Simone et Raoul

Simone et Raoul
Avant eux, le couple n'existait pas. (photo Marc Montezin)

dimanche 29 août 2010

Madame est servie


- Est-elle à votre aise ainsi Monsieur Raoul ?

- Faites chauffer une nouvelle bouilloire Séraphin, c'est encore un peu frais pour Madame

- Bien Monsieur

- Quel jour sommes-nous Séraphin ?

- Mardi Monsieur.

- A raison de vingt bouilloires par heure, Simone devrait pouvoir se baigner vendredi

- Mais les courants Monsieur ne permettront pas de...

- Ne compliquez pas Séraphin s'il vous plaît !

- Si Monsieur me permet, il faudrait que Madame se baigne plutôt l'été, ce serait plus facile

- Je sais Séraphin, mais l'été, Simone préfère la montagne. Et s'il fait trop chaud, on emmène des camions de neige artificielle...

- Je reconnais bien là Madame.

- Moi aussi Séraphin, moi aussi...

René à Reno


(Raoul, avec Simone derrière lui)

- Heu... Bonjour ?

- Oui ?

- Excusez-nous mais... on est où là ?

- Vous êtes qui ?

- Pardon. Je suis Raoul, et voici ma femme Simone. A force de lui promettre la lune, j'ai craqué, j'ai démarré la soucoupe qui était dans notre jardin, et...

- La soucoupe qui était dans votre jardin ?

- Oui, je vous expliquerai... et j'ai mis le cap sur la lune. Je savais qu'il y avait un risque qu'on arrive dans le futur mais... on n'est pas dans le futur là, si ?

- Et tu te crois où là Raoul... au moyen-âge ?

- Bah non mais...

- Bon, allez, t'es revenu au temps des dinosaures, mais l'histoire a omis de raconter que certains avaient fait fortune dans l'immobilier et portaient des chemises hawaïennes.

- Vous vous foutez de moi ?

- Pas plus que toi avec ta soucoupe dans le jardin.

- Mais je vous jure que c'est vrai !! Monsieur... Monsieur ?

- René

- Monsieur René... Je vous jure que c'est exactement comme ça que ça s'est passé ! Une soucoupe est arrivé, j'ai lu des journaux de 2010, alors qu'on est en 1958 chez nous, et...

- 1958 ? Quelle couleur la soucoupe ?

- Pffff... pas vraiment de couleur... couleur vieille quoi...

- La déco à l'intérieur ?

- Des rideaux verts horribles un peu partout sur du lino orange collé sur les parois, et des cailloux peints sur le sol.

- Putain c'est pas vrai... Arleeeeeeeette !!!!

- Qu'est-ce que vous dites ?

- J'appelle Arlette, ma femme. Arleeeeeeette !!!!!!

- Ouiiii ?

- T'es pas du tout allée chercher une nouvelle bague pour ton cou mardi dernier quand t'as pris la soucoupe !!

- heu... c'est le GPS qui a...

- Le GPS ?? C'est le GPS qui a choisi de mettre le cap sur 1958 ??? Comme par hasard ? L'année des robes dont tu me parlais ??

- Je voulais voir la mode de l'époque... J'avais vu des images dans de vieux magazines...

- La mode de l'époque ? Bah regarde ! C'est pour ça que t'as pris le risque de ne jamais revenir, et celui de ramener du monde d'avant pour qu'on ne soit plus tranquille après ???

(Simone intervient alors énergiquement, en poussant Raoul pour se mettre sur le devant de la scène)

- Hey, c'est de moi que tu parles face d'iguane ? Je m'appelle Simone, et je ne suis pas à la mode, c'est la mode qui est à moi, tu comprends ça, dans ta grosse tête vide ?

- Plaît-il ?

- Alors tu t'excuses immédiatement sinon je t'étrangle, et vu la taille de ton cou, je dois pas être la première à avoir eu cette idée, puis je te finis avec mes talons, et je me fais de nouvelles chaussures avec la peau de ton crâne !!!

- Alors écoute-moi bien ma poulette...

- René, tu t'excuses immédiatement !!!!!! Et je suis pas ta poulette !!!!! (hurle-t-elle dans un visage si écarlate que les yeux de René en deviennent jaunes)

- T'entends ça Arlette ?

- Elle a raison la dame... Ca fait longtemps que j'aurais dû te dire les choses comme ça René. Dites donc madame Simone, s'il vous reste un peu de peau du crâne de mon mari, vous pourriez me faire une paire à moi aussi ?

- S'il s'excuse pas dans la seconde, je te fais des cuissardes...

- Ok, ok, pardon...

- Mieux que ça.

- Je m'excuse...

- Mieux que ça !!

- Je vous présente mes excuses Simone.

- Bon. Acceptées. Vous avez du rosé ?

- Entrez, je vous en prie.

- Merci Arlette...

- René, on est où, et quand ?

- Et bien vous êtes en 2051. A Reno, dans le Nevada. En fait, la vie n'est faite que de cycles, et après vos conneries de réchauffement climatique, on est revenu à l'époque de nos ancêtres. Des dinosaures quoi.

- Vous plaisantez ? Et cette chemise ? Et vous êtes doués de parole ?

- La différence avec nos ancêtres c'est que vous avez laissé énormément de traces, de culture, des disques durs, des livres, des films, des dvd, des puces électroniques. Alors on a vite appris. Et puis c'est l'homme qui s'est un peu reptilisé pour s'adapter au climat. Ce n'est pas le reptile ancestral qui est revenu.

- Oui, vu ta taille, on avait remarqué René.

- Ca ne m'a pas empêché de faire fortune dans l'immobilier Môssieur...

- Ah mais c'était vrai ça ?

- Evidemment que c'était vrai ! Je ne vous ai juste pas dit en quelle année nous étions.

- Mais quel immobilier ? C'est le désert ici.

- Ah non mais là, on est en vacances avec Arlette. On avait besoin de sécheresse, il a un peu plu chez nous, et on doit rester dans la grotte, c'est un peu tristoune...

- Vous habitez une grotte ?

- Oui, à Los Angeles, et j'en vends. Voilà pourquoi je peux me payer de si belles chemises.

- René...

- Oui Simone ?

- Ne donne plus jamais ton avis sur la mode.

vendredi 27 août 2010

Gladys l'entend bien de cette oreille


- Simone !

- Quoi ?

- Viens voir...

- Pourquoi tu chuchotes Raoul ?

- C'est qui la fille dans le salon là ?

- C'est Gladys, une amie du lycée. Elle a les plus grandes oreilles du monde !

- Ah c'est pour ça la coupe de cheveux...

- Bah oui, forcément, pas facile... Tout le monde la vannait sans cesse, mais elle est adorable. C'est moi qui lui ai conseillé cette coupe, pour pouvoir sortir sans subir le regard des autres.

- Et t'es sûre qu'on ne la regarde plus maintenant...

- Peut-être, mais dorénavant, c'est pour de bonnes raisons, artistiques, ça a du style non ?

- Simone, tu devrais arrêter d'aider tes amies...

- Quoi ? Qu'est-ce qu'il y a encore ?

- Elle ne voit rien avec la coupe que tu lui proposes !

- Pas grave ça ! Elle entend super bien.

- Simone, ton imagination est abyssale...

- Non, non vraiment, elle a l'ouïe hyper développée, comme les aveugles. Elle n'a pas besoin de voir pour se déplacer. Du coup, j'en ai profité pour lui créer une coupe que personne d'autre ne porte.

- Chérie, le projet de nattes pectorales que tu avais pour moi, je t'avais dit oui hier...

- Oui ?

- On va attendre un peu...

My Taylor is rich, but she travels in Simca


- Mais dites-moi Jean-Pierre, qui est cette Simone ?

- C'est une femme française, tous les réalisateurs ne jurent plus que par elle...

- Mais enfin, je suis quand même Liz Taylor, et depuis deux jours que je suis là, pas un agent, pas un directeur de casting n'est venu dans ma loge. J'ai même changé mon nom sur le fronton pour rappeler que j'étais la femme de Richard, rien !

- Vous ne pourrez pas grand chose, j'en ai peur.

- Et pourquoi cela ?

- Parce qu'en plus d'être Simone, charismatique et irrésistible, elle est la femme de Raoul.

- Ah c'est cette Simone-là ?

- Oui...

- Jean-Pierre, allez prévenir Richard, préparez nos bagages je vous prie, et dites-lui que nous partons ce soir. Nous prendrons la Simca, je ne veux absolument pas que notre départ soit éventé.

- Soyez tranquille. Nous avons parfaitement géré la fuite de Paul Newman et Joanne Woodward pour les mêmes raisons la semaine dernière...

Envoûtante Simone


- Mais comment saurais-je vous inspirer cette envoûtante mélodie Raoul ?

- Simone, vous êtes une note à vous seule, vous êtes toutes les notes,vous êtes aigüe et grave, symphonique et mélodique, vous êtes la clé de sol de tous les coeurs mélomanes...

- Raoul... C'est trop...

- Non... Je ne vois aucun bémol sur votre partition... Il faudrait tous les orchestres du monde, ensemble, pour faire frissonner l'extatique perfection de la musique que vous laissez derrière vous. Comme une empreinte de votre existence.

- Vous me faites rougir...

lundi 23 août 2010

Simone aux six troncs


- Quelqu'un a vu Simone ?

- Elle lit John, sur la plage aux six troncs.

- Il a une plage John ?

- ???  ...  Elle lit John Le Carré, sur la plage avec les troncs là-bas...

- Ah... aux six troncs ! Je croyais que tu parlais de la plage au citron, comme le fruit...

- Bah non, sinon j'aurais dit la plage DU citron. Tu vas au coiffeur toi ? Tu fais de l'essence ? Tu dis "le rêve que je t'ai parlé" ? Faut que j'y alle ?

- Oui, bon, bah ça va, y'avait moyen de se tromper non ? La ressemble sonore pouvait piéger quand même...

- Mouais. Accepté...

- Et tu sais comment elle retrouve sa plage Simone quand elle la perd ?

- Non... ?

- Ah bah tu sais pas tout alors !

- Raconte...

- Elle met un marque-plage !

- T'es bon toi...

- Comme ça elle est toujours à la plage.

- ... ou à la bonne plage...

- Voilà ! Tu l'as ! Et quand elle a le soleil dans le dos, tu sais ce qu'elle fait ?

- ... elle tourne la plage ?

- Bingo ! Il faut toujours savoir tourner la plage...

Retour vers le futur

- Raoul, je crois qu'on devrait descendre... S'ils revenaient ?

- A l'heure qu'il est, ils sont déjà loin.

- Mais on parle de qui là ?

- Les petits hommes verts, Simone.

- Mais qui nous dit qu'ils sont verts ? C'est dans les bouquins ça !

- Oui, les soucoupes volantes, c'était dans les bouquins aussi, et là, y'en a une dans le jardin. Il faut fouiller dans leurs affaires, on va peut-être trouver des choses étonnantes...

- Raoul, regarde, là, cette pile de journaux. Alors ils savent lire notre langue ?

- Le Figaro, daté de juillet 2010... Libération, Le Parisien, L'Equipe... 2010... Incroyable...

- Mais on est en 1958 Raoul, c'est impossible !!!

- Ils viennent du futur...

- Ce ne sont pas des extraterrestres alors ?

- Sauf si on livre nos journaux dans l'espace...

- Remarque, ça va être facile de les repérer en ville du coup.

- Pourquoi ?

- Bah tous ceux qui ont 52 ans de plus que nous, ce sont forcément eux !

- Ah d'accord, donc tous les retraités sont des extraterrestres ?

- Heu... Pas faux... Ceci dit, quand on voit comment ils s'habillent, on peut se poser des questions...

- Tu parles pour mes parents là ?

- Raoul, tu ne vas pas me dire que tes parents sont les ambassadeurs du bon goût...

- Ah parce que ta mère avec ses chapeaux qui captent l'ORTF, elle a la classe internationale ?

- Quoi ma mère ?? Au moins, elle capte quelque chose ELLE !

- Bah voyons ! Parce que mes parents, ils sont cons comme la lune !

- Je sais pas mais on n'a qu'à décoller tiens, on pourra vérifier !

- Dis donc Simone, t'as mal dormi ou quoi ? C'est quoi cette agression gratuite là ? T'as un problème avec mes parents ?

- C'est toi qui as fait l'amalgame avec les retraités.

- Ils sont retraités en même temps, donc le raccourci était facile.

- Alors si je parle des retraités, des provinciaux, des dégarnis, des susceptibles, des concierges, des Gaullistes, tu te sentiras toujours visé, via tes parents ?

- Ils ne sont pas susceptibles mes parents !!! Alors que toi, tu sors l'artillerie lourde si j'ose aborder le sujet du chapeau de ta mère !

- Et voilà... Tu recommences. Bon, Raoul, j'ai pas envie de me fâcher, emmène-moi sur la lune... Démarre...

- J'ai pas mon permis soucoupe.

- On s'en fout du permis soucoupe, ça m'étonnerait qu'on croise beaucoup de képis sur la route...

- Peut-être. Mais si on va vers le futur, sans faire exprès, et qu'on se retrouve dans une époque qu'on ne connaît pas ? Avec des gens qu'on ne connaît pas ? Si on se retrouve à devoir utiliser des micro-ondes, des téléphones portables, Internet, si les machines à laver durent cinq ans, si le Président a épousé une chanteuse, si on ne peut plus rouler vite, boire l'apéro, fumer dans les bars, si les villes ont remplacé nos campagnes, si l'économie et le profit ont fait explosé le prix des tomates, du pain, de la salade, des fruits, en même temps que leur goût ? Si les femmes sont séduites par des images, et les hommes par des artifices ? Si les voitures sont tellement nombreuses qu'on ne peut plus avancer sur les routes, et que la pollution de tous les pots d'échappement du monde trouent la couche d'ozone ? Si le petit Domenech, déjà chiant comme la pluie devient sélectionneur de l'Equipe de France ? Si on ne parle plus à table à cause de la télé ? Si on ne s'envoie plus de courrier à cause de l'ère numérique ? Si les femmes se font tirer la peau et refaire les seins pour défier le temps et ressembler à des canards ? Si les....

- D'accord ! D'accord !! D'accord !!!

- Quoi...

- D'accord, j'ai compris, la lune, elle est ici.

- Oui ma chérie, qu'elle soit de miel ou un clair argenté, je suis sûr qu'elle a meilleur goût ici...

- Il fait froid dans le dos ton futur quand même Raoul... Quel pessimiste tu fais.

- Avec tout ce que je lis, je me dis que ça pourrait arriver.

- Mais d'où sors-tu tous ces mots ? Internet, numérique, micro-ondes ?

- Bon, je suis déjà venu cette nuit dans la soucoupe, et j'ai lu un peu leurs journaux, je ne voulais pas te faire peur...

- Raoul, suspends le vol du temps.

- Embrasse-moi...

Coule Raoul



- Alors Simone, elles te plaisent tes vacances ?

- J'adoooore... tu sais à qui tu me fais penser comme ça, Raoul ?

- Non... Prends une pose plus naturelle... oui, comme ça...

- A Vincent Perez... tu es mon hussard sur le toit...

- Ma Fanfan... Tu me donnes envie de valser.

- Si ça continue, tes rêves vont devenir réalité, parce que j'ai l'impression que la mer monte...

- Mais non. Qu'est-ce qui te fait dire ça ?

- J'entends l'eau très proche. Vraiment proche.

- L'eau est amie, et une amie est toujours très proche.

- Non mais Raoul, tu ne trouves pas que l'estafette bouge ?

- C'est normal qu'elle bouge, on est sur le sable, et avec la marée, l'estafette se meut un peu...

- Se meut ?

- Du verbe se mouvoir.

- Oui, je te remercie, prends-moi pour un bulot ! Je faisais juste remarquer non sans une certaine ironie ta bourgeoisie de syntaxe dans une telle situation ! Et nous, nous nous mouvons à quelle heure ? Parce que le mec qui parle à la radio, là, juste en-dessous, il vient de faire "gloub"

- Il a fait "gloub" ?

- Oui

- Combien de fois ?

- Bah c'est bien la quatrième là...

- Putain, y'a le journaliste qui se noie ! Il faut prévenir quelqu'un !

- Et ben descends et meus-toi Raoul !

- Mais... mais... Simone, y'a de l'eau partout !!!

- Oh mon pauv' chou.... allez, saute, à la hussarde !

- Et toi ?

- Moi je ne risque rien, nous sommes très proches l'eau et moi. Et puis on n'a jamais vu une marée submerger une estafette ...

- Non, je ne pars pas sans toi.

- Oh c'est mimi... Dis donc Raoul...

- Oui ?

- Tu serais pas un peu en train de flipper comme un dingue là ? Tu as peur de sauter, c'est ça... ooooh mon loulou... allez, accroche-toi à moi...

- Jamais ! Je suis le roi de la brasse coulée !

- C'est bien ce qui me fait peur...