Simone et Raoul

Simone et Raoul
Avant eux, le couple n'existait pas. (photo Marc Montezin)

mardi 11 janvier 2011

Pulp fiction


- Bonjour Madame, je voudrais faire une déposition

- Je vous en prie, installez-vous. Que s'est-il passé ?

- Voilà. Hier soir, j'ai organisé une soirée déguisée chez moi. Vers deux heures du matin, tout a dégénéré, j'ai attaché ma belle-mère au ventilateur, on l'a mis en marche et...

- Votre belle-mère ?

- Non, le ventilateur. Et pendant qu'il tournait, avec Micheline au bout, on lui mettait une petite claque sur les cuisses chacun notre tour avec des raquettes de Jokari, vous savez les raquettes en bois là...

- Oui...

- On rigolait bien, quand soudain le ventilo s'est décroché du plafond et la belle-mère a été smashé violemment dans l'étang du voisin. Elle s'est alors introduit chez lui, trempée et pleine de vase, a ouvert tous les tiroirs, le frigo, puis elle est revenue à la maison avec une courgette dans chaque main. Là, elle a commencé à frapper les nains, je crois qu'elle devenait folle en fait...

- Les nains ?

- Oui, c'était une soirée déguisée et ma cousine était venue avec les enfants qu'elle gardait, elle les avait déguisés en nains puisqu'elle était venue en Blanche-Neige. Entre nous, il valait mieux qu'elle se déguise, sinon tout le monde l'aurait félicité pour son maquillage de sorcière et elle l'aurait mal pris. Donc on commence à maîtriser Micheline, et d'un seul coup, elle s'échappe, elle pique toutes les chaussures - oui on fait toujours des soirées déchaussés chez moi, à cause de la moquette - et elle les jette dans le barbecue. Ma femme voit ça, elle fonce avec le jet d'eau vers la voiture de sa mère, l'introduit par la fenêtre...

- Sa mère ?

- Non, le jet d'eau ! ...et remplit la R16 jusqu'au toit ! Autant elle s'en fout qu'on attache sa mère au ventilateur pour rigoler, autant si on touche à ses chaussures, même si vous êtes sa propre mère, c'est déclaration de guerre immédiate ! Là, dessus, sa mère lui lance :

"- bagarre dans l'eau ?

- bagarre dans l'eau."

Elles courent se changer, reviennent avec palmes et tuba, et se mettent des peignées dans la voiture en vidant leurs sacs vieux de trente ans de non-dits !

- Et elles se comprenaient avec les tubas dans la bouche ?

- Non, mais de toutes façons, elles ne se comprennent jamais, au moins là, elles se dépensaient.

- Mais comment sont-elles entrées sans faire sortir l'eau par les portes ?

- Par le toit !

- Mais la R16 n'est pas décapotable.

- Non, mais on a un ouvre-boîte sensass !

- Continuez...

- Voilà, et donc, à ce moment-là, la police arrive. Un agent, seul. Il voit deux femmes en train de se battre dans soixante litres de flotte à l'intérieur d'une voiture, il met la sirène et frappe à la vitre du véhicule en demandant les papiers. Ma femme répond :

- Mais t'es con ou quoi ? Tu vois pas qu'on est occupées là ? Depuis quand vous vous occupez des affaires de famille les Schmidt ? Et puis je croyais que vous ne vouliez jamais vous mouiller dans de grosses affaires ? Et ben là c'est une énooorme affaire ! Et si je t'ouvre, tu vas être trempé comme ta femme un soir de séminaire en province ! Alors recule ou je te fais clignoter comme ton estafette !

- Et alors ?

- Le flic court jusqu'à sa fourgonnette, et lance un message urgent à la radio : " A toutes les patrouilles, je crois avoir ferré deux gros poissons là, renforts demandés ! C'est urgent !!!"

Et là, le temps qu'il se retourne, il se retrouve nez à nez avec ma femme et sa mère, qui le regardent fixement, le regard plus noir qu'une femme trompée, qui lui lancent :

"C'est nous les gros poissons ? Tu viens de glisser sérieusement là... "  Et elles l'ont plaqué au sol, l'ont déshabillé, en lui faisant l'inventaire de tout ce qui n'allait pas... "Et c'est quoi ce ventre là ? Depuis quand ils recrutent des baleines dans la police ? C'est pour ça que tu t'y connais en poisson ? Ah c'est pour ça... Et ça ? C'est... Oooooh... c'est tout petit, c'est presque mignon... C'est pour ça que tu n'as pas été pris au service déminage ? En même temps, avec une si petite mèche, tu n'étais pas fait pour les explosifs..."



- Votre déposition touche à sa fin Monsieur.

- Vous avez aimé mon histoire ?

- Oui, oui, c'était incroyable, et très réaliste en même temps.

- Mais c'est de la fiction, je vous jure hein !

- Je sais bien, aucune femme ne pourrait supporter des claques de raquette de Jokari données par des invités, sur les cuisses de sa mère...

- Ah ça dépend, ma belle-mère par exemple...

- Bonne soirée Monsieur Foulquier !

- Au revoir Madame Simone.


C'est comme ça que se terminait la journée de Simone. Depuis qu'elle était intérimaire dans ce bureau de la fiction, elle entendait des histoires de dingue toute la journée, c'était sa routine. Et quand elle rentrait, elle était ravie de retrouver sa petite routine à elle, calme et romantique, sensuelle et douce, élégante et raffinée. Ceci dit, personne n'a encore essayé de toucher à ses chaussures...

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