résonne, tous les amis de Raoul étaient venus lui faire la surprise pour son anniversaire ! Toute la famille était là, les applaudissements sont nourris, laissant immédiatement place à un silence stupéfait et gêné, puis avec une voix d'outre-tombe, la mère de Simone, tailleur strict et chapeau noir avance et lance un lugubre "Joyeux anniversaire Raoul..." Lui, dans un réflexe pudique met ses mains devant son intimité dans un geste tellement rapide qu'il dégomme la cerise, qui atterrit sur la tête de la belle-mère ! Simone décide de vite lancer la musique pour passer à autre chose, et là, summum du grand moment de solitude, on entend Michel Sardou qui déchire le silence avec son "... elle a des cerises sur son chapeau, la vieille..." !!!

Jeux d'enfants


- Raoul, promets-moi que tu seras mon amoureux pour toute la vie...

- Mais Simone, on est trop petits, on ne peut pas savoir ce qu'il y a après...

- Fais comme Pascal, le Philosophe...

- Pascal ?

- Oui, Pascal, un jour, il a pensé, et il a écrit ce qu'il a pensé dans un livre qui est génial. Il dit qu'on a tout à gagner à faire le pari de la foi, alors fais pareil, fais le pari de l'amour, fais le pari de m'aimer moi, et tu verras qu'après, c'est le paradis...

- Comment tu sais tout ça à ton âge ?

- Parce que ma mère a dit la même chose à mon père, et elle m'a toujours dit que les étoiles sont nées le jour où mon père a dit oui...

- C'est vrai ?? Les étoiles ça vient de tes parents ?

- Oui, c'est mon père qui les a semées pour se rappeler où était la lune...

- Il est allé sur la lune ton père ?

- Oui, il est allé la décrocher pour l'offrir à ma mère, il lui disait souvent que pour elle, il pouvait le faire...

- Simone, je te promets que je serai ton amoureux, et que j'irais décrocher la lune pour toi !

- Mon Raoul, mon amoureux...

- Mais t'es sûr que ton père il l'a remise ? Non parce que j'ai pas trop envie d'y aller pour rien... Et puis si ça se trouve, elle est super lourde, t'imagines la chute ?

- Raoul, mon petit prince, si tu ne trouves pas la lune, dessine-moi un mouton, tu m'éclaireras autant...

Le poids de l'amour


- Qu'est-ce qu'il s'est passé chéri ?

- Il s'est passé que tout le monde parle toujours d'aller décrocher la lune, mais personne ne pense jamais à ce qu'elle pèse si tu y arrives !