Simone et Raoul

Simone et Raoul
Avant eux, le couple n'existait pas. (photo Marc Montezin)

samedi 15 janvier 2011

La fleur de mon secret


- Je sais ce que tu veux me demander Raoul...

- J'ai besoin de savoir

- Pour calmer ta curiosité ou ton ego ?

- Pour te connaître encore mieux...

- ...ou pour t'autoriser ce que tu t'interdis ? Si mes lèvres s'étaient posées ailleurs que sur les tiennes, ça justifierait que tu embrasses tes multiples projets, n'est-ce pas ?

- Tu es mon seul projet Simone, je serai l'architecte d'une seule oeuvre majeure.

- Oui, on dit tous ça, et c'est souvent vrai, mais ce n'est pas pour ça qu'on ne visite pas d'autres monuments. Créer le beau ne doit pas empêcher pas d'y goûter.

- Tu y as  donc goûté...

- Je n'ai pas dit ça Raoul. Et qu'est-ce que ça change ? Je suis là, avec toi, tu es mon choix, ma plage, mon lit, ma destination préférée à la fin d'un tour du monde, pourquoi serions-nous obligés de souffrir d'être parfois instinctifs ? Tu ne sauras jamais si je l'ai embrassé ou pas, ce n'est pas important.

- Comment tu as rencontré McQueen ?

- Nous étions dans le même hôtel, j'adore le cinéma comme tu sais, et quand j'ai su qu'il était là, j'ai voulu me plonger dans sa culture, je me suis mise dans le bain, rien de grave non plus...

- Bah si ça n'avait pas été dans le sien, non, effectivement...

- Tu m'en veux ? Tu as été très jaloux ?

- J'ai juste fait des heures de golf, d'hélicoptère, de planque dans les archives du Ministère, le tout en armure, pour passer de chevalier servant à chevalier moderne et romantique, à l'américaine quoi, dans le seul but de te plaire, de provoquer ton admiration. Tu ne serais pas jalouse si je te disais que j'avais pris un bain avec Sofia Loren ?

- Tu as pris un bain avec elle ??

- Va savoir... Tu es jalouse ? Pourtant, si tu es ma plus belle réussite, rien ne devrait m'empêcher de visiter les plus beaux monuments...

- Bon, d'accord. C'est compliqué l'amour Raoul, c'est tout. Parfois je me dis qu'on n'a pas le droit de tromper la confiance de celui qui vous aime, parce que si on le fait, on trompe des valeurs, les siennes, les nôtres, on trompe nos choix, une certaine éducation amoureuse, celle-là même qu'on transmettra, on trompe une innocence, on favorise les blessures, les ruptures, les cicatrices, on brise la confiance, aussi fragile que du cristal, en sachant très bien que la moindre fêlure l'empêchera de retrouver sa pureté originelle. Et puis quand la magie vous éclaire, au détour d'une rencontre, je me dis qu'on n'a pas le droit de fermer les yeux, qu'on peut très bien composer, prendre ce que la décence permet de prendre, goûter sans avoir besoin de digérer, embrasser le secret et le laisser au jardin. Raoul, tu sais comme moi que tous les jardins du monde sont fleuris de secrets, et que c'est souvent la raison pour laquelle les maisons prennent de la valeur...

- Ce n'est pas une raison pour passer de maîtresse de maison à maîtresse de jardin. Il y a des limites à la culture florale !

- Raoul, je t'aime, tu es le seul que j'ai cueilli, à la base de la tige, sans rien abîmer. Ne me reproche pas d'avoir respiré le parfum d'une fleur, celle de la liberté. Ma liberté, je te l'ai offerte, à toi seul, et jamais je ne pourrai te donner plus belle preuve de mon amour. Il ne s'est rien passé avec Steve, juste une attirance mutuelle, quelque chose d'alchimique, probablement, mais qui est resté très cérébral, et finalement très respectueux. Comme tu as dû le sentir en croisant une autre femme que moi, un jour, qui aura suspendu ton horloge biologique, le temps d'un regard, d'une voix ou d'un contact furtif. Je me suis posée sur une fleur, c'est vrai, mais pas une seconde je n'ai oublié d'où je venais, et qui m'attendait, en rentrant. Il est fou amoureux de sa femme, j'aime autant mon mari, comme toi tu aimes ta femme, et comme tu continuerais à l'aimer, même si tu devais un jour sentir le parfum de l'interdit et t'y abandonner le temps d'une ivresse salvatrice.

- Va essuyer tes ailes du miel de ton voyage, viens voler à la maison, vole-moi dans les plumes, fais-moi bourdonner... et ferme la fenêtre, l'automne arrive, c'est la saison des secrets qui fanent...

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