Simone et Raoul

Simone et Raoul
Avant eux, le couple n'existait pas. (photo Marc Montezin)

mardi 30 juin 2015

Les trésors invisibles




- Pourquoi je ne t'ai pas vu... ? Comment ai-je pu ne pas te voir ?

- Tu me permets une métaphore certes un peu prétentieuse mais qui aura l'avantage de tout dire ?

- Un homme qui n'est pas prétentieux est toujours charmant quand il s'abandonne à la vanité... Parce qu'il le fait pour l'autre, pas pour lui.

- Certains diamants brillent moins que d'autres... Mais ils valent tout l'or du monde pour le regard qui sait attraper leur éclat.

- C'est beau... C'est beau mais ça n'arrange pas ma réflexion. Justement, pourquoi je n'ai pas su reconnaître ton éclat ? On a passé des jours ensemble, à travailler ensemble, à déjeuner, à se croiser, à se parler, à fréquenter les mêmes fêtes, les mêmes amis. J'ai toujours immédiatement identifié les hommes qui me plaisaient, j'ai toujours reconnu ceux à qui je plaisais. Et toi... dans ce que mon ignorance de la vie, des gens, des choses, a de plus arrogante, je ne te voyais pas. Parce que tu n'avais pas ces codes qui font qu'on s'allume quand on croise un idéal.

- Mais cet idéal, c'est toi qui l'as façonné non ?

- Oui

- C'est toi qui l'a enfermé dans une case, avec un regard précis, des yeux d'une certaine couleur, une attitude, une coupe de cheveux, une façon de porter une veste ou de faire briller ses chaussures, une carrure émoustillante ou une peau bronzée comme sur les magazines...

- C'est un peu caricatural mais... pas faux.

-  Donc les codes dont tu parles t'empêchaient de déchiffrer ceux que tu laissais de côté... Tu n'avais jamais regardé mes yeux ? Entendu ma voix ?

- Mais non ! Jamais ! C'est ça que je ne comprends pas ! Aucune voix au monde aujourd'hui ne me ferait autant d'effet que la tienne et je n'ai jamais entendu le charme de tout ce qu'elle portait en elle pendant des années... Et tes yeux, ces yeux que j'aime tant, comment ai-je pu ne pas les voir ? Comment les as-tu posés sur moi ? Avec de l'amour ? De l'envie ? Comment tu me regardais ?

- Tu es la plus belle femme du monde Simone, aucune femme ne pourrait atteindre, ni même simplement apercevoir le monde de rêve que tu m'as inventé. Je peux te voir fatiguée, tendue, en colère, en sueur, démaquillée, au réveil, en larmes, je ne vois que celle qui me va comme aucune autre.

- Arrête...

- ...mais je n'ai pas toujours eu ce regard. Je te voyais bien sûr, mais moi non plus je n'avais pas encore vu mon diamant. Je voyais une jolie femme, comme on en croise mille

- Merci ça fait plaisir... (ironique, puis elle sourit)

- ...non mais tu sais ce que je veux dire...

- Oui je sais... Je te cherche un peu... avec amour...

- ...j'adore quand tu me cherches... et encore plus quand tu me trouves... je voyais donc une jolie femme comme on en voit plein, mais tu ne me faisais pas d'effet, probablement parce que je sentais que je ne t'en faisais aucun, ou parce que je n'avais pas confiance en mon pouvoir de séduction, sur toi ou sur une femme comme toi... Tu étais comme un magazine qui s'adresse à d'autres... Une distraction pour l'œil...

- C'est fou quand même... Ces gens qui ne ressentent rien quand ils se croisent, ces âmes persuadées qu'elles sont incompatibles, ces cœurs certains de ne pas être faits l'un pour l'autre alors qu'ils fondraient sur place s'ils s'ouvraient...

- C'est probablement la vengeance de la beauté intérieure sur le diktat de l'image...

- Je sais que tu plaisantes là... Tu fais référence à mon article de la dernière fois ?

- Oui mais c'était très juste finalement... Ceux qui ne font pas l'effort de regarder plus loin que ce qu'un regard propose ne verront jamais les sources bouillonnantes et mystérieuses qui font l'intensité de ce regard.

- Oui... Comme ceux qui n'écoutent pas la voix de quelqu'un parce que son intérêt est relatif en terme de canon de beauté passeront à côté de ces trésors invisibles.

- Ces trésors invisibles... C'est joli ça...

- Elles sont là les choses de la vie, dans les trésors invisibles. C'est ça Raoul, c'est exactement ça. Moi je suis tombé amoureuse de toi le jour où j'ai compris ce qui donnait naissance à tes mots, à tes silences, à tes sourires, à tes doutes. J'ai vu celui à qui je pardonnerai tout, celui que j'aimerai d'une façon inconditionnelle, celui qui sera toujours là après les tempêtes, celui auprès duquel je resterai toujours, après les vents qui écorneront ses pages, et surtout, surtout, quand j'ai vu dans tes yeux que tu avais compris, compris que je t'avais reconnu, j'ai vu un amour que très peu connaîtront, dans une vie ou même dans dix. D'une simplicité absolue. Cette simplicité qui est l'Everest du bonheur, montagne complexe et décourageante...

- Je suis tombé fou amoureux de toi le jour où tu m'as dit "je suis amoureuse". Je ne savais pas encore que c'était de moi, je ne voulais pas y croire. Mais te voir amoureuse c'était d'une beauté... L'émotion que j'ai alors ressentie était extraordinaire, comme si c'était la première à toucher le fond de mon âme, comme si mon âme m'autorisait pour la première fois à en être conscient, touchée elle aussi par tant de grâce... Alors quand j'ai su que j'étais à l'origine de cet état qui te rendait si belle... Déjà, avant toi, je pensais qu'il n'y avait rien de plus beau qu'une femme amoureuse. Et plus encore une femme qui se dit amoureuse, qui le sent, qui le sait. Elle sait qu'elle ne sera plus jamais la même à partir de cette seconde magique. Moi, quand j'écris par exemple, je me sens encore mieux qu'amoureux, je me sens amoureuse, ce doit être la sensibilité féminine qui mieux que personne sait sortir les mots de l'âme...

- Tu es absolument homme... et tu as probablement été délicieusement femme. Enfin là, quand tu me regardes croquer ma pomme, je vois une sensibilité profondément masculine...

- Simone... Si c'est toi qui avais croqué la pomme, je suis sûr que le monde n'en serait pas là...

- Tu étais déjà beau quand tu étais invisible, quand je n'étais pas prête pour toi, ni toi pour moi... mais tu n'as jamais été aussi beau qu'à découvert...

- Si mon banquier t'entendait...

- Il ne sait pas à quel point il est riche de t'avoir... C'est son problème... (elle s'approche pour l'embrasser) Moi je sais...





Franck Pelé - juin 2015 - textes déposés


1 commentaire:

  1. Sans doute mon préféré ��
    C'est juste, époustouflant ...

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