Simone et Raoul

Simone et Raoul
Avant eux, le couple n'existait pas. (photo Marc Montezin)

samedi 5 novembre 2011

Que la montagne est belle



- Bonjour Monsieur, je cherche Simone Langlois...

- Oui, c'est la maison rouge, là-bas, vous la voyez ? Il n'y en a qu'une.

- Ah oui, je la vois, merci... Dites donc, il vaut mieux ne pas oublier le pain hein ?

- Monsieur ?

- Oui ?

- Vous n'êtes pas un ancien amant ni même un futur n'est-ce pas ?

- Mais enfin, je vous en prie Monsieur ! Je travaille à la pharmacie en ville, je viens pour lui donner son vaccin contre la grippe.

- Non, pardon, mais je préfère vous prévenir parce que certaines rumeurs courent dans la région depuis quelques années...

- Ah ? Comme quoi par exemple ?

- Et bien, à chaque fois qu'un homme est venu s'installer ici, dès que ça tournait au vinaigre, Simone lui demandait d'aller déneiger le jardin avec une grosse pelle.

- Et alors ?

- Bah alors il se trouve que le jardin derrière la maison est tellement pentu que si vous commencez à descendre, vous ne remontez jamais... Et avec la neige, les hommes, souvent venus de la ville, ne se rendaient pas compte de ce qui les attendait.

- Mais que sont devenus ces hommes ?

- On ne sait pas. Ils ne sont jamais remontés. Et s'ils ne sont jamais remontés, c'est qu'ils sont probablement descendus.

- Elle a eu beaucoup d'amants Simone ?

- ... à la pelle...

- Et elle vit seule aujourd'hui ?

- Oh non, ces histoires datent d'il y a quelques années, quand elle était une jeune célibataire, depuis elle a trouvé l'homme de sa vie... Tenez, le voilà !

L'homme montre un point noir dans le ciel, on devine un homme, qui porte un engin assez lourd, sous une toile gonflée par le vent.

- Qu'est-ce que c'est que ça ???

- C'est Raoul, avec sa tondeuse !

- Mais pourquoi il fait du parapente avec une tondeuse ???

- Il jardine sans risque ! C'est comme ça qu'il a séduit Simone, la première fois qu'elle lui a demandé de déneiger, il l'a fait avec son parapente, et quand il est rentré, avec un grand sourire fier et une pointe d'ironie complice dans le regard, elle a été tellement surprise, puis admirative, qu'elle en est tombée follement amoureuse. Et lui pareil. Il en parle souvent du jour où il a séduit Simone avec une grosse pelle...

- Ah ? Et ça intéresse les gens ?

- Les gens aiment beaucoup parler bricolage par ici. Alors quand on est dans le bricolage de la gente féminine, vous pensez... Enfin voilà, depuis, il a gardé l'habitude de faire tous les travaux de jardin avec sa toile.

- Il n'a pas confiance ?

- Si, bien sûr, mais Simone, quand elle est fond du gouffre, il faut quelqu'un de solide pour la remonter, alors Raoul fait tout pour s'assurer de ne pas tomber au fond du sien ! Parfois, il l'emmène avec lui, on les voit survoler le village.

- Ils s'aiment ?

- Oh oui... La montagne résonne beaucoup vous savez, et ici, on connaît l'écho du plaisir qui les unit...

- Je vois... En somme, ils passent leur temps à s'envoyer...

- Ah non, ne le dites pas !!!

- Je ne l'ai pas dit.

- Mais vous avez failli....

- Simone a trop de classe pour la caricaturer de la sorte...

- Trop de classe ? Allez le dire à ceux qu'elle a poussés vers une mort tragique !

- Mais non... C'est pentu, mais il y a un plat trois mètres plus bas, juste avant le grand vide. En gros, ce n'est pas assez pentu pour mourir mais largement assez pentu pour comprendre le message et ne pas tenter de revenir à la charge.

- De toutes façons, pour remonter par le même endroit, il faut y aller à mains nues, c'est de la vraie varappe, il faudrait vraiment être costaud pour y arriver...

- Personne ne s'y est jamais risqué.

- Pourquoi ?

- Sinon c'est l'escalade...

- Ah oui, forcément...



Franck Pelé - Novembre 2011

1 commentaire:

  1. Ah Simone, quel bonheur d'avoir enfin un mari bricoleur!

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