Simone et Raoul

Simone et Raoul
Avant eux, le couple n'existait pas. (photo Marc Montezin)

mardi 12 novembre 2013

Lettre à Raoul ou la rupture impossible





Je te déteste, je t'abhorre, je t’exècre, je ne te supporte plus, te voir me donne la nausée, je ne veux plus jamais te parler, t'entendre, te croiser, une simple pensée à ton endroit et ma journée est gâchée, tu n'es que déception, trahison, défiance, absurdité, rejet, superficialité, manipulation, perversion, calcul, avarice, égoïsme, narcissisme, tes amis sont des cafards, ta façon de tout connaître, de tout savoir mieux que les autres t’érige en symbole de l'insupportable, passer du temps avec toi c'est perdre le sien, c'est perdre confiance en l'humain, en l'amour, en la vie. Tu es une impasse dans l'obscurité, un cul-de-sac, un point noir, des travaux sur le chemin du bonheur.


Tout le monde est parti. J’ai tout perdu. Je n’ai plus rien. J’ai vécu, rencontré du monde, aimé cent fois, pleuré mille fois, ou le contraire. J’ai toujours fait le bien autour de moi, j’ai toujours fait attention aux autres, j’ai donné, souri, invité, rendu, reçu, écouté, regardé, j’ai pris du recul, des claques dans la tronche et dans l’ego, pour toujours en tirer des leçons positives, j’ai toujours fait ce qu’il fallait faire pour qu’on m’apprécie. Je ne comprends pas. J’ai dû décevoir, un regard sur moi qui se serait trompé, une mauvaise interprétation de mon être qui aurait fait foi, une mauvaise image qui aurait fait loi, un jaloux qui aurait fait de moi un insecte nuisible, une jalouse qui se serait nourrie de mon moi pour faire le sien avant de me jeter aux oubliettes. Ces cachots pleins de ces cœurs originaux copiés par des faussaires se gavant sans vergogne sur le ventre des crédules. Tout le monde est parti, ne reste que la solitude hurlant le néant du tunnel qui s’annonce. Plus personne ne me voit, ne me comprend, ne m’écoute, ne me fait confiance, plus personne ne m’aime, ne s’éprend de moi, ne me désire, ne veut me faire rire, jouir, plaisir.


On sonne. C’est toi. Il n’y a plus personne sauf toi. Tu es toujours là. Tu me l’avais dit, tu me l’avais promis. Tu serais toujours là. Tu l’as toujours été. Je le voyais plus. Je ne te voyais plus. Tu es avec moi. Les travaux sont finis sur le chemin du bonheur. On reprend la route. Tu es la lumière dans l’impasse, un trou dans le mur, un point blanc au bout du tunnel. Tu me redonnes confiance en la vie, en l’amour, en l’humain, je rattrape le temps perdu avec toi, parce que tu es là. Je ne te voyais plus. Ta façon de tout connaître, de tout voir mieux que les autres est aussi évidente que mon refus systématique de vouloir le reconnaître. Ton âme est belle, généreuse, entière, délicieusement imparfaite mais avec tellement de réponses en elle pour s’épanouir au rythme des saisons. Ta perversion n’est qu’une curiosité de plus, tes calculs ne donnent que des résultats qui font briller l’autre, je ne voulais plus le voir parce que l’autre n’était plus moi. Ta trahison était le fruit de la mienne. J’aurais pu te garder, j’aurais dû te garder. Je te garde maintenant et pour toujours. Je ne veux plus jamais me tromper, je ne veux plus jamais t’oublier, je veux t’entendre, te parler, t’embrasser, te tenir, te dessiner, te sentir, j’exulte, je t’adore, je t’aime.




Frank Pelé - textes déposés à la SACD - octobre 2013.

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