Simone et Raoul

Simone et Raoul
Avant eux, le couple n'existait pas. (photo Marc Montezin)

vendredi 26 novembre 2010

Cinema Paradiso


- Paul, enlève ta main...

- Non

- Paul, retire ta main tout de suite où elle va se transformer en cendrier dans deux secondes...

- Ce sera un avant-goût de la flamme qui s'éteindra en moi si je la retire...

- Tu racontes n'importe quoi... Ta main Paul...

- Pas du tout, si j'enlève ma main, je ne sentirai plus brûler cette flamme incroyable qu'aucune femme de mon âge n'a jamais su faire naître ! Et je deviendrai moi-même les cendres d'un phénix qui ne pourra renaître loin de vous !

- Mais qu'est-ce que tu racontes ?? Je pourrais être ta mère !

- Ah non...

- Ah si, excuse-moi mais tu as 19 ans, donc je pourrais être ta mère !

- Oui mais non, ma mère n'a pas du tout votre charisme.

- Ah, ça faisait longtemps... Bon, écoute-moi bien, je suis mariée, à un homme qui, t'écraserait la main tellement longtemps si je lui disais qu'elle s'était posée sur ma cuisse que tu pourrais la rouler et la fumer, ou te faire du vent avec si t'as trop chaud, et d'ailleurs là, je pense que t'as trop chaud, tu devrais sortir un peu.

- C'est avec vous que je veux sortir...

- oooooooh je vais me le faire l'asticot !

- C'est vrai ???

- C'est une expression triple buse ! Tu n'as pas idée de l'expérience qu'il faut pour me conduire à bon port, je suis une machine comme on n'en fait plus, de l'authentique, du spectaculaire, moi, on me décroche la lune et on me joue du Wagner, j'ai pris un bain avec Steve McQueen et je fais rougir le lierre ! Raoul a même renoncé à envahir la Loren pour préserver son territoire naturel alors enlève ta main petit, tu pourrais te faire mal à force !!

- Je vous aime Simone...

- Je me mets du vernis sur les ongles des orteils... et après je mets des chaussettes pour aller courir...

- Je m'en fous...

- Je dors à droite du lit, et parfois je ronfle...

- Je m'en fous...

- J'adore qu'on m'apporte le petit-déjeuner au lit...

- Aucun problème...

- J'aime voyager sur un rythme soutenu mais je peux m'endormir si c'est monotone...

- Je m'en fous...

- Je prends toujours le produit au fond du rayon et pas le premier, et s'il ne reste que le premier, je reviens un autre jour

- Je m'en fous complètement...

- Je veux toujours avoir raison, d'ailleurs j'ai toujours raison, et si j'ai tort, je trouve un moyen d'avoir raison sur une des racines du problème qui m'a donné tort.

- Je m'en fous...

- Mais pourquoi vous vous foutez toujours de tout les jeunes ??? C'est important de faire des choix, d'avoir des philosophies de vie, de s'y tenir !

- J'en ai une, et je m'y tiendrai toute ma vie.

- Ah bon ? Laquelle ?

- Je fais partie d'un cercle de poètes, et ce matin, quand on a parlé de cueillir la rose de ce jour, debout sur ma table, je vous ai vue sortir de la boulangerie, avec votre port altier, votre élégance subtile, votre sensualité qui parfumerait une ville entière. Je me suis alors juré de vous cueillir. Vous êtes ma rose Simone. De ce jour et de tous ceux qui suivront. Je veux passer ma vie à entendre les plus belles notes de votre plaisir, quand vous le voudrez, même une fois par an. Vous avez le droit de vous sentir coupable mais aussi celui d'être heureuse de vivre de doux moments sans remettre vos choix en question, je ne vous demande pas votre main, mais vos pétales, je vous veux fleur, ouverte au vent de ma passion. Votre mari vous a décroché la lune, laissez-moi vous accrocher le soleil chaque jour en face de vous, pour le seul plaisir de vous voir vous épanouir...

- Bon, tu laisses ta main jusqu'à la fin du film et après tu rentres...

- Où ?

- Chez toi idiot !

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