jeudi 11 octobre 2018

L'amour n'existe pas




- Alors c'est arrivé ? Tu ne trouves vraiment plus la force de m'aimer ? Mais alors tous ces mots qui promettaient, qui étaient tellement sûrs, tous ces mots qui disaient l'impossible, qui l'affaiblissaient jusqu'à l'éteindre ?

- Je sais... Si tu crois que ça ne me tue pas de prendre conscience de la nature éphémère de ces mots... Et pas seulement de ces mots, de ce sentiment... de ce putain de sentiment ! Tu crois que je ne m'en veux pas ? Que je ne lui en veux pas à ce serpent ? De prendre la couleur de la peau douce et aimante pour mieux enrouler son venin autour de cette main qui était faite pour toi ? Avant de le cracher dans la gorge encore chaude de l'amour hurlé ?

- Dis-le moi... Dis-moi que tu ne m'aimes plus, j'ai besoin de l'entendre...

- Que je t'aime, que je ne t'aime plus... Il n'y a pas d'amour bordel ! Ça n'existe pas l'amour ! Il n'y a que des preuves d'amour ! C'est comme le bonheur, il dure le temps de le vivre sans savoir qui il est. Et puis dès qu'on prend conscience qu'il pourrait être ce bonheur après lequel on court depuis toujours, il s'enfuit. Il se dissout à la seconde où on le reconnaît, l'amour c'est pareil. Il y a la tendresse, le plaisir, le manque, la passion, mais l'amour, est-il vraiment aussi divin qu'on le prétend ? Et si Dieu n'existait pas ?

- Mais pourquoi tu m'écrivais que j'étais l'âme de ta vie hier encore ?

- Hier encore j'avais vingt ans ! Mais nous ne sommes tous que de putains d'égoïstes... Bien sûr que tout l'amour que je t'ai donné venait directement du cœur, évidemment qu'aucun homme ne m'a touchée à ce point, mais tu ne vois pas à quel point je suis imparfaite et à quel point tu l'es ? Tu sais bien qu'un mirage viendra toujours troubler la réalité ! Celle qu'on vit ou celle qui s'offre ! On a voulu te prendre à moi, cette inconstante qui ne voulait de l'amour que pour s'y prélasser sans payer, cette superficielle qui te promettait la lune alors qu'elle était incapable de t'apporter un croissant, moi j'étais sûre, j'ai écrit ton nom partout, du soir au matin et du matin au soir, et puis...

- Et puis le jour est venu où tu n'avais plus d'encre... Tu vois, je ne croyais pas à toutes ces conneries, l'amour dure trois ans, l'amour n'existe pas, l'herbe n'est pas plus verte ailleurs, la lassitude gagne toujours, parfois ex aequo avec la routine... Je n'y crois pas forcément davantage aujourd'hui, parce que je ne croyais qu'en toi, je n'avais pas la place de croire en autre chose, comme je n'avais pas la place d'aimer quelqu'un d'autre. Moi aussi je me suis lassé de te faire confiance Simone, moi aussi je me suis posé des questions sur ta constance, je me suis dit mille fois "et si elle me disait tous ces mots pour ne pas être celle qui mettrait fin à cette histoire exceptionnelle ?" Et à chaque fois il suffisait d'une note de ta voix pour que je sache. Je te sais et je te saurai toujours. Tu me disais la même chose. Tu m'as dit, le jour où tu as trouvé ce "je t'aime" sous l'oreiller, que jamais ton cœur ne t'avait dit avec autant de justesse ce sentiment si rare. La force avec laquelle tu m'as dit son éternité m'a convaincu que tu étais celle qui comprendrait tout de ce qu'il faut se donner pour rester tout en haut. Le genre à se battre deux vies s'il fallait se battre une seule pour y arriver. Alors quand je te sens lâcher, toi, celle dont la nature même l'interdit, je me dis que tu as raison, si toi tu lâches alors l'amour n'existe pas. Celui en lequel j'ai toujours cru, malgré son incapacité à durer dans tous les livres qui racontent son existence, ou dans toutes les histoires dont le monde a pu être témoin. Pars Simone, vis, mange, prie, aime comme disait l'autre. Je te retrouverai. Ou tu me retrouveras. Si tu te perds, je serai ton repère. Et si je ne te retrouve pas alors l'amour aura perdu.

Simone est partie. Elle a vécu. Longtemps, trop longtemps loin de Raoul pour que leur lien unique n'en soit pas abîmé. Et pourtant. Quelques saisons avant le crépuscule de sa vie palpitante, elle a compris qu'elle n'avait fait que remplir du vide avec des semblants de plein, avec des mains incertaines, des bouches menteuses, des peaux qui avaient plus la moiteur du profit et du vice que celle de la fièvre unique. Un jour elle a écrit à Raoul :

Je te sais. Je ne savais pas que je te savais à ce point. Je ne savais pas la vérité de ton amour à ce point. Oui j'avais envie d'autre chose, oui j'avais envie d'être adorée par tous les hommes rares du monde, oui je voulais être belle dans tous les yeux qui cherchent l'or, mais je n'ai jamais été aussi belle que dans tes yeux, quand tu étais en moi, mon visage dans tes mains, et que ton sourire dessinait exactement l'amour dont on rêve. J'ai vécu, peu importe si j'ai bien ou mal vécu, j'ai vécu. Et ce temps sans toi, s'il a semblé parfois souriant, aujourd'hui je sais qu'il n'a été que du sable triste, ceux dont on fait les dunes qui cachent l'horizon. Je ne viendrai pas te chercher, tu as forcément trouvé une âme qui a su lire la tienne, mais tu me manques. Samedi, j'irai m'asseoir sur la plage, à Biarritz, face au rocher. Et je cracherai au ciel, ce serpent, tout le venin dont il se gargarise à longueur de prières juste après l'avoir embrassé. Qu'il sache le goût laissé par l'absence de ta bouche.

Le samedi suivant, Simone était assise face au rocher, pas loin du casino à Biarritz. Le temps était indien, comme l'été qui se prolongeait follement. Raoul ne viendra pas, parce que l'amour comme on en rêve n'existe pas. Seul le timing qui l'empêche existe. Elle a regardé le ciel, a souri à chaque souvenir heureux d'elle et lui, elle a maudit ce ciel puis s'est retournée, balayant la ville du regard, personne n'avait d'égard pour sa solitude. Elle a alors eu un geste presque adolescent. Elle, l'élégance incarnée, a brandi son majeur comme on présenterait aux forces invisibles sa rage intérieure. Elle a marmonné quelque chose, disant en substance "je t'emmerde avec ton île des possibles...". Elle s'est levée, a essuyé une larme qu'elle aurait justifiée par un vent sec si elle avait été accompagnée, puis elle est repartie vers sa voiture. Au moment où elle a ouvert son sac pour chercher ses clés, des mains se sont posées sur ses yeux, et cette voix... Une voix qu'elle reconnaîtrait entre mille, la seule dont la musique se propage partout en elle :

- Mon avion a eu du retard... Si tu m'aimes un tout petit peu, est-ce que tu peux juste faire tomber tes clés... Je ne voudrais pas que le plaisir de ta voix soit éteint par un non assassin...

Simone a laissé tomber ses clés, son sac, sa tristesse et tous les regrets du monde et a soufflé un "mon amour..." salvateur avant d'étreindre son autre.

Ils savaient exactement comment appeler le sentiment qui a irradié partout quand ils se sont embrassés. Mais ils n'ont jamais dit son nom. Ils ont même fait semblant de ne pas voir qu'il était partout, en eux, autour d'eux, dans les yeux de ceux qui les regardaient s'aimer si joliment. Puis ils ont roulé, roulé, et se sont arrêtés à chaque village basque qui offrait un décor pour s'aimer. Sur une hauteur qui offrait un panorama unique, Raoul et Simone ne se lassaient pas de s'embrasser.

Juste avant que le soleil ne disparaisse derrière la montagne, il quitta sa bouche, la regarda dans les yeux et lui dit :

- C'est quand même fou d'arriver à dessiner à deux avec une telle précision un sentiment qui n'existe pas...

Les yeux de Simone étaient alors pleins de ce sourire qui ne peut être donné que par un cœur qui sait, et reçu par un autre qui a toujours su.

Franck Pelé - 11 octobre 2018

samedi 11 août 2018

Cendres parfumées



- Je rêve...

- Quoi ?

- Tu mates les seins des mannequins ? Ce sont des mannequins Raoul ! Aucune ne va te faire un clin d'oeil ou être flattée parce que tu lui reluques la poitrine ! C'est hallucinant à quel point vous êtes formatés pour repérer le moindre bout de viande qui vous excite. C'est la même chose avec la côte de boeuf remarque... sauf que ça m'ennuie beaucoup moins que tu couches avec une côte de boeuf.

- N'importe quoi...

- J'aurais même fini ma vie amoureuse avec toi si tu ne matais que la viande bovine... Quoique... quand je vois le paquet avec lequel tu m'as trompée, je me dis que même la viande bovine est dangereuse...

- Elle a un corps magnifique.

- Merci de me le rappeler. Je parlais de celle d'avant.

- Et le paquet avec lequel tu m'as trompé on en parle ? Le Père Dodu à côté c'est Stromae ! C'est hallucinant à quel point vous êtes formatées pour avoir un maximum d'indulgence avec vos fautes et un minimum avec les nôtres...

- Rien à voir. Il était vraiment gentil, sans aucune intention déplacée, on a bu un peu, ri beaucoup, nos bouches se sont retrouvées à quelques centimètres l'une de l'autre et voilà, c'est humain, il n'y avait rien de planifié. Toi, tu as cherché ! Tu as prémédité le meurtre de notre couple !

- Le meurtre de notre couple... Toujours dans la dentelle... Dans deux minutes tu vas me dire que tu n'as rien pu faire, qu'une force invisible t'a poussée à embrasser ce type et à me dire que tu l'aimais quelques jours plus tard ! Mais pourquoi cette objectivité ne peut exister que sur ton cas et pas sur le mien ?

- On va expliquer ça devant la juge, d'ailleurs active un peu parce qu'on va être en retard, l'audience est à 16 heures.

- Ça ne me dérange pas d'être en retard à notre divorce.

- T'étais déjà en retard à notre mariage... tu n'auras finalement jamais été à l'heure...

- Qu'est-ce que c'est que ces conneries ? Je n'étais pas du tout en retard à notre mariage !

- Si ! Moi j'étais à l'heure ! Toi tu n'y étais pas dans la tête ! Encore avec tes doutes à la noix !

- Mais pourquoi faut-il que tu généralises tout... que tu interprètes tout... que tu enfonces celui à qui tu demandes de se relever ? Tu étais la seule femme au monde devant laquelle je pouvais me mettre à genoux !

- Voilà, j'étais. Je ne suis plus.

- Mais laisse-moi finir ! Et si c'était à refaire je le referais mille fois. Mais pourquoi faut-il forcément un coupable à la fin d'une histoire ? Pourquoi faut-il blâmer un élan vers une autre femme, ou un autre homme, alors que cet élan est aussi naturel que celui qui nous a conduits l'un vers l'autre ?

- Mais aucun de nous n'était marié au moment de notre élan ! Quand tu t'engages il y a des limites à respecter ! Mais toi les limites tu t'en fous, tu mets ton Coyote. Heureusement que ça n'existe pas pour les écarts amoureux dis donc, ça n'aurait pas arrêté de sonner dans ta vie !

- Et allez... parce que toi ça n'aurait pas sonné au moment où t'as embrassé ton Royal Cheese... Allez stop, c'est impossible de s'en sortir... Tout ce que je te dis, si c'était ton meilleur ami qui te le disait tu le comprendrais, mais quand l'ego s'en mêle c'est fini... Aucune femme, et aucun homme non plus, n'est prête à accepter que le fait de tomber amoureux se désactive parce qu'on a signé un contrat. Mais toutes les femmes qui sont tombées amoureuses ailleurs pendant leur couple ont de bonnes raisons de l'expliquer. La femme a de bonnes raisons, l'homme est un salaud c'est comme ça... Le meurtre de notre couple... Heureusement qu'on nous apprend depuis l'enfance que dans un couple, les responsabilités de l'échec c'est toujours 50/50...

- Excuse-moi mais là c'est plutôt 80/20 non ?

- Et voilà. Merci. Plus de questions Votre Honneur.

- Garde tes petites blagues de tribunal pour tout à l'heure... Oui le meurtre de notre couple oui...

- Mais Simone notre couple c'est Charles Aznavour ! Il est toujours vivant mais tout le monde pense qu'il est mort depuis dix ans !

- Ah dix ans carrément... je pensais que ça faisait deux ou trois max... Allez c'est pas grave, on n'est plus à une claque près... Tu sais quoi ? Je crois que je vais rouler une pelle à la juge une fois qu'elle aura prononcé notre divorce.

- Moi pas.

- Même si elle a des gros seins ?

- Arrête. Je t'aime toujours. Je t'aimerai toujours. Le mariage ça peut tuer un couple, et puis je te l'ai dit, certaines histoires portent une fin en elles, certaines sont faites pour durer trois ans, dix ans, vingt ans, et d'autres pour durer toujours, même en cas de palpitations imprévues.

- A force d'en avoir c'est étonnant que tu n'arrives pas à les prévoir...

- Ne fais pas la blanche colombe Simone, tu caches probablement des souvenirs qui ne me concernent pas sous tes plumes innocentes... Et je persiste et signe, je ne suis pas du tout sûr que ce soit une bonne idée de divorcer.

- Moi je pense que si. Parce que j'en suis à espérer de devenir un mannequin dans une vitrine pour que tu regardes mes seins. Oui je sais, ils tombent, ils sont marqués, ils vieillissent, et je cause, je t'engueule, je passe ma vie à te dire pourquoi tu n'es pas comme je voudrais... je suis bien plus chiante qu'un mannequin de vitrine...

- Tu es ironique là ?

- Non. Même pas... Je crois qu'on arrive à un moment où il faut être honnête. Avec soi-même et avec l'autre. Et je n'ai pas envie de dire ça à un juge ou qui que ce soit qui ne sait rien de toutes nos années ensemble. Oui je t'aime comme une dingue. Malgré tout. Mais je sais bien que je suis insupportable, je sais bien que je passe mon temps à te soupçonner, à te surveiller, à chercher, à te dire comment tu dois être pour me rendre heureuse, je ne pense qu'à mon bonheur avec toi c'est vrai, le tien ne m'intéresse pas, surtout si je n'en suis pas à l'origine. C'est de la jalousie. Et de l'envie d'être toujours celle que tu regardes pour la première fois et qui te renverse. Tu n'es pas un salaud Raoul. Tu es un homme bien. Tu es juste beaucoup trop sensible à l'amour et à celles qui savent te donner ce qui te touche.

- Merde... Attends chérie... tu peux me redire exactement ça le temps que je déclenche le dictaphone pour être sûr que je ne rêve pas et que je puisse le réécouter plus tard ?

- Raoul... Je suis sérieuse...

- Moi aussi je t'aime comme un dingue. Je ne supporte plus beaucoup de choses chez toi, probablement trop pour que tu ne le sentes pas mais je sais mes responsabilités dans ta douleur. Si j'avais su t'aimer comme on aime une seule fois en restant constamment au sommet, tu aurais été heureuse...

- Même pas sûr...

- Si, j'en suis sûr. Tu te serais sentie forte et unique. Je n'ai pas su garder mon regard seulement sur toi. J'ai profité de tes erreurs pour m'autoriser les miennes au lieu de les pardonner et de t'aimer toujours plus fort. Je crois que nous sommes à une fin de nous oui, mais je me demande souvent si certaines fins ne sont pas temporaires. Rien ne remplace le poids de l'histoire du couple, et je n'ai pas envie que les enfants passent un dimanche sur deux avec Royal Cheese...

- Attends, tu peux redémarrer ton dictaphone et répéter là ? C'est moi qui voudrais enregistrer cette fois...

- Je pense chacun de ces mots.

- Je t'aime Raoul, je ne t'aime plus et je t'aime, tu comprends ?

- Moi aussi Simone. Je ne t'aime plus et je t'aime.

- Alors comment on fait ? On fait demi-tour ? Ou on divorce et on se remet ensemble sans le poids du mariage ? Ou tu te remaries avec ta bovine et tu la trompes avec moi ?

- Et toi tu te remaries avec Double Cheese ?

- Non, je crois que je vais prendre le temps de laisser bronzer la marque de l'alliance...

Dans la vitrine, un mannequin du deuxième rang parle à celle qui est au premier plan, celle que Raoul regardait :

- C'est compliqué d'avoir un coeur et une raison non ?

- Je me le dis tous les jours quand j'entends leurs histoires, et d'autres... Mais ils ne se rendent pas compte... Oui Simone, tes seins vieillissent et tombent, mais ils sont vivants, personne ne donnera jamais d'amour aux miens. Oui Raoul, comme ta femme, tu as aimé, sans jamais que ce soit une faute, vous avez créé des règles et vous en êtes parfois prisonniers. Mais dans cent ans vous n'existerez plus, alors aimez-vous, au début, à la fin, ici ou là, mais aimez-vous et respectez-vous. Même quand ça fait mal. Et ne vous salissez pas sous prétexte que l'un regarde moins l'autre ou regarde plus ailleurs. Moi, rien que dans ma vie de mannequin, j'aurais pu tomber mille fois amoureuse juste pour le regard qu'on posait sur moi. Et ça ne m'arrivera jamais. Je suis de bois.


Franck Pelé - août 2018 - textes déposés SACD

samedi 24 février 2018

Le sel des promesses



Une jeune femme est assise depuis de longues minutes sur le banc en bois blanc légèrement craquelé qui fait face à la statue au visage cassé. Immobile, vêtue d'une robe jaune et d'un long manteau noir, elle fixe les yeux de ce personnage. Il n'a plus qu'un oeil visible mais elle le regarde dans les yeux, dans ce qu'il est et dans ce qu'il a été. Elle a le visage grave, elle laisse un sourire dessiner un espoir, elle sait qu'il sera bref. Elle a déjà remis ses lunettes aux verres fumés pour entretenir la discrétion autour de cette larme qui perle sur sa pommette gauche. Sa mère vient la rejoindre, elle sait. C'est une optimiste sa mère. Elle a connu la douleur pourtant, la fin, le désespoir, le mur au bout de la route qui se présentait comme idéale. Mais elle a ce je ne sais quoi de joyeux dans l'âme qui rend la vie à tout ce qui essayait de ne plus y croire. En essuyant la larme qui s'était arrêtée sur la lèvre de sa fille, elle demande :

- Elle vient d'où cette larme... ?

- D'un désert sans soleil à l'intérieur de moi... De l'endroit le plus désabusé de mon être... De la cave la plus sombre du palais que tu m'as si souvent raconté...

- C'est la vie ce palais ?

- Oui...

- Tu vois quoi là ? Quand tu regardes cette statue ?

- Le temps qui passe est triste, mais rien n'est plus triste que le temps déjà passé. Le temps qui passe agit encore dans le vivant, mais là, je regarde cette statue et je vois tout ce qui n'est plus, je vois le modèle, mort il y a des siècles, qui n'existe plus pour personne ni dans la mémoire de personne... Je vois mon père... je vois mon grand-père... je vois ma tante... (elle se met à hurler) Mais pourquoi bordel ! Pourquoi ???

- Chhhhh... Arrête... Respire... Respire doucement...

- Je vois l'amour qui n'est plus, je vois même ce qui ne peut pas être ! Ou ce qui sera peut-être un jour mais à quoi bon ? Pourquoi commencer quoi que ce soit si tout finit ?

- Ton père est là, avec toi, avec nous... ta tante est là, dans ton coeur, dans tout ce que tu vis, elle est une énergie incroyable qui...

- Mais je m'en fous de l'énergie tu comprends ??? C'est comme quand on me dit que je vais les retrouver, plus tard, dans un monde spirituel, immatériel ou je ne sais quelle dimension dont les adeptes de la grande sérénité parlent comme s'ils y avaient été quinze fois ! Tu veux que je te dise maman ? Même si je les retrouve plus tard dans une forme différente, ça n'apaisera jamais ma peine de les avoir perdus ! Je me fous de retrouver mon grand-père dans une énergie particulière ou une force impalpable, je veux le retrouver avec son regard, sa voix, sa moustache, ses traits ! Je ne veux pas d'une de ses déclinaisons promises par le ciel, la foi ou la peur ! Ma tante, je veux la retrouver avec son rire, ses expressions, ses yeux à la couleur si unique, je me fous d'entendre une voix qui me dit c'est moi, tu comprends ? Et je sais très bien qu'il n'y aura aucune voix. Toutes les promesses sont sucrées et à la fin il ne reste que le sel du désert immaculé, une mer morte...

- Pourquoi ne pas profiter à fond de cette parenthèse si tu penses que c'est une parenthèse avec un début et une fin définitive ?

- Mais pourquoi ? Dans quel but ? Tous les gens que j'aime sont partis ! Et dans mon souvenir il y a déjà plein de morceaux qui s'effritent comme le visage de cette statue... Pourquoi on vit maman, dis-moi... Pourquoi ? C'est quoi le but ? Pourquoi le bonheur est si court ? Pourquoi on nous offre toutes les perspectives du bonheur terrestre avant de faire tomber les lourdes portes de la réalité sur nos élans ? C'est fou... à peine a-t-on la maturité nécessaire pour en profiter qu'on arrive déjà à l'âge où tout est usé, les corps comme les rêves !

- Mais tu as à peine quarante ans ! Arrête ! Tu peux vivre encore je ne sais combien...

- Je peux vivre encore quoi ? Vingt ans ? Trente ? Avec le manque des uns et les mensonges des autres ? Avec mes échecs et mes évidences orphelines ? Mais ça sert à quoi ? Dans cent ans je ne serai plus rien ! Même pas une statue au visage fracassé par ce putain de temps qui passe puisque je n'aurai été le modèle de personne ! Personne ne me sculpte à part le temps assassin ! Il grave mes rides dehors et mes peines dedans à coups de burin mécanique, insensible à mes cris qui hurlent en silence ! Pourquoi je suis là ? Pourquoi a-t-il fallu qu'on me permette de goûter à ce qu'il est insupportable d'abandonner pour l'éternité ? C'est une punition la vie c'est ça ? Qu'a-t-on pu faire de si terrible pour mériter un truc pareil ? La vie c'est un terrible malheur déguisé en une multitude de bonheurs !

- Mais arrête enfin Tessa ! Arrête !!! On ne sait pas ! On ne sait rien ! On n'est pas équipé intellectuellement pour avoir les réponses, sinon ce serait trop simple ! Il faut aimer ! Aime Tessa, aime !!! Aime dès que la vie te sourit ! Parce qu'elle fait souvent la gueule la vie d'accord, mais quand elle sourit, tout s'éclaire, et ça peut durer longtemps ! Je ne reverrai plus jamais ton père et si j'y pense, j'y reste, alors je n'y pense pas ! Raoul c'était ma moitié, mon autre, je l'aime, je l'âme, et non pas d'imparfait, c'est ma moitié, je suis à lui, mais des années de bonheur ici avec lui, ça vaut largement une éternité à redevenir ce qu'on était avant de naître à cette vie !

- Tu ne sais pas ce que tu étais avant...

- Justement ! Tu ne sais pas ! Ni avant ni après, alors profite au moins pendant !

- Mais on n'était rien, on n'existait pas, et puis bim, le big bang, la petite graine, la nature, l'existence, la culture, l'intelligence, l'amour, le sexe, les liens, les enfants, les rires, les larmes, la maladie, la tristesse, la trahison, la solitude, la renaissance, l'espoir, l'horizon, et la nuit, pour toujours la nuit ! Il y a une grande différence entre avant et après. Moi je me fous de savoir que je n'étais rien avant, mais je ne supporte pas l'idée de devoir m'abandonner définitivement après ! On se casse le cul à arriver à s'aimer, à se connaître, à évoluer dans ce putain de monde de malades et merci au revoir ? Mais pourquoi ? Et comme tous ces cons ne sont pas capables de donner plus d'importance à la terre qu'à l'argent la planète va exploser et on fait comment après avec ces conneries de réincarnation ou je ne sais quoi ? Après c'est fini et basta ! Merci d'être venue !

- Tu n'as pas d'amour dans ta vie ? Je veux dire un homme qui t'aime et que tu aimes ?

- L'amour... Qu'est-ce qui est mieux ? Vivre une histoire magique jusqu'à ce que l'un perde l'autre à jamais parce que la mort serait venue chercher sa proie sans prévenir ? Vivre une alchimie folle en laissant la routine décrocher les étoiles et nous laisser dans un vide abyssal ? Ne pas vivre une évidence pour ne pas l'abîmer ou crever doucement de ne pas la vivre parce qu'il y a des vents contraires ? Si tout finit maman, dis-moi... si tout finit... pourquoi faut-il vraiment commencer quelque chose... Pour le plaisir du début ? Tu vois, je n'ai peut-être pas encore quarante ans, mais ça y est, j'ai vécu mes débuts prometteurs et enchanteurs, je les connais tous, ils m'ont tous transportée, bouleversée, ils m'ont soufflé à l'oreille que la vie était belle, que tout allait être comme dans un film. Mais la vie n'est jamais un film, parce que le film on peut écrire son début, son milieu et soigner particulièrement sa fin. Les très rares qui ont eu la chance de connaître une fin heureuse, ou mieux encore, un bonheur sans fin, ne sont même plus là pour en parler tellement ça n'existe plus. Même lui avec sa gueule cassée, il a peut-être été heureux comme personne, et que reste-t-il de sa vie ?

- Ma chérie... Je pourrais te secouer là, te dire des mots durs pour te réveiller, être ironique en te disant "je te laisse avec ta corde et ta noirceur" mais ce n'est pas ce que tu veux entendre. Tu hurles tout ça comme on vomit sa déception mais tu crèves d'envie d'entendre que tu as tort, tu as juste mal de penser avoir raison sur la nature empoisonnée du cadeau de la vie. Ton père c'était... je ne pourrai jamais dire c'était... c'est mon évidence, mon amour absolu, le miroir de mon âme. On a connu la routine, on a connu l'abîme, la maladie, la perte d'amis, morts physiquement ou morts dans notre coeur, on a connu pas mal de descentes vertigineuses après tant d'exquises randonnées, mais on a tout affronté ensemble. Même nos fautes, même ce qui aurait pu nous séparer, on a tout regardé dans les yeux, ensemble, pour avancer. Oui dans cent ans ta Simone de mère ne sera plus rien, même pas une statue à la gueule cassée. Mais je suis convaincue que l'amour qu'on a construit, vécu, celui qu'on laisse en héritage ici, servira à quelque chose, à quelqu'un, je me fous de savoir à quoi, à un homme, une femme, un enfant, une forêt, un océan, une montagne, une énergie palpable ou impalpable, l'amour qu'on invente comme celui qu'on sublime ne peut pas ne pas être utile. Aime, Tessa, aime, tu as raison, c'est probablement une expérience dont tu ne connaîtras jamais vraiment les fruits de ton vivant, mais si les promesses de la vie sont salées, comme l'addition qu'elle présente en fin de parcours, aimer est un dessert, et à bien y réfléchir, on ne mange pas si souvent son dessert préféré.
Regarde-moi... Aime... Tu m'entends ? Aime fort... Fige ce sentiment dans l'histoire du monde, je suis sûre que le monde en fera quelque chose.


Franck Pelé - février 2018 - textes déposés SACD

jeudi 18 janvier 2018

Sous-entendus





Jeudi c'est tartare frites dans cette petite brasserie près du Louvre. Depuis bientôt sept ans, Simone et Raoul ont ce petit rituel, toujours la même table, la petite ronde au fond à droite, près de la baie vitrée.

Raoul peut regarder les formes pulpeuses qui passent pendant les brefs moments où Simone oublie de faire semblant de ne pas le voir, et Simone peut critiquer la démarche, la coiffure ou les vêtements d'autres femmes pour justifier son regard sur la rue, alors qu'aucun homme digne de ce nom n'échappe à son faisceau spatial. Parce que c'est le genre à trouver un extra-terrestre avant tout le monde Simone.

A côté d'eux, il y a une femme, elle s'appelle Nathalie. Quadragénaire, elle a manifestement les mêmes habitudes, de table et de passe-temps. Mais elle n'a jamais personne à qui parler. Simone et Raoul parlent beaucoup au restaurant. Ils sont à l'opposé de ces couples dont nous avons tous été témoins au moins une fois. Cette scène surréaliste où deux personnes qui ont choisi d'être ensemble, probablement pour une raison qui avait attrait à une certaine complicité, n'ont pas UN SEUL mot à se dire. Tu les regardes, tellement que tu en oublierais de parler toi-même avec ton autre, et tu te dis que c'est impossible d'être aussi neutre, aussi triste, aussi silencieux, aussi muet dans une table de deux. Tu as l'impression que c'est le fruit d'un bug de site de rencontres, le pire que tu voulais en face de toi, tu l'as. Sauf que là ce sont des gens qui se sont rencontrés dans la vraie vie et mariés dans cette même vie ! Ahurissant... On imagine la scène :


"- Si tu veux on se fait un resto ce soir...

- Ah oui bonne idée, mais... y'a pas Danse avec les stars ce soir ?

- Tu me dis qu'on sort jamais et quand je te propose tu prends ça comme une obligation d'aller à une réunion de parents d'élève !

- Oh mais pas du tout arrête... Portables éteints hein ?

- Bah oui... Enfin vibreur en cas d'urgence mais interdiction de jouer à Candy Crush ou autre entre deux plats..."


Et le soir venu, après avoir rapidement devisé sur la déco du restaurant, dit à l'autre qu'il avait une petite mine et jeté au moins sept regards à 360 degrés pour étudier la faune locale et l'attitude qui dit tout du bipède, le puits de la conversation est désespérément vide, un puits sans fond dans lequel résonne le plus grand désintérêt pour l'autre. Chacun regarde ailleurs, et de se demander alors quel plaisir ils prennent à être ensemble, ici et ailleurs...

Lui il regarde le cul de la serveuse et elle, elle cherche les gens connus, elle adore faire ça quand elle va à Paris. Elle ne pense qu'à ça. D'ailleurs si c'était une star en face d'elle, à sa table, à la place de son mec, elle aurait probablement de la conversation. Elle, c'est "pense avec les stars". Lui, on a dû mal à l'imaginer dire quelque chose d'intéressant, c'est pas très sympa de caricaturer oui on le sait, mais on le place quelque part entre Trump et Ribéry. Compliqué pour philosopher.

Ce jour-là il n'y a pas ce genre de couple autour de Simone et Raoul. Exceptionnellement, ils sont même un peu silencieux, ils regardent attentivement leur menu. Surprise, à côté d'eux la quadragénaire habituée n'est pas seule. Elle est accompagnée d'une amie qui lui raconte sa dernière rencontre, son nouveau boulot et son épilation maillot. Elles parlent doucement mais on entend tout. Pourtant parfois elles chuchotent presque. Comme cette fois où l'une dit à l'autre "franchement au prix de l'épilation maintenant, je laisse un peu pousser, ça me rappelle les années 70, tu savais que ça revenait à la mode ? Et puis quand tu te balades à la plage l'été et que tu veux mettre tes clés dans ton maillot ça tient mieux, t'as remarqué ? Bon moi je vais prendre une salade composée, une frisée aux lardons tiens c'est bien..."

Simone les regarde, puis cherche le regard de Raoul comme pour prendre la température de son propre étonnement en espérant ne pas être seule à avoir des hallucinations concernant ce qu'elle entend et surtout, concernant la précision avec laquelle on entend. C'est alors plus fort qu'elle et elle interpelle sa voisine :

"- Excusez-moi de vous interrompre en plein panier garni mais je voulais juste vous dire qu'on entend tout... Du coup j'ai un peu l'impression d'avoir vos lardons dans mon assiette et vous comprendrez que ça me coupe un poil l'appétit, pardon... "un peu" l'appétit voulais-je dire...

- Pardon mais nous parlons vraiment doucement...

- Oui et c'est bien ce qui m'inquiète... Vous voulez donc dire que vous, chère amie qui déjeunez à côté de nous chaque jeudi depuis des années, vous entendez tout ce dont nous parlons avec mon mari ?

- Oui... effectivement on entend tout...

- Vous entendez toutes les semaines les détails les plus intimes de notre vie et vous ne dites rien ???

- Bah non qu'est-ce que vous voulez que je vous dise ?

- Mais je ne sais pas ! Que vous entendez tout par exemple !

- Mais tout le monde entend tout partout au restaurant, ce n'est pas inhérent à cette seule table enfin ! Ce n'est pas parce qu'il y a un espace de vingt centimètres entre deux tables de brasserie que la voix s'arrête là où commence la liberté de l'autre ! Vous n'avez qu'à attendre d'être dans un endroit intime si vous voulez parlez de la sensibilité de vos seins, de la couleur de votre string ou de la dextérité de Monsieur à l'heure de vous faire grimper au rideau !

- Mais vous savez très bien que ne pas dire c'est participer à une forme de voyeurisme ! Vous écoutez en douce !

- Je vous interdis !

- Et tu sais quoi d'autres sur ma vie ??! Tu écoutes tous nos secrets depuis des années et tu es là comme un petit rat silencieux qui n'entend rien et ne voit rien, et un jour je vais peut-être retrouver dans un livre que Raoul a des problèmes de prostate, qu'il ronfle après l'amour et qu'il adore quand je le...

- Simone !!! Stop maintenant ça suffit !

- Mais elle sait tout Raoul ! De quoi tu t'offusques là ?

- Elle entend mais elle n'écoute pas, ce n'est pas parce q'u'on entend tout qu'on prête attention à tout !

- Mais elle est toute seule tous les jours à quoi tu veux qu'elle prête attention ? Entre la conversation de la salière et la nôtre à mon avis elle a choisi son camp !

- Oui je vous entends toutes les semaines ! Et oui je retiens tout ! Parce que c'est très intéressant ! Parce que votre couple me fait rêver ! Vous étiez presque devenus mes héros de la vraie vie ! Oui je sais tout de toi Simone puisque tu me tutoies allons-y ! Je sais que tu passes deux heures à te coiffer, que tu as un sextoy caché derrière la pile de Psychologie Magazine, que tu cries très fort quand tu es en haut des rideaux, que tu conduis comme une furieuse et que tu as insulté ton patron plusieurs fois. Mais je sais aussi que tu as le coeur honnête et généreux, que tu as toujours été là pour ta mère, que tes amis t'adorent et que tes idées de cadeaux ou de dîner sont toujours formidables ! Je rêvais d'être toi ! Jusqu'à maintenant ! Parce que moi je n'ai rien à raconter, je m'emmerde ! Je suis plutôt pauvre, pas très belle et on ne regarde pas mon cul pour ce qu'il provoque d'excitation mais pour ce qu'il évoque de compassion ! En revanche jamais je ne vais agresser les gens parce qu'ils parlent à côté de moi, même s'ils parlent trop fort ce qui n'est pas notre cas ! Alors maintenant on va finir notre déjeuner et on ne viendra plus jamais dans ce restaurant pour que vous puissiez raconter votre vie en pensant que personne ne vous entend !!!

- Excusez-la Madame... Elle est très sensible et généreuse Simone vous savez... Elle était juste gênée de savoir que vous saviez autant de choses sur nous...

- Mais je le sais parce que vous en parlez dans un endroit public à vingt centimètres d'une table voisine ! Et vous Raoul je sais que vous ne digérez pas très bien les fibres, que vous avez des doigts à rendre jaloux ceux de Warren Beatty, que vous avez grossi, que vous aimez chanter Eddy Mitchell dans la voiture et que Simone a de la lingerie rouge.

- (la femme en face Nathalie :) Et moi je sais aussi que vous avez embrassé la soeur de Simone le jour de votre mariage !

- Qu'est-ce que c'est que ces conneries ? T'as embrassé ma soeur le jour de notre mariage ?

- Mais pas du tout enfin elle raconte n'importe quoi ! Mais comment pouvez-vous sortir un tel mensonge ? Vous vous rendez compte des conséquences ? D'où vous sortez ça ? C'est la première fois que je vous vois dans ce restaurant !

- Vous l'avez raconté à votre ami Pierre à cette même table un jeudi de juin. C'est la deuxième fois que je viens ici. Je viens de m'en souvenir en vous voyant.

- Bon... Raoul te lèves on va chez Paulette.

- Mais chérie...

- On va chez cette putain de Paulette !!! (elle hurle)


Raoul et Simone quittent le restaurant, à travers la baie vitrée on voit Simone prendre le volant et partir comme une furie, Raoul à ses côtés. Les deux amies à table poursuivent :


"- Tu l'as vraiment entendu dire ça ?

- Oui...

- Le pauvre... Il va déguster là... Je la connais la Simone...

- Dis-moi Nathalie... Il te plaît ce Raoul n'est-ce pas ?

- C'est un amour cet homme. Mais c'est elle qui me bouleverse... J'habitais en face d'elle, je la regardais tous les jours... Je suis venue volontairement ici, chaque jeudi, à cette table, pour avoir un peu de sa vie, entendre un peu de ses jours, de ses nuits aussi... Je m'étais jurée de ne jamais m'adresser à elle mais là c'était trop. Tu veux du pain Marion ?

- Attends Nathalie tu m'invites à déjeuner après des semaines de correspondance et tu m'annonces que tu aimes une autre femme ?

- Mais je n'ai jamais pensé à autre chose qu'à correspondre avec toi ! Je trouvais ça très stimulant intellectuellement, c'est Simone avec son histoire de frisée qui t'a mis le doute !

- C'est des salades tout ça, tu y pensais forcément aussi avec moi puisque tu es comme moi, et tu me plantes pour une voisine de table que tu espionnes depuis des mois !

- Mais non je ne te plante pas ! Je n'ai jamais eu l'intention de planter quoique ce soit avec toi ! ...mais c'est vrai que si je devais choisir une femme à aimer, ce serait Simone, sans adversaire possible.


Après avoir balancé sa frisée aux lardons sur les genoux de Nathalie, Marion sort du restaurant, marche d'un pas rapide jusque dans le hall d'un hôtel de luxe, là elle demande à passer un coup de téléphone à partir d'une de ces cabines à l'ancienne, prévues à cet effet.


" - Simone ? C'est Marion. Bon tu peux te détendre ce n'est pas de Raoul qu'elle est amoureuse ta célibataire du jeudi, c'est de toi...

- Tu plaisantes...

- Ah non non je te promets, elle est comme une dingue, elle a même précisé qu'aucune femme ne pourrait la séduire plus que toi.

- Alors là, grosse grosse claque... Et moi qui ai monté ça pour la faire disjoncter...

- Bon c'est la dernière fois que je fais ça pour toi hein... C'est compliqué d'être ton amie parfois Simone tu sais... Il a fallu que je devienne copine avec cette nana, ça m'a pris des semaines à travailler sa confiance, et je suis passée à deux doigts de me faire sauter dessus et de me retrouver avec ses clés dans mon maillot de bain ! La prochaine fois tu me préviens quand je dois draguer une femme qui a vu vingt fois Gazon Maudit !

- J'étais sûre qu'elle était là pour Raoul, toujours à cette table...

- Et Raoul comment tu as géré ?

- Je lui ai dit dans la voiture que je le savais incapable d'une chose pareille, tout comme Paulette. La pauvre... même avec le mec de ses rêves à ses pieds elle ne tromperait pas Pierre...

- Tu ne m'avais pas dit qu'il était hyper sérieux lui aussi ?

- Oui c'est vrai... Enfin il m'a quand même embrassée le jour de mon mariage...

- Simone !!!

- Quoi ?

- C'est vrai ?

- Marion... il ne faut pas croire tout ce qu'on entend... ;-)





Franck Pelé - janvier 2018

mercredi 30 août 2017

Fais pas ci fais pas ça




- Pourquoi prends-tu autant de risques Simone ? Tu ne veux pas rester un peu tranquille ? Tu es belle, tu as un boulot, un homme qui t'aime, une famille, pourquoi tu veux absolument goûter à ce qui te changerait aux yeux des autres ?

- Des risques ? Mais ça t'a effleuré le chapeau que les pires risques possibles soient ceux que tu prends quand tu choisis de ne rien changer Paulette ???

- Arrête de crier Simone tout le monde se retourne...

- Et alors ??? Tout le monde se retourne ? Et pourquoi ils se retournent à ton avis ? Parce que je crie ou pour ce que je dis ? Quelle que soit la raison ils s'en rappelleront ce soir, ils s'endormiront même peut-être avec cet évènement de leur journée ! Le seul qui aura été vrai, spontané, vivant dans leur vie sans aspérités ! Elle est lisse votre vie, ne changez rien, vous avez raison, ça fait moins mal au quotidien ! Mais putain le réveil va être compliqué pour certains je vous le dis !

- Arrête Simone !

- Mais c'est toi arrête ! Pourquoi tu me dis que je veux goûter à ce qui me changerait aux yeux des autres ??? T'en as pas marre de tirer la langue uniquement à l'heure de l'hostie franchement ? Pourquoi la certitude que la saveur est ailleurs est toujours transformée par une pauvre curiosité qui ne cherche qu'à goûter pour mourir moins con ? Moi je te dis qu'on peut changer de route sans forcément avoir tort ! Je te dis qu'on peut croquer cette putain de vie sans devoir supporter le procès de vouloir la goûter ! Comme si un choix fait avant un autre lui donnait toute sa légitimité !

- Tu es vulgaire Simone avec tes putain toutes les trois phrases...

- C'est toi qui es vulgaire avec tes cheveux bien tirés et tes sourires polis ! Rien n'est plus inélégant que de mettre des croix dans toutes les cases qu'on te dit de remplir dès le plus jeune âge ! La classe c'est de savoir poser ta boîte à schémas et de marcher librement sur la ligne que TU traces !

- Mais merde Simone !!! Merde !!! Et pourquoi ce serait ton point de vue le bon ? Pourquoi on ne pourrait pas être heureuse dans une vie lisse ?? Pourquoi on ne pourrait pas rester vingt ans derrière un bureau en étant heureux d'y être ?Pourquoi on ne pourrait pas reproduire l'amour de nos grands-parents ??

- Mais parce que ce n'est plus le même monde ! Tu veux qu'on demande à mamie si elle a été vraiment heureuse ? Et papy ?

Oui d'accord du côté de papa c'était chouette, et encore, y'a eu du dérapage plus ou moins contrôlé, mais le père de maman, papy Lou, tu mesures à quel point il s'est emmerdé avec notre bonne petite grand-mère ? Je ne sais même pas s'il a vu son corps une fois en pleine lumière !

- Simone !

- Je parle de son corps jeune...

- Arrête

- Les femmes n'étaient pas indépendantes, elles n'avaient pas le choix, et le divorce c'était comme une verrue au milieu du numéro de ta rue ! Et puis personne ne changeait de boulot, et si tu voulais en changer tu pouvais parce qu'il y avait du boulot partout !  

- Moi je te dis que c'est encore possible de vivre des choses qui durent !

- Mais rien ne dure Paulette ! Arrête de croire à tout ce qu'on te dit ! A toutes les promesses en guimauve et aux serments en bois ! Arrête ! Il faut aimer bordel, il faut changer de métier, d'endroit, de mec s'il faut, il faut embrasser, il faut se planter, il faut aller où on a peur d'aller, il faut apprivoiser le sauvage, découvrir l'inconnu, et surtout il faut aller au delà de l'image que cette putain de société immobile nous renvoie de nous-même ! Si on se sent perdu quelque part il faut se retrouver ailleurs ! Se retrouver soi-même.

- Alors à quoi ça sert de changer si rien ne dure ???

- Pardon ! Pardon... d'accord. Il y a une seule chose qui dure. C'est l'exceptionnel. C'est pour ça qu'il s'appelle comme ça d'ailleurs. Et c'est pour ça qu'on change, parce que si ton travail n'est pas exceptionnel, si ton amour n'est pas exceptionnel, si ta famille n'est pas exceptionnelle, aucun ne dure.

- Ah bon tu peux changer de famille ?

- Non tu ne peux pas changer de famille, mais tu peux vite avoir l'impression de ne plus en avoir si les liens qui font cette famille ne sont pas exceptionnels. Moi, à part toi, ma soeur, et les parents, même s'ils ne sont plus ensemble, je me sens orpheline d'un monde secret, d'un nid douillet, de ces gens qui avaient le même sang et nous regardaient grandir avec intérêt, sourire, générosité, empathie. Qui t'appelle toi ? Qui t'écrit ? Qui t'écoute avec une vraie qualité d'écoute dans notre jolie petite famille ?

- Heu... Tatie elle m'appelle...

- Oui d'accord... Et à part elle ? Qui écoute tes erreurs ou tes coups de colère sans te juger ou te dire que l'autre a raison et que tu n'es que la petite Simone ou la petite Paulette qui a encore plein de choses à apprendre ?

- Mais c'est normal, en grandissant, chacun se recentre un peu sur son noyau dur, ses enfants et petits-enfants...

- Non ! Pas normal ! La famille d'Héloïse tu vois, ça c'est de la famille, comme j'aime, ils s'écoutent, ils discutent, ils se retrouvent, ils essaient de se comprendre, dans la nôtre on essaie de nous convaincre d'être le contraire de ce qu'on est. Tu comprends Paulette ? Tu comprends où il est le vrai drame là ? Il est justement là. Et quand un patron, un mari, une femme, un ami, une confidente, un soeur, un cousin, veulent essayer de te faire comprendre que tu dois être le contraire de ce que tu es pour toucher ce qu'ils appellent le bonheur, tu es anéantie, consternée, et tu te demandes si ton coeur est fait de la même matière que le leur. Leur bonheur je n'en veux pas, faire ce qu'il faut, être comme il faut, faire semblant pour sauver les apparences ou ne pas affronter le conflit parce que ça fait des vagues, au secours... Jamais... Rien ne dure Paulette... sauf l'exceptionnel. Il faut se donner le temps de l'exceptionnel. Même s'il reste le temps d'un éclair. Son empreinte sera toujours plus forte que des millions d'années à se sourire sans bouger.

- Mais alors on fait quoi si on n'est pas sûre d'avoir son exceptionnel dans toutes ces catégories ?

- Il faut rester tant qu'on se sent vivante, reste si tu es bouleversée, reste si tu te sens à ta place, reste si tu es celle que tu veux être quand tu te vois derrière ton bureau, à droite de ton chéri dans la voiture ou à sa gauche dans ton lit, reste si tu es sûre d'être au bon endroit, mais par pitié ne me dis jamais ce que je dois faire, ce que je dois être ni où je dois aller. Ne te sers jamais de mes choix ou de mes actes pour faire de moi une coupable... Accepte-moi, je ne vais pas dire comme je suis parce que cette phrase est trop usée, mais comme je vis. Accepte-moi comme je vis, comme je sens, comme je ressens, accepte que je sois différente de toi, accepte que mon bonheur ne soit pas forcément le tien... Et si notre famille est décimée, tu resteras le plus beau pilier encore en vie, celui qui cultivera ma fierté.

- Je t'aime Simone...

- Moi aussi je t'aime Paulette... Surtout quand tu ne me dis pas comment je dois aimer et comment je dois vivre...

- Tu crois que je dois changer de boulot ?

- De boulot je ne sais pas mais de mec c'est sûr...

- C'est vrai ??? Mais il est super gentil !!

- Mais non je plaisante... c'est parfait s'il est super gentil... fais juste attention de ne pas être trop super gentille, parce que le super gentil a besoin d'être un peu testé pour le rester... Et ton boulot, tu le gardes tant que tu ne le sens pas te bouffer quand tu rentres le soir à la maison... Le contraire de ton super gentil en fait...

- Simone !!!

- Détends-toi ou je te pince le sein devant tout le monde...

- Mais arrête enfin ! C'est fou comme on est différentes toutes les deux, tu t’en rends compte ?

- C'est fou comme j'ose tout ce que tu n'oses pas, ça ne veut pas forcément dire qu'on est différentes... Bonne soirée ma biche... Embrasse ton super gentil pour moi...

- Où tu vas ?

- Retrouver mon super héros...

- C'est qui ?? Mais tu ne m'as rien dit c'est qui ???

- Il s'appelle Raoul... Je te raconterai... Si tu es... un peu moins sage...



Franck Pelé - août 2017

mardi 11 juillet 2017

Plus belle la fin




- Pourquoi ça n'arrive jamais dans un couple qu'on respecte les choix de l'autre même quand ils disent la fin du couple ?

- Je ne te suis pas chéri...

- Pourquoi, lorsque l'un des deux désire que ça s'arrête, ça n'arrive jamais que l'autre le comprenne et l'accepte sans insulter ou traîner dans la boue ?

- Y'a un message là Raoul ?

- Non y'a pas de message, c'est une constatation, une pensée, presque un principe. Parce qu'on exprime la vérité d'un coeur qui s'éteint doucement à quelqu'un il faudrait qu'on devienne subitement un salaud, une ordure, un traître, mais merde !

- Tu es très très remonté là... Et pourquoi ce soudain plaidoyer en faveur des incompris dont le coeur s'éteint doucement ? Attends je me mets dans le canapé, j'ai l'impression qu'il va me falloir moins d'altitude au cas où je tombe... Parce que tu sais parfois, on tombe de haut...

- Je vais te raconter une histoire... C'est une histoire vraie qui est arrivée à une amie. Elle vivait avec une célébrité, elle était très fidèle et très amoureuse mais elle sentait que celui qui lui avait donné un enfant était lui seulement très amoureux. Elle a pardonné la première tromperie mais elle l'a quitté à la seconde. Elle a rencontré un autre homme, assez célèbre lui aussi, non pas que c'était une condition à son état séduit mais il se trouve qu'elle évoluait dans un monde artistique. Coup de foudre mutuel, ils vivent ensemble, ils achètent une maison ensemble, et quelques mois avant d'emménager dans cette nouvelle maison il lui dit "j'ai rencontré la femme de ma vie". N'importe quelle femme à ce moment là l'aurait encastré dans le mur, frappé, giflé, insulté, réduit à une image de merde absolue. Elle, elle savait que l'âme de cette homme était belle, elle savait qu'il ne pouvait pas dire cela gratuitement. Elle a juste répondu "je veux la rencontrer". Il a accepté de lui présenter. Et quand elle les a vus, là c'est elle qui me l'a raconté, elle a su. Elle m'a dit "il avait raison, c'était la femme de sa vie, elle était faite pour lui, ça me rendait malade mais c'était le couple parfait, il avait trouvé son autre."

- Et alors ?

- Elle a mis des mois à s'en remettre évidemment mais quelques mois plus tard elle a aussi rencontré son autre, l'homme de sa vie à elle, cette épaule chaleureuse, son ours idéal. Elle m'a alors dit "si on était restés ensemble, ça aurait peut-être marché, peut-être pas, si je l'avais empêché de vivre cet amour évident, je l'aurais détruit, je nous aurais détruits, et aujourd'hui, on est heureux, chacun de notre côté, et heureux d'être restés très complices. La bienveillance est parfois aussi chaleureuse que l'amour."

- Je veux la rencontrer.

- Pardon ?

- Tu ne me dis pas ça pour me raconter l'histoire du jour je te connais, et comme tu adorerais que je réagisse comme cette femme, je te dis que je veux la rencontrer.

- Mais rencontrer qui ?

- Oh arrête Raoul ! Tu me fais Acte II Scène 3 pour me préparer à quelque chose d'assez difficile à digérer je dois te le dire, je te fais l'honneur d'écouter ton discours avec respect et empathie, je suis honnête dans ma réaction parce que je te dis sans détour, là, tout de suite, que j'ai envie de t'encastrer dans le mur mais je sais que tu as raison avec ton histoire et qu'il faut respecter les choses qui arrivent naturellement sans tricherie ni trahison alors ne trahis pas cette réaction et dis-moi à ton tour les choses avec la transparence qu'elles méritent !

- Je t'aime tu sais...

- Mais ?

- Mais quoi ?

- Il y a un mais j'imagine...

- Oui

- Ton coeur s'est éteint

- Un peu oui

- On vit dans le noir et dans le froid depuis des mois si tu crois que j'avais pas remarqué qu'il s'était éteint...

- Mais le tien aussi non ? Un peu...

- Oui un peu c'est vrai...

- Et tu as souvent dit que c'était à cause de moi mais c'est parce que tu avais besoin d'un coupable... Toi aussi tu as parfois compris que la fin rôdait sans qu'on ne puisse faire quoi que ce soit.

- Oui... et ça m'emmerde profondément Raoul excuse-moi d'être vulgaire. Je ne voulais pas de fin moi, quand je signe c'est pour toujours. Mais c'est vrai que certains hivers s'installent plus durablement que d'autres.

- Moi non plus je ne voulais pas de fin, je ne suis pas sûr qu'on décide qu'une histoire dure ou non. Bien sûr si on met tous les ingrédients nécessaires à l'éternité, la compréhension, l'acceptation, la bienveillance encore une fois, si on étouffe un peu son orgueil, son intolérance, si on offre à l'autre autant d'indulgence qu'on en a pour soi-même, alors on peut aller très loin... mais c'est bien plus facile à dire qu'à faire...

- Je la connais ?

- Non

- Tu es amoureux ?

- Oui

- N'aie pas peur de me faire mal, je saurai entendre ce que je te demande maintenant. Dis-moi quelques mots en me parlant d'elle. Je veux sentir ce qui t'anime quand tu en parles.

- Tu ne pourras pas supporter...

- Si je pourrai. Parce que je viens de le décider. Et parce que je sais que tu as raison. Et que l'histoire de ton amie a raison. On ne peut jamais empêcher l'amour, on ne peut que détruire le sien en essayant d'en empêcher un autre. Alors par amour, j'accepte de ne plus être la seule à qui tu ne peux dire ces mots. Parce que tu as déjà voulu me les dire n'est-ce pas ?

- Mille fois. Mais comment raconter à une femme à qui on a tout donné une autre femme à qui on veut tout donner...

- Ce n'est possible que si elle accepte d'aller au-delà de cette douleur orgueilleuse et fière, ce n'est pas simple, il se peut que je lacère la canapé avec mes ongles, mais je suis prête. Fais-le pour moi. S'il te plaît... J'ai besoin de savoir si tu ne te trompes pas toi-même.

- D'accord... C'est elle. Quand je l'embrasse, quand elle m'embrasse, c'est tellement exactement ça... C'est tellement le meilleur baiser possible qu'il est inconcevable de penser qu'une autre femme puisse me dire mieux avec sa bouche. Quand elle me regarde, la couleur de ses yeux repeint le monde entier et tout devient beau. Quand elle me dit son amour, il est parfait, idéal, définitif, fort de tout ce qu'elle attend et qu'elle sait avoir trouvé, fort du mien qui est fait du même feu. Elle sait tout de la routine qui use, de la vie qui sépare ou des mirages des débuts, mais là elle sait, ça bat dans son ventre, et le manque de l'un chez l'autre invente un vide insupportable. Elle pourrait finir toutes mes phrases, je pourrais commencer les siennes, elle sait me lire, elle comprend l'existence de ces imperfections que les autres utilisent pour condamner et elle en fait des fleurs. Elle...

- Tu es amoureux Raoul. Comme tu en rêvais... Comment s'appelle-t-elle ?

- Tu ne chercheras pas à la voir ?

- Ah si ! Je t'ai dit que je voulais la rencontrer. Mais finalement, je n'en ai pas besoin, tes mots à l'instant suffisent. Et je crois qu'ils ont même dessiné son visage tellement ils parlent bien d'elle. Tu sais, mon orgueil de femme devrait te laisser seul sur la chaise du coupable mais je suis tombée amoureuse moi aussi. Il n'est pas aussi bien que toi, il ne me va pas aussi bien que toi, mais il m'aime avec un coeur allumé. Et je me suis laissée faire...

- Elle s'appelle Simone.







Franck Pelé - Juillet 2017