Simone et Raoul

Simone et Raoul
Avant eux, le couple n'existait pas. (photo Marc Montezin)

samedi 7 mai 2011

What else ?


Simone boit son café dans un bar, près de Montmartre. Un homme entre, prend place sur un tabouret près du zinc, à côté de Simone, et demande à la serveuse :

- Un expresso mon p'tit s'il vous plaît !

Simone enchaîne :

- On dit un espresso...

- Pardon ?

- Il n'y a pas de X dans espresso. On dit eSpresso, pas eXpresso. Mais bon, vu comment vous parlez à cette jeune fille, vous mettez sans doute des X partout...

- Oh dites donc ça va hein ! On n'a pas élevé les cochons ensemble !

- La plus pitoyable des expressions, LA répartie de ceux qui n'en ont pas. Merci de vous enfoncer pour moi...

- Je ne peux pas l'appeler mon p'tit ?

- Si bien sûr, vous pouvez l'appeler mon p'tit, et vous pouvez aussi lui claquer la fesse gauche quand elle vous aura servi votre café, et vous prendrez son sourire pour une acceptation tacite alors qu'il n'est que le vernis de la peur de perdre son emploi...

- Et allez, ça fait la féministe et ça boit comme un homme au bar ! Retourne chez toi, t'as des banderoles à écrire !

- Ah parce que tu crois qu'une femme ne peut s'asseoir au bar qu'à la condition d'être sur les genoux d'un gros vicelard comme toi ? Si j'étais toi, je finirais mon eXXXpresso fissa et je rentrerais chez moi !

- Et pourquoi donc ?

- Parce que sinon je te fais entrer une banderole par une oreille et la fais ressortir par l'autre, et je vais tellement frotter que ton petit cerveau sera aussi brillant que le cuir de la ceinture de mon Raoul !

- C'est qui Raoul ?

- C'est mon mari, et pendant qu'il te fera goûter les joies de sa ceinture, il t'expliquera à quel point j'adore être sa femme, lui préparer des petits plats, jouer à l'épouse modèle, parce que je sais qu'il me voit comme une femme à part entière, avec un respect qu'il n'a pour aucun homme. Alors moi féministe...

- Ma femme aussi adore me préparer des petits plats !

- C'est ça... allez... retourne engueuler ta bonniche... Elle doit avoir le même sourire que la serveuse quand tu l'appelles mon p'tit mais elle doit rêver secrètement depuis vingt ans de te plonger ta tronche de fasciste de la dentelle dans ce gigot -haricots que tu critiques toujours un peu plus que l'amour avec lequel elle te le prépare ! Pour un connard comme toi, quel gâchis !

- Tu m'as traité de connard là ?

- Y'a pas de haine dans connard ? Ah pardon, j'ai pas fait esprès...


© Franck Pelé – 2011

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