Simone et Raoul

Simone et Raoul
Avant eux, le couple n'existait pas. (photo Marc Montezin)

vendredi 17 janvier 2014

Tout et son contraire




- Quel genre de femme êtes-vous Simone ?

- Comment me voyez-vous Raoul ?

- Je me trompe peut-être mais… je vous vois exactement comme je suis.

- Intéressez-moi. Qui êtes-vous sous le chapeau, sous le manteau, après la peau ?

- Je suis tout et son contraire Madame.

- Vous ne pouviez pas mieux me définir.

- Vous ne pouvez être une contradiction vivante davantage que je ne le suis.

- Celui qui sera plus contrarié que moi n’est pas encore né…

- Je ne supporte pas la vulgarité chez une femme mais si elle sait la distiller intelligemment dans des mots osés ou suggestifs, ma dualité est ravie.

- Je suis très élégante, et aussi humaine que généreuse, c’est comme une marque de fabrique, mais je peux hurler au premier connard venu à quel point son existence est inutile tout en jetant à sa misérable qualité d’écoute les mots les plus fleuris…

- Je peux vous promettre l’éternité de mon amour et demeurer insaisissable à vos yeux.

- Je peux sembler insaisissable et être touchée au cœur comme aucune autre par celui qui m’offrira son éternité. Pas celle qu’il me promettra, je n’y prêterai même pas attention, mais celle que je lirai dans ses yeux.

- Je suis très maniaque, j’ai mille habitudes, je ne supporte pas la paresse intellectuelle ou physique, et je peux être aussi bordélique dans mon antre que dans ma rigueur professionnelle.

- Tout doit être à sa place mais le premier qui m’oblige à ranger pourrait mettre du temps à recoller les morceaux.

- Je n’aimerai aucune autre femme comme je vous aimerai. Mais je regarderai toujours le décolleté de la voisine quand elle se penchera.

- Je ne vous trahirai jamais, mais j’aurai probablement dîné avec le voisin avant que vous n’esquissiez le geste de déboutonner sa femme.

- Je suis foncièrement honnête mais j’ai déjà volé quelqu’un qui n’est pas dans le besoin.

- J’ai déjà eu un grand appartement à Paris, mais la seule chose que j’aimais chez l’homme qui le partageait avec moi, c’est qu’il payait les impôts fonciers.

- Je peux dire oui et penser non.

- Quand je dis non, je rêve de ce qui se serait passé si j’avais dit oui.

- Je suis incapable de choisir et je déteste les gens versatiles et instables.

- Je conduis vite et je klaxonne sur les chauffards quand je marche dans la rue.

- Je suis romantique et j’adore qu’une femme ose tout.

- Je suis très sensuelle mais celui qui ne sait pas ouvrir toutes mes portes n’a aucune chance de trouver l’ivresse.

- J’ai une mentalité de gauche mais je vote à droite. Et quand j’ai une mentalité de droite, je vote au centre.

- Je dors à droite et je vis rive gauche, mais si on essaie de me baiser en partant au petit matin sans tenir ses promesses, le type pourra me déposer tout l’or du monde pour me convaincre d’accepter son bulletin, il n’est pas près de mettre les pieds dans mon isoloir.

- J’adore l’idée du mariage comme engagement ultime et je suis certain qu’il tue la liberté et le désir.

- Il est hors de question que j’aliène ma vie à un seul homme, surtout si la routine fait vieillir ses jolis mots encore plus vite que ses tempes. Mais si je vous aime, vous devrez m’épouser pour m’emporter là où personne ne viendra nous chercher, tout en haut de notre amour. Je déteste les symboles mais celui-là est magnifique.

- Simone, j’ai envie de vous embrasser et je sais qu’il ne faut pas.

- Je suis mariée et je déteste la trahison. Mais ce serait me trahir que de vous ignorer.

- Je devrais me raisonner et mon cœur vous appelle.

- Je devrai vous oublier et je ne penserai qu’à vous.

- J’ai envie de vous comme un homme et comme une femme.

- C’est étrange moi aussi… Vous voudriez me pincer légèrement le sein pendant que nos bouches se racontent tout ce que nous ne nous sommes pas dit et en même temps vous crevez d’envie de suggérer vos caresses en frôlant leur destination… Vous voulez me provoquer, me maîtriser autant que me protéger et m’aimer comme une sainte… C’est que vous vouliez dire ?

- Exactement… Et vous, vous voulez m’insulter et refuser de croire en mes mots, vous voulez me gifler d’avoir osé vous toucher, d’avoir osé penser à vos lèvres alors qu’elles ne peuvent être partagées… et vous ne pouvez réprimer cette envie de me tirer légèrement les cheveux pour avoir une prise sur ma tête aussi puissante et certaine que votre envie de vous abandonner à moi, pour pouvoir la poser avec autorité sur la naissance de vos seins, m’invitant avec vigueur à écouter l’incroyable rythme de votre cœur qui explose…

- Un homme fin et mal élevé, le plus généreux de tous et le plus égoïste, le plus vrai et le plus calculateur, le plus désirable et le plus insupportable…

- Une femme élégante qui sait la beauté débraillée, la mieux éduquée de toutes et la plus piquante, la plus sincère et la plus menteuse, la plus parfaite et la plus imparfaite…

- Vous êtes mon idéal, celui que je ne veux pas…

- Je suis né pour vous, c’est écrit, et je ne crois pas au destin…

- Vous aviez raison, je suis exactement comme vous.

- Je ne sais pas si vous pourrez m’aimer toute une vie. Vous en croyez-vous capable ?

- Je vais vous dire non, je vais vous dire de ne plus me rappeler, de ne plus m’écrire, je vais vous dire que je ne suis pas la femme que vous croyez. Et vous savez pourquoi ?

- Dites-moi.

- Parce que vous êtes le seul à savoir que je suis tout le contraire de ce que je viens de vous dire…

- Adieu Simone.      Je vous appelle demain.





Franck Pelé – textes déposés SACD – Janvier 2014

Tête brûlée

 
 
- Mais tu l'as eue où ta licence Simone ???

- Oh ça va, c'est un réflexe, c'est bon !

- Quoi un réflexe ! Je te dis on rentre à l'aéroport, qu'est-ce qu'on fout sur ce pont ?

- C'est la route pour aller à l'aéroport, je sais pas y aller autrement !



 Franck Pelé - textes déposés SACD - janvier 2014
 

Y'a d'la zumba dans l'air





- C'est génial cette danse c'est quoi ?

- Le Madison !

- Le quoi ?
...
- Le Madison !! C'est comme la Zumba dans 50 ans mais en plus élégant, plus dansant.

- La Zumba ?

- Oui c'est une copine du futur qui m'en a parlé cette semaine.

- T'as une copine du futur toi ?

- Oui, elle a un forfait illimité, elle peut appeler dans toutes les époques avec son portable.

- Son quoi ?

- Rien, oublie, bref. En fait dans 50 ans, les femmes elles dansent pour garder la ligne pas pour s'amuser. Elles font du sport en musique en fait.

- Ah bon ? Quelle drôle d'idée... Mais pourquoi elles ne dansent plus ?

- Bah apparemment, elles ne savent plus trop sur quel pied danser, la musique est devenue violente, boum, boum, boum, le monde est devenu violent et le modèle féminin est devenu fin, mince, il faut que tout soit parfait.

- Mais ça veut dire quoi parfait ? Marilyn elle serait toujours idéale pour eux ?

- Hein ? Tu rigoles ? Marilyn elle serait grosse ! Elle devrait faire de la Zumba trois fois par semaine pour espérer jouer dans une série sur une chaîne de la TNT !

- La TN quoi ?

- La seule chose qui est rassurante c'est que les femmes ont gagné leur indépendance.

- Et alors, ça change quoi pour elles ? C'est excitant ça !

- Elles vont à la Zumba toutes seules en voiture, elles paient leurs cours elles-mêmes, elles décident de ceux qui vont aller dans leur lit et si elles tombent sur un mec superficiel ou macho qui ne les draguent que pour leur cul elles le larguent et retournent à la Zumba pour s'en faire un encore plus beau ?

- Un mec ?

- Non un cul ! Enfin le principe est le même...

- C'est n'importe quoi le futur... Bon, tu m'apprends les pas parce que je nage là... Alors, c'est droite, gauche, droite, gauche, gauche ?

- Tu es tellement insouciante ma Paulette... Je t'envie parfois...

- Ah bon ? Je suis bien dans mon époque c'est tout... Pas toi Simone ?

- Oui, moi aussi, et je crois qu'il faut qu'on en profite...




Franck Pelé - textes déposés SACD - Janvier 2014

jeudi 16 janvier 2014

Chaud devant !



- Qu'est-ce que tu fous Simone ?

- Je me sèche les cheveux !

- Mais t'es complètement cintrée ! Pourquoi tu ne prends pas le sèche-cheveux ?

- Je ne veux pas de mouvement d'air, ça fait un effet gonflé qui ne me va pas du tout.

- Tu ne veux pas de mouvement d'air ? J'ai l'impression qu'y en a un paquet de mouvements d'air dans ta tête moi !

- Tu vas bien soulager ta vessie dehors toi ! On a des toilettes pourtant, non ?

- Mais ça n’a rien à voir ça ! Y’a plein de gens qui vont pisser dehors !

- En camping peut-être, en forêt, à la montagne, quand tu ne peux pas faire autrement d’accord, mais chez soi c’est rare. Et puis toi c’est quand même particulier Raoul. Avoue que pisser dehors c’est déjà costaud, mais pisser sur les jantes du voisin c’est quand même pas courant !

- J’ai horreur des gens qui achètent japonais ! On galère assez comme ça. Et arrête de dire pisser c’est vulgaire.

- Parce que faire pipi sur la Toyota du voisin c’est bien élevé ?

- Bon sors de là, c’est complètement idiot, en plus ça résonne quand tu parles on comprend rien…

- TU ne comprends rien. Arrête avec tes « ON » comme si le monde entier était toujours d’accord avec toi ! Et arrête de me faire parler, ça pourrait creuser des rides avec la chaleur.

- Ah parce que tu crois que c’est le four qui creuse tes rides ? Pourquoi tu dis creuser « DES » rides, et pas creuser « MES » rides ? Tu as peur de vieillir ?

- J’ai surtout peur de vieillir avec un gros con de nationaliste qui pisse comme je pleure sur les voisins infidèles ! Va fumer dans ta Peugeot, prends bien ton temps pour mater le cul de la voisine et lâche-moi le chignon Raoul !!!

- Quoi la voisine… Je m’en fous de la voisine !

- Bien sûr Raoul… C’est pas parce que j’ai la tête dans le four qu’il faut me prendre pour une pintade !




Franck Pelé - textes déposés SACD - Janvier 2014

dimanche 12 janvier 2014

Le bal des évidences



Dans la danse des évidences, la grâce et l'éternité de l'élan ne supportent pas le faux-pas. Dans la danse des évidences, il ne faut jamais lâcher l'autre, une main dans la sienne, sur sa taille ou son regard dans le sien pour garder le cap sur l'indicible. Parfois on se laisse inviter à danser, on prend une main qu'on a cru reconnaître ou qu'on a choisie parce qu'elle promettait un mouvement nouveau. Et c'est là, en observant la foule de ceux qui vous regardent, qu'on est emporté par une évidence qui ne danse pas. Parce qu'elle est arrivée trop tard, parce qu'elle danse avec les loups, ou parce qu'elle ne danse plus depuis que sa musique amoureuse s'est arrêtée.

Dans le bal des évidences, une femme dansait. Elle était incroyablement belle, elle était la musique, elle était toutes les robes, tous les diamants. Quand elle est tombée, j'ai fendu la foule pour aller la relever, rien d'autre n'aurait pu me pousser avec autant de conviction. Arrivé au bord de la piste, j'ai vu qu'elle pleurait d'avoir été la seule à comprendre la raison de sa chute. Je me suis arrêté. Elle n'était pas la seule mais je ne pouvais pas faire autrement que Je devais laisser son cavalier la relever. Et même s'il le faisait mal, même s'il ne le faisait pas, je devais leur laisser le temps de finir leur danse. J'ai essuyé discrètement les larmes sur le parquet pour ne pas qu'elle glisse sur une émotion déjà passée, et sans lever les yeux, je suis retourné me fondre dans la foule des anonymes, plein d'amour et de rage.

Je ne me suis jamais retourné, je n'ai jamais su s'ils avaient fini leur danse, je suis parti avec sa beauté chevillée au cœur, elle m'emporte tous les jours sans que je ne bouge le petit doigt. Je suis parti avec sa beauté et son prénom, Simone, qu'une de ses amies a crié lorsqu'elle est tombée.


Dans le bal des évidences, les meilleurs danseurs ne sont pas toujours ceux qui dansent.


Je sais deux choses de cette existence : je m'appelle Raoul, et cette femme est celle pour laquelle je vis. Je ne veux pas l'inviter à danser. Je veux qu'elle danse jusqu'à épuiser tous les mauvais danseurs, jusqu'à tournoyer, tournoyer, les yeux fermés et le cœur lourd, jusqu'à tomber dans mes bras. Là, elle ouvrirait ses yeux encore embués, et dans un grand sourire libéré et serein elle me demanderait :


- Vous dansez ?

- Jusqu'à vous jamais non. Mais puisque vous êtes la seule femme que je sais danser, emmenez-moi au bout de l'infini, je connaîtrai tous les pas.





 Franck Pelé - Janvier 2014 - Textes déposés SACD

samedi 11 janvier 2014

Le fruit de la chute



- Qu'est ce que tu as sur le front ?

- Je suis tombée amoureuse.

- Ca fait mal ?

- Non, pas du tout, au contraire. Mais j'ai l'impression qu'on ne voit que ça...

- Essaie de ne pas y penser Simone...

- C'est ce que j'essaie de faire mais dès que mon inconscient exprime son manque, j'ai l'amour qui fleurit sur le front, je ne peux rien y faire...

- Attends un peu, ça va finir par faner.

- Aucune chance Raoul, la fleur est arrosée en interne, de façon perpétuelle, sa tige est plantée dans mon cœur...

- Et si quelqu'un essayait de l'arracher ?

- Les épines passant juste derrière le nerf oculaire, ça me ferait probablement pleurer mais cette fleur ne tombera pas, personne ne l'arrachera, cette fleur c'est la tienne, on ne cueille pas une fleur qui rend le jardin idéal.

- La mienne ? Tu veux dire que...

- ...que je t'aime Raoul oui. Je n'étais jamais tombée avant toi. J'étais fière, droite, le cœur sec et la terre ferme. Je croyais que j'avais aimé mille fois, mais j'avais aimé de haut. Du haut de mes certitudes, de mes habitudes, pleine d'ego et de narcisses, ces hommes étaient des miroirs pour me trouver belle. Et tu m'as fait tomber. La plus belle, la plus vertigineuse chute du monde. Je suis tombée amoureuse. Il faut connaître cette chute pour oser dire qu'on a connu l'amour. Je me suis relevée. Et j'étais belle comme jamais. Tu as provoqué ma chute et ma beauté, tu m'as mise en fleur.

- J'ai le cœur qui bat... sens comme il tape...

- C'est ta fleur qui pousse à l'intérieur... C'est ce qui arrive après une chute qu'on veut cacher... Laisse-la prendre ma lumière... embrasse-moi.




 Franck Pelé - textes déposés à la SACD - janvier 2014

mercredi 8 janvier 2014

Poker menteur



- Détends-toi chérie, on dirait que tu poses pour la photo là... Arrête de croire que le monde entier te regarde tout le temps...

- Continue Raoul, continue de m'envoyer des fleurs... Remarque, aussi nauséabondes soient-elles, elles seront toujours plus agréables que ce pauvre hortensia en pot avec lequel tu pensais m'adoucir...

- Tu n'es JAMAIS contente. C'est complètement fou. Si j'étais venu les mains vides, tu m'aurais dit "un gentleman serait venu avec des fleurs", là je viens avec des fleurs, et évidemment ce n'est pas la bonne.

- Mais évidemment que ce n'est pas la bonne ! C'est pour ma grand-mère ça ! Ou pour ta mère à la rigueur, mais ce n'est pas pour moi ! T'avais qu'à venir avec des jeunes pousses d'épinard aussi ! J'aurais adoré le geste. Et la symbolique. Quelque chose comme "j'ai envie de redonner des forces à notre couple"...

- Tu vas me faire une crise sur combien de mois exactement pour une pauvre partie de poker ?

- La pauvre partie de poker devait se jouer entre amis, entre hommes, et pas forcément le soir où je t'attendais au restaurant pour un dîner prévu depuis six semaines !

- Oui, bon, j'ai oublié ! Ca ne t'arrive jamais d'oublier ? Quand je te demande de sortir les poubelles UNE FOIS dans le trimestre, ou que je te demande de me repasser une chemise pour un rendez-vous urgent et que je te retrouve endormie dessus la tronche dans Cosmopolitan, tu es irréprochable ?

- Et pourquoi ce serait un truc de femme de repasser une chemise, tu ne peux pas le faire toi ? Ah non, c'est vrai, tu es occupé à miser tes jetons sur les seins de ta voisine.

- Et pourquoi ce serait un truc d'homme de sortir les poubelles ?

- Mais parce que C'EST un truc d'homme ça !

- Oh la mauvaise foi... Mais attends... Juste une chose là... Qu'est-ce que tu viens de dire juste avant ?

- Quand ?

- Là, à l'instant...

- Sur les seins de la voisine ? Tu veux qu'on en parle ?

- Oui, je veux bien qu'on en parle oui ! On a fait poker classique ! Il se trouve que Paul avait invité une cousine très joueuse et une de ses amies, et on a juste agrandi exceptionnellement le cercle.

- Bien sûr. Vous avez agrandi le cercle... Et comment se fait-il que vous ayez aussi agrandi les règles ? J'ai eu vent d'un strip-poker par ton cher ami Paul ! Ah ça pour être joueuse elle est joueuse Bécassine !

- Mais quel con celui-là ! Tu ne comprends pas qu'il essaie de nous monter l'un contre l'autre pour nous séparer et mieux te séduire ?

- Oui, bien sûr... En attendant, il aurait aussi essayé d'inviter sa cousine à vous monter l'un contre l'autre... c'était pour mieux te séduire tu crois ? Tu as d'autres maîtresses Raoul ?

- Ah ça y est, les grands mots... Tu abats ta carte maîtresse maintenant tu es sûre ?

- Je crois oui, même si elle n'est pas gagnante à coup sûr, elle fera flipper ta petite paire, qu'elle bouffera de toute façon.

- Parce que tu crois que tu vas l'emporter avec ta petite combinaison là ?

- La plus petite couleur dans un regard suffirait à te faire parier tout ton cœur sur la nappe à carreaux d'une garçonnière minable...

- Imagine que la femme qui m'emporte soit bien plus élégante qu'un deux-pièces cuisine, imagine... une suite royale.

- Tu tousses bien trop souvent pour avoir le souffle qui te permette d'aller jusqu'à une suite royale mon pauvre chou...

- Je tousse bien trop souvent ?

- Oui, comme tous ces petits joueurs qui s'arrêtent aux courbes et aux statistiques quand il faut tout jouer sur un regard et une évidence. Ils toussent tous, probablement une quinte de touffe, et ils s'étouffent. Pendant ce temps-là, les suites royales se font refaire la déco par des architectes qui savent choisir les fleurs...

- Attends, de quoi on parle là Simone ?

- Mais de la vie Raoul, de la vie ! Après tout tu as raison, Dieu distribue les cartes au début mais ne les rebat jamais. L'amour est le seul jeu où on ne rebat pas les cartes, normal que certains se lassent ou se plaignent d'avoir un mauvais jeu. Moi-même j'ai peut-être longtemps cru avoir un jeu imbattable et je me rends compte aujourd'hui des failles de cette main... Et peut-être qu'avec mon caractère full sentimental, je suis trop sensible et ne peux m'empêcher de répondre à l'appel du jeu. J'ai été patiente avec toi, grâce à toi, et je t'en remercie. Sans patience, il est rare de quitter la table en vainqueur. Finalement, tu es le seul que je connaisse qui ait eu la meilleure main possible du premier coup. Dommage que tu l'aies si mal jouée...

- Dis donc au niveau des chevilles c'est bon ? Tu n'as pas peur de l'œdème non, ça va ? C'est quoi ton cinéma avec ton architecte là ? Tu veux me faire croire que t'as un amant, c'est ça ? Mais où t'as appris à jouer ma pauvre Simone, à Auxerre ? Parce que c'est du bluff bourguignon ça, ça ne prend pas avec moi !

- Tu as une maîtresse ou pas Raoul ?

- Mais non je n'ai pas de maîtresse !

- Pourquoi ?

- Quoi pourquoi ?

- Sois honnête. Pourquoi ?

- Mais parce que ! Parce qu'il n'y a pas mon modèle.

- C'est quoi ton modèle ?

- Mon idéal serait une maîtresse fidèle, donc forcément, c'est compliqué.

- C'est tout à fait possible, j'ai bien un amant responsable moi.

- Pardon ?

- Et oui je sais, un flush royal à ce moment de la partie c'est comme une chasse d'eau en or à débit surpuissant... Ce qui est savoureux c'est que dans ce tourbillon qui va nettoyer ma vie, il y aura, en plus d'un petit joueur avec sa petite paire, une cousine vulgaire avec à peu près la même, et un hortensia en pot. Aaaaah c'est bon... All in !



Franck Pelé - textes déposés SACD - Janvier 2014

mercredi 1 janvier 2014

En voiture !



J'aurais tellement aimé vous écrire personnellement, à chacun d'entre vous décliner mes vœux avec des mots choisis. Vous montrer à quel point vous existez dans cette dimension que les réels prennent tant de plaisir à railler pendant qu'ils ferment leur porte à double tour au cas où un sentiment véritable viendrait déranger leur cocon misérable. Je ne vous souhaiterai rien, je ne serai pas un messa...ge de plus dans la masse des obligations, et puis à quoi bon souhaiter du bonheur ou une santé de fer puisque tout est écrit ? L'année prochaine sera comme les autres, avec son lot de sourires, de larmes, d'angoisses, d'espoir. La terre entière pourra souhaiter du bonheur à l'homme le plus malheureux du monde, lui seul aura la clé. Je ne vous souhaiterai donc pas tout le bonheur du monde mais j'exige votre bonheur, votre joie de vivre. Qui suis-je pour exiger me demande ce petit diable ? Quelqu'un qui a assez payé pour voir, Monsieur de la fourche ! Alors arrêtez de faire miroiter les trésors que vous gardez jalousement avec vos amis du lobby à pointes, on va vivre de nos richesses !


On va souffrir, encore, on va lutter, combattre, désespérer, partir par la porte et revenir par la fenêtre, on va se faire insulter, caricaturer, plaquer, jeter. Mais la vie n'oubliera jamais d'être douce entre deux baffes, d'être belle entre deux portes, d'être indispensable entre deux respirations. Je veux votre bonheur, votre plaisir d'être ensemble, de découvrir, de rire, d'apprendre, d'être là pour l'autre, d'aimer et de vous aimer. Je demanderais bien aux médias d'arrêter de couper les quenelles en quatre, aux dictatures d'accorder plus d'attention lucide au bon vouloir du peuple plutôt que de produire des attentats-suicide contre le pouvoir des temples, aux armateurs de produire des Lego, aux pontes de Wall-Street d'arrêter de nous pomper autant de pouvoir d'achat que d'horizon turquoise, aux peintres des consciences de nous la faire un peu moins morose et aux Bleus de gagner la Coupe du Monde mais l'époque est encore moins propice qu'avant. Ceci dit, si on pouvait gagner la Coupe du Monde, et si l'effet "bonheur et fédérateur" pouvait être le même que celui de 98, je veux bien mettre un poster de Nasri chez moi ! Si je le planque derrière le frigo ça n'ennuie personne ?

 
 
Voilà, finissez l'année en beauté, demain nous serons toujours ensemble et la route, bien que souvent piégeuse, sera belle. Les voyages ont cette magie particulière, ils permettent de revenir différent, et surtout de ne jamais être indifférent. En voiture chers amis !
 
 
Et merci à tous d'être du voyage.




 Franck Pelé