Simone et Raoul

Simone et Raoul
Avant eux, le couple n'existait pas. (photo Marc Montezin)

lundi 1 octobre 2012

De l'arbre la feuille est tombée



- Simone, tu as une baguette magique et tu peux changer trois choses dans le monde, tu changes quoi ?

- Je transforme le pommier au fond du jardin en arbre à billets de 500, et puis là c'est l'automne, ça tombe très bien, je mets l'Argentine et le Kenya à la place du Portugal et de l'Allemagne, ça nous fera moins loin et ça nous changera et je nous installe la météo de la Californie pendant dix m

ois sur douze.

- Et les deux autres mois ?

- De la neige à gogo ! Et toi ?

- Je recrute une gouvernante pour qu'elle s'occupe de la maison, de la cuisine et des enfants, je me réserve une voie sur toutes les autoroutes et routes du monde avec vitesse illimitée sur autoroute et une place de parking par rue dans les villes, et je nous redonne les corps et les énergies de nos 25 ans.

- C'est quoi ton problème avec mon corps et mon énergie ?

- Mais aucun Simone... c'est juste qu'on commence à fatiguer un peu, on met une semaine à s'en remettre quand on se couche après une heure du mat', on a les yeux cernés, on a pris un peu de ventre, tes seins commencent un peu à regarder ton nombril et...

- Pardon ? Alors attends Raoul... Attends, attends, attends... MES seins commencent à regarder mon nombril ? Mes seins regardent droit devant, comme celle qui les porte fièrement ! Et les hommes les regardent droit dedans ! Pas lassés pour un sou, EUX ! TU as pris du ventre, au point que ton désir, lui, n'a aucune chance de voir ton nombril ! D'ailleurs, même sans ta petite bouée de sauvetage, pas sûr que le bout de ton désir ait eu la moindre chance de le voir ton nombril vu qu'il passe sa vie la tête en bas ! TU as les yeux cernés parce que TU es mort de fatigue dès qu'on a passé minuit, ça doit être psychologique, et puis tu ronfles comme un sanglier qui a vidé trois tonneaux de vodka pomme ! Moi qui rêvais de vivre dans le sud pour m'endormir avec les grillons, j'habite à Bagnolet avec un bûcheron qui passe ses nuits à me faire siffler pour qu'il arrête sa déforestation !

- Et toi tu passes tes nuits à me faire scier avec tes sifflements ! C'est pire ! J'ai l'impression que c'est toi qui la rythmes ma déforestation !

- Mais depuis le temps que je te fais scier, comment ça se fait que tu es encore là ? Ce devrait être morne plaine avec tout ce que t'as descendu mon grand ! Moi je rêvais de prince charmant qui m'emmène au soleil, et finalement je suis la princesse sans grillons !

- Parlons-en de la princesse ! Parce que si l'image est belle, personne ne voit la citrouille qui sort de la salle de bain après minuit ! Moi au moins, je n'ai peut-être plus vingt-cinq ans, mais je n'ai pas besoin de me maquiller pour séduire !

- Non, tu as besoin de mentir, c'est pire ! Elles ont déjà vu ta tête au réveil tes fantasmes ? Ah non, je suis bête, elles sont déjà reparties à cette heure-là, en train de raconter à leurs copines à quel point les hommes se la racontent !

- Pas du tout, elles ne sont jamais déçues !

- Ah bon ? Mais on parle de quoi là Raoul au juste...

- De rien... Je voulais juste dire que lorsque des femmes qui me plaisent me regardent, à la piscine ou à la plage par exemple, je vois bien qu'elles ne sont pas déçues.

- Mouais... Fais attention Raoul...

- Quoi ?

- Tu sais très bien. Et la gouvernante, tu la voudrais comment physiquement ?

- Heu.... cheveux gris, forte plante, généreuse, une grand-mère de province à l'ancienne tu vois ?

- Une vieille et forte femme inoffensive avec les seins sur les genoux quoi, le genre de femme qui n'existe plus que par l'intérieur. Une femme au cœur magnifique mais au corps perdu, à la féminité disparue. Le genre qui fait rêver un homme comme toi quoi...

- Mais je sais que tu me poses la question pour voir si j'ai envie d'une femme plus...

- Plus quoi Raoul ? C'est la dernière fois que tu me rends vieille avec tes mots, tu m'entends ? La dernière fois ! Moi je te vois avec l'amour, toujours, je ne te vois pas vieillir à l'intérieur, et c'est ce qui m'intéresse, me séduit, me nourrit. Mais là, quand tu dis des choses aussi affreuses, là tu vieillis à l'intérieur, à l'endroit de ta flamme, de ton cœur, de ton charme. Ne vois plus jamais rien qui tombe chez moi, sinon c'est toi qui tomberas. Et mon amour avec.

- Excuse-moi mon amour... Si j'avais une baguette magique qui pouvait exaucer trois vœux, je demanderais trois fois à te garder toute ma vie. Et toutes celles d'après.

- Demande-le une seule fois, pour les vies d'après. Garde les deux autres vœux pour arrêter de ronfler et pour que tu n'arrêtes jamais de me faire jouir de la vie qu'on s'est promis.




Franck Pelé - Octobre 2012 - textes déposés

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