Simone et Raoul

Simone et Raoul
Avant eux, le couple n'existait pas. (photo Marc Montezin)

vendredi 7 octobre 2011

Simone à découvert



Ce matin, Simone et Raoul avaient rendez-vous avec leur banquier, Monsieur Lachance, un nom qui ne tenait pas vraiment ses promesses.

- Madame, Monsieur, je vous ai demandé de venir parce que votre compte est dans le rouge.

- De combien ?

- Trois mille francs.

- Ce n'est rien ça. Raoul va vendre une voiture et ça va repartir.

- Ah non, pourquoi je vendrais une voiture ?

- Mais parce qu'on est dans le rouge chéri !

- Pardonnez-moi de vous interrompre mais si je regarde attentivement votre relevé de compte, je vois que vos sept derniers achats concernent des paires de chaussures et des tailleurs de marque.

- Ah ! Voilà Simone ! On est dans le rouge parce que tu claques comme si tu étais une princesse.

- Et je suis quoi selon toi ? Une concierge ?

- Une femme de la classe moyenne qui a des goûts de luxe !

- De la classe moyenne ??? Et bien ça fait plaisir de donner de la confiture à un cochon ! Tu vas aller goûter à la classe moyenne avec tes copines du marché, tu vas voir, c'est parfumé à souhait !

- Arrête un peu ton snobisme, tu veux bien, on ne vit pas dans une somptueuse villa avec un compte richement garni, on a des salaires moyens, donc on est dans la classe moyenne, que tu le veuilles ou non, que tes goûts soient luxueux ou non. Alors tu laisses mes voitures où elles sont, et tu freines un peu sur les fringues et les chaussures. Tu as de quoi tenir deux guerres dans tes placards, il va falloir que tu sois un peu raisonnable, merde !

- Mais tu as sept voitures Raoul ! On n'a pas besoin de sept voitures ! Elles dorment dans la grange en plus, tu les sors une fois par trimestre ! Moi, mes chaussures, je les sors une fois par semaine, mes tailleurs, je les porte, et je fais plaisir aux gens qui me regardent ! Toi, tu pollues leur air et leurs oreilles !

- Avec un V12 ? Je pollue leurs oreilles avec le bruit d'un V12 ? Ma pauvre chérie, arrête de toujours penser que c'est la faute des autres, tu peux très bien vivre avec seulement trente paires de pompes, ça t'en fait une par jour, alors tu peux vendre la moitié de ce que tu as...

- Madame, je crois que votre mari a raison...

- Ah d'accord ! Alors écoute-moi bien avant que tu n'ailles prendre ton petit verre de Côtes de Nuit du matin, je ne vais rien vendre du tout, et si jamais tu me forces à vendre un seul lacet de mon patrimoine, je raconte à toute la ville que son banquier est dans le rouge tous les jours dès 11 heures du matin, et que personne ne vient le gonfler pour qu'il vende ses bouteilles afin de retrouver une couleur normale !!!

- Bien. Je me vois dans l'obligation de fermer vos comptes.

- Attendez !

Simone se lève et glisse un mot à l'oreille du banquier, elle chuchote :

- Une fois mon mari parti, je vous attends derrière, dans la cour, je vous rembourserai tout ce qu'on vous doit, avec les intérêts...

- Hum ! Très bien, je vais voir ce que je peux faire. Monsieur, au plaisir !

- Mais qu'est-ce que tu lui as dit ?

- Rien, ne t'inquiète pas, je me suis excusée et je lui ai dit que j'offrirai une belle paire à sa femme. Tu sais, elle ne doit pas souvent en voir sa femme... Chéri, va à la maison, j'ai deux trois courses à faire, je te rejoins.

- D'accord. A tout à l'heure.

Raoul retourne à la voiture quand il se rend compte qu'il a oublié ses clés à l'agence. Il revient sur ses pas, on lui dit que son conseiller n'est pas à son bureau. Il est sorti quelques instants. Raoul fait le tour de l'agence, et il tombe nez à nez avec sa femme complètement nue sous son manteau, qu'elle ouvre en grand face à leur banquier !

- Simone ! Mais qu'est-ce que tu fais ???

- Excuse-moi mon amour, mais quand on est dans l'impasse, il faut savoir provoquer Lachance !



Franck Pelé - Octobre 2011

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