Simone et Raoul

Simone et Raoul
Avant eux, le couple n'existait pas. (photo Marc Montezin)

mardi 12 novembre 2013

Simone dans la jungle



Simone avait gagné ce voyage à la tombola du bal des pompiers le mois précédent. Elle était partie avec Raoul au bout du monde, la jungle était comme dans les films, l'endroit était somptueux, sauvage et beau. Ce matin-là, ils avaient quitté l'hôtel vers huit heures, ils s'étaient mis en route avec un autre couple de français et un guide local francophone pour une grande randonnée dans le vert luxuriant. C'est un peu après dix heures que Simone perdit le contact avec le groupe et se retrouva seule dans la jungle. Plus elle cherchait à retrouver son chemin, plus elle se perdait. Jusqu'au moment où son pied fût pris au piège dans un système de cordes et de nœuds coulants. Elle a hurlé pendant de longues minutes jusqu'à ce qu'un homme torse nu, plutôt gaulé mais avec un caleçon d'un autre âge, vienne à son secours.

- Aaaaaah !!! Ne me touchez pas !

- Vous calme...

- Quoi moi calme ? Vous parlez français ou vous n'avez que des notions ?

- Pourquoi vous toute seule ici ?

- Des notions donc. Je ne sais pas, je me suis arrêtée pour un petit besoin et j'ai perdu la trace de mes amis. Qui êtes-vous exactement ?

- Moi Tarzan.

- Bah voyons, et moi je suis Claire Chazal...

- Moi Tarzan et toi Jane.

- Mais... C'est qu'il est sérieux le strip-teaseur en peau de bête ! Non, non, moi pas Jane, moi Simone. Si-mone !

- Non toi Jane.

- Bon si vous voulez... Auriez-vous l'amabilité de me détacher jeune sauvage ?

- Toi vivre avec Tarzan.

- Ah non, moi vivre avec Raoul !

- Alors toi rester dans piège.

- Dis donc le roi de la syntaxe, tu vis en quelle époque exactement ? Tu sais que c'est la parité maintenant ? Les femmes ne sont plus obligées de se mettre à quatre pattes devant le mâle, alors tu me détaches, tu es gentil, et je te laisse jouer dans ton grand jardin. Allez, libère-moi et je ne dirai rien...

- Quatre pattes après vaisselle, pas maintenant, maintenant toi dire oui pour vivre avec Tarzan.

- Au secours ! Au secouuuuuuuurs !!! Raoul !!!

- Pas assez fort ton cri, toi crier comme ça : ooooooooaaaaoooooaaooooooaaooooaaoooooohhh !!!

- Ah quand même... T'as essayé The Voice ? T'as une vraie identité vocale...

- Moi pas TF1, moi que France Inter et Télérama.

- Oh comme moi ! Et alors, tu vas au cinéma un peu ?

- Toi vouloir m'amadouer, Jane.

- Ah non non, pas du tout, moi vouloir créer du lien social, moi bien aimer Tarzan finalement et moi vouloir voir maison Tarzan pour envisager relation sérieuse...

- Toi faire vaisselle et quatre pattes ?

- Heu la vaisselle oui pour le reste si t'as de la moquette je veux bien envisager la génuflexion... mais un truc civilisé hein, je suis fragile du dos.


Après vingt minutes de marche et de lianes, Simone resta bouche bée devant la maison de Tarzan, une villa somptueuse avec piscine, jacuzzi, au moins dix pièces, une terrasse surplombant les chutes d'eau à l'horizon, le paradis sur terre.

- Mais... c'est chez toi ici ???

- Oui, moi avoir touché droits d'auteur et droits à l'image après dessin animé sur moi

- Y'a du réseau ?

- Wifi illimité

- Moi avoir très très envie de faire la vaisselle...


A un bon kilomètre de là, Raoul entendit le cri d'une femme heureuse.

- C'était quoi ça ?

Le guide sembla gêné.

- C'était quoi ce cri ?

- Un cri de femme heureuse je crois...

- Je sais c'est celui de ma femme ! Mais pourquoi elle serait heureuse d'être perdue dans la jungle ???

- Moi pas savoir...

- Pourquoi parlez-vous comme ça subitement ?

- C'est quand je suis ému je parle comme mon frère...

- C'est qui votre frère... C'est qui votre frère ???


Deux jours près avoir démasqué le manège de Tarzan et de son frère qui devait laisser seule près du piège toute femme répondant à de sérieux critères de beauté, la police locale ramena Simone à l'hôtel où son mari n'en pouvait plus de l'attendre :

- Mon amour !!! Tu n'as rien ?

- Moi avoir un peu mal au dos mais ça va...

- Tu parles comme lui... Tu es traumatisée ma chérie...

- Tu m'étonnes... Je ne suis pas près de l'oublier mon bourreau...

- C'était quoi ces cris ? C'était très étrange, j'aurais juré que tu étais... heureuse... enfin tu vois...

- Tu verrais la baraque qu'il a... non c'est probablement quand j'ai vu la moquette de la pièce où j'allais passer le plus clair de ma captivité, j'étais vraiment ravie du confort... J'ai hurlé de joie, c'est ça que tu as dû entendre.

- J'ai envie de toi...

- Y'a pas un peu de vaisselle à faire plutôt ? Non parce que du coup je n'ai rien foutu niveau vaisselle là-bas alors que ça devait être une de mes tâches, et j'ai besoin psychologiquement, de me libérer de ça, tu comprends ? J'ai besoin de laver des assiettes, des fourchettes, de laver tout ce qu'il y a à laver...

- Quand tu dis "du coup", ça veut dire quoi exactement ? Tu as fait quoi à la place de la vaisselle ?

- J'ai... j'ai décollé la moquette. En fait, il voulait refaire toute la déco de sa chambre et il m'a obligée à décoller la moquette ce salaud !!! Tu te rends compte ?

- D'où ton mal de dos...

- Voilà.

- Tu sais Simone, moi pas avoir douze ans, moi comprendre les choses mais moi pas aimer être pris pour un con par toi.

- Mais quoi ? Y'a rien eu ! Et puis tu sais très bien que j'ai horreur qu'on soit derrière moi quand je m'occupe de la déco.




Franck Pelé - novembre 2013 - textes déposés SACD

5 commentaires:

  1. Un vrai vaccin anti-morosité !!! Inconditionnelle ... ce blog porte bien son nom : En voiture Simone : on se laisse emporter avec bonheur !!! .....

    RépondreSupprimer
  2. Moi avoir prit plaisir à vous lire...!
    Moi avoir très envie de découvrir la suite...!
    Moi vous souhaitant d'en sortir gagnant...!

    M.L


    RépondreSupprimer
  3. Comme toujours, nous entrons dans le monde de Simone et nulle envie nous prend d'en sortir.
    La belle Simone a conquis Tarzan. Je souhaite qu'elle touche les cœurs des Golden Blog Awards et qu'elle arrive en première place !!!
    M.M.
    Vivement la suite ;)

    RépondreSupprimer
  4. Délicieusement drôle...

    Sandrine M.

    RépondreSupprimer
  5. Délicieusement drôle...

    Sandrine M.

    RépondreSupprimer