Simone et Raoul

Simone et Raoul
Avant eux, le couple n'existait pas. (photo Marc Montezin)

lundi 30 janvier 2012

L'échelle de Simone


- Raoul...Combien tu m'aimes sur une échelle de 1 à 100 ?

- Ah non ! Je le connais par cœur ce piège !

- Un piège ? Pourquoi un piège ? Je veux juste savoir, c'est tout.

- Bien sûr... Tu ne vas pas me la faire à moi Simone non ? Si je te dis 100, tu vas me répondre que je te dis ça pour te faire plaisir, et si je te dis 91, tu vas me faire la tronche quinze jours parce que c'est pas assez ! Alors que c'est énorme 91...

- Et bien... Au bout de sept ans mariage, ça fait plaisir de voir à quel point tu te trompes sur moi...

- Tu es sûre ? On joue franc-jeu ?

- Mais oui !

- Et si je te dis 91, et que tu me fais la tête, tu seras capable de prendre le recul nécessaire et de réfléchir avec cette trop rare objectivité pour comprendre que tu n'auras pas eu 100 justement parce que tu auras eu cette réaction tellement prévisible ?

- Je te dis oui ! Tu es sûr que tu veux mettre cette cravate pour le réveillon ?


- Oui, pourquoi ? Elle est très bien cette cravate. Qu'est-ce qu'elle a cette cravate ?

- Elle fait un peu vieux... Bon alors, combien ?

Raoul pose sa cravate, s'installe dans le fauteuil en face de Simone, réfléchit, sourit et répond :

- 89.

Simone bouge un sourcil mais le remet aussitôt en place pour tenter de conserver la maîtrise totale de sa réaction. Puis elle demande, d'une voix très douce :

- Et pourquoi 89 ?

- Je voulais te mettre 91 mais j'avais oublié à quel point tu étais exigeante avec MES choix vestimentaires, du coup, t'as perdu deux points. Mais bon, aimer une femme à 89 sur une échelle de 1 à 100, c'est quand même beau non ? Tu n'es qu'à onze points de la perfection !

Simone se lève, part dans la salle de bains, et sort de longues minutes plus tard dans une nouvelle tenue, aussi échancrée que décolletée, à se demander si le tissu visible ne tiendrait pas dans une boîte d'allumettes.

- Attends... Tu ne vas pas réveillonner comme ça j'espère ?

- Ah si, pourquoi ? Tu ne voudrais quand même pas devenir exigeant sur mes choix vestimentaires... Moi qui allais te mettre une bonne note...

- Mais je ne demande aucune note moi ! Je veux juste que ma femme soit décente pour finir l'année !

- Au bout de trois verres de whisky, de toutes façons, même en col roulé, tes amis me verraient nue avec leur regard vicieux... Alors autant me faire plaisir...

- Te faire plaisir ? Parce que ça te fait plaisir de te présenter comme ça devant les gens ?

- Tous les hommes présents me donneront 100 sur l'échelle de l'amour, celle-là même sur laquelle tu restes bloqué un peu plus bas. Comme ça, tu pourras nettoyer leur bave sur mes chaussures...

- Je le savais... Tu vois ? Tu vois ??? Je ne PEUX pas te faire confiance ! Il y a une heure, j'étais serein, je savais que j'allais boire tranquille avec nos amis parce que j'avais une belle décente, et maintenant, tu vas réveillonner à poil et me gâcher mon réveillon parce que tu ne peux pas t'empêcher de faire ta grande capricieuse !

- Raoul, fais-moi penser... Si un de tes amis veut me témoigner son amour en voulant me rejoindre sur le dernier barreau, tu voudras bien l'aider en lui faisant la courte échelle ? Tu la fais tellement bien...





Franck Pelé - janvier 2012 - Textes déposés à la SACD

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