Simone et Raoul

Simone et Raoul
Avant eux, le couple n'existait pas. (photo Marc Montezin)

mardi 9 août 2011

Un parfum d'éternité


Simone était en vacances chez une amie de sa tante, dans une grande demeure victorienne. Ce premier jeudi de juillet était un grand jour puisque le fils de cette amie rentrait de voyage et avait promis à sa mère de passer la voir à l'heure du thé. Simone ne prêtait pas vraiment attention à cette petite effervescence familiale qui ne la concernait pas, mais quand cet homme s'est arrêté devant elle pour la saluer, elle a immédiatement senti le temps s'arrêter. Mieux encore, pendant la courte durée du regard qu'ils ont échangé, il avait arrêté de vieillir en même temps que son propre temps suspendait son vol. Leurs horloges s'étaient épousées en même temps que leurs aiguilles s'étaient arrêtées. Il s'appelait Raoul. Le temps d'un sourire, poli pour les autres, éclatant pour elle, Simone remontait dans sa chambre, laissant le fils à ses histoires de tour du monde. Alors qu'elle montait, elle l'entendait dire qu'il avait besoin de se reposer un peu dans sa chambre. Elle pressait le pas, refermait la porte de sa chambre derrière elle, et s'asseyait sur son lit. Quelques minutes après, elle entendait s'ouvrir la porte de la chambre d'à côté, puis se refermer. Elle est restée là, sur le lit, à écouter le silence. Puis elle s'est levée, est allée vers le mur, et a posé ses mains dessus, après une brève hésitation. Elle a alors senti une chaleur indéfinissable, un magnétisme extraordinaire. Elle a retiré ses mains, incrédule, puis les a reposées. Elle n'avait jamais expérimenté un sentiment aussi fort mais elle savait que c'était celui pour lequel on vivait. Elle avait déjà lu qu'une telle chose était possible, qu'on pouvait rencontrer quelqu'un qui faisait naître une chimie phénoménale, une évidence exceptionnelle pour une divine alchimie. Oui, elle l'avait lu, mais elle ne l'avait jamais vécu. Elle collait son oreille au mur, elle aurait juré entendre son souffle. Elle était certaine que ses mains étaient posées au même endroit que les siennes.

- Vous êtes là n'est-ce pas ?

- Oui...

- Je suis confuse, je ne sais pas quoi vous dire, je...

- Simone, je viens de faire le tour du monde, je suis parti trois ans, et c'est dans vos yeux que je viens de faire le plus beau voyage de ma vie.

- Raoul... Vous m'avez emmenée si loin...

- Je ne crois pas en grand chose vous savez, mais le bouleversement intérieur que vous venez de provoquer par le seul fait de croiser mon regard vient de me convertir à toutes vos croyances...

- Je ne crois en rien d'autre que nous...

- Vous ne croyez pas en Dieu ?

- Mais Dieu est Amour, et l'amour, c'est nous...

- Simone, votre parfum, c'est un jardin sur une île...

- Comment pouvez-vous sentir mon parfum avec ce mur ?

- Je l'ai senti tout à l'heure, quand nous nous sommes rencontrés. Mais je peux vous dire qu'aucun mur ne saurait empêcher votre essence d'éveiller mes sens...

- Je veux vous voir, je veux vous sentir, vous toucher, je veux vous vivre...

- Je ne manquerai plus une seule seconde de vous jusqu'à ce que la mort nous sépare...




Franck Pelé - Août 2011

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