Simone et Raoul

Simone et Raoul
Avant eux, le couple n'existait pas. (photo Marc Montezin)

samedi 11 octobre 2014

Sous le soleil exactement



- Que me vaut ce magnifique sourire ?

- Je viens de comprendre pourquoi je t'aime tant...

- Ah parce que jusqu'à maintenant tu m'aimais sans savoir pourquoi ? Quelle aventurière !

- Et pourquoi pas ? Ce serait possible non ? Aimer quelqu'un sans savoir pourquoi mais avec la certitude chevillée au corps et au cœur qu'on l'aime... Tu sais pourquoi tu m'aimes toi ?

- Evidemment ! Je connais les mille raisons qui font que je t'aime, je sais qu'il y en a d'autres mais je creuse à mon rythme...

- Je discutais avec ma sœur tout à l'heure, on faisait ce jeu où on doit résumer quelqu'un en un mot.

- Manque de confiance en soi.

- Quoi... c'est pour moi ça ?

- Non, c'est pour ta sœur. Bon c'est en cinq mots mais on va pas chipoter...

- Ah si, si, on chipote ! Il faut que ce soit le fruit d'une longue et profonde réflexion ! C'est exactement ce que j'ai fait pour toi.

- Je crains le pire...

- Tu ne devrais pas... Cette réflexion à donné naissance à un mot, un seul, validé par ce sourire....

- Je t'écoute religieusement...

- Précis.

- Précis ? Tu m'aimes parce que je suis précis ? Précis c'est à dire... Parce que je suis à l'heure ? Parce que je colle les vignettes pile poil dans leur cadre ?

- Arrête Raoul... Sois sérieux deux minutes, écoute-moi avec la même attention que celle que tu attends pour tes mots, tu peux me faire ce plaisir ?

- Pardon. Je t'écoute. Dis-moi qui je suis...

- Tu es incroyablement, formidablement précis. Tu es même l'homme le plus précis qu'il m'ait été donné de rencontrer. Tu es précis dans le choix de tes mots, dans le choix de tes silences, dans le timing de tes élans, tu es précis dans tes caresses...

- Tous les hommes sont précis dans leurs caresses non ?

- Oh non... Entre ceux qui ne pensent qu'à leur plaisir et ceux qui cultivent la légende qui veut qu'un homme ne sache pas faire deux choses en même temps, on a le temps de se demander dix fois ce qu'on fait là... ajoute ceux qui pensent qu'en appuyant n'importe comment sur n'importe quel bouton de la télécommande ils arriveront à allumer la télé et tu obtiens un pourcentage impressionnant de chercheurs d'or qui ne savent absolument pas comment en trouver !

- Et pourquoi j'en trouve selon toi ? Je n'ai rien de plus que les autres, c'est un piège dessiné par les heures victorieuses ça...

- Parce que tu as cette sensibilité qui comprend ce qui brille, tu sais exactement comment caresser un sourire parce que l'amour te sourit, parce que ton côté féminin donne une délicieuse élégance à tes gestes les plus masculins, tu as la précision d'un orfèvre. Que tu cisèles une nuit ou que tu racontes le jour, que tu épouses des lèvres ou que tu emportes une âme, c'est toujours exactement comme ce doit être fait pour l'autre. Voilà pourquoi je t'aime. Parce que tu as cette précision de l'autre.

- Je n'ai pas cette précision de l'autre, j'ai cette précision de toi. Et si tu la mesures si bien c'est parce que j'ai le même sourire que toi quand je te regarde, si j'ai cette précision dans ce que je veux offrir c'est parce que tu as cette précision dans ce que tu veux recevoir, dans ce que tu sais recevoir, dans ce que tu attends. Personne ne sait recevoir mes mots, mes caresses, mes silences, et même mes colères, aussi bien que toi. Peut-être que la caresse précise dont tu parlais tout à l'heure, si je l'avais pour une autre, je serais moi aussi un chercheur d'or qui ne trouve rien...

- J'admire la précision de ta fausse modestie, mais tu sais comme moi que tes mains ont une histoire déjà très riche...

- Le passé ça compte pas...

- Quand tu me dis que je suis belle je te crois, je ne crois ma beauté que dans ton regard, parce que je sais que ta sensibilité ne ment jamais, c'est elle qui a ce pouvoir unique de faire briller l'objet de ton frisson.

- Simone, je sais précisément ce qui brille dans tes yeux-là...

- On va se reposer un peu là-haut ?

- Je ne suis pas sûr de pouvoir dormir avec la télé allumée...




Franck Pelé - oct 2014 - textes déposés SACD

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