Simone et Raoul

Simone et Raoul
Avant eux, le couple n'existait pas. (photo Marc Montezin)

mardi 1 décembre 2015

Joyeux noël Raoul !




- T'en as pas marre d'être toujours comme ça ?


- Toujours comme quoi ?


- Mais comme ça là, à toujours vouloir penser à la place des autres, à nier toute responsabilité, toute culpabilité, et puis subitement à être drôle, légère, aimante, et dans l'heure qui suit insupportable, aigrie, acide ! Tu n'étais pas comme ça avant...


- Avant quoi ?


- Tu ne fais que poser des questions ou tu réponds de temps en temps ?


- Non mais avant quoi ?


- Avant que tu ailles chez ton psy là...


- Aaaaaah bah voilà ! Dis les choses Monsieur-j'ai-jamais-de-problèmes-mais-je-fais-rien-pour-que-ça-change !


- Pourquoi je ferais quelque chose pour que ça change si j'ai pas de problème ?


- C'était de l'ironie mais ça, c'est comme l'égoïsme de ta mère, ça te dépasse...


- Ah on parle des mères là ?


- Si tu veux, je suis sûre de gagner.


- Bien sûr... tu sais quoi ? La mère la plus salée du monde on croit que c'est la mer morte mais pas du tout en fait, c'est TA mère toujours pas morte ! De toute façon, même morte elle continuera de saler l'addition de tes pensées à mon endroit...


- Alors déjà c'est pas la mer morte c'est la mer rouge la plus salée.


- Ne me tente pas...


- Ma mère est peut-être salée mais au moins elle dit ce qu'elle pense ! Et elle défend toujours sa fille plutôt que ses amis ! Un vrai sens de la famille quoi ! Du lourd ! Du solide ! Du qui pèse !


- Tu ne m'as toujours pas répondu Simone... Pourquoi tu es devenue comme ça subitement ? Toi qui étais si douce, si tolérante, conciliante comme aucune autre, on dirait que tu es passée de Candy à Tatie Danielle.


- Mais c'est ça ton problème ! Tu me prends encore pour une petite fille alors que j'ai trente cinq ans ! Ça fait quelques lunes que j'ai coupé mes couettes Ginette !


- Tu es bipolaire, j'en suis sûr...


- ...ça m'étonnerait j'ai jamais froid...


- Tu sais ce que c'est bipolaire au moins ?


- Oui je sais ce que c'est bipolaire, c'est l'exagération poussée à l'extrême du moindre de tes raisonnements ! Tu me fais rire Raoul... Tu emploies des mots comme ça, au hasard, tu fais ton Einstein de l'analyse mais t'es juste le Richard Clayderman de la réflexion, tu composes avec ce qui te vient et tu crois que c'est beau, tu souffles sur ta mèche mais tu allumes toutes celles qui doivent rester intactes. En fait c'est toi le bipolaire.


- Et allez, argumentation de compétition, on prend ce qu'on reçoit et on le renvoie sans aucun enrichissement personnel, la tactique des faibles...


- J'ai passé des années à te dire que tu avais raison maintenant c'est l'heure pour moi.


- L'heure de quoi ?


- L'heure d'avoir raison ! C'est mon heure tu comprends ? J'ai raison et je sais que j'ai raison. Même quand tu me dis que j'ai tort.


- Quoique tu dises comme connerie tu auras raison parce que tu as décidé qu'il était l'heure que tu aies raison ?


- Je ne dirai pas de connerie puisque j'aurai raison...


- En fait, quand tu joues à l'ego, tu arrives à construire autre chose que ton propre piédestal ?


- Je rêve... Tu ne penses tellement qu'à toi que même le miroir te fait la gueule !


- Tu vas chez le psy parce que tu es complètement schizo ! Combien vous êtes dans ta tête ? Hein ? Combien ?


- Je ne sais pas combien on est mais on est toutes d'accord sur toi !


- Tu es mauvaise... Tu pourrais tuer le plus grand amour de ta vie juste parce qu'il oserait te contrarier... Toucher à ton orgueil c'est appuyer sur le bouton nucléaire !


- Tu ne me touches plus ! Je n'ai plus besoin de toi pour grandir, je suis au top de moi-même ! Il n'y en a qu'un qui veut que je sois deuxième derrière lui ! Je ne serai jamais ton Poulidor Raoul ! Mets-toi ça dans le crâne ! Je te double ! Je te laisse sur place ! Je me mets en danseuse et je bascule au sommet avec dix minutes d'avances sur toi, encore à pédaler dans la choucroute de tes explications ! Je m'envole ! Le maillot jaune il est pour moi, j'en ai marre de tes balles ! Je laisse sur place le peloton d’exécution !


- Pourquoi tu attends toujours décembre pour me faire ton cinéma là ? Déjà l'année dernière c'était pareil...


- Tu veux que je te dise ? Je pense que ça vient de mon ego. En fait j'ai compté, t'as raison, on est plusieurs dans ma tête. On est douze exactement. Douze ego, douze profils et autant de personnalités, autant de moi lentement mûris...


- Pourquoi douze ?



- Je ne sais pas, c'est comme ça. Et si ça explose en décembre, c'est probablement à cause du treizième moi. Quand on a autant de choses à te dire et que ça sent autant le sapin, dès qu'on déborde d'orgueil on ne peut pas s'empêcher de te faire ta fête...



Franck Pelé - textes déposés - décembre 2015

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