Simone et Raoul

Simone et Raoul
Avant eux, le couple n'existait pas. (photo Marc Montezin)

mardi 6 décembre 2011

Raoul aime les femmes, avec ou sans accent.



- Qu'est-ce que tu fais Raoul ?

- Je teste ton amour.

- Tu testes mon amour...

- Oui, on dit souvent d'un homme irrésistible qu'il ne dormirait pas dans la baignoire, alors je viens d'y faire mon lit, et j'attends de savoir si tu vas m'y laisser...

- Mais qu'il est bête...

- Ça commence mal... C'est le problème quand on se connaît trop, ce qu'on trouve délicieux chez un nouveau venu, on trouve ça bête chez un compagnon de la routine.

- Allez viens te coucher mon tombeur...

- Pourquoi tombeur ?

- Parce que tu aimes tellement séduire...

- Mais je n'aime que toi Simone !

- Je sais que tu n'aimes que moi mais si tu avais d'autres vies, tu ne me les consacrerais pas toutes... n'est-ce pas ?

- Mais... je ne sais pas ! Et toi, tu n'aimes pas séduire ? Tu n'aimes pas quand les hommes te regardent ou te désirent ? Vous êtes vraiment fortes pour nous culpabiliser, à vous entendre, nous ne serions que les lanceurs de flèches et vous les transpercées involontaires. Mais je connais énormément de femmes qui auraient mis Robin des bois à l'amende moi ! Vous avez juste peur d'avoir donné votre liberté à quelqu'un qui pourrait être séduit par une inconnue un beau jour de printemps alors que vous êtes les premières à sourire aux compliments du jeune quadragénaire qui vient vous apporter une autre coupe de champagne en vous disant combien vous êtes ravissantes !

- Et vous alors ?

- Mais nous pareil ! Ce qui fait que ce soit l'époux ou l'épouse qui craque en premier n'a rien à voir avec le fait que ce soit un homme ou une femme, ça dépend juste de la confiance qu'on a envie d'avoir en l'autre ou pas. Certains ont cette confiance, et même s'ils savent l'existence du désir naissant dans quelque dimension instantanée, comme une soirée pétillante ou un regard qui en reconnaît un autre, ils connaissent la force et la vérité de ce que leur offre leur moitié. D'autres, par contre, anticipent sur les faiblesses de leur partenaire, et jouissent d'une flamme avant qu'on vienne souffler sur la leur.

- Il est drôle lui ! Mais vas-y si tu as tellement envie de jouir de toutes les flammes du monde ! Va te brûler les ailes mon ami ! Mais tu ne pourras plus jamais voler jusqu'à moi après, réfléchis bien ! Et si tu penses que j'éteins ta flamme, t'as qu'à souffler un peu sur mes braises parce que si tu attends trop, t'auras beau aller au charbon, je te promets que tu vas manger froid !

- Mais pourquoi dès qu'on parle de ce sujet en se mettant en dehors du débat, il faut absolument que tu en fasses un cas particulier et que tu te sentes visée ?

- Bien sûr... Prends-moi pour une idiote Raoul... C'est pour rêver tranquillement aux bas de ta secrétaire que tu as fait ton lit dans la baignoire oui ! Tu as de la chance que je ne mette pas l'accent sur ta nature de prédateur que tu essaies tant de cacher...

- Mais vas-y, mets l'accent ma chérie !

- Tu es un affamé Raoul, tu aimes tellement les femmes, les belles femmes, dès qu'une de ces dames te plaît, ta façon de sourire, ta façon de renouer ton nœud de cravate, d'être aux petits soins, de rire avec cette fossette que je ne vois jamais quand tu ris avec moi, ta façon de rester cette longue seconde supplémentaire dans les yeux de celle qui te plaît après un avoir échangé un jeu de mots complice, tout dans ton comportement hurle que tu es un homme affamé...

- Et bien dites-moi... Qu'est-ce que ça aurait été sans accent !

- Un homme à femmes.



Franck Pelé - décembre 2011

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