Simone et Raoul

Simone et Raoul
Avant eux, le couple n'existait pas. (photo Marc Montezin)

samedi 23 mai 2015

Simone fait de la pub : JAI


- Simone chérie, tu viens te coucher ?

- Vas-y sans moi Raoul, je suis sur un Everest de plaisir qui ne permet pas

qu’on en descende avant un certain temps…

- Qu’est-ce que cette histoire ? Et tu as autant de saveurs que je t’en propose

sur ton Everest

- JAI

- Tu as la qualité autant que la quantité ?

- JAI

- Un goût unique et l’exaltation de tous tes sens, tu n’as pas ça en haut de ta

montagne !

- JAI... évidemment

- Mais qu’est-ce qui te prend Simone, tu as tes vapeurs ou quoi ?

- Exactement, j’ai mes vapeurs, mais celles-là, quand tu les as, je peux te dire

que tu es d’une sérénité absolue… Comblée.

- Tu vas voir ailleurs c’est ça ?

- Ah non, avec ces vapeurs-là, tu ne vas pas voir ailleurs, tu peux être

tranquille, personne n’oserait tromper cette qualité de plaisir…

- Mais de quoi tu parles enfin ??? On dirait que tu parles d’un amant qui te fait

léviter dans des volutes magiques !

- C’est un peu ça oui…

- Il a du goût au moins ? Il est élégant ?

- Très. Il propose des goûts ronds et typés, hier il était un mélange de fruit de la

passion et de litchi d’Asie Orientale, et ce soir, il sera frais et douceur de

menthe avec un léger goût d’agrumes…

- Il est bien fait ?

- Je dirais plutôt ELLE est bien faite. Une élégante finition noire, un toucher

doux sur toute la longueur et une extrémité lumineuse.

- Pardon

- …et elle dure beaucoup plus longtemps que les autres avec une promesse de

300 bouffées intenses…

- Mais des bouffées de quoi ???

- De bonheur Raoul, de bonheur… et puis elle est discrète au bout des doigts

comme au bout des lèvres… et elle se glisse dans toutes les poches, ce qui

représente un gros avantage, un de plus.

- Dans toutes les poches, mais de quoi tu parles ?

- De JAI ! La nouvelle cigarette électronique !

- Aaaaah !!! Oh la peur que j’ai eue… Je ne comprenais pas pourquoi tu me

disais « J’ai » tout le temps…

- C’est JAI, en trois lettres, sans apostrophe.

- J’ai tellement cru que tu me trompais…

- Mais enfin chéri, comment peux-tu penser une chose pareille…

- Tu as tout ce qu’il te faut pour être heureuse ?

- JAI

- Tu l’écris comment là ?

- Avec une apostrophe bien sûr…



Franck Pelé



Découvrez l'univers JAI ici : https://www.jaivaping.com/francais/home



jeudi 14 mai 2015

Blue Hotel



- Bonjour, je…

- Bonjour, allez, on y va là s’il vous plaît parce que j’ai un déjeuner avec mon producteur dans deux heures à l’autre bout de la ville et il me reste encore trois types comme vous à voir alors vingt minutes pas plus, d’accord ?

- Mais je…

- Ne me dites pas que vous n’êtes pas prêt ? Vous avez préparé vos questions n’est-ce pas ? Des questions un peu plus fines que vos prédécesseurs j’espère parce qu’on ne peut pas dire qu’ils ont révolutionné l’art de l’interview…

- Elles sont prêtes oui… Vous répondrez à tout ? Peut-on jouer la carte de la transparence ?

- Tant que vous restez respectueux je n’ai peur de rien.

- Très bien, allons-y… Simone, vous parliez tout à l’heure des trois types comme moi que vous deviez encore voir, à propos de type, quel est votre type d’homme ? J’imagine qu’il est assez éloigné de ces types qui vous font perdre votre temps… ?

- Mais non… attendez… bon c’est en off ce que je vais vous dire d’accord ?

- D’accord

- Excusez-moi pour cette généralité, je ne voulais pas vous blesser mais mettez-vous à ma place, avant vous j’ai eu trois pseudo-journalistes, deux concierges qui ne pensaient qu’à savoir avec qui je dormais à l’hôtel pendant le festival et un lourdingue qui cherchait mon regard pour me sourire comme un séducteur de salle de bains. Personne ne m’a parlé de cinéma ou de choses intéressantes alors que la vie propose quand même autre chose que des potins superficiels non ? On peut creuser un peu ou personne n’en est capable ?

- C’est quoi un séducteur de salle de bains ?

- Un type qui se regarde dans le miroir et qui se sourit en pensant qu’il est irrésistible.

- Très bien, on y retourne ? J’ai très envie de creuser avec vous et le temps presse.

- Allons-y. Merci.

- Vous êtes ici pour un rôle de femme qui semble avoir été écrit pour vous.

- C’est ce que je me suis dit quand je l’ai lu, un rôle comme ça, ça passe rarement plusieurs fois dans une carrière. J’ai adoré la justesse de ce que j’ai lu, cet auteur a une sensibilité particulière, je suis tombée amoureuse de lui au bout de vingt pages.

- Parlons d’amour, du vrai.

- Mais j’ai aimé au point de fondre ! Vraiment !

- Vous êtes de ces femmes inaccessibles, dont la beauté empêche tout élan de la part de quelqu’un d’ordinaire, quand on vous voit, on se dit que pour avoir la chance de sentir votre regard amoureusement ému il faudrait être un apollon, un comédien aussi célèbre que séduisant ou un homme riche, au moins d’un pouvoir particulier. Comment un homme qui n’a rien de tout cela mais des diamants plein le cœur quand il vous voit pourrait séduire la femme extraordinaire que vous êtes ?

- Qu’est-ce que c’est que ces conneries ? Pourquoi je serais une femme inaccessible ?

- Pardonnez-moi mais, si je vous écrivais une lettre qui vous touchait au cœur par exemple et que…

- Vous ?

- Oui moi…

- Parce qu’on parle de vous là ? Vous essayez de me séduire entre les lignes ?

- Pas du tout. Reprenons le fil s’il vous plaît. Je vous écris une lettre qui vous bouleverse, qui vous emporte, je vous donne rendez-vous dans un restaurant, et vous tombez sur moi, sur cette banale réalité physique qui ne reflète en rien tout ce que je suis mais peu importe, c’est ce que vous voyez à l’instant. Je vous emporte toujours autant ?

- Et pourquoi vous ne m’emporteriez pas ?

- Vous dites ça pour me faire plaisir… mais je vois bien que je ne vous fais aucun effet, et croyez bien que je ne cherche pas à vous en faire, c’est pour illustrer ma question. Votre beauté, votre classe, votre destin aussi, vous rendent inaccessible, comment pouvez-vous reconnaître un regard particulier parmi tous ces regards sur vous, qui sont tous forcément particuliers puisque vous êtes si particulière, à leurs yeux et dans l’absolu ?

- J’allais sévèrement vous engueuler mon cher pour votre insistance sur ce sujet et cette caricature de femme inaccessible alors que vous ne connaissez de moi que l’image médiatique qu’on vous sert, visant uniquement à nourrir des curiosités essentiellement superficielles, mais votre question est intéressante.

- Merci

- Par contre, nous n’aurons pas le temps de continuer avec d’autres questions puisque vous tenez à développer autant sur celle-ci.

- Très bien…

- Comment vous appelez-vous ?

- Raoul

- Vous dites ça parce que je vous ai parlé de l’auteur…

- Non, non, je m’appelle vraiment Raoul, je peux vous montrer ma carte d’identité si vous voulez

- Je vous crois. Raoul, c’est vrai que vous n’êtes pas tout à fait mon type mais si j’étais une petite infirmière de province vous ne seriez pas plus mon type, vous comprenez ? Je ne suis pas plus inaccessible qu’une autre, mais c’est vrai qu’on finit par se protéger un peu plus quand on est très sollicitée, et je passe peut-être à côté de regards qui brillent de ce qu’ils cachent à l’intérieur. De toute façon vous savez, je suis très fataliste, ce qui doit arriver arrive, tout est écrit, ou presque.

- Je pense exactement comme vous.

A ce moment précis, l’attachée de presse entre dans la chambre d’hôtel et lance à Simone :

- Simone, je sais que c’est très gratifiant de rencontrer celui qui a écrit votre rôle mais on a encore quatre journalistes qui attendent là !

- Pardon ??? (Elle regarde Raoul un long moment, interloquée, presque abasourdie. Il se lève, tend sa main pour prendre la sienne, elle lui tend sans dire un mot, il embrasse sa main) Vous… vous êtes ce Raoul là ? Pourquoi vous ne m’avez rien dit ?

- J’ai essayé mais vous étiez très pressée… Vous vouliez des questions, et ne pas perdre de temps, alors je vous ai posé des questions…

- Pourquoi vous m’avez posé cette question sur le regard ?

- Parce que je voulais savoir si j’avais une chance d’être aimé par une femme qui ressentait l’impression rare qu’on avait écrit pour elle ou si mon physique ordinaire pouvait vous empêcher de prendre le temps de voir la couleur de mes yeux.

(Elle s’approche des yeux de Raoul et les regarde fixement

- Ils sont magnifiques vos yeux…

- C’est un peu tard Madame, et presque trop facile après la chute du masque du journaliste curieux des frissons de la diva…

- Vous me prenez pour une diva ?

- Non, vraiment pas, je plaisantais. Simone, j’ai écrit ce rôle en pensant à vous, vous pourrez trouver des défauts chez moi, mais aucun qui dit du mal de vous.

- Je ne vais pas vous faire le coup de l’encre de vos yeux mais maintenant que je sais qui vous êtes, je vois la couleur de vos mots dans votre regard, et c’est très troublant. Aussi troublant que séduisant.

- Vous n’auriez pas pu la voir avant de savoir qui j’étais ?

- Je ne sais pas… Peut-être. Peut-être pas. Qui sait… ?

- Je vous laisse… Quelques questions sans intérêt vous attendent (Il sourit) Vous savez, il faut toujours prendre le temps d’observer ce qui danse dans le regard des autres, pas le regard qui insiste, mais celui qu’on cache, celui qu’on empêche de briller de peur de voir son éclat ne pas trouver de réponse, celui qui dit beaucoup de l’âme et des frissons.

- Raoul, qu’est-ce qui vous fait croire que je suis une femme aussi particulière ? Qu’est-ce qui vous fait croire que je pourrais être la femme de votre vie ? Que vous seriez l’homme de la mienne ?

- Parce que c’est écrit. Je suis comme vous Simone, je pense exactement comme vous, je vous l’ai dit tout à l’heure, je crois que tout est écrit. Mais concernant votre beauté, votre élégance, votre sensualité idéale, votre féminité absolue, concernant le fait que vous êtes la femme de ma vie et moi l’homme de la vôtre, j’en suis sûr, parce que là, c’est moi qui l’ai écrit.


Il se lève après un sourire tendre, Simone est séduite, le regard dans le vague, encore fixé sur la chaise désormais vide en face d’elle. Un journaliste vient s’asseoir sur cette chaise.


- Bonjour Madame... c’est un honneur pour moi d’être ici, quel est votre meilleur souvenir pendant ce festival ?

Simone, encore complètement sur une autre planète :

- Je viens de faire la plus belle interview de ma vie et elle ne sera jamais publiée…

- C’est votre plus beau souvenir ?

- Pardon ? Vous êtes ? Vous dites ? Excusez-moi je dois vraiment vous laisser là, je dois justement le rattraper...

Simone se lève

- Rattraper qui ?

- ...mon plus beau souvenir !!!

- Mais enfin Simone, on vient à peine de commencer !!! Et quel est ce souvenir ? De quoi on parle là ???

Simone met son manteau, ouvre la porte, passe devant son attachée de presse et les autres journalistes qui attendent et lance vers l’homme désormais seul dans la pièce :

- Du jour où j’ai rencontré l’homme de ma vie !!!





Franck Pelé – textes déposés SACD – Mai 2015

mardi 5 mai 2015

Le balcon



Raoul vivait dans cet appartement parisien depuis l'été précédent. En ces premiers jours de saison douce, il attendait l'éclosion d'une fleur particulière. Elle ne pousse pas cette fleur, elle surgit, elle vit, elle respire, elle parfume quiconque est témoin de sa présence. On peut la voir sur un balcon, là-bas, juste en face. Il l'avait vue pour la première fois l'année dernière, dans les derniers jours de l'été. Il regardait par la fenêtre, entre curieux et rêveur, et elle est apparue. Il avait alors ouvert sa fenêtre pour s'accouder à la balustrade et fumer une cigarette, feignant de l'avoir vue. Mais à l'instant où il avait levé les yeux pour la voir d'un peu plus près, elle était rentrée chez elle. Et les trois fois suivantes, ce fût le même scénario, à chaque fois qu'elle sortait il ouvrait la fenêtre pour fumer, et à chaque fois elle rentrait.

Aujourd'hui c'était samedi, un des premiers du mois de mai, il ne l'avait pas vue de l'hiver. Quand elle est sortie, il n'a pas ouvert sa fenêtre, il est resté debout, derrière la vitre, et il l'a regardée, emporté par un plaisir silencieux qui aurait pu être frère avec celui qu'on ressent au moment de retrouver le soleil. Il était subjugué par sa beauté, par son charisme, par elle. Elle a vu qu'il la regardait, elle n'a pas esquivé cette attention particulière, elle l'a fixé à son tour, sans bouger, sans sourire, comme pour demander la raison de cette insistance. Il a souri. Pas elle. Ou à peine, comme un réflexe poli qu'elle aurait retenu si elle avait pu. Il est allé dans son salon, a ouvert un tiroir dans le meuble près de la porte, a pris une feuille blanche et à écrit au marqueur noir "Pourquoi vous ne souriez pas ?". Il s'est approché de la fenêtre, l'a ouverte et a présenté ses mots à sa voisine d'en face. Elle a failli sourire mais est restée en maîtrise. Elle est rentrée chez elle. Il a refermé sa fenêtre, a posé sa feuille, puis a commencé à casser des œufs pour son omelette aux lardons du samedi. Il jetait un œil régulièrement en face. Puis il s'est arrêté de respirer, elle était là, sur le balcon, avec une feuille entre les mains, on pouvait lire "Pourquoi devrais-je sourire ?". Elle fait alors glisser une feuille par-dessus celle de devant qui disait "Pourquoi me regardez-vous ?" S'engage alors un dialogue écrit entre eux :

- "Je vous regarde parce que la lumière attire toujours"

- "Est-ce que vous pouvez parler plus fort ?" (toujours par voie écrite avec de grosses lettres sur une feuille blanche, plusieurs feuilles se succédant s'il le faut)

Il repart dans le salon, ajoute trois points d'exclamation, et réapparaît avec sa pancarte :

- "Je vous regarde parce que la lumière attire toujours !!!"

Elle plisse les yeux, c'est difficile de lire à cette distance, elle rentre chez elle et revient avec une paire de jumelles. Elle lit. Elle sourit. Elle rentre à nouveau, écrit sur une feuille et brandit un "merci" écrit en grosses lettres. Il plisse les yeux, faisant mine d'avoir mal lu, rentre chez lui, revient aussi avec des jumelles, il les met sur son nez et regarde attentivement le panneau qu'elle lui tend. Très attentivement. En voyant les jumelles bouger de haut en bas, elle comprend qu'il la regarde. L'angle de l'inclinaison indique clairement qu'il regarde ses jambes, ses courbes sont idéales, fondantes, il remonte sur son visage qui cette fois est complètement fermé. Elle prend une feuille, écrit nerveusement, et lui montre un "J'arrive" avec autorité. Il pose les jumelles, la regarde quitter le balcon, assez incrédule, il regarde dans la rue, attend quelques secondes, et elle apparaît, d'un pas plus que décidé. Elle s'arrête au milieu de la rue et lui crie :

- C'est où ?

- Troisième droite, au 42, la porte marron devant vous.

- Votre nom ?

- Il n'y a qu'un appartement au troisième à droite...

Elle entre dans l'immeuble. Il se dirige vers l'entrée, il entend ses pas dans l'escaliers, ses chaussures claquent chaque marche avec un élan vrament décidé. Elle frappe à la porte de Raoul. Il ouvre, avec un sourire hésitant, il ouvre la bouche pour dire bonjour, il n'a pas le temps :

- Je ne vous dérange pas là avec vos jumelles ? Vous voulez que je remonte ma jupe pour vous faire un avis précis ? Mais peut-être que vous connaissez déjà tout ce qu'elle cache depuis votre perchoir... vous m'épiez la nuit ? (elle hausse le ton) Est-ce que vous m'avez déjà observée avec vos jumelles pendant que j'étais chez moi ???

- Vous ne voulez pas entrer pour qu'on en parle ? On sera mieux... et puis il y a des voisins ici...

- Non ! Que vos voisins sachent qui vous êtes !

- Arrêtez enfin... c'est vous qui avez commencé avec les jumelles, j'ai trouvé le jeu amusant et vous m'avez fait penser que j'en avais aussi, je les ai prises pour vous faire sourire, comme pour insister sur mon étonnement à l'endroit de votre merci...

- C'est étonnant que je dise merci ???

- Un peu oui... C'était votre premier mot gentil...

- Je rentre mais deux minutes. Parce que j'ai froid.

- Je m'appelle Raoul, enchanté.

Il lui tend la main, elle l'ignore superbement en rentrant directement dans le salon. Au moment où il allait l'inviter à s'asseoir, elle a déjà pris place autour de la table. Il la rejoint, s'assoit à son tour, et au même moment elle se lève, et se dirige vers la fenêtre.

- Alors c'est ici votre poste de garde...

- Mais pas du tout... Vous ne regardez jamais dans la rue vous ?

- Si, ça m'arrive, mais je ne harcèle personne !

- Je vous harcèle maintenant ? Bon, je crois que vous n'êtes pas très objective là... Ou alors prisonnière d'une mauvaise expérience qui me fait passer pour ce que je ne suis pas...

- Ecoutez-moi bien RAOUL, les petits voyeurs comme vous ne m'intéressent pas, les concierges d'immeuble en général ils sont tout en bas, c'est pour ça que j'aime prendre de la hauteur, je vous ai trouvé sympathique au début de cet échange écrit, ça me rassurait un peu par rapport à l'idée que je me faisais de ce voisin mateur, mais quand j'ai vu que vous me dévisagiez avec vos jumelles, déculottiez serait plus juste, je peux vous dire que vous avez eu de la chance de ne pas avoir été à portée de pot !

- Ecoutez-moi bien madame qui ne daigne même pas se présenter ! Je vous regarde parce que vous êtes ce qu'il y a de plus lumineux, élégant, ravissant à des kilomètres à la ronde ! Vous éclairez tout le gris de cette rue à chaque fois que vous apparaissez ! La première fois que nos regards se sont croisés je vous ai souri, vous n'avez même pas répondu ! Et à chaque fois que j'ouvrais ma fenêtre, vous refermiez la vôtre ! C'est interdit d'être séduit par vous ? On doit tourner la tête et se réfugier dans la cave quand vous sortez prendre l'air ? Vous aimez prendre de la hauteur au point de vous croire supérieure à tout et à tout le monde ? Oui j'ai baissé mes jumelles, pas pour contenter une nature perverse mais pour regarder le tableau dans son ensemble, je n'ai pas pu m'en empêcher. Je voulais voir vos jambes, vos chaussures, comment vous les portiez, si vous aviez des bas, ce que disaient vos courbes de vous, je voulais voir votre bouche plutôt que la deviner, je voulais être sûr de la couleur de vos cheveux, presque sentir la douceur de votre peau. Ce qui est un poil plus élégant que cette intention déculottée que vous avez imposée sans discussion !

Il se lève, la prend par la main et la ramène vers la porte. Il ouvre la porte et sur sa lancée :

- ...mais je dois mettre fin à cette entrevue parce que j'ai peur que vous ne finissiez par m'accuser d'espionnage de vos traits si je devais céder à la tentation de m'y perdre plus de dix secondes. Je ne vous raccompagne pas, vous connaissez le chemin, essayez de ne pas trop exprimer votre contrariété sur le bois des marches de ma défaite, vous serez bien aimable... J'aurais rêvé que vous puissiez les monter un jour, sûre de votre succès, que j'aurais confirmé d'un regard, d'une main dans vos cheveux, d'un sourire vainqueur, mais j'ai compris que vous étiez la seule à pouvoir décider de ce qui vous rend belle, à décider des heures d'ouverture au public pendant lesquelles tout regard sur votre beauté est autorisé. Je vous trouve moins belle à présent, dormez tranquille.

Il claque la porte. Il n'entend pas un bruit pendant quelques secondes, puis des pas, lents, expressifs, presque interrogatifs, dans cet escalier devenu une métaphore beaucoup plus longue à descendre que le bois dont elle se chauffait avait été facile à monter.

Elle ne s'est pas montrée de la semaine sur le balcon. Même les jours ensoleillés. Pas l'ombre d'une fleur. Pris de remords, Raoul est allé glisser une lettre dans sa boîte. Mais ne connaissant pas son nom, il l'a laissée dans la boîte de la concierge, avec sur l'enveloppe "à la jeune femme brune du troisième". Il lui a écrit ces mots :

"Chère inconnue, je dois partir pour quelques jours dans le sud de la France, je veux vous présenter mes excuses pour la façon dont j'ai exprimé ma colère, vous vous étiez tellement trompée sur moi. J'aimerais qu'à mon retour nous dînions ensemble, je pars au moins deux semaines, je vous laisse mon adresse pour que vous puissiez me répondre avant mon retour à Paris. Si vous ne me répondez pas, je resterai probablement plus longtemps. Peut-être toujours. La vue ici est magnifique et elle ne me fait aucun procès d'intention. Merci."


Tous les matins, dans son petit village varois, il ouvre sa boîte aux lettres, avec un petit pincement au cœur, et il ne trouve rien. Rien de ce qui ressemble à ce qu'il attend. Il se demande si elle a aimé sa lettre, peut-être a-t-elle été encore plus contrariée, peut-être a-t-elle été touchée ? Ce jeudi-là, au moment de prendre son courrier, il ne s'attendait vraiment pas à cette enveloppe d'un bleu particulier, le cachet était parisien, l'adresse écrite avec élégance, c'était elle. Il ouvre l'enveloppe, le cœur battant, il déplie la lettre pliée en trois. Une seule phrase. Début de déception. Il la lit : "Bonjour Raoul, je ne viendrai pas chez vous. Mais vous saurez bientôt comment je m'appelle." Déception totale. Elle avait mal pris l'ironie légère de son voisin dans sa lettre d'excuses. Il fait une boule de papier avec la lettre et la lance dans la poubelle du jardin comme on voudrait mettre un panier. Raté... Il souffle, rentre la tête un peu basse, sourit en pensant qu'il avait été une fois de plus optimiste quant à la nature des âmes qu'il aime, puis remonte dans son appartement avec une vue imprenable sur la mer et les pins, sans trop de vis-à-vis, un havre de paix. Il se prépare un café, ouvre sa fenêtre, s'accoude à la balustrade de son balcon et regarde la mer, sa tasse à la main.

Soudain, la porte-fenêtre du balcon de l'appartement d'en face, légèrement sur la gauche, s'ouvre. Une femme apparaît. Il se redresse, n'en croit pas ses yeux. C'est elle... Elle a une feuille blanche dans la main droite, elle s'avance vers le bout de sa terrasse, face à Raoul et elle brandit sa feuille sur laquelle on peut lire "Simone".

Puis elle parle, sans crier, le silence permet une écoute idéale :

- Je vous avais promis que vous sauriez comment je m'appelle... Et je vous avais dit que je ne viendrais pas chez vous... alors j'ai pris un petit chez moi. Pour le dîner, vu le temps, on peut manger sur le balcon non ?



Franck Pelé - textes déposés SACD - mai 2015

(Photo André Kertesz - Paris 12 juillet 1975)

samedi 2 mai 2015

Plus douce sera la chute




- Vous faites vraiment très très bien la planche

- Merci...

- Vous pourriez me la prêter ?

- Ah non je suis désolée... ça fait trois fois que je la prête depuis le début de l'année et à chaque fois les gens tombent...

- C'est parce qu'ils ne maîtrisent pas... Ils tombent comment ?

- Amoureux.

- Ah... là... c'est vrai que je ne garantis pas d'éviter ce genre de chute... Et vous n'avez jamais eu envie de laisser tomber ? Je veux dire de laisser quelqu'un tomber amoureux ?

- Mais à chaque fois qu'il y en a un qui tombe raide dingue, à chaque fou amoureux, ça tombe sur moi ! Je ne veux pas de ces cascadeurs qui se voient tomber plus beaux qu'ils ne sont, ces hystéros du frisson qui bouillonnent dès qu'un battement particulier dérègle leur horloge alors qu'ils ne sont jamais à l'heure ! Moi je veux un amoureux qui tombe en douceur, élégamment, légèrement, profondément, lentement mais sûrement, je veux qu'il tombe amoureux de moi, pas qu'il tombe sur moi, comme on aime par hasard... Alors là oui, je le laisserais tomber, et aucun homme n'aura jamais été aussi heureux qu'on le laisse tomber...

- Madame... Prêtez-moi votre planche s'il vous plaît. Je vous jure que je ne tomberai pas.

- Je ne sais pas comment je dois le prendre...

- Prenez-le comme vous voulez, il faut se méfier de certaines attractions, parfois on croit tomber alors qu'on se redresse. Et même en amour ce n'est pas forcément une mauvaise nouvelle. Allez savoir si ce n'est pas vous qui vous lèverez amoureuse quand je vous aurai retiré ce poids derrière lequel vous vous cachez...

- Vous me plaisez. Vous êtes ?

- Raoul

- Simone... Si je vous prête ma planche, vous m'emmèneriez faire un tour ?

- Aussi loin que vous voudrez... mais vous n'auriez pas peur qu'on tombe tous les deux ?

- Je prends le risque...




Franck Pelé - Mai 2015 - textes déposés

Simone calling





- Qu'est-ce que tu fais ?

- Je révise le texte pour le casting de Simone.

- Simone ?

En voiture Simone, tu ne connais pas ?

- Non... ça parle de quoi ?

- De toi, de nous, des gens, des sentiments, des plaisirs, des larmes qui meurent, des sourires qui naissent, des amours profondes, des regrets, des extases, ça parle du rire, de la vie, d'égoïsme, de générosité, de folie, de ce qui vit entre les lignes, de ce qui fleurit sous les masques, tous mes amis qui ont lu Simone sont restés fidèles.

- Ah bah je vais le faire lire à mon mari alors... si en plus ça parle de bagnole...

- Ah non non, ça ne parle pas de bagnole, c'est une expression en voiture Simone, c'est un blog au départ,www.envoituresimone.fr, et comme ce blog a gagné un prix, l'auteur a trouvé un producteur pour l'adapter en format court, et là, ils vont tourner un pilote grâce à des fonds récoltés auprès des lecteurs enthousiastes. Tu peux aller voir la page En voiture Simone - le pilote si tu veux des infos sur le casting et tout le reste.

- Un pilote ? Je croyais que ça parlait pas de bagnole ?

- T'es compliquée Paulette quand tu t'y mets...





- Oui la Police ? Je voudrais signaler l'imminence de l'arrivée d'un personnage féminin dans notre milieu qui pourrait faire beaucoup de bruit... Elle s'appelle Simone. Non je n'en dirai pas plus... et je tiens à rester anonyme. Un indice ? Mais à quoi on joue là ? Mon nom est personne vous m'entendez ?




- Oui bonjour c'est Mademoiselle Mansfield, j'appelle pour le rôle de Simone... Je suis blonde et j'ai une poitrine à faire tomber tous les Raoul du monde...

- Ah mais ça ne suffit pas pour être comédienne Mademoiselle Mansfield...

- Et ben ça m'a suffi jusqu'à maintenant !

- Et puis que vous ayez des gros seins, des petits, des faux, des qui tombent ou qui regardent en l'air, là n'est pas vraiment la question. Il faut qu'elle incarne les mots autant qu'elle fait fondre par sa nature... Simone c'est la classe, le charme, le naturel, le flamme qui danse, la lumière qui jaillit, c'est LA femme. Elle incarne la femme, intemporelle, idéale, imparfaite et incontournable.

- Incarne ? Est-ce que ça a un rapport avec les ongles ? Parce que j'ai de très beaux ongles vous savez ! Et puis vous parlez de faux seins mais ça n'existe pas les faux seins, quelle drôle d'idée ! Comment on fait, ça se visse, ça se clipse ?

- ...ça va venir... il y a bien des fausses blondes...

- Mais... comment vous savez ça ? Vous connaissez Nina ? Vous connaissez mon esthéticienne ?

- Pas du tout non mais vous avez les sourcils charbon et les cheveux soleil, vous auriez dû finir le boulot... C'est comme si Miss Monroe avait un bouc, on y croirait moins...

- Comment osez-vous ??? Miss Monroe comme vous dites n'a peut-être pas de bouc mais elle couche avec le président, ça vous en bouche un coin ça hein ??? Le Président des Etats-Unis d'Amérique !!! Et c'est elle qui va rester dans l'Histoire ?

- Je pense oui... et je ne vois pas le rapport avec sa vie privée... Elle est plus proche de Simone que vous...

- C'est un complot ! Je suis dégoûtée !!! J'avais appris tous les textes par cœur ! Simone c'est moi ! La CIA va me savonner la planche et vous êtes dans le coup !!! Elle commence à me gonfler la Monroe, je vais la désaxer... Et ils peuvent venir en famille les Kennedy, rien à cirer ! Je balancerai tout à la presse ! Et je viens de faire tomber mon café, merde !!!!

- Vous êtes vulgaire, vous n'aviez aucune chance...

- Et ta mère c'est Simone, c'est vulgaire ça ???

- Je lui dirai, elle va adorer...





- Yes John c'est ton frère.

- Pourquoi tu dis yes ? Ça ne ressemble pas à notre éducation...

- Bah parce que je suis américain !

- Fair enough... ok je valide. Je t'écoute.

- Dis donc y'a Tim qui m'a appelé des bureaux d'écoute de la CIA et apparemment y'a la blonde qui voudrait balancer...

- Elle ne ferait jamais une chose pareille...

- Non pas elle l'autre.

- Les flotteurs ?

- Oui

- Je vais réfléchir, on va lui passer l'envie... Je vais appeler Frankie, ou Martin... Je vais voir. Merci... Les enfants vont bien ?

- Ils m'arrosent avec le jet d'eau, c'est le Viet Nam mon pote ! Oui ça va super, mais et toi ? Je te sens un peu distant... Tu vas bien ?

- J'ai fait un rêve bizarre, dans une décapotable, un truc pas terrible à raconter...

- De toute façon tu ne crois pas aux signes toi non ?

- Non






- Oui bonjour je voudrais parler à Frank Sinatra s'il vous plaît.

- De la part ?

- De John Kennedy

- C'est ça et moi je suis Bobby Ewing

- Qui ça ?

- Un type de Dallas

- C'est marrant que vous me disiez ça parce que figurez-vous que je fais un rêve récurrent en ce moment et...

- J'ai pas le temps pour des blagues de ce genre Monsieur, je vais raccrocher.

- Tu t'appelles Hector Morales, tu réponds au téléphone de Frankie depuis deux ans, sept mois et trois jours, tu t'es mariée en septembre dernier avec Carlota, dont le père tient le drugstore à l'angle de la 7ème et de Park Avenue, tu détestes les épinards mais tu ne dis jamais non à un rhum cubain, tu dors sur le côté, tu ronfles entre deux et quatre heures du matin, tu as une Chevrolet marron avec le capot beige, tu planques un 9 mm dans ta boîte à gants et tu dois 3988 dollars à ton beau-père depuis sept ans, ça te va là ?

- Heu... 3997 dollars exactement...

- Je n'ai pas eu le dernier rapport de mardi avec les intérêts de la semaine en cours. Frankie est là ?

- Oui je vous le passe Monsieur le Président...

- Oui allô ? John ? C'est toi ?

- Excuse-moi de te déranger Frankie mais j'ai un petit souci avec l'autre furieuse de Mansfield qui menace de tout balancer sur Marilyn et moi. Si Jackie apprend ça, elle va aller au grec et je peux pas me permettre qu'elle mange gras en période électorale, surtout si le gras est armateur tu vois le genre ?

- Mais pourquoi elle veut balancer ? Elle a des revendications ?

- Elle veut jouer Simone, un rôle créé par un français qui a rejoint une prod française pour l'adapter en format court.

- Ah... oui mais alors là je peux rien faire... et à propos, tu sais s'ils ont trouvé Raoul ou pas ? Parce que Raoul, c'est du sur-mesure pour moi !

- Attends t'es sérieux là ? Je t'appelle en personne pour que tu me sortes du pétrin et tu me parles casting ??? Je vais te montrer qui c'est Raoul dans ce pays moi !

- Attends ! Attends... Je vais te chanter une chanson... tu veux ? Calme-toi... Happy birthday to you Mister President... Happy Birthday...

- Arrête tes conneries tu peux pas lutter... Je suis déçu Frankie... Je vais appeler Martin...







- Oui Martin c'est John.

- Salut John.

- Dis donc, j'ai un petit souci avec Jayne Mansfield là, elle veut mettre à mal l'Amérique, donc le monde entier, et je me suis dit que ce serait pas mal que tu lui mettes autre chose dans la tête...

- C'est à dire ?

- Bah tu sais comme moi que les blondes aiment bien les blacks, et vice-versa, peut-être que si tu lui expliques le Black Power elle va me lâcher avec Simone.

- Qu'est-ce que c'est que ces conneries ? Tu sais où j'en suis avec vos caricatures à la noix qui durent depuis trop longtemps ? En garde à vue ! Et tu sais pourquoi ? Parce que je veux que les noirs aient autant de droits que les blancs ! Et aucun membre du gouvernement n'est venu me soutenir ! Et toi tu m'appelles pour que je te rende service parce que les blondes aiment bien les blacks ?

- Et vice-versa...

- Déjà dire black c'est stigmatiser, tu dis noir, ou les noirs, et ça va très bien, vous avez tous peur de dire "noir" mais il ne faut pas avoir peur, c'est avec la peur que commencent les différences !

- Mais oui mais regarde aussi, je t'appelle pour que tu me files un coup de main et tu me fais un discours ! C'est dingue ça... Si ta femme ne met pas assez de sel tu lui fais un exposé sur le goût des autres ?

- Pourquoi le sel ?

- Hein ?

- Pourquoi le sel et pas le poivre par exemple ? Tu aurais pu choisir le poivre dans ton exemple, et bien non, tu as choisi le sel, le blanc, toujours le blanc. Et pourquoi pas assez ? Tu aurais pu dire qu'elle avait mis trop de sel, comme on met trop de blanc, mais non, tu as dit pas assez...

- Bon, tu sais quoi Martin ? Je vais te rappeler plus tard. Moi je n'ai aucun problème avec les blacks, enfin les noirs, on est tous frères, tiens d'ailleurs je vais demander à ton frère, c'est le genre de plan qui va lui plaire à Burger.

- Il se lance dans la création d'entreprise, il n'a pas une seconde à lui, oublie.

- Vous êtes forts chez les King... tu sais, j'avais juste pensé à toi pour que tu fasses un petit tour vaudou à la Mansfield, rien de plus.

- Tssssssst. Tu stigmatises. Pourquoi elle veut balancer ? C'est qui cette Simone ?

- Une femme à jouer, un rôle idéal.

- Elle est noire ?

- Bah non puisque Jayne peut le jouer.

- Et pourquoi elle serait pas noire ?

- ... je ne sais pas... elle pourrait j'imagine...

- Tu lui changes son prénom, elle s'appelle Annette et elle est noire et je t'arrange une sortie en douceur avec Air Jayne.

- Mais En voiture Annette ça veut plus rien dire !

- On s'en fout, si elle est noire, personne ne regardera la voiture. 






- Oui Jane... Lieutenant Harrison bonjour... Dis-moi j'ai reçu un appel anonyme hier et je suis sûr d'avoir reconnu ton père

- Ah ça m'étonnerait il aurait appelé en masqué non ?

- Je ne sais pas comment il était fringué mais à la voix, c'est Henry c'est sûr. J'ai vu Douze hommes en colère douze fois.

- T'as eu du pot qu'ils n'étaient pas soixante... Et il voulait quoi papa ?

- Me prévenir de l'arrivée imminente d'un personnage féminin qui allait faire du bruit dans le milieu...

- Haaaaan ! C'est pas vrai... il sait pour Simone...

- Mais oui, il parlé de Simone c'est exact ! Tu sais quelque chose ?

- Je sais que je suis exactement taillée pour ce rôle et que si mon père a balancé l'info trop tôt je l'envoie au fin fond de l'Ouest apprendre l'harmonica !!! Il est relou mon père quand il s'y met franchement... Je vais appeler Warren... S'il n'est pas occupé avec une de ses 5000 maîtresses, il pourra peut-être me donner la réplique...






- Warren c'est Jane, ça va ?

- Hey Jane ! Heu Jane... laquelle exactement ? Jane Russell ? Jane Fonda ? Jane Birkin ? Jane Calment ?

- T'es vraiment un p'tit con Warren...

- Ah Jane ! Je te reconnais là...

- Dis, tu sais que c'est parti pour Simone et Raoul ?

- Quoi le casting ?

- Non ne dis pas ce mot-là malheureux ! On n'est pas du bétail ! Non... les auditions s'il te plaît... Un casting c'est une foire, c'est la Nouvelle Simone avec un jury, non là, ils veulent juste trouver la Simone idéale et son chéri préféré, et ils vont auditionner des comédiens confirmés pour mesurer l'évidence au moment de l'incarnation...

- Ouh là, longue phrase... Je suis un peu coincé au niveau intestinal là, je suis désolé Jane mais il faut que tu fasses court, bref, précis, limpide.

- Tu veux être Raoul ou pas ? Et d'après ce que je sais, tu pourrais faire tomber le président si tu acceptes.

- Qu'est-ce que c'est que ces conneries ?.

- Jayne Mansfield menace de tout balancer sur Kennedy et Monroe si elle n'obtient pas le rôle de Simone, alors on auditionne toi et moi, on emporte le morceau et on déclenche un scandale interplanétaire !

- Wow... ça me tire c'est terrible... dépêche-toi parce que j'ai une commission importante à faire là...

- Mais je viens de tout te raconter en détails ! Putain c'est pas vrai ! Mais toi dès qu'une femme te parle habillée ou à distance ça compte que dalle ! Je te parle d'un projet en or pour notre carrière et d'un scandale de dingue en gestation et toi tu me parles de tes intestins ! Tu crois que tu vas faire tomber JFK avec une commission Warren ???





- Mais non Robert je te promets que je n'y suis pour rien moi ! Je n'ai rien à voir avec cette histoire de commission Warren ! Et je n'ai pas 5000 maîtresses ! Là je suis Dir Cab pour McGovern, et je peux te dire que j'ai autre chose à faire que de m'occuper des militantes ! Les seules urnes qui auront mon bulletin seront électorales !

- Grande classe Warren...

- Oh ça va Robert... tu te crois beau gosse avec ta moustache ?

- Comment tu sais que je me laisse pousser la moustache ? Il n'y a que ma femme qui est au courant...

- Je... c'est parce que ça s'entend... ta lèvre supérieure ne vibre pas pareil quand tu parles ? t'entends pas toi ?

- Warren, si tu as touché UN cheveu de ma femme je te promets que tu auras peur des blonds jusqu'à la fin de ta vie...

- Ah non, je ne lui ai pas touché un seul cheveu par contre !






- Oui chérie c'est moi... Dis donc mon cœur, tu as vu Warren dernièrement ?

- Pour notre petite séance ciné oui, jeudi dernier, comme tous les jeudi... pourquoi ?

- Il a été normal avec toi ? Je veux dire... enfin... vous avez vu quel film ?

- Hair ! C'était top ! Oui il était comme d'hab, après on est allé chez lui il a voulu qu'on se fasse deviner les chansons en les mimant...

- TOUTES les chansons ?

- Heu... oui... mais tu connais Hair toi ?

- J'ai failli jouer dedans ! J'ai tout chanté mille fois pendant les auditions, j'ai révisé six mois dans ma Ford fiesta rouge !

- Attends... Ta Ford fiesta rouge ? Ne me dis pas...

- Quoi... (faussement étonné, il sait qu'il va se faire griller...)

- Ne me dis pas que ça vient de là Redford...

- Fallait que je trouve un nom très vite et ça m'est venu immédiatement.

- Oh le mythe qui se brise !!!

- Bon, je dis rien pour Hair et tu dis rien pour la voiture...

- Ok ça marche. De toute façon on n'a pas mimé la chanson à laquelle tu penses avec Warren...

- Ah bon ? Bah alors je me suis fait avoir là !

- Non parce qu'on a fait Black boys / White boys quand même... et j'ai trouvé direct. Il mime super bien Warren en même temps... mais j'ai aussi du talent pour reconnaître ses mimes non ?






- Oui John c'est Marilyn... Oui Monsieur le Président pardon...rrrroooo ça va, t'es pas sur écoute non plus...

- Je ne sais pas, Nixon me dit toujours qu'on ne risque rien mais je me méfie... Dis-moi tu sais que la mère Mansfield veut tout balancer sur nous si elle n'a pas le rôle de Simone ?

- Hein ? Mansfield ? Pour Simone ??? Mais à part flotter si elle tombe à l'eau elle veut proposer quoi de particulier Mansfield ? Simone c'est moi non ?

- Ah bah pour moi oui c'est évident... même si apparemment ils cherchent plutôt une brune.

- Oui et bien ils disent ça parce qu'ils ne m'ont pas encore vue. Je peux te dire que s'ils me voient en couleur, ils ne vont pas avoir besoin de sept ans de réflexion pour se rêver à ta place mon Raoul !

- Tu es en noir et blanc là ?

- Oui mais je vais me changer.

- Tu es encore au bureau ?

- Oui.

- Avec l'autre pervers ?

- Oui...

- Et il croit toujours qu'il a ses chances ?

- Malheureusement oui...

- Il se met le doigt dans l’œil n'est-ce pas ?

- Non en fait juste à côté, t'as des gens qui ratent tout, c'est comme ça, c'est dingue... Bon je te laisse chéri, il faut que j'appelle Madame Robinson pour samedi soir. Et dis à la Mansfield que Simone peut être blonde à la seule condition que ce soit moi qui la joue. Il est des blondeurs qui ne passent pas l'été. Alors imagine à la télé...




- Oui bonjour je voudrais parler à Madame Robinson s'il vous plaît...

- C'est de la part ?

- Marilyn, une amie.

- Elle n'est pas là je suis désolé...

- Vous êtes ?

- Un ami...

- Mais pourquoi je n'entends rien autour de vous ?

- C'est le son du silence.

- Vous pouvez parler anglais s'il vous plaît ?

- This is the sound of silence.

- Oh... ok... fair enough... please tell Mrs Robinson I'll call tomorrow...





- Oui Jackie c'est Frankie... dis-moi, tu savais que Marilyn couchait avec ton mec ?

- Arrête... Non c'est impossible il n'aime que les brunes...

- Oui bah tu ferais mieux d'ouvrir un peu plus les yeux parce que Jayne Mansfield aurait menacé de tout balancer si elle ne jouait pas Simone...

- Je n'en reviens pas... Je croyais qu'elle était avec Montand !

- Cette époque perd ses valeurs, de Montand on ne passait pas du coq à l'âne...

- Tu parles du président là ?

- Bon allez je t'emmène manger, un grec ça te dit ?

- Moi vivante je ne me taperai jamais un grec. J'ai horreur de ça. Viens à la maison plus tôt.

- Je ne peux pas, je fais The Voice dans deux heures, tu habites trop loin.

- Bon... il faut que je lui mette quelqu'un dans les pattes... Je vais appeler Sophia. Merci Frankie à bientôt, bon courage pour The Voice, je suis sûr que tu peux gagner, tu imagines la trace que tu laisserais dans l'histoire ? Je pourrais venir t'encourager tiens, c'est dans deux heures tu dis ?

- Mais c'est un grec qui présente.

- Ah non oublie alors. Je vais me faire Thalassa en replay. Bisous







- Oui Steve c'est Jackie... Dis-moi tu aurais le numéro de Sophia ?

- Salut Jackie... pourquoi j'aurais le numéro de Sophia ?

- Oh allez pas à moi s'il te plaît, je sais très bien que tu as les numéros de toutes les Simone du monde. Et Sophia, elle est dans le top 10 des Simone non ?

- Ah Sophia, à son top, elle peut concurrencer Audrey Hepburn, Raquel Welch et Jacqueline Bisset pour le rôle. Attention à l'anglaise aussi, Diana Rigg, la fille de Chapeau melon, elle a un charme fou. Tara King aussi d'ailleurs.

- Bon, je te fais confiance Steve, je sais que tu as du goût, sauf pour les tapis...

- Ok, je te donne son 06 ?

- Je t'écoute...

- Ah non elle est sur scène là, je te donne le fixe du backstage.








- Oui allô ?

- Sophia c'est Jackie.

- Oui Jackie, que se passe-t-il ? Pourquoi tu m'appelles ici ?

- C'est Marilyn, elle veut passer le casting pour jouer Simone.

- Mais c'est moi Simone !

- Oui, c'est toi, j'en suis aussi convaincue, je voudrais lui donner une petite leçon, tu ne voudrais pas te rendre au casting le même jour qu'elle ?

- Pourquoi... ça concerne John ?

- Disons qu'il ne peut y avoir qu'une Simone dans le lit de mon Raoul et apparemment elle a voulu passer le casting là aussi...

- Bon, je m'en occupe, tu peux compter sur moi. Mais de toute façon, ce rôle il est pour moi, c'est LA femme.

- Il va quand même falloir que je lise ce rôle, tout le monde m'en parle...

- Ah non ! Tu as trop de relations et ce serait faussé !

- Bon... merci Sophia...

- Je t'en prie. Embrasse John pour moi.



F.P.