Simone et Raoul

Simone et Raoul
Avant eux, le couple n'existait pas. (photo Marc Montezin)

mercredi 26 septembre 2012

Toujours prendre le temps d'ouvrir l'enveloppe



- Monsieur, acceptez-vous de prendre pour épouse.....

- Ouiiiiiii !!!

- Mais attendez, je n'ai pas fini !


- Je m'en fous ! Oui ! Oui ! Oui ! Oui à tout !

- Et votre discours sur l'enveloppe et la beauté de la lettre à l'intérieur, vous êtes sûr de bien la connaître cette lettre ? Vous me semblez guidé par le seul critère physique là...

- Mais pas du tout ! Allez, on y va là ! Je peux lui mettre le doigt ?

- Pardon ???

- Je peux lui proposer mon doigt pour l'alliance ?

- Mais attendez enfin ! Elle n'a pas encore répondu !

- Mais elle va dire oui, forcément ! Sinon on ne serait pas là ! Tu connais beaucoup de femmes qui se préparent pour le jour de leur vie et le transforment en cauchemar au dernier moment ?

- Peut-être qu'elles l'évitent le cauchemar, en changeant d'avis pendant qu'il est encore temps...

- Dis donc le Père Saint-Emilion, faut que t'arrêtes le sang du Christ parce que t'as les plaquettes qui s'affolent là ! T'es venu pour nous contrarier ou pour nous marier ?

- Bon. Mademoiselle, acceptez-vous de prendre pour époux Monsieur ici présent.

Elle se tourne vers lui :

- C'est vrai que tu ne sembles motivé que par ce que je représente... mais ma beauté intérieure, en es-tu convaincu ?

- Mais je la referai ta déco intérieure si elle est pas au niveau. Tiens, dès qu'on sort, on va goûter le miel de la lune là et j'irai voir.

- Non.

- Bon, bah demain alors si tu préfères.

- Non. Je n'accepte pas d'épouser Monsieur.

- Hein ??? Mais t'as le papier peint qui se décolle ou quoi ? Attendez Monsieur, c'est l'émotion... Hey ! Chérie ! Tu as déjà tout oublié ? Toutes nos lettres pendant tout ce temps ! Nos promesses ! Toutes ces évidences !

- Non, je n'ai rien oublié, mais tu n'as vraiment pas l'enveloppe de ce que tu m'as écrit... Et je crois que je viens de sauver mon couple.

- En me disant non ?

- Oui. Je sauve le prochain. Celui qui sera le bon.

- Putain mais quelle conne ! T'as de la chance qu'il y ait du monde, y'a vraiment des baffes qui se perdent ! Et moi qui ai passé des heures à recopier les lettres que mon pote écrivait pour que je puisse te séduire !

A ce moment-là, un bon gros nounours, avec des bras comme des cuisses, meilleur ami de la mariée, tape avec son index sur l'épaule du goujat :

- Qu'est-ce que tu veux Groquik ?

- Monsieur, acceptez-vous de prendre pour épouse cette grosse mandale ici présente ?

- Heu... non...


La belle se mariera l'année d'après, avec un homme aussi élégant que ses mots, un prénommé Raoul. Le salaud ne se mariera jamais, enfin jamais avec une femme. Il n'en méritera aucune. Mais il épousera quelques baffes. Dont certaines en même temps. On peut dire qu'il était polybaffe oui.


Règle n°26 :

Toujours prendre le temps d'être sûr de ses choix.

Prendre le temps de lire, d'écouter, de regarder, de sentir, de ressentir, prendre le temps de l'absence, du manque, du retour, de la folie douce, des certitudes profondes, des torrents de vie qui secouent le ventre, de la douceur de les calmer ensemble.

Toujours prendre le temps d'ouvrir l'enveloppe. Et à la lumière de la magie qui en sort, relire la lettre.




Franck Pelé - Septembre 2012

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