Simone et Raoul

Simone et Raoul
Avant eux, le couple n'existait pas. (photo Marc Montezin)

mercredi 2 novembre 2011

Pour cent balles, t'as plus rien



- T'as entendu Simone ? Claude François est mort !

- Hein ?? Qu'est-ce qui s'est passé ?

- Il a changé une ampoule dans sa salle de bains et il est mort électrocuté...

- Haaaaan... Il était déjà électrique quand il dansait mais alors là, il a dû enflammer le dance-floor comme jamais...

- Simone ! Un peu de respect quand même !

- Mais non mais Raoul, franchement, tu y crois toi à une mort aussi con ? Ils nous prennent pour des abrutis les journalistes ? Et pourquoi pas "il est mort en se séchant les cheveux dans son bain" ou "il est mort en s'enfermant dans la machine à laver après avoir mis un programme long avec essorage à 1500 tours" ? Ok, il aimait la lumière le Claude, mais c'était quand même plus un papillon le blondinet, il n'aurait pas brûlé ses ailes aussi naïvement ! Tu crois une chose pareille Raoul ? A son âge, s'il ne sait pas qu'on ne touche pas une ampoule quand on a les mains mouillées...

- Tu ne l'aimais pas ?

- Si je l'aimais beaucoup, moins que toi, mais j'ai aimé le personnage, et puis j'ai un peu grandi avec lui. J'ai beaucoup aimé certaines chansons aussi. J'ai toujours eu la hantise d'être la femme du "Téléphone pleure". Je ne l'imaginais pas heureuse cette femme. Même si le père de sa fille était revenu, plus tard, elle n'aurait pas été heureuse. Et puis alors, bonjour le danger public en bricolage ! T'imagines ? Elle se fait larguer une fois, elle élève seule sa fille, le téléphone pleure, le mec revient, il change les ampoules avec les mains mouillées et la nana, il faut qu'elle refasse sa vie et sa salle de bains !

- Simone !!!

- Rrrrrooo ça va... Oui, j'aimais bien Claude François !

- C'était un homme très généreux. Dur, angoissé, nerveux, égocentrique, mais très généreux. Il paraît qu'il laissait cent francs de pourboire au restaurant...

- Cent francs de pourboire ? Mais c'est énorme !

- Oui. Un mec bien je te dis.

- Tu te rends compte la valeur de l'argent... Il y a cent ans, avec cent francs, tu mangeais pendant un mois, peut-être deux...

- Et peut-être que dans trente ans, avec cent francs, on ne pourra même pas s'acheter un disque...

- Quand même pas... Si on ne peut pas s'acheter un disque avec cent francs, alors on ne pourra pas s'acheter une chemise, un pantalon, un pull, des chaussures, c'est impossible.

- Et pourquoi pas ?

- Tu imagines ce monde de fou ? Tu ne pourrais pas t'acheter un 33 tours avec cent francs ? Et ben j'espère que les artistes dans trente ans seront quinze fois plus marquants que Brel, Aznavour ou Brassens ! Et si tu ne peux pas t'acheter un disque avec cent francs, ça voudrait dire que pour remplir ton frigo pour la semaine il te faudrait plus de 500 francs ?

- Va savoir... Remarque, si un disque coûte quinze fois plus cher dans trente ans, ça voudrait dire qu'on gagnera quinze fois plus !

- Comme disait ma grande-tante de Tarbes : "...t'as qu'à croire que le saucisson ça pousse sur les arbres !"



Franck Pelé - Novembre 2011

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