Simone et Raoul

Simone et Raoul
Avant eux, le couple n'existait pas. (photo Marc Montezin)

samedi 19 janvier 2013

La théorie des dominés


 
Raoul sentit une petite tape sur son épaule. Il se retourna promptement. C'était Simone.

- Ça va mon chéri, je ne te dérange pas ?

- Je t'attendais, tu as été longue, il y avait du monde ?

- Comme dans une boulangerie un dimanche matin. Et toi ? Tu fais la queue ?

- Comment ça je fais la queue... ?

- Tu attends pour entrer quelque part ?

- Non... je t'attends toi... c'est tout...

- Oui, bien sûr, pourquoi attendre ici sinon... Pour aller où... ? Je ne vois pas de porte... Aaaah... Oh dis donc... Tu as vu Raoul ?

- Quoi ?

- Là, juste au-dessus de toi, y'a du monde au balcon hein ?

- Ah oui tiens...

- Tu sembles étonné... Pourtant je te regarde depuis vingt minutes à travers la vitrine de la boulangerie et tu n'as pas cessé d'avoir le nez en l'air. Tu regardais les oiseaux ?

- Non, je rêvais c'est tout. Je pensais à l'histoire de Paris, cette ville est vraiment magnifique et tellement pleine de souvenirs, enivrante de tous les parfums qui l'ont faite...

- Attends, ne me dis rien... Tu te rêvais révolutionnaire... Tu imaginais les sans-culottes prendre ta Bastille...

- Bon, écoute, j'étais là avant elles, je n'allais pas changer de trottoir parce que quelques donzelles viennent prendre l'air sur la terrasse du dessus !

-Oh non mon amour... Attendre sa femme suspendu aux lèvres d'étrangères qui te chuchotent ce que tu veux entendre, je comprends que la place soit royale...

- Mais elles ne m'ont rien dit !

- Tu n'as jamais su lire sur les lèvres Raoul.

- Bon, on va rentrer, tu vas aller dans ta cuisine, ça va te calmer, tu dis vraiment n'importe quoi là...

- Tu es comme tes copains Raoul, un gros macho ! Un jour, je sortirai de ma cuisine, on sortira toutes de nos cuisines, et on vous convoquera dans nos bureaux de dirigeantes pour vous dire à quel point vous manquez de rigueur et d’organisation, d’audace et d’ambition !

- Il n'est pas toujours nécessaire d'être au-dessus des autres pour se sentir fort Simone. Je n'ai aucun problème avec l'idée que la femme nous domine. L'homme a tout à gagner à laisser les femmes au-dessus de lui. Et puis vous êtes quand même beaucoup plus souriantes quand on vous appréhende sous cet angle, c'est justement ce que je me disais en...

- en ?

- ... en regardant les oiseaux...

Devant le changement soudain du teint de sa femme qui passa du rose au vermillon, Raoul prit la poudre d’escampette et piqua un sprint jusqu’à son sous-sol dans lequel il restera jusqu’au lundi suivant.




Franck Pelé - décembre 2012 - textes déposés

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