Simone et Raoul

Simone et Raoul
Avant eux, le couple n'existait pas. (photo Marc Montezin)

vendredi 23 janvier 2015

Tout est question d'angle



- Voilà, et là, vous avez les combles, aménagés au printemps dernier... Excuse-moi chérie, je fais visiter !

- C'est votre femme ?

- Oui, pardon de ne pas vous l'avoir présentée de façon plus officielle mais je ne peux pas la déranger quand elle fait ça...

- Elle fait de la danse ?

- Non, là elle montre son épilation maillot à la voisine d'en face.

- Vous plaisantez...

- Ah non non, elles sont très amies et elles ont une excellente vision de loin toutes les deux, alors comme les escaliers sont fatigants, elles échangent directement par la fenêtre.

- Mais comment vous pouvez être sûr que c'est la voisine ?

- Ah bah parce que quand c'est le voisin, elle fait pareil mais toute nue.

- Pardon ?

- Oui, elle pose. Mon voisin est peintre. Il est très fort pour dessiner les lèvres. J'ai d'ailleurs épousé ma femme notamment pour sa bouche. Il est marrant mon voisin, comme il est peintre et qu'il habite dans un immeuble il se dit peintre en bâtiment.

- Vous me charriez...

- Ah mais non ! Vous savez... nous sommes installés ici depuis douze ans, et on a créé des liens très forts avec notre voisinage. Il faudra d'ailleurs que vous respectiez un peu les habitudes de chacun avant d'éventuellement modérer la chose. Enfin si vous voulez modérer... Madame lève la jambe facilement ?

- Ecoutez, merci pour votre visite, nous devons vous laisser parce que les enfants sont dans la voiture.

- Vous ne m'avez pas dit que vous n'aviez pas d'enfants ?

- Heu... oui. Raison de plus, ils n'ont rien à faire là. Je vous rappelle très vite pour vous faire part de notre décision. Au revoir Monsieur. Mes hommages à votre dame.

Quelques minutes plus tard, Raoul remonte dans les combles retrouver Simone :

- Alors eux, je pense qu'on ne va pas les revoir tout de suite...

- Bon je peux baisser la jambe maintenant ? Je vais finir par m'enrhumer en ouvrant autant les angles... écoute Raoul, je ne sais pas pourquoi tu mets cette maison en vente si tu fais tout pour que la vente ne se fasse pas !

- Mais je n'ai jamais voulu vendre cette maison ! En fait, quand je m'ennuie un peu, je rédige une annonce bidon et je m'éclate à imaginer une mise en scène qui va faire fuir les plus naïfs.

- Tu es sûr qu'il était naïf ton type là ?

- Bah, t'as vu comme il a tout gobé ? Comme si il avait la bouche de Lana del Rey ! Pourquoi tu me demandes ça ?

- Alors soit il n'était pas tout à fait convaincu soit il a très envie de voir le talent de mon esthéticienne parce qu'il est en train de discuter avec le voisin d'en face là...

- L'enfoiré de pervers...

- Voilà ! Il va acheter en face avec tes conneries ! Raoul, y'a le voisin qui lui tend des jumelles, qu'est-ce que je fais ??

- Glisse un truc suggestif sous ton maillot ! Vite !

- Quoi ? Mais ça va pas ?

- Tiens, mets ça avec un t-shirt "mariage pour tous" en haut !

- Ah non ! Hors de question que je joue avec la nourriture, question de principe !

- Bon, pousse-toi. Pousse-toi ! Et passe-moi ton chapeau à grands rebords là, ça va me cacher le visage... Il va avoir des surprises le voyeur de ces dames...

- Mais chéri, tu lèves la jambe comme un canard boiteux, il va comprendre immédiatement...

- Va me chercher la jambe de ta mère.

- Mais elle tricote avec Geneviève !

- Et ben justement ! Elle ne va pas avoir soudainement envie de piquer un sprint jusqu'à l'évier pour faire la vaisselle, si ? Ce serait bien la première fois !

- Tu insinues quoi au juste là ? Ma mère est handicapée, elle vient pour se reposer et tricoter des pulls aux enfants !

- Oui enfin elle ne vient pas tricoter que des pulls hein... elle tricote des vannes aussi, et des emmerdes quand elle a le temps !

- Au moins elle dit tout en face, pas comme ta mère qui balance en sous-marin, comme une vieille buse de la guerre froide ! Alors ça, en missiles indétectables elle touche la reine-mère ! Elle tripote même ! Et elle tripote pas que des pulls, elle tripote des vannes, et des emmerdes quand elle a le temps, c'est à dire tout le temps !

- Dis donc Simone... tu lis comme moi sur la pancarte là ?

- Quelle pancarte ?

- Celle que le voisin brandit avec un grand sourire complice... Moi je lis "Tu peux me faire comme hier ?"

- Bon, je vais te chercher la jambe de maman.




Franck Pelé

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