mardi 29 mars 2011

Longueurs et pointes


- Simone !!! Pourquoi tu as cadenassé les ciseaux ?

- Pour que tu arrêtes de me couper la parole !

- Qu'est-ce que c'est que ces conneries ?

- Et pour laisser la liberté flotter sur les longueurs...

- Si tu pouvais m'éclairer là, je serais ravi.

- Je veux de la longueur Raoul ! De la richesse ! J'en ai marre de cette société qui veut tout couper ! Je ne veux plus qu'on me coupe les cheveux ni qu'on me coupe au montage ! Je ne veux plus qu'on coupe court aux rumeurs, qu'on coupe les vivres ou qu'on coupe la poire en deux ! Je suis pour la liberté des gens et des choses !

- Mais si on laissait tout faire, on ne s'en sortirait jamais ! On n'aurait le temps de rien ! Il faut du rythme, de la vie, que chacun ait le temps de répondre, que les cheveux se régénèrent dans la repousse, que la poire satisfasse toutes les parties pour qu'on n'en fasse pas un fromage ! Et les coupables, il faut bien leur couper la tête aux coupables, tu ne crois pas ?

- Non ! Je ne veux plus qu'on coupe la tête aux coupables ! Ni qu'on coupe une trajectoire ou qu'on me coupe dans mon élan comme tu es en train de le faire ! Je veux de la longueur Raoul ! Je veux que ma vie soit un éternel printemps, sauvage, fleuri, et qu'on arrête d'intervenir sur la nature des choses ! Parce que si ça continue, l'Homme va se couper lui-même l'herbe sous le pied ! On dirait qu'il est pressé de s'éteindre, c'est quand même dingue !

- C'est dommage... J'avais prévu une nuit d'amour à couper le souffle...

Simone fait la moue, réfléchit, s'énerve sur sa chaise, et lance :

- Bon. La clé est dans le tiroir de la table de jeux, mais je te préviens Raoul, c'est juste pour la nuit, et si tu m'as menti, je te coupe l'électricité.

- Tu ne ferais pas ça.

- Ah tiens ! Et pourquoi ?

- Parce que tu t'éteindrais toute seule...



© Franck Pelé – 2011

Chaud devant !


- Alors là... En trente ans de carrière, je n'avais encore jamais vu ça...

- Moi non plus Monsieur l'agent... Et pourtant, en trente ans de mariage avec Simone, j'en ai vu, vous pouvez me croire...

- Elle a raté sa marche arrière ?

- Même pas.

- Quoi alors ?

- Vous ne me croiriez pas...

- Dans mon métier, on entend l'impossible tous les jours mon cher Raoul !

- Dans mon mariage, l'impossible existe tous les jours Monsieur l'agent...

- C'est bien Simone qui conduisait, n'est-ce pas ?

- Oui. En fait, j'étais au bureau, elle m'a appelé pour me dire que le moteur de la voiture chauffait. Je lui ai dit qu'il fallait absolument qu'elle trouve du liquide de refroidissement sinon le moteur allait fumer.

- Et alors ?

- Elle en a trouvé...



© Franck Pelé – 2011

Jeu de jambes


- Raoul, tu viens jouer ?

- Simone... Tu vas encore me faire perdre tous mes moyens...

- Arrête... je sais que tu as de la ressource.

- J'avoue que dans cet imper, tu me donnes envie de jouer tapis.

- Chiche...

- Bon, Simone, c'est pas le moment là, j'ai mes mots croisés à finir.

- Raoul, ne me dis pas que la paire de jambes que je te propose n'arrive pas à te convaincre de décroiser mes maux !

- Tu as mal aux jambes ?

- Non, mais elles donnent tant de mal de tête à tous ceux qui les regardent... Je comprendrais difficilement que mon doux cruciverbiste, le seul qui ait les cartes pour remporter la mise, préfère passer son tour...

- Ok, j'arrive... Qu'est-ce que tu as ?

- Une paire.

- Tu es bien modeste... Tu bluffes d'entrée ?

- Je ne vais pas dévoiler immédiatement mon jeu...

- Passe l'imper et banque...

- Les jeux sont faits... rien ne va plus...



© Franck Pelé – 2011

Soleil couchant


- Raoul...

- Dis-moi...

- J'ai mal à la vie, j'ai mal à l'humanité toute entière...

- Moi aussi Simone.

- Pourquoi la nature peut-elle frapper si violemment ? Tu y vois un message philosophique ou juste l'implacable réalité des éléments ?

- La nature semble se moquer profondément du cœur ou de la raison de ceux qui l'aiment ou la piétinent. Pourtant quand on regarde la photo de cette vague juste avant qu'elle ne frappe, on ne peut s'empêcher de penser qu'une volonté a donné de l'élan à ce poing.

- Une volonté ? Tu veux dire que que la nature serait douée de raison ? Ou plus encore, que Dieu nous parlerait à travers elle ?

- Je suis agnostique Simone. Je crois en une seule chose. Nous ne sommes pas équipés intellectuellement pour avoir les réponses aux questions essentielles. Ce serait trop facile. La Foi ne serait plus un pari, ni une question de confiance. On n'aurait plus besoin de croire puisqu'il n'y aurait plus de questions. Non, je crains la fin d'un cycle, comme pour les dinosaures. Des vagues comme celles-ci, de plus en plus, jusqu'au poing final...

- Mais qu'est-ce que tu peux être pessimiste quand tu t'y mets mon vieux ! Moi je te dis que c'est une énorme claque qui devait arriver. Je suis comme les japonais, fataliste, et confiante. Regarde comme ils sont dignes, la même chose en France, et c'était la panique du siècle ! Il fallait ce drame pour mettre fin au nucléaire, on va se remettre à la lampe à huile et puis c'est tout !

- Tu sais que si c'est ça, tu pourras dire adieu à toutes tes habitudes, ta clim dans la voiture, ton sèche-cheveux douze vitesses, tes séjours en thalasso high-tech, tes voyages en business avec connection wi-fi, tes séries sur la télé à la demande, la mise en scène lumineuse de notre maison, ton GPS, ta...

- D'accord ! Bon, finalement, c'est juste un accident, rien de plus. Faut pas s'emballer non plus, si ? C'est peut-être pas parce que ça a pété dans une centrale qu'il faille tout remettre en question.

- Simone, tu vois que tu deviens égocentrique sur un problème humanitaire...

- Ah non ! Moi, je ne suis pas comme tous ces voyeurs qui se foutent du drame vécu par tous ces gens, brisés du jour au lendemain ! Je suis consciente, à chaque minute qui passe, du traumatisme des enfants, de toute une génération, de plusieurs même, de l'immense peine de ces gens qui ont tant perdu, et je ne regarde pas ces images comme on regarde une émission de télé. Je les vis ! Je souffre avec eux ! Je me mets à leur place chaque jour un peu plus ! Je suis bien plus concernée que tous ceux qui ne pensent qu'à regarder la météo pour être sûrs qu'il n'y aura pas de retombée radioactive chez eux !

- Tu sais que s'il y a un nuage, il pourrait être chez nous dans dix jours ?

- C'est vrai ? ... mais y sont malades aussi ces mecs de construire des centrales nucléaires sur un pays qui a une telle activité sismique !!! Faut pas qu'ils s'étonnent non plus !

- Simone... Ton empathie...

- Oui. Pardon... Chéri. J'ai envie d'adopter un petit japonais...

- C'est une belle idée.

- Tu as bien fermé les fenêtres de la maison avant de partir ?

Toqué le Raoul


- C'est Raoul avec la toque ?

- Oui...

- Qu'est-ce qu'il fait sur cet engin ?

- Son restaurant vient de perdre une étoile et il a décidé de la récupérer tout seul.

- Mais il a déjà réussi à faire une chose pareille ?

- Il a décroché la lune pour Simone l'année dernière...

- Ah, dans ce cas, respect...

Simone ne manque pas d'air


Simone, à l'intérieur :

- Dis donc Raoul, tu pourrais rouler un peu moins vite s'il te plaît ? J'ai trop d'air dans la chambre !

- Tu trouves pas que tu pousses le bouchon un peu loin là Simone ?

- Bah quoi ? C'est toi qui as dit que l'essence était trop chère et que tu voulais en profiter pour cultiver ta ligne !

- Oui enfin faut pas non plus déconner chérie ! Je ne vais pas adapter ma vitesse en fonction des courants d'air ! Et puis je ne vais pas vite au point de faire bouger ta permanente !

- Ah si ! Je suis sûre que si je mets une bougie à la fenêtre, elle s'éteint.

- Bon, Simone, ça suffit ! Allonge-toi, dors, je te réveillerai quand on sera arrivés !

- Je ne peux pas dormir à cette vitesse !

- Mais je fais du vélo avec une tonne à tracter, t'arrêtes ton cinéma oui ??? Je vais pratiquement aussi vite qu'un coureur à pied !

- Hey dis donc, tu sais ce qu'elle te dit la tonne à tracter ?

- Je parle de la caravane évidemment !

- Bon... Je vais m'allonger...

Après une minute de silence :

- Raoul ?

- Quoi !!!

- Fais gaffe aux radars quand même !

mardi 15 mars 2011

L'empreinte


- Mademoiselle, plus je vous regarde, plus j'ai d'histoires à vous raconter...

- Racontez-moi toutes vos histoires Monsieur... Je prendrai le temps d'écouter chacune d'elles.

- Ce sera long.

- Je veux prendre ce temps.

- Je veux surtout vous raconter celle-ci. Cette histoire que jamais nous ne vivons et que toujours nous attendons. Nous y rêvons sans cesse. Cette histoire qui naît d'une rencontre. Une rencontre qui n'en est pas encore tout à fait une, qui n'en sera jamais complètement une, mais qui laissera une empreinte aussi forte que le désir que l'on s'interdit.

- Est-ce à dire que vous êtes aujourd'hui le fruit de toutes ces empreintes Monsieur ?

- Exactement comme vous en êtes la fleur Mademoiselle.

- Quelle est cette "presque" rencontre dont vous parlez ?

- Vous l'avez vécue mille fois, comme moi, comme tout le monde. Cette rencontre, c'est celle d'une âme, d'un cœur, qui pétillent dans un regard, un sourire, une voix, parfois même une silhouette, une démarche, un parfum. N'avez-vous jamais croisé un homme dont la seule présence dans votre instant n'ait suspendu votre temps à force de charme et de séduction ? Ne vous êtes-vous jamais dit, en voyant cet autre, en ressentant la magie de son âme, l'alchimie de vos fièvres : "Je suis certaine qu'il pourrait être un homme de ma vie" ?

- Oui, ça m'est arrivé, plus d'une fois. Je l'avoue sans peine.

- Vous en étiez certaine, et il vous a filé entre les doigts, comme le temps qui passe, comme tous ces moments de certitude future que l'on croise, et qui, parce qu'on les dépasse et qu'on les laisse derrière soi, deviennent à cette seconde même des fantasmes, des envies déjà fanées, des mystères d'une autre vie.

- Je connais ces rencontres Monsieur. Mais qu'arriverait-il si nous nous arrêtions pour les vivre ?

- Nous deviendrions fous d'amour. Et nous nous lasserions probablement de tuer le mystère, d'éteindre la magie qui aveugle la routine, souvent tapie dans l'ombre de l'exceptionnel.

- Mais l'exceptionnel existe, n'est-ce pas ? Et vous Monsieur, vous est-il arrivé de vous arrêter pour vivre une de ces rencontres ?

- Oui. Une fois. Mais je ne me suis pas vraiment arrêté.

- Que voulez-vous dire ?

- Elle m'a emporté. Dans l'élan de sa beauté. Exceptionnelle beauté. C'était à l'exact moment où j'ai pris votre main. Mademoiselle, je ne veux plus jamais m'arrêter de danser avec vous.

- Monsieur, au moment où vous avez pris ma main, j'ai su que vous sauriez m'aimer comme personne n'a encore osé l'écrire.

- Comment s'appelle cette femme qui me transporte et que jamais je ne laisserai derrière moi ?

- Simone, Monsieur...

Une ombre au tableau


- Qu'est-ce que tu fais Raoul ?

- Je cherche à savoir ce que ça fait quand on n'est plus que l'ombre de soi-même.

- Tu déprimes ?

- Non, mais j'en ai marre qu'elle me suive depuis que je suis né, j'ai décidé de l'affronter. Je suis sûr qu'on a des choses à se dire tous les deux.

- Pas sûre que tu sois son genre...

- Il suffit de s'accorder.

- De s'accorder ?

- En genre et en ombre...

- Bon, quand tu auras fini de défier ton côté obscur, tu me feras signe ? Parce que la pièce va commencer et je préférerais que tu conduises si ça ne t'ennuie pas !

- Vas-y sans moi Simone, je préfère rester dans l'ombre...

- Tu sais Raoul, si tu continues à ne penser qu'à toi, même ton ombre pourrait te quitter !

- Mais je ne pense pas qu'à moi, je fais enfin face à celle qui s'exprime toujours dans mon dos ! J'attends des éclaircissements ! Et puis c'est impossible qu'elle me quitte, elle me suivra toute ma vie, sans l'ombre d'un doute.

- Sauf si tu perdais ton soleil !

- Alors ça c'est petit...

Simone fait tinter les clés, Raoul baisse les bras, souffle, se retourne, et d'un pas résigné avance vers Simone. Il la regarde dans les yeux, et lui dit :

- Tu vois, si le fait que le doute n'ait pas d'ombre le rend aussi puissant qu'une certitude, j'aimerais assez tenter le combat... Tu imagines si j'arrivais à me débarrasser d'elle ?

- Oui, tu serais aussi imbuvable qu'une certitude. Et plus aucun jardin, plus aucun secret, n'auraient l'espoir de trouver un coin de fraîcheur sous l'insupportable et brûlante chaleur du zénith éternel de ta sur-puissance égocentrique !

- Dis donc, toi, quand t'as pas envie de conduire...

La journée de la femme


- Bon, Simone, tu veux bien jouer autre chose là...

- Je fais ce que je veux, c'est la journée de la femme...

- Oui d'accord mais là ça fait cinq heures que tu souffles dans ce truc !

- Et alors ? Toi, tu as tous les autres jours de l'année pour me jouer du pipeau et me faire croire que c'est la journée de l'Homme à chaque fois que tu ouvres la bouche ! Alors tu vois, aujourd'hui, je m'entraîne, et va savoir si demain je ne connaîtrai pas la musique...

Tout est écrit


- Pourquoi tu ne regardes pas le spectacle chéri ?

- Aucun autre spectacle que le tien ne peut me donner autant de frissons...

- C'est adorable... Mais on a payé cher pour voir cette pièce...

- Moi j'ai donné ma vie pour être aux premières loges de ton délice, laisse-moi y goûter encore... Ne t'occupe pas de moi, regarde si tu veux...

- Oh bah oui, c'est pratique tiens... embrasse-moi encore comme tu viens de le faire... ?

- ...........

- Tu as raison finalement chéri... Quand on est bien placé, c'est quand même autre chose... Le spectacle est... différent... On ne rate rien... C'est comme si on faisait partie de ce monde inventé pour notre plaisir, on jurerait presque que tout a été écrit pour nous...

- Va savoir Simone... Peut-être qu'en ce moment même, quelqu'un a écrit qu'il fallait qu'on s'embrasse, et nous, on s'embrasse...

- Sans savoir que tout notre bonheur est écrit...

- Quand je te dis que tout est écrit...

lundi 7 mars 2011

This is the end

Avant de partir libérer Paulette, Steve s'était fait arrêter dans le désert par ce flic. Il avait marché à ses côtés pendant huit heures, jusqu'au poste de police. Bizarrement, le pilote de l'avion, qui les accompagnait, n'était pas menotté alors qu'il avait quand même poursuivi un homme avec son appareil en menaçant de le tuer. Steve avait compris que le flic était corrompu par la mafia. Il l'avait définitivement compris quand, en réponse à ses questions, dans le désert, le pilote lui avait mis une droite sur le nez, couvert par le flic qui faisait mine de ne rien voir. Une fois en garde à vue, Steve décidait de la jouer cool. Son surnom de Mister Cool allait naître au cours de cet épisode.



- Monsieur McQueen, voudriez-vous arrêter de faire le pitre ?

- Monsieur l'agent, pourquoi n'avez-vous pas arrêté le pilote de cet avion ?

- C'est moi qui pose les questions ! Où est le couple qui était avec vous et qui est parti avec ma voiture ?

- Aucune idée

- Comment s'appellent-ils ?

- Aucune idée

- Vous me répondez encore une fois "aucune idée" et je vous envoie dans un camp de prisonniers ! Vous avez une idée de la vie là-bas ?

- Aucune idée



- Je vais m'évader Hendley...

- Comment tu comptes t'y prendre ?

- On a creusé un tunnel à la petite cuillère, on a fini, c'est pour ce soir. Une fois de l'autre côté, je pique une moto, et je me fais la belle.

- De qui tu parles ?

- C'est une expression Hendley...



Le plan se déroule à la perfection. Steve s'évade, pique une moto, et retourne à l'endroit où est encore séquestrée Paulette. C'est là qu'il croise Harrison, à qui il raconte son histoire de dingue. Harrison en a pourtant entendu de belles dans sa vie, mais l'histoire de Steve lui paraît tellement dingue qu'il lui promet de lui ramener un dinosaure en hélicoptère si tout ce qu'il dit est vrai. Steve lui propose de l'accompagner pour délivrer la sœur de Simone. Ford accepte. Tous les deux, ils arrivent à pénétrer dans la villa, trompant la vigilance des gardes. Ils ne trouvent pas Paulette. Ils allaient partir quand ils découvrent enfin, dans le cellier, une femme attachée.







- Paulette !!!

La femme fait non de la tête. Steve lui enlève le sparadrap collé sur sa bouche, et elle répond :

- Ah non, moi c'est Annie.


- Qu'est-ce que vous faites là ? On vous retient prisonnière vous aussi ?

- Ah pas du tout, on joue à un jeu avec les gars. Ils sont partis chercher du miel, et ensuite ils vont découper mes vêtements et...

- Où est Paulette ???

- Dans la pièce du fond, après le bureau. Elle est beaucoup mieux attachée. Elle bougeait beaucoup. Mais dépêchez-vous, les gars ne vont pas tarder à revenir. Ils sont en train de se maquiller.

- C'est une vraie maison de fous ici !

Steve et Harrison foncent vers la pièce du fond. Paulette est là, attachée en mille points par une corde tellement tendue qu'elle ne peut plus bouger un cil.



- Paulette !

Ils la libèrent.

- J'ai cru que vous ne viendriez jamais ! Où est Simone ? Et Raoul ? Quelqu'un a-t-il prévenu mon mari ? Où est-il ? Où est Charles ?

- Simone et Raoul nous attendent sur un parking, dans le Nevada. On sort, et on fonce les rejoindre. Charles n'est encore au courant de rien, on n'a pas voulu l'inquiéter.

- Et vous, qui êtes-vous ?

- C'est Harrison, un ami qui a une bonne étoile, il est venu pour nous aider. Et puis il ne croyait pas à mon histoire, alors j'ai voulu lui prouver que je disais vrai...

Ils sortent tous les trois de la villa, courent jusqu'à un taxi, et foncent vers le garage dans lequel sont cachés Simone, Raoul, et l'or, à cent cinquante kilomètres, dans le Nevada voisin. Pendant le voyage, Paulette raconte à Harrison toute l'histoire, et confirme tout ce que Steve lui avait déjà raconté. Harrison les quitte à mi-parcours, il dit à Steve qu'il tiendra sa promesse, ce qui fait sourire Steve, souhaite bonne chance à Paulette, et part rejoindre l'Indiana, où il compte devenir professeur en archéologie. Steve et Paulette arrivent dans le garage, enfin. Le parking est immense, des centaines de voitures sont garées. Après quelques recherches, ils se retrouvent enfin. Simone saute dans les bras de Paulette, Steve tape dans la main de Raoul, qui l'invite à se pencher au-dessus du coffre d'une voiture. Il est blindé d'or...


- Et ben mes cochons... Tout ça pour ton fils ?

- Oui. Mais surtout pour prouver à Simone que je pouvais faire l'impossible pour la mettre à l'abri, et lui offrir une vie en or...

- Tu n'as quand même pas peur Raoul... Piquer l'or de la mafia... Tu sais qu'ils ne vont jamais te lâcher...

- Si je n'avais pas fait ce coup, c'est Simone qui ne m'aurait jamais lâché... Et je peux te dire que la mafia, à coté, c'est "pipi of the cat" !

- Pardon ?

- Du pipi de chat, c'est peanuts quoi ! C'est une expression de chez moi...

A ce moment-là, un bruit de moteur déchire le silence de l'endroit, le bruit vient du ciel. Une scène hallucinante se produit. Raoul hurle :

- Mais qu'est-ce que c'est que ça ???

Steve le rassure, en criant à cause du bruit :

- C'est un ami qui tient ses promesses !

La guerre des étoiles


- Bouge pas !

- Wow... ça va... ça va... doucement...

- Qui es-tu ?

- Steve McQueen

- Bien sûr... Et moi je suis Harrison Ford...

- Mais nan, je te jure, je suis vraiment Steve McQueen !

- Prouve-le...

- Ok, je te raconte ma journée : Je reviens du désert, où Raoul vient de récupérer une partie du butin après avoir été poursuivi par un avion. Le butin, c'est de l'or, que Raoul a piqué à la mafia dans le sous-sol d'une bijouterie maquillée en librairie, pour offrir une vie de rêve à son futur enfant et prouver à Simone son amour en même temps que son investissement paternel. Simone c'est une copine, elle a pris un bain avec moi un soir d'hôtel, et a fait le tour du monde pour me retrouver sur la canonnière, en Asie. J'adore cette femme, on n'a rien fait, mais on prend des bains ensemble, souvent. Bon, on a fait de la mousse et des bulles... Quand on se voit, c'est champagne entre nous, c'est comme ça... Mais l'homme de sa vie, c'est Raoul. Raoul a décroché la lune pour Simone, du coup, j'ai fait pareil pour Faye, ma femme. Elle en a fait un chapeau qui lui va pas mal mais bon... bref. Raoul a fait son coup avec Paulette, la sœur de Simone, qui rêve de se faire refaire son charisme, et que j'ai su convaincre. Mais Simone et Paulette ont été enlevées après le casse, j'ai pu faire évader Simone, mais pas Paulette. On est partis avec des sacs plein d'or, le reste, Raoul était déjà parti avec. On devait le rejoindre dans le désert, mais quelqu'un a dû nous entendre parce que Raoul n'était pas seul sur le bas-côté de la route, enfin de l'autre côté, pas du bon côté quoi... bref.

- Dis donc, tu plaisantes quand tu dis bref ?

- Non, non...

- Continue...

- ...Raoul a planqué l'or dans le coffre d'une voiture, sur le parking d'un grand garage qui fait aussi casse-auto, dans le Nevada, donc le pilote de l'avion n'a rien pu trouver. Le mec s'est finalement posé, il n'avait plus de carburant à force de chasser Raoul qui est assez hallucinant, ce mec court super longtemps ! J'ai mis deux trois baffes au pilote pour lui expliquer qui c'était Raoul, et là, la police est arrivée, sortie de nulle part. Un agent, seul. Il a libéré le pilote, et pendant ce temps, Simone et Raoul ont piqué la voiture de police et sont partis en trombe, en me hurlant qu'on se retrouvait au parking. Du coup, j'ai mis deux trois baffes au flic, histoire de lui expliquer qui c'était Raoul...

- Il avait pas compris la première fois ?

- Et non, il était pas encore arrivé lui !

- Ah ok...

- Forcément, le flic était pas hyper content, donc il m'a menotté et m'a dit qu'il m'emmenait au poste. Problème, il n'avait plus de voiture. On a donc marché pendant huit heures avec le flic et le pilote, puis ils m'ont mis en garde à vue, puis dans un camp de prisonniers à l'ancienne. Là, avec mes potes, on a creusé un tunnel, et je me suis évadé en moto. J'ai pris la direction de la maison où est encore retenue Paulette, et là, j'allais passer par le jardin avant de te croiser...

- T'es complètement barge...

- C'est vrai au mot près !

- Si ce que tu racontes est vrai, je te ramène un dinosaure en hélicoptère...

- Et ben on n'a pas fini de s'amuser mon Gerald !

- Harrison s'il te plaît ! Gerald c'est mon père. Enfin je crois, j'ai toujours eu un doute finalement. Je suis une star, comme toi, alors un peu de respect, j'ai une étoile sur Hollywood Boulevard.

- Ah toi aussi ?

- Oui, et elle brille un peu plus que la tienne d'ailleurs.

- Bon, allez, viens avec moi chercher Paulette, on ne va pas faire la guerre des étoiles en attendant de savoir qui est ton père parce que là, c'est de la science-fiction !

L'amour aux trousses


- Regarde là-bas, Simone ! On dirait Raoul non ?

- Oui, c'est lui, c'est Raoul ! Accélère Steve, il a l'air d'avoir des ennuis !

- Chassé par un avion dans le désert, ça ressemble à des ennuis oui...

- Alors c'est ça un avion de chasse ? Je voyais ça plus racé.

- Quelqu'un a dû nous entendre quand nous avons parlé du lieu du rendez-vous... ou toi... ou Raoul...

- Oui bon bah c'est pas le problème mon vieux, le problème c'est que mon mari a besoin d'aide là.

- Et d'amour ! Parce que le pilote qui essaie de lui faire la raie sur le côté, il a pas l'air aimable ! Tu crois qu'il va s'en sortir tout seul ? Si on y va, on prend le risque de se faire braquer l'or dans le coffre...

- Dis donc l'apollon, t'as pas l'impression d'être un peu gonflé là ? Moi mon or, il est en train de courir dans le désert avec un avion aux fesses, alors on va le chercher, on le fait grimper et on détale !

- J'étais juste persuadé qu'après autant d'années passées ensemble, il s'en sortirait sans problème.

- Pourquoi ?

- Parce qu'il a l'amour aux trousses depuis qu'il te connaît, et qu'il a toujours su en extraire le meilleur...

Le bon côté des choses


L'homme d'en face à Raoul :

- Qu'est-ce que vous faites là ?

- J'allais vous poser la même question... J'ai choisi un endroit où il ne devait y avoir personne, et il y a quelqu'un... Étrange non ?

- Changez de côté.

- Non, je suis du bon côté.

- Pourquoi seriez-vous du bon côté ? Vous êtes juste de l'autre côté de la route, c'est tout...

- Ah non, c'est vous qui êtes de l'autre côté. D'ailleurs, tout à l'heure, j'étais à votre place, de votre côté et...

- ... mais pas à mes côtés...

- Bah non, vous n'étiez pas encore arrivé... je disais donc, j'étais de votre côté, enfin sur le côté de la route où vous êtes actuellement, et je me suis dit que ce n'était pas le bon côté.

- Pourquoi ?

- Parce que si j'arrivais maintenant, et que je vous voyais debout sur un côté, et que je vous demandais où se trouve l'autre côté de la route, vous me répondriez, c'est en face. N'est-ce pas ?

- Et alors ?

- Alors j'en viens et on m'a dit que c'était là.

- Mais qui vous a dit ça ?

- L'homme à côté de vous

- Mais je ne vois que vous !

- Voilà ! Et moi aussi je ne voudrais voir que moi !

- Mais c'est quoi cette embrouille ?

- Tu te fous de moi ? T'es un mafieux c'est ça ? Et t'es au courant pour le rendez-vous ?

- Mais pas du tout, j'attends le bus ! De quel rendez-vous parlez-vous ?

- Au km 137 ? En plein désert ?

- Il va bien en passer un, non ? En tout cas il faudrait, parce que je marche depuis deux heures, et je ne peux plus marcher...

- Pourquoi ?

- J'ai un point de côté...

- Où ça ?

- Là ?

- Changez de côté

- On ne peut pas changer de côté son point de côté !

- Non, changez de côté sur la route, et remontez la route dans l'autre sens, avec un peu de chance, vous allez rééquilibrez votre corps et mettre toutes les chances de votre côté...

- C'est une très bonne idée Monsieur. Merci infiniment.

- Je vous en prie. Il faut toujours voir le bon côté des choses...

Cluedo


- Alors Paulette, où est partie ta sœur ?

- Elle est partie rejoindre Raoul.

- Et où est parti Raoul ?

- Parti rejoindre ton or.

- Et où est mon or ?

- Parti rejoindre ma sœur ! Dis donc, t'es pas terrible en syllogisme Professeur Violet !

- Très bien Mademoiselle Rose... Vous voulez jouez... Vous aimez le Cluedo alors... Ça ne vous dérange pas si je choisis mon arme ?

- Fais ta vie l'ami ! Par contre, un truc... Ne me rate pas. Parce que le Colonel Moutarde à côté du plat épicé que je vais te servir en représailles, c'est Maya l'abeille !

Le syndrome de Stockholm


- Ah quoi tu penses Simone ?

- Au syndrome de Stockholm.

- C'est quoi le syndrome de Stockholm ?

- C'est la propension des otages à tomber sous le charme de leurs geôliers...

- Et alors ?

- Bah alors ça ne doit concerner que les suédoises parce qu'avec les miens, je suis tombée plusieurs fois, mais jamais sous le charme...

La grande évasion


- Cours Simone !

- On va où ?

- Il faut qu'on rejoigne Raoul sur une route perdue dans le désert, à un point précis et à une heure précise. Lui de son côté, il aura trouvé une voiture dont il aura bien garni le coffre...

- Tu parles de l'or ?

- Oui, il en a déjà emporté plein !

- Il aurait pu tout prendre, parce que c'est super lourd ! Et Paulette ?

- On reviendra la chercher, avec notre butin, on trouvera largement de quoi acheter les services d'une pointure.

- Faut qu'il chausse du combien pour qu'il soit bon ?

- C'est une expression Simone...

- Et pourquoi le désert ? Tu ne crains pas le guet-apens ? Et si Raoul s'était fait doubler ?

- Je suis spécialiste du guet-apens, crois-moi, et puis Raoul n'est pas le genre à se faire doubler... si ?

- Bah ça va dépendre de la voiture qu'il va "trouver", mais en général, pour le pousser de la file de gauche, faut attaquer sévère...

- Simone... Tu es...

- Quoi ?

- Rien... Allez, dépêche ! Dépêche !!!

- Je suis à fond Steve ! Dis donc, on pourra s'arrêter dans un motel avant de prendre la route du désert ?

- Simone...

- Mais non, ce n'est pas ce que tu crois, même si je prendrais bien un bain là, tout de suite, mais non, non, c'est juste que ce soir, c'est les Oscars ! Tu n'y vas pas cette année à propos ?

- Si j'étais toi, je changerais de sujet Simone ! Tu as laissé un souvenir sur scène l'année dernière qui a tout emporté sur son passage, y compris mon nom. Surtout mon nom en fait...

- Je suis désolée Steve...

- Pas grave. De toutes façons, je vois bien Jack Lemmon gagner cette année...

- Steve, si Faye et toi vous étiez un Oscar, lequel seriez-vous ?

- Meilleure adaptation. Et pour Raoul et toi ?

- Meilleur montage, meilleurs effets spéciaux et meilleur scénario !

- Il en a de la chance ce Raoul... Allez, cours !!!

Le sens de l'amour


- Steve ! Mais qu'est-ce que tu fais là !

- Chuuuuuuut ! Tu vas nous faire repérer ! Parle doucement...

Simone, chuchotant :

- Comment m'as-tu retrouvée ?

- Raoul m'attendait devant chez vous, il était caché en haut du chêne qu'on voit de ta chambre, il a attendu cinq heures sans bouger.

- Qu'a-t-il attendu ?

- Que les mafieux qui planquaient sur le trottoir d'en face partent se ravitailler.

- Cinq heures ? Il a pas attendu le chêne pour être perché mon Raoul...

- Raoul m'a dit qu'il avait laissé une partie de l'or dans des sacs, dans une petite maison au bord du lac, ça te dit quelque chose ?

- Oui, c'est la maison des gardiens, à l'entrée de la résidence. Mais il faudra passer par derrière, et faire vite.

- Allez, on se bouge !

- C'est marrant que ce soit toi qui m'enlèves la corde au cou...

- J'adore ton sens de l'humour Simone, mais là, on n'a pas le temps ! Et puis tu es enceinte, on ne peut plus faire dans la légèreté insouciante.

- Et alors ? Je connais mes priorités, Raoul est l'amour de ma vie, et même s'il fait de moi un instrument à corde pour m'offrir une symphonie en or majeur, j'ai le droit d'aimer plaire à un autre musicien. A un homme qui sait toujours tirer les ficelles pour que le corps de l'instrument révèle sa beauté à l'état brut. Voilà, toutes les femmes connaissent des hommes qui les rendent plus belles que d'autres, et ce n'est pas pour cela qu'elle trompent leur mari avec. Elles prennent juste le temps d'aimer, de l'intérieur, sans faire de choix. Parce que mon seul choix, le vrai, l'unique, l'évident, c'est Raoul. Tant que nous n'avons pas couché ensemble, on peut jouer avec les mots, les sous-entendus, et même les bien entendus, non ?

- J'adore ton sens de l'amour Simone, mais si tu continues à m'exposer ta philosophie en douze tomes, tes nouveaux amis vont tellement tirer les ficelles que plus aucun son ne sortira de ta bouche !

Le silence est d'or


- Pour la dernière fois, où est Raoul ?

- hummmpf... hummmmmmpf !!!

- Très bien. Demandons à ta sœur... Où est Raoul ? Où est notre or ?

- hummmmmmmpfff !!! mmmmmmmmmpfff !!!

- Ah vous ne voulez pas parler...

Son acolyte, derrière :

- T'es givré ou quoi ? Elles sont bâillonnées ! Il faudrait peut-être que tu les retires pour écouter leur réponse, tu crois pas ?

- Bah voyons ! Pour qu'elles parlent !

- Mais c'est toi qui veux qu'elles parlent !

- Oui, mais je veux qu'elles ME parlent, pas qu'elles SE parlent !

- Et ben tu leur interdis de se parler !

- Parce que tu crois que tu peux empêcher deux sœurs de se parler toi ? Déjà, quand elles n'ont rien à se raconter, elles peuvent tenir une heure, alors imagine aujourd'hui ! Non, non, je ne veux pas les entendre...

- Alors arrête de leur poser des questions !

- Dis donc René, tu commences à me courir sur le haricot là, tu sais ça ?

- Arrête de leur poser des questions je te dis... Et puis réfléchis... Plus elles vont se taire, plus on aura de chances de redevenir riches...

- Ah bon ? Et par quel miracle ?

- Le silence est d'or non ?

- René, fais-moi plaisir, trouve un moyen de les faire parler ou j'en trouve un de te faire taire...

- Je les fais parler de quoi ?

- Je ne sais pas moi... et si tu leur demandais quel était leur chanteur préféré ?

- Ça t'intéresse vraiment ça ?

- René, dégage de cette pièce !

- Bah quoi ?

- Sors !!!!

La corde au cou


- Ce n'est pas la peine de crier Simone. Nous sommes dans un souterrain, personne ne peut vous entendre.

- J'ai appelé un ami il y a peu, vous feriez mieux de me libérer, il n'est pas du genre à discuter.

- Vous parlez de Monsieur McQueen ? Il ne trouvera personne quand il sonnera chez vous.

- Mais ? Comment...

- Vous étiez sur écoute depuis ce matin. On a noté la plaque de la voiture de Miss Dunaway, et une certaine Paulette à fait tomber un ticket de tombola nominatif dans l'entrepôt qui nous appartient et qu'ils ont vidé. Nous sommes donc remontés tout naturellement jusqu'à vous.

- Sur écoute ? Mais c'est la police qui met sur écoute ?

- L'or a cette faculté de séduire les plus grands réseaux, nous avons des amis partout...

- Paulette... On dirait qu'elle a touché le gros lot alors...

- Ne plaisantez pas avec notre argent Simone. Conseil d'ami. Je crois surtout que vous avez gagné le droit de faire connaissance avec nos méthodes, grâce à l'étourderie de votre sœur...

- Faites attention à ce que vous dites sur ma sœur, ou alors gagnez du temps, préparez votre sérénité future, et ôtez-moi le souffle maintenant.

- Vous ôtez le souffle ? Vous n'y pensez pas, une beauté comme vous... Je retiens le mien quand je vous regarde... Non, je vais juste serrer un peu plus la corde, toutes les cinq minutes... La corde au cou, personne ne résiste longtemps...

- T'as raison Gaston, je vais fêter quinze ans de mariage, alors question corde au cou, j'ai une maîtrise mention très bien !

Tout ce qui brille


- Steve ?

- Oui... Simone ? C'est toi ?

- Je sais qu'il est tard, pardonne-moi mais Raoul n'est pas rentré depuis deux jours, et Charles, mon beau-frère vient de m'appeler, il cherche ma sœur partout, elle non plus n'a pas donné signe de vie depuis mardi.

- Quoi ? Mais Faye aussi s'est volatilisée depuis mardi ! Comment était-il avant de partir ? Il t'a dit où il allait ?

- Il était très bien. En fait je venais de lui annoncer une grande nouvelle, et il est parti en me disant qu'il allait me rapporter tout l'or du monde ! Je pensais qu'il plaisantait, et finalement, je me demande si il n'a pas fait une connerie...

- Et Faye est partie avec la voiture et le matos ! C'était quoi la grande nouvelle ?

- Je vais avoir un bébé...

- Un bébé... Simone, il faut qu'on les retrouve. Je passe te prendre et on part à leur recherche !

- Tu crois qu'il leur est arrivé quelque chose ?

- Je ne sais pas, mais pour un enfant de toi, je sais que moi aussi, j'aurais eu envie de t'offrir tout ce qui brille...

Une femme sous influence


Raoul et Paulette sortent par derrière avec un chariot rempli de sacs, eux-mêmes remplis de lingots d'or. Une femme les attend.

Paulette :

- C'est elle la femme de ton ami ?

- Oui

- Mais... tu connais Steve ?

- Je l'ai croisé en Asie. Il avait assez marqué Simone pour m'être redevable de ne pas avoir trop analysé l'empreinte...

- Il est au courant pour l'or des mafieux ?

- Non. Mais il a bien voulu me donner les coordonnées de sa femme. Je lui ai dit que j'avais besoin d'un chauffeur qui connaissait parfaitement Los Angeles et San Francisco pour les faire visiter à ma belle-soeur. J'ai mis Faye dans la confidence de notre coup, elle a accepté immédiatement. Elle semblait très heureuse de savoir Simone enceinte et je pense qu'elle a vu d'un bon œil l'éventualité que le souvenir de son mari s'évanouisse sous les reflets dorés de l'avenir que je réserve à ma femme.

- Dis donc, elle a pas l'air commode...

- Non, ça, c'est quand elle fait ses yeux de Laura Mars, mais c'est pour maintenir les curieux à l'écart. Parce que Faye, c'est un peu comme Simone, c'est le genre de femme pour laquelle on pourrait décrocher la lune...

Pour tout l'or du monde


- Paulette...

- Quoi...

- Je crois que je vais pleurer...

- J'avoue que ma gorge se noue un peu.

- A part dans mon lit, je n'ai jamais vu autant d'or de ma vie...

- C'est pas Charles qui me dirait un truc pareil.

- Nos vies vont changer Paulette...

- Mais à qui appartiennent tous ces lingots ?

- Officiellement à un banquier respectable, officieusement à des politicards véreux, mafieux et corrompus, de mèche avec ce blanchisseur d'argent sale.

- On va avoir la mafia sur le dos ?

- On va surtout avoir le cœur sur la main. Et on va mettre notre descendance à l'abri pour longtemps.

- Ah ça y est ? Vous y pensez ?

- On y pense oui, on y pense...

- Simone va être aux anges !

- Tu ne dis absolument rien à Simone pour l'instant, et ce jusqu'à nouvel ordre. Promis ?

- Promis...

Masques


- Ok. A mon signal, tu te jettes par terre, et tu hurles.

- Mais pourquoi moi Raoul ?

- Paulette... Tu te plains depuis des années de ne pas avoir de charisme, tu as toujours envié celui de ta sœur, c'est le moment où jamais de montrer ce que tu as dans le ventre...

- Mais ça n'a rien à voir avec le ventre, je dis simplement que Simone a bien plus de charisme que moi parce qu'elle a plus de poitrine !

- Oui, et bien avec la part que je te réserve, tu pourras faire pâlir de jalousie toutes les actrices de Russ Meyer...

- Il y a tant que ça dans ce coffre ?

- Plus que tu n'as jamais imaginé...

- Qui t'a donné ce plan ?

- Un ami.

- Et comment va-t-on s'enfuir ?

- Sa femme nous attend dehors. Elle est armée. Et elle conduit comme personne.

- Tout ça ne me dit toujours pas pourquoi moi...

- Parce que tu es la dernière personne à laquelle Simone pensera ! Et la dernière qu'on interrogera. Et si on essaie de la faire parler, elle ne pourra donc pas donner ton nom.

- Si on essaie de la faire parler ? Mais Simone, c'est pour la faire taire qu'il faut la menacer !

- Elle ne dira rien. Elle a changé ces derniers temps. Elle a... arrondi ses angles.

- C'est pas trop tôt... Et pourquoi tu as choisi ces masques ?

- Parce que les employés vont croire qu'on s'entend comme chien et chat, ils vont miser sur notre manque de solidarité...

- Pffff... n'importe quoi...

- Tu vois que tu es bien plus fine que tu veux bien le croire !

- Raoul, arrête de me prendre pour une conne s'il te plaît.

- Si je te prenais pour une conne Paulette, tu ne serais pas là.

- Tu veux dire que c'est parce que tu m'estimes que tu me fais prendre le risque de finir ma vie au trou en m'affublant de ce masque ridicule avec un casse impossible à réaliser ?

- Paulette, on en reparle dans quelques heures. Puis dans quelques années. Charles sera raide dingue de sa pulpeuse et richissime moitié...

- Tous les mêmes... Il ne pourrait pas m'aimer pour ma beauté intérieure ?

- Dis donc, tu es jalouse de la beauté intérieure de ta sœur ou du volume de sa séduction extérieure ?

- Bon, c'est quoi ton signal...

- Je vais crier "Paulette !!!" et tu te jettes par terre.

- Hein ? Tu vas crier mon nom ?

- Vous avez quand même quelques points communs avec ta sœur...

samedi 19 février 2011

Rebondissement


- Tu fais la tête ?

- Non...

- Simone... Je te connais par cœur...

- Mais non je te jure...

- Pourquoi ai-je l'impression que quelque chose te ronge doucement les nerfs alors ?

- Peut-être mon air sérieux quand je lis ?

- Non, c'est autre chose. Tu n'es pas heureuse ?

- Évidemment que si chéri. Mais je...

- Ah ! Il y a un "mais" !

- Bon... D'accord. Voilà. Je ne sais pas comment on va s'en sortir, on n'a plus d'argent, je n'ai plus de proposition de rôle depuis l'histoire aux Oscars, ton voyage pour me décrocher la lune a été magnifique et on n'a pas fini de le raconter, mais on n'a pas fini de le recompter non plus malheureusement...

- C'est ça qui te met dans cet état ?

- Quoi "ça" ? C'est une bonne raison non ? J'adore l'idée de vivre d'amour et d'eau fraîche mais au bout d'un moment, ça devient tellement chaud que l'eau commence à bouillir et je n'ai ni envie de me brûler ni l'envie de voir notre insouciance s'évaporer !

- On a une bonne étoile chérie, tout va s'arranger. Et puis on a toujours rebondi, non ?

- Peut-être oui... mais toute série a une fin. Et puis la vie propose parfois des cycles un peu plus sages.

- Que veux-tu dire ? Tu n'aimes plus le sel de nos aventures ? La folie de nos imprévus ? L'ivresse du risque ?

- Si. Mais il se trouve que, même si on a toujours rebondi, je ne suis pas encore préparée au rebond qui m'attend.

- C'est à dire ?

- Je suis enceinte Raoul.

- Pardon ?

- Tu vas être papa. Et même si tu me rapportais toutes les lunes de la galaxie, aujourd'hui j'aurais plutôt besoin de tout l'or du monde pour offrir à la pépite que tu as placée en moi le plus confortable des mondes !

Raoul, une larme coulant doucement vers son sourire bouleversé :

- Mon amour... Mon amour !!! C'est extraordinaire ! C'est de la magie pure ! Je suis comme électrisé de partout ! Bon. Je reviens.

- Tu vas où ?

- Si par un hasard hallucinant notre enfant te demande où je vais, dis-lui que je suis parti lui chercher de quoi rassurer sa mère !

Raoul embrasse Simone à pleine bouche, lui passe la main dans les cheveux en la regardant amoureusement dans les yeux, se lève brusquement et part en claquant la porte.

- Raoul !!! Où tu vas ??? Raouuuuul !!!!

Rider on the storm


- Je me demandais si tu voulais bien être mon cavalier pour ce soir ?

- Tu te sens prête Simone ?

- Si je me sens prête ? Raoul, ça fait trois heures que je me prépare avec Paulette, je me sens plus sauvage que la plus sauvage des juments, alors si tu veux tenir mes rênes pour t'essayer au plus torride des rodéos, c'est le soir ou jamais !

- Je veux tenir ma reine... Et elle pourra tout essayer, ruades et cabrioles, je resterai en selle.

- Ne lâche pas la bride chéri, même une seconde, sinon je te ferai sauter des obstacles à une vitesse vertigineuse et il te faudra une sacrée endurance pour aller au bout de la chevauchée qui t'attend...

- J'ai une telle faim de cette ivresse promise qu'il me semble avoir l'estomac dans l'étalon !

Butterfly


- Quel style étrange que cette ceinture ma chérie...

- C'est pour que jamais tu n'oublies tous ces papillons que tu fais danser dans mon ventre...

mercredi 16 février 2011

Café crème


- Tu sais qu'à chaque fois que tu verses le lait dans mon café je pense à nous, Raoul ?

- Ah oui ?

- Oui... parce que tu adoucis mon caractère corsé, parce que tu éclaircis mon horizon, parce que tu sembles inoffensif quand tu entres en moi alors que tu m'as déjà bouleversée en profondeur, parce que tu me mets à bonne température, parce que tu ajoutes de l'écume à ma nuit, parce qu'avec toi je bois la tasse tous les jours avec un plaisir indéfinissable tellement il est divin de se noyer dans tes yeux, parce que notre noir et blanc vaut tous les films en couleur...

- Tu remarques à quel point je reste immaculé quand je me verse en toi ? Même au bout de ma chute ? Même déjà plongé dans tes sombres intentions ? Je suis pourtant déjà en totale communion avec toi mais tu n'as pas de prise immédiate sur ma nature... Pas immédiatement je veux dire. Je reste d'abord blanc, comme une île en milieu hostile, puis, très vite, je me laisse emporter dans ton obscurité parce que je sais que là est ma lumière...

Corps et âmes


- Où sommes-nous Simone ? Je me sens... différent. Comme si, à part la douceur de tes lèvres, je ne sentais plus la matière... Où est le parc ? Nous avons gagné ce concours ?

- Je crois que nous avons tellement défié le temps que nous avons atteint sa nuit. Le concours, nous l'avons fini il y a deux jours, ou mille ans. Nous étions imbattables Raoul, et nous avons suspendu le temps...

- Nous ne sommes plus vivants ?

- Bien sûr que si, mon ventre continue de recevoir les frissons que ta bouche lui offre... Nous sommes vivants Raoul, je crois simplement que le temps a voulu nous présenter nos âmes pour remercier nos corps de s'être si parfaitement épousés...

Le plus long baiser du monde


- Simone, il va bientôt faire nuit tu sais...

- Embrasse-moi encore chéri...

- Avec plaisir mon amour, mais tu sais que ça fait quinze heures qu'on s'embrasse ?

- Si on doit s'embrasser encore huit heures pour gagner le concours du plus long baiser de la Saint Valentin, je suis prête à risquer l'entorse de la langue ! Il reste encore combien de couples ?

- Deux. Sur 357 au départ, c'est plutôt pas mal non ?

- Je ne suis pas là pour la médaille de bronze Raoul !

- L'essentiel est de participer disait Coubertin.

- Oui, bah Coubertin il devait avoir une haleine du siècle dernier pour être aussi peu ambitieux ! Tu ferais mieux de tourner ta langue sept fois dans ma bouche avant de dire des idioties pareilles !

- Et si les deux couples qui restent duraient plus longtemps que nous ?

- Raoul, les bouches des deux couples qui restent cicatriseront ensemble avant qu'elles puissent avoir plus d'endurance que les nôtres ! Et puis on a un avantage indéniable.

- Ah oui ? Lequel ?

- En se rencontrant, et en s'aimant immédiatement, on a épousé l'infini. Notre couple comme notre amour n'a aucune limite Raoul...

- Je t'aime Simone. Comme disait Païkan à Élea : je suis à toi.

- Moi aussi je suis à toi. Embrasse-moi encore, longtemps, ne crains pas l'obscurité, et tu verras, la nuit détend...

Fahrenheit


Dans la chambre de l'hôtel, à droite du loft de Simone et Raoul, un visiteur à une habituée de l'hôtel :

- Dis donc, il fait une chaleur d'un seul coup... Tu ne trouves pas ?

- Ca vient probablement d'à côté... C'est là que vit Simone, une femme brûlante, et quand son mari la rejoint, c'est souvent très chaud.

- Même les murs sont brûlants, c'est dingue !

- Question d'habitude...

Raoul à Simone, dans la voiture :

- Dis donc chérie, tu as bien éteint la bougie sur la table du salon ?

- Mais non, tu m'as dit que tu le faisais !

- Ah ça m'étonnerait, je n'éteins JAMAIS ta flamme ! Question de principe.

- Raoul, si jamais je trouve une tâche de cire sur mon tapis persan, je te promets un retour fumant !

vendredi 11 février 2011

Simone en quarantaine


- C'est qui cette fille qui court sur le quai ?

- C'est Simone, elle court après le train de la trentaine... Elle a eu quarante ans hier.

- A quoi bon essayer de le rattraper alors ? Elle sait bien que ce n'est plus son train. Celui qui arrive est encore plus magique, il emmène dans des endroits encore plus délicieux, il propose des voyages encore plus savoureux, et les fenêtres sont plus grandes, on apprécie mieux le paysage...

- Ah non, elle assume complètement, elle avait d'ailleurs prévu de monter dans celui qui arrive, celui de la quarantaine, mais avec Raoul, ils s'étaient promis de faire un truc de dingue pour leur dernier jour de trentenaire. Ils ont le même âge au jour près ! Et Raoul a braqué une boulangerie avec Simone...

- Ah bon ? Pour quel butin ?

- 212 chouquettes.

- Ah quand même...

- Puis Raoul s'est mis à embrasser toutes les femmes du train de la trentaine, comme ça, par jeu, il voulait embrasser des inconnues.

- Et Simone n'a rien dit ?

- Au début non, elle faisait pareil. Mais comme les inconnues-femmes étaient beaucoup plus appétissantes que les inconnus-hommes, elle a dit à Raoul, allez, ça suffit, on descend. On va rater notre train et il ne repasse pas deux fois.

- Et alors ?

- Raoul a attendu le dernier moment, juste avant que le train ne reparte, et il a balancé la valise de chouquettes loin sur le quai.

- Ne me dis pas que Simone est tombée dans le panneau...

- Si. Un vieux réflexe de gourmande qu'est-ce que tu veux... Elle a couru pour aller chercher la valise, elle l'a ouverte pour vérifier que tout y était, elle en a profité pour en goûter une, puis deux, et quand elle s'est retournée, le train de la trentaine était déjà loin, avec Raoul à l'intérieur...

- Alors lui, il a intérêt à profiter du voyage parce qu'à l'arrivée, il va prendre cher !

- Surtout que c'est un train-couchettes, et parti comme il est, s'il commence à embrasser des inconnues allongées, la nuit va être sucrée...

- Mais alors il ne pourra plus jamais monter dans le train des quadras ?

- Je ne sais pas, peut-être qu'il repassera finalement. Sinon, il est condamné à rester un gamin toute sa vie... Ceci dit, ce n'est pas la première fois que Simone le met en garde !

- Il n'a pas réfléchi Raoul, parce que s'il était monté dans le train de la quarantaine avec une Simone plus gourmande que jamais, à l'apogée de sa beauté et de son expérience, avec un butin fondant à se partager toute la nuit au milieu des câlins, c'était le feu d'artifice dans le train-chouquettes !

Sur la route de Simone


- Raoul, dépêche-toi d'arriver, je brûle de t'attendre...

- Comment tu es habillée là ?

- Tu verras...

- J'ai envie de te déboutonner...

- Tu devras commencer par mes jambes, tu vas adorer...

- Déboutonner tes jambes ? Tu as mis un pantalon ? Mais tu m'avais promis des bas...

- Viens vite. Et tu verras qu'on peut déboutonner des jambes parfaitement voilées en tous points. Et si tu sais relier les points entre eux, tu trouveras le chemin du trésor...

Simone raccrocha, se retourna doucement, et sourit à l'idée d'être découverte par le pirate de sa vie.

A chaque fois que Raoul revenait sur son île, c'était comme si il la découvrait pour la première fois.

Elle souriait encore plus en pensant qu'elle aurait pu, elle-même, ajouter un point sur ses bas à chaque fois que son aventurier aurait trouvé son trésor, en suivant le chemin de ses bas jusqu'en haut...

Ton sur ton


- C'est quand même complètement dingue que tu aies choisi le même tissu pour la déco de ton salon... J'en reviens pas...

- Heureusement que je t'avais dit de mettre quelque chose d'extrêmement original pour notre premier rendez-vous !

- Mais c'est ce que j'ai fait ! Je ne pouvais pas savoir que tu étais extrêmement originale dans tes goûts d'intérieur !

- On qu'une seule chance de faire une première impression Raoul !

- Et bien soit ! Et donc ? Verdict ?

- Si tu te fonds aussi bien dans mon intérieur d'entrée de jeu, je ne peux que penser que tu es l'homme de ma vie mon amour...

- Ma Simone chérie... C'est fou tous ces points communs quand même non ?

Les hommes préfèrent les blondes


- Raoul, viens voir !

- Quoi ?

- Regarde...

- Alors ça y est, ils ont choisi de se montrer au grand jour...

- Tu te souviens quand on les avait surpris dans cette chambre d'hôtel ? Je t'avais dit qu'ils étaient fous amoureux. On ne résiste pas à une force pareille...

- Et Jackie ?

- Elle s'est lancée dans le cinéma. Elle tourne un film avec Montand, "Le Milliardaire", je crois. Mais elle prend beaucoup de médicaments selon la presse. Et elle a déménagé à Dallas, avec un certain Oswald. D'ailleurs son appartement donne sur l'avenue sur laquelle John va parader. C'est fou le destin, elle avait tout, et elle va se retrouver spectatrice du bonheur de son ex-mari. Il faut espérer qu'elle ne craque pas. Ce doit être compliqué d'assister au bonheur des autres quand il se nourrit du tien...

Travaux pratiques


- Raoul...

- Ne dis rien Simone...

- Il ne s'est rien passé. Tu le sais. Rien d'autre que d'avoir vécu ma liberté, dans les limites du raisonnable...

- Je sais Simone. Juste une chose, la prochaine fois, essaie de mettre un maillot si tu peux.

- Mais ? Qu'est-ce qui te fait dire que...

- Simone, je sais à quel point tu sais rendre hommage aux Golden Globes auprès des acteurs américains qui te plaisent, surtout quand tu baignes dans une ambiance cocktail ! Et puis il se trouve que je connais bien la serveuse du jacuzzi où tu as passé un peu de temps...

- Mais tu sais que le seul réalisateur de ma vie, c'est toi. Et si j'accepte certaines scènes un peu dénudées pour séduire certains partenaires, il n'y a que sur ta pellicule sensorielle que j'imprime mon intimité la plus franche.

- Oui, bon, ne me prends pas pour un jambon non plus chérie ! Un bain avec Steve, un jacuzzi avec Steve, la prochaine fois, ce sera quoi ? Une croisière avec Steve ? Le Grand Bleu avec Steve ? Fais gaffe Simone, au bout d'un moment, si tu tires trop sur la ficelle, tu vas te retrouver à poil, et c'est notre couple que tu vas jeter à l'eau.

- Raoul, fais-moi l'amour dans la Seine...

- Quoi ?

- Jette-toi à l'eau chéri... Et moi avec... Allez, mon réalisateur de mes rêves, mets-moi en Seine...

- Qu'est-ce que ce que tu lis là ? Je vois "Travaux pratiques"...

- C'est un ouvrage qui apprend le baiser parfait. C'est pour bien apprendre à tourner longtemps la langue dans le même sens sans perdre le rythme, bien savoir enrouler la danse bucco-musculaire de son partenaire...

- La danse bucco-musculaire ? C'est plus de l'amour, c'est du dentaire !

- Ah tu crois ça ? Embrasse-moi Raoul, je vais te montrer ce que c'est qu'un vrai baiser de cinéma... et ensuite, je te promets l'Oscar du meilleur metteur en Seine... Je vais te rendre fou de plaisir... Tu me diras : "c'est plus de l'amour, c'est du dantesque !"

Savoir porter le chapeau


- Tu me promets que je suis la seule à avoir un chapeau en cette matière, Steve ?

- La seule au monde. Personne sur cette planète n'a un chapeau taillé dans la lune.

- Même pas Simone ?

- ...Faye ... tu ne vas pas recommencer...

- Je sais que son mari a décroché la lune pour elle, et quelques mois à peine après cet exploit, tu m'offres un chapeau taillé dans une matière qu'on ne peut que décrocher là-haut. C'est elle qui t'inspire ? Tu l'as revue ?

- J'étais sur la Canonnière, comment veux-tu que je puisse l'avoir revue ?

- Elle a disparu de la circulation pendant deux mois, elle aurait pu faire le tour du monde pour te retrouver...

- J'avais d'autres choses à faire si tu veux savoir ! J'étais sur le pont tous les matins à six heures moi ! Je n'avais pas le temps de buller ! Faye... c'est vrai que Raoul a décroché la lune pour sa femme, mais moi j'en ai décroché une autre pour la mienne. Simone a des boucles d'oreilles et des bagues serties d'une matière unique, toi, c'est dans ton chapeau que se cache l'exceptionnel.

- Et je ne risque rien en portant cette luxueuse rareté ?

- Je n'ai taillé qu'un bout de lune, je vais aller la remettre à sa place, tu n'auras pas d'ennuis. Si tu devais en avoir en attendant mon retour, dis-leur bien qui je suis.

- Où tu as pris cette lune ?

- En Suisse. Je me rendrai sur la pointe d'un somme alpin pour la remettre dès la semaine prochaine.

- Encore une bonne excuse pour retourner en Europe... J'espère que tu ne grimperas que les Alpes, Steve... Ce n'est pas parce que je porte un chapeau en lune que je suis devenu ton ami Pierrot ! Je suis tout à fait lucide et ma chandelle est loin d'être morte, je vois encore très clair !

- Mais pourquoi faut-il que tu voies le mal et la faute partout, Faye ! Il ne s'est rien passé avec Simone, nous n'avons partagé que bains et bulles ! Je ne connais ni sa maison ni son intérieur !

- Manquerait plus que tu lui refasses sa chambre ! Je te préviens Steve, si la police me demande quoi que ce soit, je raconte tout ! Je n'ai pas envie de porter le chapeau pour toi !

- Et ben... ça donne envie de tutoyer les étoiles pour ravir la sienne...

- Pour l'instant, j'ai l'impression qu'en voulant ravir mon cœur, tu ravis celui d'une autre.

- Ravir au sens "charmer" ou au sens "voler" ?

- Écoute Steve, en ce moment, quoi que tu fasses, je sens son cœur charmé et le mien volé. Alors si tu pouvais, en raccrochant la lune, y laisser aussi tes doutes, tu calmerais les miens et tu pourrais inverser la tendance dans la question du ravissement.

Champagne pour Simone


- Tu vas lui offrir quoi comme bijoux à ta femme ?

- Je vais lui faire un chapeau.

- Un chapeau ?

- Oui, comme ça ce sera original, tu garderas l'exclusivité des bijoux taillés dans la lune, et Faye, elle, elle aura un magnifique chapeau. Je vais d'abord extraire un morceau de ma lune suisse...

- Pourquoi un morceau, tu comptes remettre le reste à sa place ?

- Oui, il faudrait. J'ai entendu à la radio que j'étais déjà recherché par la police suisse, il ne faut pas perdre de temps. Le rythme de vie en Suisse est tranquille, ils n'auront même pas remarqué son absence. Par contre, il faudra que je la remette exactement à sa place, ils ne rigolent pas avec la précision dans ce pays.

- Mais comment tu vas faire ?

- Comme pour la décrocher, je vais passer par les Alpes, et je vais grimper un de ses sommets un jour de ciel bas.

- Joli ! Donc, tu vas extraire un morceau de lune et...

- Oui ! Puis je vais polir ce joli petit bout de lune, puis l'aplatir un peu, et enfin le creuser, au milieu, pour que la tête puisse s'y enfoncer confortablement.

- Elle va adorer.

Simone devient soudainement pensive.

- Qu'est-ce que tu as Simone ?

- Tu sais Steve, je n'ai jamais trompé Raoul, je veux dire accueilli en mon sein un autre que lui, et je n'ai pas envie de commencer aujourd'hui, mais je voulais te dire que cet endroit me met vraiment à l'aise... Je suis bien là.

- Je vois ça. Vous êtes délicieusement gonflée quand même chère amie...

- Tout est naturel cher Monsieur ! Par contre, ça manque un peu de bulles ce jacuzzi non ?

- Remets du Champagne !

Confessions


- Je viens vous voir ma Sœur parce que j'ai péché...

- Vous avez péché quoi ?

- Pardon ?

- Je voulais dire... vous avez péché où ?

- Au-dessus de nos têtes. Dans l'espace.

- Vous vous moquez de moi ?

- Je le jure devant Dieu. J'ai décroché la lune.

- Ne jurez pas malheureux ! Blasphème ! Il est impossible de décrocher la lune, comment pouvez-vous jurer après un tel mensonge ? Et puis Raoul l'a déjà décrochée pour sa femme, ça fait deux mensonges !

- Vous connaissez Raoul ?

- Minute Papillon ! Tout le monde connaît Raoul, et si on rentre dans les Ordres, c'est pour se rapprocher des Miracles. Et ce qu'a fait Raoul pour Simone, en plus d'être un Miracle, a fait un bien fou à la religion. Depuis cet acte d'amour magnifique, les gens croient en l'amour, et puisque Dieu est Amour, ils croient en Dieu, en nous, et ils reviennent nombreux en Sa Maison.

- Excusez-moi ma Sœur mais je vous entends mal avec votre voile.

- Je ne peux pas l'enlever, j'ai une sévère gastro, et je ne voudrais pas contaminer les fidèles. Vous êtes fidèle Steve ?

- Comment connaissez-vous mon prénom ? Et pourquoi me posez-vous cette question ? Pardonnez-moi mais j'ai un sérieux doute sur vos compétences, je peux voir votre supérieur ?

- Maman !!!!

- Mais arrêtez, qu'est-ce qui vous prend ? Qu'est-ce que vous faites ?

- J'appelle la Mère Supérieure. Il se trouve que c'est la mienne.

- La vôtre ? Mais vous n'êtes pas censée faire vœu de chasteté et n'être fidèle qu'à Dieu ?

- Tout dépend du règlement intérieur, moi c'est plus pour l'uniforme que je suis là, comme ma mère. Et puis j'ai connu beaucoup de riches infidèles qui ne croyaient en rien et jamais ne confessaient leurs fautes. J'ai alors voulu rencontrer les pauvres pécheurs, s'ils s'égarent parfois, ils restent fidèles à l'Amour. Racontez-moi cette histoire de lune. C'est un mensonge n'est-ce pas ?

- Non. C'est vrai que Raoul a décroché la lune pour Simone. J'ai connu cette femme, et je ne suis pas étonné qu'on puisse accéder à ce désir de pêche miraculeuse pour la garder. J'ai voulu faire pareil pour garder la mienne, pour séduire Faye à nouveau. Alors, puisque Raoul avait déjà décroché la lune au-dessus de ses terres, j'ai choisi un endroit plus petit qu'un pays, une Principauté, et j'ai choisi de décrocher la lune des monégasques.

- Très argentée je crois comme lune...

- Ah ça... mais très petite par contre, tellement petite qu'elle m'a échappée, et elle est tombée, sur une plage. Alors je me suis rabattu sur la Suisse.

- Argentée aussi...

- Oui, mais plus secrète. Du coup, personne n'a rien vu, et j'ai réussi à la rapporter chez moi pour la tailler et en faire des bijoux pour ma femme. Sauf que maintenant, j'ai des remords. Les Suisses vont désormais s'endormir dans une nuit noire, et je m'en veux.

- T'es vraiment un copieur Steve ! Ah il est fort pour jouer la comédie le marin qui s'engage dans la Marine pour m'oublier ! Il est costaud le petit bonhomme en mousse pour jouer la comédie sur le pont des arts !

- Simone ???

Elle arrache son voile :

- C'est quand même incroyable ! Raoul m'offre un cadeau unique, et toi t'as rien trouvé d'autre que le dévaloriser en faisant la même chose ! Elle s'en fout ta femme d'avoir des bijoux taillés dans la lune ! Elle préfèrerait sans doute que tu arrêtes de t'éclipser sans arrêt ! T'arrêtes pas de hurler "il n'y a que Faye qui m'aille" ! Et bien reste près d'elle au lieu de dire à d'autres qu'elles sont extraordinaires !

- Tu... tu es jalouse ?

- Pas du tout ! Mais la moutarde me monte au nez là tu vois ! Je suis très amère !

- Finalement, je l'aurais aperçue l'amère supérieure...

- Pardon ???

- Non, rien... Bon, tu viens te faire un jacuzzi ?

- Blasphème !!!

- Comme tu voudras...  Au revoir Simone...

- Sœur Simone !

- ......au revoir Simone.....

Il tourne les talons et s'en va vers la sortie de l'Église :

- Steve !

- Oui ?

- Il est où ton jacuzzi... ?

Lune froide


- Vous êtes sûr que c'est la lune ça ?

- Que voulez-vous que ce soit Monsieur Raoul ?

- Je ne sais pas mais ça me paraît bien petit pour être la lune. Et puis je l'ai déjà décrochée une fois, pour ma femme, et je peux vous dire que j'en connais un rayon sur le sujet...

- Et si elle avait rétréci sous le choc de son entrée dans l'atmosphère ?

- Non... Impossible. Elle n'a pas une gueule d'atmosphère...

- Mais alors qu'est-ce que c'est ? Ce sont les dieux qui jouaient aux billes quand subitement l'un d'eux aura abusé de sa force lors d'une pichenette finale ?

- Ne dites pas de bêtise Brigadier...

- Nous sommes si petits...

- Parlez pour vous Brigadier... Écoutez, ce n'est ni une bille divine, ni la lune, c'est un mystère que nous éclaircirons très vite, croyez-moi !

- Si c'est la lune, c'est déjà très clair.

- Mais ce n'est PAS la lune, Poulvard !

- Brigadier s'il vous plaît...

- La lune, je l'ai déjà décrochée, j'en ai fait plusieurs croissants, je l'ai taillée, en mille preuves d'amour !

- Pfffff... Personne ne peut décrocher la lune...

- Pour séduire Simone, je peux faire l'impossible.

- Mais c'est impossiiiiiible de faire l'impossible ! Et puis si vous avez décroché la lune, comment se fait-il qu'on en voit une, toutes les nuits, à sa place ?

- Quelqu'un l'aura remplacée.

- Vous ?

- Vous ne me croiriez pas.

- Et ben voilà, quelqu'un l'a remplacée, l'a mal installée, et elle est tombée ! Ou alors vous vous êtes trompés, vous avez mis votre lune de miel à la place de la vraie lune, et sous l'effet de la chaleur du soleil, elle a fondu, et elle est tombée ! Ou alors... tiens ! Je sais ! C'est la lune française que vous avez décrochée ! C'est pour ça qu'on continue de voir la lune, on voit celle du pays d'à côté ! Vous n'êtes jamais retourné là-bas pour la remettre, ni vous, ni personne ! C'est cela, n'est-ce pas ?

- ...........

- ...voilà, oui, je suis sûr que c'est ça ! Et quelqu'un a voulu vous imiter, il est allé décrocher la lune américaine, et comme elle est beaucoup plus loin, elle est beaucoup plus petite, c'est physique ! Du coup, on tient la lune américaine ! C'est énorme !

Et le brigadier se met à chanter "Fly me to the moon"...

- Dites donc Poulvard...

- Brigadier.

- Brigadier, oui... Vous vous protégez la tête quand vous allez à la plage ?

- Heu... non. Pourquoi ? C'est gentil de vous inquiéter pour moi mais je supporte très bien le soleil.

- Vous oui, mais je pensais à votre intelligence.

- Mon intelligence ?

- Je me demande si elle n'a pas fondu elle aussi. Puis elle est tombée. Ou quelqu'un l'aura mal installée, et elle est tombée.

- Elle est tombée où ?

- Je ne sais pas. Tout en bas de votre corps. Vous ne sentez pas votre pas un peu plus lourd qu'avant ?

- Non...

Et le brigadier de marcher, le long de la plage, pour essayer d'estimer la sensation de son inestimable intelligence, qui serait tombée dans ses fonds plantaires. Il sentait soudain monter en lui la peur panique d'avoir perdu sa tête. Il marchait longtemps, forcément, il en avait sous la semelle maintenant. Et il se disait que c'était ça alors, devenir fou. Puisqu'on dit des fous qu'ils marchent sur la tête.