Simone et Raoul

Simone et Raoul
Avant eux, le couple n'existait pas. (photo Marc Montezin)

jeudi 24 novembre 2011

Simone montre les dents



- Bonjour Docteur, je viens vous voir pour un problème très délicat et on m'a dit que vous étiez le meilleur dentiste de la région pour ce problème...

- Je vous en prie Madame, entrez, installez-vous. Que vous arrive-t-il ?

- Voilà, je suis très amoureuse de mon mari mais j'ai beaucoup de mal à être exclusive, psychologiquement je veux dire, parce que je suis une femme fidèle. Ma liberté d'expression, je parle de l'expression de mes sentiments là, et même de mes sens, est telle que les hommes ressentent ma féminité généreuse sous mon élégance classieuse, et si l'un d'eux parvient à me séduire, avec un regard, une allure, un esprit, une voix, je ne peux me résoudre à l'ignorer. J'ai même envie de courir avec lui sur une plage et de l'embrasser pendant des heures, sans jamais le faire évidemment, ni même lui avouer.

- Je comprends bien mais... en quoi cela me concerne-t-il ?

- Et bien Raoul, mon mari, doit se douter de quelque chose parce que le mois dernier, après qu'il m'ait vu poser mes yeux sur le charme d'un ami, il m'a dit qu'il trouvait que j'avais les dents longues. Je pensais qu'il plaisantait, et ce matin, en me regardant dans la glace, j'ai trouvé que ça se voyait un peu...

- Un peu oui... Écoutez... J'ai été moi-même un homme à femmes avant d'être l'homme d'une seule femme, mes dents rayaient tellement le parquet que j'ai déposé un brevet...

- Ah bon ?

- Oui, j'ai inventé le parquet pré-découpé. C'est un peu grâce à moi si on le vend par lattes aujourd'hui...

- Chapeau Docteur. Et comment avez-vous réussi votre métamorphose ?

- Je suis allé voir un collègue dentiste, il m'a dit qu'il fallait polir les dents jusqu'à ce qu'elles atteignent un niveau raisonnable. Il ne fallait plus que je morde, il fallait que j'embrasse sans crainte...

- Il n'a pas dû s'économiser sur la fraise votre collègue...

- Il s'est même bien refait la cerise, avec l'émail qui est tombé, il s'est fabriqué un lavabo !

- Ah quand même...

- Alors voilà ce que je vous propose, je vais m'occuper de votre bouche jusqu'à ce que vous atteignez le niveau souhaité, puis ensuite, si vous êtes satisfaite, je vous invite à dîner.

- Vous m'invitez à dîner ? Pourquoi donc ?

- Pour me faire pardonner de rogner votre appétit naturel...

- Je peux voir votre bouche Docteur ?

- Ma bouche ? Pour quoi faire ?

- Pour voir l'état de vos dents, celles qui rayaient le parquet avant d'être soignées et remises à niveau.

- Mais bien sûr Madame.

Le docteur ouvre la bouche en grand, Simone regarde à l'intérieur, consciencieusement, puis recule, regarde le dentiste droit dans les yeux et lui lance :

- Et après le restaurant, vous me ramenez chez moi et je rentre seule ?

- Et bien... Pas forcément, non... Vous n'aurez plus les dents longues mais vous aurez toujours la flamme vive... Si vous souhaitez que je vous borde, je veux bien me sacrifier, et si vous aimez que la situation déborde, alors nous nagerons ensemble dans des eaux délicieusement troubles...

- Je croyais que vous étiez l'homme d'une seule femme ?

- Oui mais... bien sûr... mais... je ne comprends pas... pourquoi ne pourrait-on pas aimer sans limites ? Pourquoi brider ce sentiment naturel ?

- C'est bien ce que je pensais, pour décrypter votre identité profonde vous, pas besoin de votre ADN, il suffit de regarder vos dents...

- Que voulez-vous dire ?

- Que vous êtes trop poli pour être honnête !


Franck Pelé - novembre 2011

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