Simone et Raoul

Simone et Raoul
Avant eux, le couple n'existait pas. (photo Marc Montezin)

samedi 16 mars 2013

Chaque visage est un voyage



Ce chemin est celui sur lequel un jeune homme m'a emmenée pour la première fois, je n'avais jamais vu de si belles fleurs, je découvrais les couleurs, les couleurs du monde et celles de mon âme profonde. Je pensais ce chemin sans fin, j'étais sûre qu'il ne pourrait y en avoir d'autre. Jusqu'à la croisée des destins, des regards.

Sur cette route, j'ai aimé, à en crever, j'ai autant souffert de le perdre que j'ai été ravie de le quitter, en me retournant, un peu plus loin, beaucoup plus tard.

Celle-là a été un torrent de cris et d'écume, cette autre m'a appris à goûter le sel de mes larmes et à y trouver le moyen de relever mes illusions et le goût de recommencer.

Dans cette sombre impasse, j'ai trouvé une sortie imprévue, malgré le panneau qui interdisait toute possibilité d'en sortir sans faire demi-tour. Il ne faut jamais croire les interdits, ni ceux qui vous disent ce qu'il faut faire.

Oh... Ce chemin... Sur ce chemin, j'ai retrouvé le sable de mon enfance, l'odeur des pins, le plaisir de vivre sans le moindre frein à ma course, c'est en le remontant que j'ai rencontré un homme qui était venu s'y perdre, pour lui aussi se retrouver. Nous avons eu deux enfants.

Cette longue route, sinueuse comme un serpent, je l'ai prise tous les jours, pendant des années, une vie. J'y a été heureuse, épanouie, intouchable. Puis, à la sortie d'un virage, j'ai pris la trahison en pleine gueule. Défigurée pensais-je... Non, je n'avais perdu que le sourire, seul le temps sait le dessiner à nouveau. J'ai marché longtemps, dans toutes ces petites artères qui n'avaient jamais assez de sang pour réchauffer le mien. Quand vous marchez longtemps, vous rencontrez toujours quelqu'un qui est parti depuis aussi longtemps que vous.

Cette route était somptueuse, une route de campagne, baignée de soleil, des senteurs qui font les histoires, il m'a regardée longtemps, plus il me regardait sans rien dire, plus les mots cognaient dans mon cœur. J'entendais les siens. On ne s'est rien dit, on a souri, pendant des heures, on a écouté les mots de l'autre qui ne sortaient pas, c'est la plus belle conversation que j'ai eue avec un homme.

Ces petites rues sont devenues de belles avenues avec le temps, elles ont grandi en même temps que mes enfants, elles se sont construites, elles sont devenues prêtes pour le grand monde. Je les ai longtemps accompagnés dans ces petites rues. Puis j'ai senti le moment où ils allaient me lâcher la main, attirés par les lumières qui dansaient, là-bas, tout au bout, là où ils devinent mieux que vous ce qui les attend.

J'avais rendez-vous dans cette vieille ruelle en pierre, probablement pour y rester, et attendre la poussière. Quand le soleil a dessiné les ombres, j'ai fermé les yeux, j'ai pensé à tous ces chemins, tous ces sentiers qui ne sont battus que le temps d'un passage, les âmes passent, les chemins restent. J'ai ouvert les yeux, je suis rentrée, j'ai marché lentement vers la salle de bains et me suis approchée du miroir. J'ai vu mon visage, et toutes ces histoires. Au moment où le doute aurait pu m'envahir, j'ai senti ses mains sur mes épaules, ses lèvres dans mon cou, j'ai entendu la caresse de sa voix me dire qu'on peut toujours regretter la jeunesse des visages qui n'ont encore rien connu, et quand il m'a dit que jamais je n'aurais été aussi belle sans tous mes voyages, j'ai su que j'étais arrivée. Les araignées du passé resteront dans les toiles. La poussière de mes vieux jours sera faite d'étoiles.




Il n'y a pas de rides. Il n'y a que des chemins. Notre visage est un voyage.




Franck Pelé - Mars 2013 - Textes déposés à la SACD.

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