Simone et Raoul

Simone et Raoul
Avant eux, le couple n'existait pas. (photo Marc Montezin)

samedi 19 février 2011

Rebondissement


- Tu fais la tête ?

- Non...

- Simone... Je te connais par cœur...

- Mais non je te jure...

- Pourquoi ai-je l'impression que quelque chose te ronge doucement les nerfs alors ?

- Peut-être mon air sérieux quand je lis ?

- Non, c'est autre chose. Tu n'es pas heureuse ?

- Évidemment que si chéri. Mais je...

- Ah ! Il y a un "mais" !

- Bon... D'accord. Voilà. Je ne sais pas comment on va s'en sortir, on n'a plus d'argent, je n'ai plus de proposition de rôle depuis l'histoire aux Oscars, ton voyage pour me décrocher la lune a été magnifique et on n'a pas fini de le raconter, mais on n'a pas fini de le recompter non plus malheureusement...

- C'est ça qui te met dans cet état ?

- Quoi "ça" ? C'est une bonne raison non ? J'adore l'idée de vivre d'amour et d'eau fraîche mais au bout d'un moment, ça devient tellement chaud que l'eau commence à bouillir et je n'ai ni envie de me brûler ni l'envie de voir notre insouciance s'évaporer !

- On a une bonne étoile chérie, tout va s'arranger. Et puis on a toujours rebondi, non ?

- Peut-être oui... mais toute série a une fin. Et puis la vie propose parfois des cycles un peu plus sages.

- Que veux-tu dire ? Tu n'aimes plus le sel de nos aventures ? La folie de nos imprévus ? L'ivresse du risque ?

- Si. Mais il se trouve que, même si on a toujours rebondi, je ne suis pas encore préparée au rebond qui m'attend.

- C'est à dire ?

- Je suis enceinte Raoul.

- Pardon ?

- Tu vas être papa. Et même si tu me rapportais toutes les lunes de la galaxie, aujourd'hui j'aurais plutôt besoin de tout l'or du monde pour offrir à la pépite que tu as placée en moi le plus confortable des mondes !

Raoul, une larme coulant doucement vers son sourire bouleversé :

- Mon amour... Mon amour !!! C'est extraordinaire ! C'est de la magie pure ! Je suis comme électrisé de partout ! Bon. Je reviens.

- Tu vas où ?

- Si par un hasard hallucinant notre enfant te demande où je vais, dis-lui que je suis parti lui chercher de quoi rassurer sa mère !

Raoul embrasse Simone à pleine bouche, lui passe la main dans les cheveux en la regardant amoureusement dans les yeux, se lève brusquement et part en claquant la porte.

- Raoul !!! Où tu vas ??? Raouuuuul !!!!

Rider on the storm


- Je me demandais si tu voulais bien être mon cavalier pour ce soir ?

- Tu te sens prête Simone ?

- Si je me sens prête ? Raoul, ça fait trois heures que je me prépare avec Paulette, je me sens plus sauvage que la plus sauvage des juments, alors si tu veux tenir mes rênes pour t'essayer au plus torride des rodéos, c'est le soir ou jamais !

- Je veux tenir ma reine... Et elle pourra tout essayer, ruades et cabrioles, je resterai en selle.

- Ne lâche pas la bride chéri, même une seconde, sinon je te ferai sauter des obstacles à une vitesse vertigineuse et il te faudra une sacrée endurance pour aller au bout de la chevauchée qui t'attend...

- J'ai une telle faim de cette ivresse promise qu'il me semble avoir l'estomac dans l'étalon !

Butterfly


- Quel style étrange que cette ceinture ma chérie...

- C'est pour que jamais tu n'oublies tous ces papillons que tu fais danser dans mon ventre...

mercredi 16 février 2011

Café crème


- Tu sais qu'à chaque fois que tu verses le lait dans mon café je pense à nous, Raoul ?

- Ah oui ?

- Oui... parce que tu adoucis mon caractère corsé, parce que tu éclaircis mon horizon, parce que tu sembles inoffensif quand tu entres en moi alors que tu m'as déjà bouleversée en profondeur, parce que tu me mets à bonne température, parce que tu ajoutes de l'écume à ma nuit, parce qu'avec toi je bois la tasse tous les jours avec un plaisir indéfinissable tellement il est divin de se noyer dans tes yeux, parce que notre noir et blanc vaut tous les films en couleur...

- Tu remarques à quel point je reste immaculé quand je me verse en toi ? Même au bout de ma chute ? Même déjà plongé dans tes sombres intentions ? Je suis pourtant déjà en totale communion avec toi mais tu n'as pas de prise immédiate sur ma nature... Pas immédiatement je veux dire. Je reste d'abord blanc, comme une île en milieu hostile, puis, très vite, je me laisse emporter dans ton obscurité parce que je sais que là est ma lumière...

Corps et âmes


- Où sommes-nous Simone ? Je me sens... différent. Comme si, à part la douceur de tes lèvres, je ne sentais plus la matière... Où est le parc ? Nous avons gagné ce concours ?

- Je crois que nous avons tellement défié le temps que nous avons atteint sa nuit. Le concours, nous l'avons fini il y a deux jours, ou mille ans. Nous étions imbattables Raoul, et nous avons suspendu le temps...

- Nous ne sommes plus vivants ?

- Bien sûr que si, mon ventre continue de recevoir les frissons que ta bouche lui offre... Nous sommes vivants Raoul, je crois simplement que le temps a voulu nous présenter nos âmes pour remercier nos corps de s'être si parfaitement épousés...

Le plus long baiser du monde


- Simone, il va bientôt faire nuit tu sais...

- Embrasse-moi encore chéri...

- Avec plaisir mon amour, mais tu sais que ça fait quinze heures qu'on s'embrasse ?

- Si on doit s'embrasser encore huit heures pour gagner le concours du plus long baiser de la Saint Valentin, je suis prête à risquer l'entorse de la langue ! Il reste encore combien de couples ?

- Deux. Sur 357 au départ, c'est plutôt pas mal non ?

- Je ne suis pas là pour la médaille de bronze Raoul !

- L'essentiel est de participer disait Coubertin.

- Oui, bah Coubertin il devait avoir une haleine du siècle dernier pour être aussi peu ambitieux ! Tu ferais mieux de tourner ta langue sept fois dans ma bouche avant de dire des idioties pareilles !

- Et si les deux couples qui restent duraient plus longtemps que nous ?

- Raoul, les bouches des deux couples qui restent cicatriseront ensemble avant qu'elles puissent avoir plus d'endurance que les nôtres ! Et puis on a un avantage indéniable.

- Ah oui ? Lequel ?

- En se rencontrant, et en s'aimant immédiatement, on a épousé l'infini. Notre couple comme notre amour n'a aucune limite Raoul...

- Je t'aime Simone. Comme disait Païkan à Élea : je suis à toi.

- Moi aussi je suis à toi. Embrasse-moi encore, longtemps, ne crains pas l'obscurité, et tu verras, la nuit détend...

Fahrenheit


Dans la chambre de l'hôtel, à droite du loft de Simone et Raoul, un visiteur à une habituée de l'hôtel :

- Dis donc, il fait une chaleur d'un seul coup... Tu ne trouves pas ?

- Ca vient probablement d'à côté... C'est là que vit Simone, une femme brûlante, et quand son mari la rejoint, c'est souvent très chaud.

- Même les murs sont brûlants, c'est dingue !

- Question d'habitude...

Raoul à Simone, dans la voiture :

- Dis donc chérie, tu as bien éteint la bougie sur la table du salon ?

- Mais non, tu m'as dit que tu le faisais !

- Ah ça m'étonnerait, je n'éteins JAMAIS ta flamme ! Question de principe.

- Raoul, si jamais je trouve une tâche de cire sur mon tapis persan, je te promets un retour fumant !

vendredi 11 février 2011

Simone en quarantaine


- C'est qui cette fille qui court sur le quai ?

- C'est Simone, elle court après le train de la trentaine... Elle a eu quarante ans hier.

- A quoi bon essayer de le rattraper alors ? Elle sait bien que ce n'est plus son train. Celui qui arrive est encore plus magique, il emmène dans des endroits encore plus délicieux, il propose des voyages encore plus savoureux, et les fenêtres sont plus grandes, on apprécie mieux le paysage...

- Ah non, elle assume complètement, elle avait d'ailleurs prévu de monter dans celui qui arrive, celui de la quarantaine, mais avec Raoul, ils s'étaient promis de faire un truc de dingue pour leur dernier jour de trentenaire. Ils ont le même âge au jour près ! Et Raoul a braqué une boulangerie avec Simone...

- Ah bon ? Pour quel butin ?

- 212 chouquettes.

- Ah quand même...

- Puis Raoul s'est mis à embrasser toutes les femmes du train de la trentaine, comme ça, par jeu, il voulait embrasser des inconnues.

- Et Simone n'a rien dit ?

- Au début non, elle faisait pareil. Mais comme les inconnues-femmes étaient beaucoup plus appétissantes que les inconnus-hommes, elle a dit à Raoul, allez, ça suffit, on descend. On va rater notre train et il ne repasse pas deux fois.

- Et alors ?

- Raoul a attendu le dernier moment, juste avant que le train ne reparte, et il a balancé la valise de chouquettes loin sur le quai.

- Ne me dis pas que Simone est tombée dans le panneau...

- Si. Un vieux réflexe de gourmande qu'est-ce que tu veux... Elle a couru pour aller chercher la valise, elle l'a ouverte pour vérifier que tout y était, elle en a profité pour en goûter une, puis deux, et quand elle s'est retournée, le train de la trentaine était déjà loin, avec Raoul à l'intérieur...

- Alors lui, il a intérêt à profiter du voyage parce qu'à l'arrivée, il va prendre cher !

- Surtout que c'est un train-couchettes, et parti comme il est, s'il commence à embrasser des inconnues allongées, la nuit va être sucrée...

- Mais alors il ne pourra plus jamais monter dans le train des quadras ?

- Je ne sais pas, peut-être qu'il repassera finalement. Sinon, il est condamné à rester un gamin toute sa vie... Ceci dit, ce n'est pas la première fois que Simone le met en garde !

- Il n'a pas réfléchi Raoul, parce que s'il était monté dans le train de la quarantaine avec une Simone plus gourmande que jamais, à l'apogée de sa beauté et de son expérience, avec un butin fondant à se partager toute la nuit au milieu des câlins, c'était le feu d'artifice dans le train-chouquettes !

Sur la route de Simone


- Raoul, dépêche-toi d'arriver, je brûle de t'attendre...

- Comment tu es habillée là ?

- Tu verras...

- J'ai envie de te déboutonner...

- Tu devras commencer par mes jambes, tu vas adorer...

- Déboutonner tes jambes ? Tu as mis un pantalon ? Mais tu m'avais promis des bas...

- Viens vite. Et tu verras qu'on peut déboutonner des jambes parfaitement voilées en tous points. Et si tu sais relier les points entre eux, tu trouveras le chemin du trésor...

Simone raccrocha, se retourna doucement, et sourit à l'idée d'être découverte par le pirate de sa vie.

A chaque fois que Raoul revenait sur son île, c'était comme si il la découvrait pour la première fois.

Elle souriait encore plus en pensant qu'elle aurait pu, elle-même, ajouter un point sur ses bas à chaque fois que son aventurier aurait trouvé son trésor, en suivant le chemin de ses bas jusqu'en haut...

Ton sur ton


- C'est quand même complètement dingue que tu aies choisi le même tissu pour la déco de ton salon... J'en reviens pas...

- Heureusement que je t'avais dit de mettre quelque chose d'extrêmement original pour notre premier rendez-vous !

- Mais c'est ce que j'ai fait ! Je ne pouvais pas savoir que tu étais extrêmement originale dans tes goûts d'intérieur !

- On qu'une seule chance de faire une première impression Raoul !

- Et bien soit ! Et donc ? Verdict ?

- Si tu te fonds aussi bien dans mon intérieur d'entrée de jeu, je ne peux que penser que tu es l'homme de ma vie mon amour...

- Ma Simone chérie... C'est fou tous ces points communs quand même non ?

Les hommes préfèrent les blondes


- Raoul, viens voir !

- Quoi ?

- Regarde...

- Alors ça y est, ils ont choisi de se montrer au grand jour...

- Tu te souviens quand on les avait surpris dans cette chambre d'hôtel ? Je t'avais dit qu'ils étaient fous amoureux. On ne résiste pas à une force pareille...

- Et Jackie ?

- Elle s'est lancée dans le cinéma. Elle tourne un film avec Montand, "Le Milliardaire", je crois. Mais elle prend beaucoup de médicaments selon la presse. Et elle a déménagé à Dallas, avec un certain Oswald. D'ailleurs son appartement donne sur l'avenue sur laquelle John va parader. C'est fou le destin, elle avait tout, et elle va se retrouver spectatrice du bonheur de son ex-mari. Il faut espérer qu'elle ne craque pas. Ce doit être compliqué d'assister au bonheur des autres quand il se nourrit du tien...

Travaux pratiques


- Raoul...

- Ne dis rien Simone...

- Il ne s'est rien passé. Tu le sais. Rien d'autre que d'avoir vécu ma liberté, dans les limites du raisonnable...

- Je sais Simone. Juste une chose, la prochaine fois, essaie de mettre un maillot si tu peux.

- Mais ? Qu'est-ce qui te fait dire que...

- Simone, je sais à quel point tu sais rendre hommage aux Golden Globes auprès des acteurs américains qui te plaisent, surtout quand tu baignes dans une ambiance cocktail ! Et puis il se trouve que je connais bien la serveuse du jacuzzi où tu as passé un peu de temps...

- Mais tu sais que le seul réalisateur de ma vie, c'est toi. Et si j'accepte certaines scènes un peu dénudées pour séduire certains partenaires, il n'y a que sur ta pellicule sensorielle que j'imprime mon intimité la plus franche.

- Oui, bon, ne me prends pas pour un jambon non plus chérie ! Un bain avec Steve, un jacuzzi avec Steve, la prochaine fois, ce sera quoi ? Une croisière avec Steve ? Le Grand Bleu avec Steve ? Fais gaffe Simone, au bout d'un moment, si tu tires trop sur la ficelle, tu vas te retrouver à poil, et c'est notre couple que tu vas jeter à l'eau.

- Raoul, fais-moi l'amour dans la Seine...

- Quoi ?

- Jette-toi à l'eau chéri... Et moi avec... Allez, mon réalisateur de mes rêves, mets-moi en Seine...

- Qu'est-ce que ce que tu lis là ? Je vois "Travaux pratiques"...

- C'est un ouvrage qui apprend le baiser parfait. C'est pour bien apprendre à tourner longtemps la langue dans le même sens sans perdre le rythme, bien savoir enrouler la danse bucco-musculaire de son partenaire...

- La danse bucco-musculaire ? C'est plus de l'amour, c'est du dentaire !

- Ah tu crois ça ? Embrasse-moi Raoul, je vais te montrer ce que c'est qu'un vrai baiser de cinéma... et ensuite, je te promets l'Oscar du meilleur metteur en Seine... Je vais te rendre fou de plaisir... Tu me diras : "c'est plus de l'amour, c'est du dantesque !"

Savoir porter le chapeau


- Tu me promets que je suis la seule à avoir un chapeau en cette matière, Steve ?

- La seule au monde. Personne sur cette planète n'a un chapeau taillé dans la lune.

- Même pas Simone ?

- ...Faye ... tu ne vas pas recommencer...

- Je sais que son mari a décroché la lune pour elle, et quelques mois à peine après cet exploit, tu m'offres un chapeau taillé dans une matière qu'on ne peut que décrocher là-haut. C'est elle qui t'inspire ? Tu l'as revue ?

- J'étais sur la Canonnière, comment veux-tu que je puisse l'avoir revue ?

- Elle a disparu de la circulation pendant deux mois, elle aurait pu faire le tour du monde pour te retrouver...

- J'avais d'autres choses à faire si tu veux savoir ! J'étais sur le pont tous les matins à six heures moi ! Je n'avais pas le temps de buller ! Faye... c'est vrai que Raoul a décroché la lune pour sa femme, mais moi j'en ai décroché une autre pour la mienne. Simone a des boucles d'oreilles et des bagues serties d'une matière unique, toi, c'est dans ton chapeau que se cache l'exceptionnel.

- Et je ne risque rien en portant cette luxueuse rareté ?

- Je n'ai taillé qu'un bout de lune, je vais aller la remettre à sa place, tu n'auras pas d'ennuis. Si tu devais en avoir en attendant mon retour, dis-leur bien qui je suis.

- Où tu as pris cette lune ?

- En Suisse. Je me rendrai sur la pointe d'un somme alpin pour la remettre dès la semaine prochaine.

- Encore une bonne excuse pour retourner en Europe... J'espère que tu ne grimperas que les Alpes, Steve... Ce n'est pas parce que je porte un chapeau en lune que je suis devenu ton ami Pierrot ! Je suis tout à fait lucide et ma chandelle est loin d'être morte, je vois encore très clair !

- Mais pourquoi faut-il que tu voies le mal et la faute partout, Faye ! Il ne s'est rien passé avec Simone, nous n'avons partagé que bains et bulles ! Je ne connais ni sa maison ni son intérieur !

- Manquerait plus que tu lui refasses sa chambre ! Je te préviens Steve, si la police me demande quoi que ce soit, je raconte tout ! Je n'ai pas envie de porter le chapeau pour toi !

- Et ben... ça donne envie de tutoyer les étoiles pour ravir la sienne...

- Pour l'instant, j'ai l'impression qu'en voulant ravir mon cœur, tu ravis celui d'une autre.

- Ravir au sens "charmer" ou au sens "voler" ?

- Écoute Steve, en ce moment, quoi que tu fasses, je sens son cœur charmé et le mien volé. Alors si tu pouvais, en raccrochant la lune, y laisser aussi tes doutes, tu calmerais les miens et tu pourrais inverser la tendance dans la question du ravissement.

Champagne pour Simone


- Tu vas lui offrir quoi comme bijoux à ta femme ?

- Je vais lui faire un chapeau.

- Un chapeau ?

- Oui, comme ça ce sera original, tu garderas l'exclusivité des bijoux taillés dans la lune, et Faye, elle, elle aura un magnifique chapeau. Je vais d'abord extraire un morceau de ma lune suisse...

- Pourquoi un morceau, tu comptes remettre le reste à sa place ?

- Oui, il faudrait. J'ai entendu à la radio que j'étais déjà recherché par la police suisse, il ne faut pas perdre de temps. Le rythme de vie en Suisse est tranquille, ils n'auront même pas remarqué son absence. Par contre, il faudra que je la remette exactement à sa place, ils ne rigolent pas avec la précision dans ce pays.

- Mais comment tu vas faire ?

- Comme pour la décrocher, je vais passer par les Alpes, et je vais grimper un de ses sommets un jour de ciel bas.

- Joli ! Donc, tu vas extraire un morceau de lune et...

- Oui ! Puis je vais polir ce joli petit bout de lune, puis l'aplatir un peu, et enfin le creuser, au milieu, pour que la tête puisse s'y enfoncer confortablement.

- Elle va adorer.

Simone devient soudainement pensive.

- Qu'est-ce que tu as Simone ?

- Tu sais Steve, je n'ai jamais trompé Raoul, je veux dire accueilli en mon sein un autre que lui, et je n'ai pas envie de commencer aujourd'hui, mais je voulais te dire que cet endroit me met vraiment à l'aise... Je suis bien là.

- Je vois ça. Vous êtes délicieusement gonflée quand même chère amie...

- Tout est naturel cher Monsieur ! Par contre, ça manque un peu de bulles ce jacuzzi non ?

- Remets du Champagne !

Confessions


- Je viens vous voir ma Sœur parce que j'ai péché...

- Vous avez péché quoi ?

- Pardon ?

- Je voulais dire... vous avez péché où ?

- Au-dessus de nos têtes. Dans l'espace.

- Vous vous moquez de moi ?

- Je le jure devant Dieu. J'ai décroché la lune.

- Ne jurez pas malheureux ! Blasphème ! Il est impossible de décrocher la lune, comment pouvez-vous jurer après un tel mensonge ? Et puis Raoul l'a déjà décrochée pour sa femme, ça fait deux mensonges !

- Vous connaissez Raoul ?

- Minute Papillon ! Tout le monde connaît Raoul, et si on rentre dans les Ordres, c'est pour se rapprocher des Miracles. Et ce qu'a fait Raoul pour Simone, en plus d'être un Miracle, a fait un bien fou à la religion. Depuis cet acte d'amour magnifique, les gens croient en l'amour, et puisque Dieu est Amour, ils croient en Dieu, en nous, et ils reviennent nombreux en Sa Maison.

- Excusez-moi ma Sœur mais je vous entends mal avec votre voile.

- Je ne peux pas l'enlever, j'ai une sévère gastro, et je ne voudrais pas contaminer les fidèles. Vous êtes fidèle Steve ?

- Comment connaissez-vous mon prénom ? Et pourquoi me posez-vous cette question ? Pardonnez-moi mais j'ai un sérieux doute sur vos compétences, je peux voir votre supérieur ?

- Maman !!!!

- Mais arrêtez, qu'est-ce qui vous prend ? Qu'est-ce que vous faites ?

- J'appelle la Mère Supérieure. Il se trouve que c'est la mienne.

- La vôtre ? Mais vous n'êtes pas censée faire vœu de chasteté et n'être fidèle qu'à Dieu ?

- Tout dépend du règlement intérieur, moi c'est plus pour l'uniforme que je suis là, comme ma mère. Et puis j'ai connu beaucoup de riches infidèles qui ne croyaient en rien et jamais ne confessaient leurs fautes. J'ai alors voulu rencontrer les pauvres pécheurs, s'ils s'égarent parfois, ils restent fidèles à l'Amour. Racontez-moi cette histoire de lune. C'est un mensonge n'est-ce pas ?

- Non. C'est vrai que Raoul a décroché la lune pour Simone. J'ai connu cette femme, et je ne suis pas étonné qu'on puisse accéder à ce désir de pêche miraculeuse pour la garder. J'ai voulu faire pareil pour garder la mienne, pour séduire Faye à nouveau. Alors, puisque Raoul avait déjà décroché la lune au-dessus de ses terres, j'ai choisi un endroit plus petit qu'un pays, une Principauté, et j'ai choisi de décrocher la lune des monégasques.

- Très argentée je crois comme lune...

- Ah ça... mais très petite par contre, tellement petite qu'elle m'a échappée, et elle est tombée, sur une plage. Alors je me suis rabattu sur la Suisse.

- Argentée aussi...

- Oui, mais plus secrète. Du coup, personne n'a rien vu, et j'ai réussi à la rapporter chez moi pour la tailler et en faire des bijoux pour ma femme. Sauf que maintenant, j'ai des remords. Les Suisses vont désormais s'endormir dans une nuit noire, et je m'en veux.

- T'es vraiment un copieur Steve ! Ah il est fort pour jouer la comédie le marin qui s'engage dans la Marine pour m'oublier ! Il est costaud le petit bonhomme en mousse pour jouer la comédie sur le pont des arts !

- Simone ???

Elle arrache son voile :

- C'est quand même incroyable ! Raoul m'offre un cadeau unique, et toi t'as rien trouvé d'autre que le dévaloriser en faisant la même chose ! Elle s'en fout ta femme d'avoir des bijoux taillés dans la lune ! Elle préfèrerait sans doute que tu arrêtes de t'éclipser sans arrêt ! T'arrêtes pas de hurler "il n'y a que Faye qui m'aille" ! Et bien reste près d'elle au lieu de dire à d'autres qu'elles sont extraordinaires !

- Tu... tu es jalouse ?

- Pas du tout ! Mais la moutarde me monte au nez là tu vois ! Je suis très amère !

- Finalement, je l'aurais aperçue l'amère supérieure...

- Pardon ???

- Non, rien... Bon, tu viens te faire un jacuzzi ?

- Blasphème !!!

- Comme tu voudras...  Au revoir Simone...

- Sœur Simone !

- ......au revoir Simone.....

Il tourne les talons et s'en va vers la sortie de l'Église :

- Steve !

- Oui ?

- Il est où ton jacuzzi... ?

Lune froide


- Vous êtes sûr que c'est la lune ça ?

- Que voulez-vous que ce soit Monsieur Raoul ?

- Je ne sais pas mais ça me paraît bien petit pour être la lune. Et puis je l'ai déjà décrochée une fois, pour ma femme, et je peux vous dire que j'en connais un rayon sur le sujet...

- Et si elle avait rétréci sous le choc de son entrée dans l'atmosphère ?

- Non... Impossible. Elle n'a pas une gueule d'atmosphère...

- Mais alors qu'est-ce que c'est ? Ce sont les dieux qui jouaient aux billes quand subitement l'un d'eux aura abusé de sa force lors d'une pichenette finale ?

- Ne dites pas de bêtise Brigadier...

- Nous sommes si petits...

- Parlez pour vous Brigadier... Écoutez, ce n'est ni une bille divine, ni la lune, c'est un mystère que nous éclaircirons très vite, croyez-moi !

- Si c'est la lune, c'est déjà très clair.

- Mais ce n'est PAS la lune, Poulvard !

- Brigadier s'il vous plaît...

- La lune, je l'ai déjà décrochée, j'en ai fait plusieurs croissants, je l'ai taillée, en mille preuves d'amour !

- Pfffff... Personne ne peut décrocher la lune...

- Pour séduire Simone, je peux faire l'impossible.

- Mais c'est impossiiiiiible de faire l'impossible ! Et puis si vous avez décroché la lune, comment se fait-il qu'on en voit une, toutes les nuits, à sa place ?

- Quelqu'un l'aura remplacée.

- Vous ?

- Vous ne me croiriez pas.

- Et ben voilà, quelqu'un l'a remplacée, l'a mal installée, et elle est tombée ! Ou alors vous vous êtes trompés, vous avez mis votre lune de miel à la place de la vraie lune, et sous l'effet de la chaleur du soleil, elle a fondu, et elle est tombée ! Ou alors... tiens ! Je sais ! C'est la lune française que vous avez décrochée ! C'est pour ça qu'on continue de voir la lune, on voit celle du pays d'à côté ! Vous n'êtes jamais retourné là-bas pour la remettre, ni vous, ni personne ! C'est cela, n'est-ce pas ?

- ...........

- ...voilà, oui, je suis sûr que c'est ça ! Et quelqu'un a voulu vous imiter, il est allé décrocher la lune américaine, et comme elle est beaucoup plus loin, elle est beaucoup plus petite, c'est physique ! Du coup, on tient la lune américaine ! C'est énorme !

Et le brigadier se met à chanter "Fly me to the moon"...

- Dites donc Poulvard...

- Brigadier.

- Brigadier, oui... Vous vous protégez la tête quand vous allez à la plage ?

- Heu... non. Pourquoi ? C'est gentil de vous inquiéter pour moi mais je supporte très bien le soleil.

- Vous oui, mais je pensais à votre intelligence.

- Mon intelligence ?

- Je me demande si elle n'a pas fondu elle aussi. Puis elle est tombée. Ou quelqu'un l'aura mal installée, et elle est tombée.

- Elle est tombée où ?

- Je ne sais pas. Tout en bas de votre corps. Vous ne sentez pas votre pas un peu plus lourd qu'avant ?

- Non...

Et le brigadier de marcher, le long de la plage, pour essayer d'estimer la sensation de son inestimable intelligence, qui serait tombée dans ses fonds plantaires. Il sentait soudain monter en lui la peur panique d'avoir perdu sa tête. Il marchait longtemps, forcément, il en avait sous la semelle maintenant. Et il se disait que c'était ça alors, devenir fou. Puisqu'on dit des fous qu'ils marchent sur la tête.