Simone et Raoul

Simone et Raoul
Avant eux, le couple n'existait pas. (photo Marc Montezin)

vendredi 11 mai 2012

Appel d'offre



La voix de Raoul résonne au loin :

- Simone, tu viens te coucher ?

- Je suis dans le bureau, j'arrive !

Après quelques secondes, la porte du bureau s'ouvre :

- Qu'est-ce que tu fais chérie ? Ça fait une heure que tu es en bas... Allez, viens te coucher...

- Et toi ça fait une heure que tu lis Les Echos !

- Et alors ?

- Et alors, juste à côté de toi, figure-toi qu'il y a une femme, la tienne, et ta femme n'attend qu'une chose, que tu épluches ses comptes plutôt que ceux de tes actionnaires ! Mais non, Monsieur préfère étudier son capital plutôt que d'entrer dans le mien...

- Mais pas du tout, j'étudie le bilan de mes associés ! Tu es bien contente d'avoir ma carte de crédit toute la semaine, mais si tu veux encore en profiter, je dois étudier le bilan régulièrement !

- Et le mien, tu l'étudies à quelle heure le mien ?

Le bruit de la photocopieuse aspirant une feuille vierge attire le regard de Raoul. Pendant que le rai de lumière entame son voyage de gauche à droite, Raoul reste bouche bée devant la scène. Puis se reprend :

- Qu'est-ce que tu fous assise sur la photocopieuse ?

- Je te fais un encart spécial à insérer au milieu de ton journal.

- Pardon ?

- Je dépose le bilan ! Et je t'en fais une photographie très précise pour que tu puisses évaluer ton manque à gagner !

- Mais Simone, tu sais combien ça coûte une photocopieuse comme ça ?

- Et moi, tu sais combien ça me coûte de dormir à côté d'un ours qui ne s'excite que devant l'indice boursier ? Avant j'avais un jeune loup sous mes draps, puis un tigre, avec de beaux pectoraux imberbes, maintenant j'ai un ours dont la paresse pousse aussi vite que tous les poils de son vieil âge ! T'en penses quoi de la valeur ajoutée ? C'est excitant hein Raoul ? Je vais faire comme toi tiens, je ne vais plus m'occuper de moi, tu seras ravi, tu vas faire une jolie plus-velue !

- Bon... Qu'est-ce que tu veux Simone...

- Ce que je veux ??? Mais je veux que tu arrêtes d'épargner ! Je veux que tu places tes économies ! Que tu éponges ton passif ! J'en ai marre de m'autofinancer, tu peux comprendre ça ??? J'ai d'énormes besoins en fonds de roulement ! Alors soit tu investis dans la femme de ta vie, soit je me mets à la mondialisation !

D'un geste du bras, Raoul dégage tout ce qui traîne sur le bureau, il attrape Simone, remonte sa robe, l'allonge sur le bureau, et s'allonge doucement sur elle en lui murmurant :

- D'accord... Je vais entrer dans ton capital...

- Ce sont tes capitaux propres ?

- C'est à dire ?

- T'as pris une douche avant de te coucher ?

Raoul se relève :

- Mais Simone, tu peux pas arrêter deux secondes d'être compliquée sans déconner !!! Oui j'ai pris une douche !

- Alors viens...

Raoul s'allonge à nouveau. Il commence à investir doucement quand il sent Simone qui souffle, elle cherche sa respiration :

- Qu'est-ce que t'as ?

- Je crois qu'il y a trop de charges pour que je puisse m'en sortir Raoul... On va reprendre à zéro dans notre chambre et c'est moi qui vais commencer par un petit audit... Je suis sûre que je trouverais de quoi monter une belle entreprise...

- Bon, Simone, ça suffit, y'a toujours un truc qui va pas...

- Mais Raoul, tu m'étouffes ! Même avec mes capacités d'amortissement, quand même assez conséquentes, j'ai l'impression d'avoir un frigo sur le thorax, c'est quand même limite pour évaluer sereinement mon profit !

- Y'a toujours un truc qui va pas !!! Je remonte lire mon journal.

Simone se relève d'un seul coup, plaque Raoul contre le mur et lui dit :

- Si tu n'investis pas ce soir dans ma société, je te jure que c'est la dernière fois que tu me vois désirable pour toi, tu m'entends ? Les bas, les porte-jarretelles, les jupes sans rien en-dessous, c'est fini ! Les décolletés, les épilations, la peau douce, le maquillage élégant, basta !

Raoul déglutit, puis ajoute d'une voix douce :

- On peut le faire dans le bureau l'audit non ? Si c'est moi qui m'allonge...

Simone allonge son mari sur le bureau, défait doucement les boutons de sa chemise et pendant que la photocopieuse débite en dix exemplaires la plus belle ouverture de capital qui soit, elle lui glisse à l'oreille :

- Tu as frôlé la cessation de piment...



Franck Pelé - Avril 2012 - Textes déposés.

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