Simone et Raoul

Simone et Raoul
Avant eux, le couple n'existait pas. (photo Marc Montezin)

samedi 30 juin 2012

Garde à vue



- Simone Langlois, votre amie Josette Servant a porté plainte contre vous. Vous l'auriez humiliée avec des insultes entendues par une tierce personne, et vous lui auriez mis la tête dans un fraisier à plusieurs reprises.

- Par une tierce personne ? Vous parlez de son gigolo de mari ?

- Madame... Attention aux mots que vous employez...

- Mais justement, je fais très attention, ce sont les mots qui le définissent le mieux ! Il a passé le dîner à regarder mes seins, et..

- ...apparemment, vous aviez tout fait pour...

- Quand vous mettez des tongs, tout le monde regarde vos pieds ? Non, bon alors ce n'est pas mon décolleté, aussi émouvant soit-il, qui doit justifier l'insistance maladive de son regard !

- Un sein est plus suggestif qu'un pied.

- C'est parce que vous n'avez jamais pris le mien.

- Pourquoi le prendrais-je ?

- Parce qu'apparemment, quand vous prenez votre pied, il ne se passe pas grand chose, moi quand je prends le mien, je peux vous dire que c'est suggestif !

- Faisons comme si je n'avais pas entendu... Et donc... ?

- ...donc sa femme a dragué mon mari, par pure jalousie j'imagine, et je l'ai remise à sa place, c'est tout.

- Vous lui auriez dit : "...il te laisserait tomber comme une vieille Josette" puis, plus tard, "il laisse toujours traîner ses Josette sales"...

- Ah non, je lui ai dit : "Estime-toi heureuse, j'ai failli faire un jeu de mots sur les Josette sales qu'il laisse tout le temps traîner !" nuance !

- Et votre mari a éteint le regard de Pierre, le mari de votre amie, en lui assénant un terrible coup de poêle...

- Mais il venait de me claquer les fesses devant mon mari le chevalier Servant ! Il a fini la soirée en se couchant plus tôt que les autres, il n'y a pas eu mort d'homme non plus ! Je suis sûr que ça lui a fait du bien de se coucher tôt au gigolo...

- Madame Langlois !

- Quoi Madame langlois ? Le Pierre, il n'en a pas qu'une de Josette si vous voyez ce que je veux dire ! Quand il va à Roland Garros, il en ramène toujours une ou deux, ils les appelle ses Josette de tennis ! On ne le voit pas venir avec son petit air innocent le flippé de la midinette, il a des goûts très variés, il lui arrive de mettre des Josette dépareillées par exemple, il n'a aucune règle.

- De mettre ?

- Oui, il peut même en porter deux en même temps ! Vous n'avez jamais enfilé une paire de Josette vous ?

- Vous êtes proche de la garde à vue Madame Langlois...

- Appelez-moi Simone, Lieutenant... Apparemment la garde à vue a déjà commencé non ? Si vous vouliez me garder pour pouvoir me regarder, vous ne vous y seriez pas pris autrement n'est-ce pas ? Cette lumière sur mon visage depuis tout à l'heure, vous croyez que je n'ai pas compris ?

- La lumière dans le visage, c'est une technique pour faire parler, à force de vous éblouir, vous finissez par avouer.

- Mais vous Lieutenant, vous n'avez pas peur de finir par avouer à force d'être ébloui ? Vous m'arrêtez parce qu'avec votre Josette, ce n'est pas la fête tous les jours n'est-ce pas ? Vous la trompez ? Vous allez voir des Josette montantes ? Des grosses Josette ? Remarquez ça tient chaud les grosses Josette, comme les Josette de montagne, mais faut faire de la route pour en trouver, c'est le problème...

- Vous aggravez votre cas. Vous semblez vous plaire avec nous Madame Langlois... Vous sentez-vous à votre place ici ?

- J'ai toujours su que je finirais sous les projecteurs...

- Bon ça suffit... Emmenez-la au cachot !

- Au cachot ? Carrément ? Pourquoi pas la chaise électrique pour me faire payer votre coup de foudre ?

- Le cachot vous fera le plus grand bien.

- Vous venez avec moi Lieutenant ?

- Pour quoi faire ?

- Je voudrais vous faire des aveux.

- Quel genre d'aveux ?

- Des cachotteries...





Franck Pelé - textes déposés à la SACD - Juin 2012

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