Simone et Raoul

Simone et Raoul
Avant eux, le couple n'existait pas. (photo Marc Montezin)

mercredi 30 novembre 2011

Quand Raoul perd la boule


- Simone !

(pas de réponse)

- Simooooooooone !!!!!!

- Rrrrooo... arrête de hurler... quoi ?

- T'as téléphoné dans le jardin...

- Oui, et alors ?

- Et tu as téléphoné longtemps...

- J'ai un peu papoté avec Paulette oui, pourquoi ?

- Parce que quand tu téléphones, il faut toujours que tu émiettes quelque chose...

- Et alors ?

- Alors tu n'étais pas dans la cuisine, avec un morceau de pain à portée de main mais dans le jardin...

- ET ALORS ??? Tu me le dis ton problème ou j'ai le temps de prendre un bain pendant que tu additionnes les indices ?

- Alors tu m'as défoncé l'arbre du milieu !!! Tu lui as explosé la boule !!! Ce n'est plus un jardin, c'est un cimetière !

- Ah parce que toi quand toutes les boules étaient bien rondes, tu trouvais que c'était la fête de l'année ton jardin ? Tu ne vas quand même pas me faire acte II scène 3 parce que j'ai UN PEU touché ta boule en téléphonant alors que c'est la seule occupation possible dans ce trou paumé à 2000 mètres d'altitude ! Le monastère du Nom de la Rose, c'est le Carlton de la Croisette à côté !

- Tu ne connais rien à l'art topiaire...

- L'art topiaire ?

- C'est l'art de tailler les arbres et les arbustes dans un but décoratif, leur donner des formes précises, comme ces boules, qui étaient absolument parfaites avant que tu viennes t'en occuper.

- Je sais très bien ce qu'est l'art topiaire. Comme si je ne connaissais rien à l'art de tailler moi...

- Oh je t'en prie hein, n'en rajoute pas ! Tu as déjà rendu mon jardin vulgaire, ça suffit largement.

- Je parlais de tailler des costards ! Parce que pour le reste, il va se passer quelques automnes avant que tu aies l'occasion d'évaluer mon art ! Il n'y a pas que les boules de ton jardin qui vont connaître une ambiance de cimetière, et encore j'exagère, dans un cimetière, y'a des visiteurs... Alors que moi, même à la Toussaint, je laisserai ton jardin reposer en paix, ne compte pas sur moi pour venir le fleurir ! Je suis vulgaire là ? Tant mieux ! Ça te donne une idée de la vulgarité de me faire vivre dans un endroit pareil ! Tu as cru que je voulais me retirer du monde ou quoi ? Oh ! Frère Tuck, Tu pourrais me regarder quand je te parle !

Le téléphone sonne. Raoul décroche.

- Oui ? Ne quitte pas, je te la passe... C'est Paulette, elle veut savoir ce qu'on fait dimanche.

- Allô ! Excuse-moi ma chérie mais je ne vais pas pouvoir te parler là parce que sinon je pourrais me mettre à émietter Raoul... vu que je n'ai plus le droit de toucher à ses boules...

- Jamais il ne t'interdirait une chose pareille. Vous me faites marcher...

- Ah non, non, je te promets, je n'ai plus le droit. Remarque, vu que je ne connais rien au fait de tailler quoi que ce soit, elles ne vont pas s'en plaindre...

- Mais pourquoi tu n'as plus le droit ?

- Parce que je lui en ai défoncé une... Celle du milieu en plus, celle qui se voit le plus...

- Du milieu ??? Mais... comment c'est arrivé ?

- Tout à l'heure là, pendant que je te téléphonais.

- Il a dû souffrir horriblement... non ?

- Bien sûr qu'il a eu mal, ça fait une heure qu'il hurle ! Mais moi quand je téléphone, tu sais ce que c'est, j'ai besoin de m'occuper...

- Oui enfin quand même, lui émietter sa fierté pour occuper tes mains, t'aurais pu trouver autre chose.

- Paulette, tu ne vas pas t'y mettre toi aussi !

- Excuse-moi Simone mais c'est quand même assez grave, tu ne crois pas ?

- Non, ce n'est pas grave ! On peut vivre avec une boule abîmée au milieu du jardin, je ne vois pas ce qu'il y a de dramatique ! Surtout qu'il n'y a jamais personne qui vient les voir...

- Parce que tu aimerais qu'il y ait du monde qui vienne les voir ?

- Mais oui. Ça me ferait très plaisir qu'il y ait du monde dans son jardin, il met tellement de cœur à rendre ses boules bien lisses. Mais faut quand même pas pousser, je n'ai abîmé qu'une petite surface sur la boule, je n'ai pas touché au tronc, y'a plus qu'à attendre que ça bourgeonne et le trou sera comblé comme avant.

- Bon. J'imagine que pour Dimanche, vous allez rester au chaud... Tu l'emmènes consulter ?

- Quelle idée ! C'est pas une maladie non plus l'art topiaire ! Tu veux qu'on vienne à quelle heure ?

- Non, non Simone, vraiment... Je préfère que vous veniez quand tout ira mieux. Et puis j'ai acheté des rognons, il pourrait mal le prendre.



Franck Pelé - novembre 2011

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire