Toutes les femmes du monde en une seule. Simone est une femme française à l'élégance rare, sensuelle et lumineuse, parfois insupportable, très souvent délicieuse. Entrez dans le monde de Simone et Raoul, vous n'en reviendrez pas, c'est le vôtre. Le principe ? Une photo m'inspire et j'invente des textes, des dialogues, librement inspirés de ces photos, trouvées au hasard sur la toile. Bon voyage...
vendredi 27 mai 2011
Sur la route
Je t'ai cherchée partout Simone...
J'ai parcouru le monde, j'ai suivi ton parfum, partout ton élégance, l'empreinte de ta beauté, dans toutes les couleurs, ta présence, dans tous les virages, tes courbes. J'ai suivi le soleil, j'ai cru souvent voir ton ombre, j'ai reconnu ton ciel, j'ai prié tes étoiles. Je sais que je suis juste derrière toi.
Je ne sais pas où tu es, je ne sais pas si tu te retourneras pour m'attendre, pour me retrouver, te retrouver, mais peu importe le chemin choisi finalement, tu seras toujours au bout de ma route. Laisse-moi te remercier ici ma chérie, de m'avoir fait découvrir la beauté du monde, et la magie de cette vie qui le permet. J'ai pris tellement de plaisir à défaire ces lacets pour retrouver ton corsage...
Je sais pourquoi tu es partie. Je suis parti te chercher pour les mêmes raisons. L'amour, l'insatisfaction chronique, et toujours, avec toi, la possibilité d'une île. Au bout de la route, forcément, la mer. Ne te retourne pas Simone, marche, cours, vole, et nous venge ! Au bout de la route, aucune chance pour l'amer.
En attendant, les arbres, les fleurs, les blés, les cailloux, le sable, la terre, et même le vide sont pleins de toi.
Simone, ton monde est sublime...
Je t'aime.
© Franck Pelé – 2011
Toute seule, là-haut, sur la montagne...
Dans la foule, un cri s'échappe :
- Simone, on t'aime !
Simone, sur scène :
- Moi aussi je vous aime...
Puis elle devient un peu plus grave :
- Merci pour votre amour, je m'en nourris, il m'équilibre, il me rassure... Vous savez, je n'ai jamais autant pris le temps de bien m'en imprégner que ce soir. Parce que je sais qu'il ne va pas durer.
- On t'aime Simone !!! Tu ne triches pas, on ne peut arrêter d'aimer une nature aussi belle dans ses fleurs que dans ses racines !
- Oh... Il y a un poète dans la foule... Ce doit être mon mari... C'est toi Raoul ?
Rire général. Simone reprend :
- C'est vrai, je ne triche pas. Mais ça ne vous empêchera pas d'arrêter de m'aimer un jour. Chacun connaît ce sentiment, dans sa carrière comme dans sa vie. Tout est question de mesure... J'ai adoré jouer la comédie, vous émouvoir, chanter pour vous pendant toutes ces années, vraiment. Mais là, je n'ai plus envie. Plus envie de sentir ces regards qui commencent à me dire "bon allez, on te connaît par cœur maintenant, on voudrait voir la petite brune du dimanche" ou encore "Et si cette femme était insupportable finalement ?"
- On est tous comme ça Simone, mais toi, tu es nous tous dans un seul cœur, c'est pour ça qu'on t'aime !
La foule commence à scander "Simone, Simone, Simone !!!"
Simone poursuit, après avoir difficilement obtenu le silence, une larme sur sa joue ayant achevé la dernière mouche qui volait :
- C'est gentil. Mais je ne suis pas quelqu'un qu'on aime finalement. Je suis quelqu'un qu'on n'aime plus. Toute ma vie j'ai croisé des gens qui ont été profondément et, croyaient-ils, définitivement séduits, puis ils m'ont tourné le dos, me reprochant ce pour quoi ils me remerciaient, une fois le temps de la surprise et de la nouveauté passé. Alors voilà, puisque je suis une promesse non tenue, j'assume, et je tire le rideau sur cette scène tant aimée. Certains d'entre vous sont persuadés que j'ai plus besoin de vos regards sur moi que du mien sur vous. Ceux-là me renieront bientôt, même s'ils semblent émus ce soir...
Oui, j'ai besoin de votre lumière, mais je ne suis rien sans l'énergie que je vais chercher dans vos yeux, vos mains, vos mots. Vous ne me voyez jamais vous regarder, vous observer, mais je passe ma vie à ça. Je suis curieuse de vous, je n'ai jamais arrêté de l'être, parce que je vous aime, bien plus que je ne m'aime moi-même probablement, et si mon plaisir d'être aimée est visible, n'en concluez jamais que c'est un plaisir égoïste, c'est tout le contraire. J'aime qu'on m'aime, parce que c'est la preuve que j'existe, parce que c'est la preuve que mon existence est utile, parce que c'est la preuve que tous les espoirs placés en moi depuis l'enfance ont donné quelques fruits. J'aime qu'on m'aime parce que je meurs de ne pas être aimée, de ne pas être comprise, ou pire, d'être mal jugée. Je meurs de n'être pas moi-même dans le miroir de l'autre. Le seul qui m'a renvoyé une image de moi aussi idéale que profondément authentique, je l'ai épousé. Je t'aime Raoul... Voilà. Je décide de partir avec mes idéaux, avec mes espoirs, avec mes certitudes, nées de vos sourires, de vos accolades, de vos lettres. Je reviendrai peut-être un jour, mais ce soir, j'ai senti une force indescriptible. J'ai immédiatement su que jamais je ne ressentirai cette force, cet amour que vous n'avez jamais cessé de me donner. Ce soir, vous m'avez offert mon Everest. Alors pardonnez-moi, mais je reste en-haut. Je ne veux pas redescendre. Je vous aime. Merci.
Dehors, une petite fille regarde cette foule qui sort lentement du Carnegie Hall, comme une procession. Elle demande à son papa :
- Papa, pourquoi ils pleurent tous ces gens ?
- Je ne sais pas ma chérie...
- Ils sont tristes ?
- Pas sûr, les larmes viennent sécher sur des sourires. Ils ont peut-être vu quelque chose de rare. Du bonheur, ou de l'amour...
- C'est rare l'amour ?
- C'est assez rare finalement, oui... Mais toi, tu le trouveras, parce que ton cœur c'est le plus beau du monde...
- Merci Papa... Toi aussi il est beau ton cœur...
© Franck Pelé – 2011
jeudi 19 mai 2011
Simone dans tous ses étages
- Pourquoi ne mets-tu pas tous les livre d'un seul coup, Raoul ?
- Parce que si ça te tombe dessus, la nuit va te sembler longue !
- Tu as peur que je sois assommée par le poids de ta culture ?
- Tu serais surprise par le bruit de l'impact...
- Bon, c'est trop long, je vais prendre les escaliers...
- Simone, je t'interdis de prendre les escaliers, j'ai eu du mal à monter ce système, respecte mon génie !
- Tu m'interdis ? Je n'aime pas les censeurs, je prends les escaliers.
- D'accord mais tu restes dormir...
- Tu as une bonne raison ?
- Laisse-toi aller, prends le censeur, et tu verras à quelle vitesse tu vas monter...
© Franck Pelé – 2011
Le complot
- Pourquoi tu as pris cette affaire Raoul... Tu te rends compte si c'est un complot qui met l'Etat en cause ?
- Ce n'est pas un complot. Dominique est un prédateur, toute la presse le savait depuis des années, mais le respect de la vie privée avait mis cette omerta en place qui le protégeait publiquement.
- Tu ne crois pas à la thèse du complot ?
- Mais non... La thèse du complot, c'est ce qui sort quand les faits sont trop énormes, trop angoissants, quand ils vous mettent en face de vos responsabilités morales. La vérité est beaucoup plus simple. Aussi simple que violente. Il est sorti toison au vent, il a croisé la petite de Harlem, et hop, il s'est dit qu'elle pourrait bien refaire le lit une deuxième fois...
- Quand même, si c'est vrai, on oublie un peu le drame de son sort à cette petite...
- Oui, mais là aussi, attendons un peu. Dans une semaine, on découvrira peut-être qu'ils avaient une liaison depuis un an, et qu'elle a mis ses menaces à exécution parce qu'il ne voulait pas divorcer.
- Ah bon ? Ils se connaissaient ?
- Supposition Simone... Supposition...
- C'est vraiment Dallas cette histoire...
- Oserais-je Sallas ?
- Raoul... Bon, et alors, pourquoi tu prends cette affaire si tu es convaincu de sa culpabilité ?
- Je suis convaincu de son addiction, de ses travers, mais je veux être sûr qu'il n'y a pas autre chose. Voir un destin se briser en direct, voir la chute d'un homme, d'un futur président, c'était vraiment terrible. Je veux être sûr que le coup est parti tout seul, qu'il n'y avait pas un autre tireur, je veux savoir pourquoi il roulait décapoté alors qu'il se savait attendu.
- C'est fou...
- Et je veux savoir pourquoi il a rappelé l'hôtel pour un simple téléphone oublié, alors qu'il était en partance pour son pays d'origine. Pays qui ne prévoit pas d'extradition...
- Il aurait pu tourner dans un Polanski, tranquille... Et maintenant, il est en prison.
- Je suis sûr que cet attentat restera dans l'Histoire. Même l'aéroport sera rebaptisé. L'aéroport DSK.
© Franck Pelé – 2011
Le diable dans le salon
- Une télévision ?
- Oui ma chérie. Avec cet appareil, tu pourras regarder la chaîne nationale, les informations mais aussi des émissions diverses, culturelles, scientifiques, il y aura même du cinéma. Tout sera diffusé en noir et blanc, mais c'est une révolution.
- Mais Raoul, quand veux-tu qu'on regarde tout ça ?
- Je ne sais pas, tu regardes la télévision quand tu veux, la journée, le soir, avant ou après dîner.
- Mais alors on lira moins ? On discutera moins ? Et la radio, on l'écoutera quand la radio ?
- Simone, essaie d'être un peu moderne...
- Moderne ? Je trouve cet appareil dangereux pour la communication, et pour moi, être moderne, c'est ne jamais arrêter d'apprendre, toujours se nourrir de l'autre, être moderne c'est lire, peindre, écrire, ou même...
- ...écouter la radio ?
- Et pourquoi pas ? Tu vois, c'était mieux avant, quand on écoutait la radio, qu'on imaginait tout ce qu'on nous disait, c'est comme un livre qui parle, ça laisse la place à l'imaginaire, et cet appareil va m'empêcher d'imaginer.
- Mais ce sera encore mieux, tu n'auras plus besoin d'imaginer, tu seras la spectatrice d'histoires réelles, d'images réelles, tu verras les vrais visages de ceux que tu imaginais à la radio ! C'est mieux qu'un livre qui parle, là, c'est un livre qui s'ouvre, pour toi toute seule !
- Mais non ! Il s'ouvre pour tout le monde pareil ! Alors que moi, quand je lis, ou quand j'écoute la radio, je me fais mon monde à moi toute seule, personne d'autre que moi n'imagine mon héros ou le journaliste comme je les imagine ! Je veux avoir besoin d'imaginer ! Je me fous de voir des images qui me disent ce que je dois imaginer ! Et puis, tu sais quoi Raoul ?
- Quoi ?
- Quand j'imagine, c'est toujours plein de couleurs...
- Bon, tu veux que je la rende ?
- Je ne sais pas, fais comme tu veux. Mais la direction que prend cette époque ne me plaît absolument pas.
- Arrête Simone... Il faut vivre avec son temps... Dans cinquante ans, on regrettera notre époque. Et tiens, pire, on dira que ce que nous vivrons dans les vingt prochaines années, c'était bien mieux !
- Impossible. On commence déjà à payer la baguette vingt centimes. Comment les gens pourraient regretter une époque où tout serait plus cher, où les gens se parleraient de moins en moins ?
- L'époque dont tu parles, puisqu'ils la regretteront, sera passée. Elle sera donc probablement moins chère pour eux...
- Mais pourquoi on ne s'arrête jamais... Pourquoi les gens veulent perdre du temps avec ces artifices ?
- Mais pour beaucoup, c'est le progrès, et les gens aiment le progrès, ils sont curieux. Alors ils se nourrissent des nouvelles inventions, et ils cultivent leur soif de créer, d'innover... Tiens regarde, les informations ! On va savoir tout ce qui se passe dans le monde !
- On le savait déjà avec les journaux, la radio...
- Oui mais là, on saura tout très vite, et surtout, on pourra voir les images ! L'Australie ! New-York ! L'Afrique ! Il n'y aura plus de mystères, on va enfin découvrir le monde et ceux qui le peuplent !
- C'est bien là le drame Raoul ! Le mystère, c'est le sel de l'imagination, l'épice de la création. Et puis pardon, mais déjà que les faits divers de la région m'angoissent, alors s'il faut que je sois au courant de toutes les tragédies du monde, non merci ! Bon, je vais me coucher, tu viens ?
- Je vais regarder un peu la télé chérie...
- Ah tu l'appelles la télé maintenant ? Vous êtes copains ?
- Simone...
- Dommage, je vais dormir avec ma nuisette en dentelle ce soir, je suis sûre qu'elle aurait cultivé ta soif d'innover...
- Laisse-moi être le témoin de cette fantastique révolution dans la communication. S'il te plaît...
- Mouais... J'ai l'impression qu'elle va prendre beaucoup de place dans la vie des gens ta communication... Méfie-toi qu'elle ne tue pas la vraie, celle qui transmet, qui cultive, qui séduit... Raoul, quand tu auras fini de voir ce qui se passe au Congo, n'oublie pas d'éteindre les lumières !
- D'accord !
- Et fais attention de ne pas laisser s'éteindre la mienne...
- Regarde, c'est un match de football !
© Franck Pelé – 2011
La chute
Sept heures avant le mariage de Kate et William, Simone réveilla la maison en hurlant :
- Qui a pris la traîne de Kate ???
Pippa, encore un peu raidie par le poker-vodka de la veille, lui répond en marmonnant :
- Personne n'a pris la traîne de Kate, Simone...
Simone dormait chez les Middleton depuis trois jours. Grande amie de la mère, elle était venue pour l'aider à préparer la beauté de sa fille en ce jour de gloire. Cela faisait maintenant plus de deux heures qu'elle cherchait la traîne quand soudain, elle poussa un cri à faire exploser tous les tympans du Royaume :
- Aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaa
Pippa :
- Qu'est-ce qui se passe ?
Simone :
- Qu'est-ce que fait la traîne suspendue au fond du jardin ???
- C'est pas la traîne, c'est une chute de lit, ça se voit non ? Tu m'as demandé de la laver et de l'étendre, je trouve que je me suis plutôt pas mal débrouillée, elle n'avait jamais été aussi chute que dans cette position... Regarde ça...
- Pippa... La chute de lit est toujours sur le lit... Je ne peux croire que tu aies fait une chose pareille... Tu as lavé la traîne de ta soeur !!!
- Désolée...
- Quoi ?
- Pardon !!!
- Pardon ? C'est tout ? Et on fait quoi ? Elle y va en bermuda ta sœur au mariage du siècle ? Le monde entier va assister à ce mariage, mais toi, tu t'en fous, tant qu'il y a de la vodka au buffet et que ta robe est assez moulante pour te rapporter 100.000 fans sur ta page facebook, ce sera réussi, et peu importe si il manque des pièces à la robe de Kate ! Ça t'ennuyait tant que ça d'être à la traîne ?
- Oui ! Depuis que je suis née je suis à la traîne derrière ma sœur ! Alors tu ne vas pas me gonfler parce que, pour une fois, je ne vais pas ramasser les miettes !
- Pippa, tu as une heure pour décrocher la traîne, découper un morceau honorable dans sa longueur et le coudre à la robe de ta sœur. Ensuite, tu la suivras jusqu'à l'autel avec ton plus beau sourire, et si tu sais offrir ton élégance la plus soignée, le monde te verra autant que Kate. Non mais tu te rends compte de l'exposition médiatique que tu vas avoir en tenant la traîne de la future Reine d'Angleterre ?
- D'accord... Mais tu es sûr que les gens vont trouver normal que je les suive jusqu'à l'hôtel en tenant la traîne ?
© Franck Pelé – 2011
Réponse divine
Pour tout le monde, il ne faisait aucun doute que Simone était l’Élue. Le doute tentait bien de s'immiscer dans les certitudes de chacun, mais n'était-ce pas là une nouvelle tentative de déstabilisation de la foi ? Il suffisait de croire, et de se laisser porter. Exactement comme l'avait fait Simone, une semaine plus tôt.
Tout le village s'était réuni à l'église, pour la Messe dominicale. Le Père François avait organisé un petit jeu. Il avait demandé à chacun de répondre à la question :
"Dieu existe. Quelques minutes après votre mort, vous vous retrouvez devant Lui. Qu'aimeriez-vous L'entendre vous dire ?"
Chacun avait écrit sa réponse sur un bout de papier qui, après avoir été plié, se retrouvait mélangé aux autres dans le petit panier de la quête. Le Père François déplia chaque papillon, puis se mit à lire les réponses à haute voix. Il en lut plusieurs, avec une certaine décontraction, un sourire venant confirmer qu'il était content de l'impact de son petit jeu sur l'intérêt collectif, quand l'une des réponses fût à l'origine d'un étrange phénomène.
La réponse disait "Bonjour Simone. Asseyez-vous, je vais tout vous expliquer. Vous pourrez ensuite choisir l'âge que vous souhaitez avoir pendant ces trente prochaines années, vous aurez le droit d'en changer neuf fois, pour une semaine, au cours de ces trente ans. Histoire de cultiver votre mémoire physique. Il sera temps, ensuite, de retrouver tous ceux qui vous sont chers, ils vous attendent..."
L'écho de cette réponse dite à voix haute résonnait encore sur les piliers en pierre polie de l'église quand les orgues se mirent à jouer, sans personne aux commandes. Les vitraux scintillaient de mille feux. Ils dansaient ensemble avant de se retrouver dans un seul rai de lumière dont la course s'arrêtait sur la Croix majestueuse. La terre tremblait, le toit de l'église s'ouvrit en deux et une espèce de capsule vint se poser délicatement sur l'autel. Elle avait la taille d'un humain, elle pouvait assurément en contenir un.
Le calme est revenu. Tous les gens qui étaient partis en courant, ou s'étaient agenouillés entre les bancs, les mains sur la tête, s'avancent doucement vers la capsule. Des médecins, des infirmières et des policiers demandent de ne rien toucher. A l'intérieur, on aperçoit une enveloppe blanche sur laquelle est écrit ceci :
"Que celle qui a écrit ces mots s'allonge ici".
Le Père François se retourne vers la foule, là-bas, près de la porte, une belle femme avec un chapeau rouge et noir sort discrètement.
- Simone !
Elle s'arrête. Se retourne.
- Oui mon Père ?
- Vous devez répondre à cette invitation.
- Mais enfin, c'est insensé... Vous vous rendez compte ? Et si ça se passe mal ? Et si je meurs pendant ce voyage ?
- Je crois que ça ne changera rien à la beauté de la destination, elle semble écrite...
- Je peux y aller avec mon chapeau ?
- Je pense qu'il faut y aller en tenue d’Ève, Simone, ça me paraît d'une logique implacable... Cette infirmière va vous anesthésier, vous ne sentirez rien...
- Dis donc Papa Schultz, t'as pas trouvé autre chose pour me mater pendant mon sommeil ? Vous vous y êtes mis à plusieurs pour les effets spéciaux ? Dieu viendra me chercher en Personne, et puis mettre la tenue de celle qui a croqué la pomme et qui nous a enduit notre parcours avec de l'erreur, non merci, je préfère y aller comme je suis !
- Simone... Rien n'a été préparé, aucune intervention humaine ne se cache derrière ce signe miraculeux... Vous devez y aller.
- D'accord. Tous les hommes sortent, seuls les médecins restent, et les infirmières. Et puisque là-haut, je saurai tout, si j'apprends qu'un seul œil à voulu faire son glauque, qu'un seul regard m'a touchée de travers, et pire encore, qu'une seule aube s'est aventurée vers mon crépuscule, la sentence sera terrible ! Et inutile de vous dire que question piston, y'aura du lourd....
Les médecins et les infirmières restèrent sur place, le père François, tremblant dans son aube, ne put décroiser ses doigts, priant pour que chacun trouve son compte dans ce miracle divin. Simone se déshabilla lentement, puis s'allongea, confortablement, dans la capsule. On lui administra une légère anesthésie, puis le père François appuya sur ce gros bouton rouge, à l'extérieur de la capsule. La terre se mit à trembler, le toit s'ouvrit de plus belle, la capsule commença à vibrer, avant de décoller et de disparaître dans un panache de fumée.
Personne n'avait peur de l'issue de cet épisode incroyable. Simone était splendide, tellement belle qu'elle tutoyait le divin. Il est des beautés qui méritent parfois des réponses...
Soudain, Raoul pénétra dans l'église, très essoufflé :
- Vous avez vu cet engin qui vient de décoller ? On aurait dit qu'il partait du village, j'étais à la charcuterie avec ma belle-sœur, ça a fait un bruit du tonnerre !
Les gens se regardent, personne ne répond.
- Qu'est-ce qui se passe ici ?
Il cherche alors sa femme du regard. Il parcourt les rangs, il ne voit que têtes baissées ou regards gênés. Il lance :
- Simone ? Simone ??? Quelqu'un a vu ma femme ?
Le clochard à l'entrée de l'église balance alors sur un ton aussi certain que son haleine sentait le pastis :
- Ta femme elle vient de partir à poil dans une fusée spécialement envoyée par Dieu qui l'a invitée à dîner parce qu'Il a adoré sa réponse au jeu du Père François !
© Franck Pelé – 2011
samedi 7 mai 2011
Vertiges de l'amour
- Aaaaaaaaaaaaaah !!!
- Quoi ? Simone ?? Qu'est-ce qui se passe ??
- J'ai eu une de ces peurs... J'ai fait un cauchemar... J'ai rêvé que je me levais pour aller aux toilettes et je tombais dans le vide...
- Impossible, tu es accrochée avec les mousquetons...
- Peut-être mais tu avoueras que c'est difficile d'avoir un sommeil serein...
- Tu n'as pas bien dormi ? Toi qui rêves de dormir sur la terrasse depuis des années...
- Tu veux bien aller me chercher les croissants ?
- Bien sûr... Bon, allez, on s'habille et on y va, on a encore pas mal à grimper.
- Comme ça ? Sans profiter du matin ? D'habitude le matin, on prend notre temps, et puis moi, pour gravir ma face nord, tu n'as pas besoin de mousquetons, j'offre beaucoup de prises...
- Simone...
- Bon, d'accord... mais je prends ma douche la première...
- Simone, on n'a pas le temps de rigoler, on y va, ensemble, on ne perd pas de temps, on a fait la moitié du chemin, on se bouge maintenant, solidaires ! Un pour tous, tous pour un !
- Un pour tous... On est deux... Il est beau d'Artagnan et ses trois mousquetons...
- Pardon ?
- Rien mon chéri ! Solidaires ! Je te suis ! On te suit tous ! N'hésite pas à faire l'appel de temps en temps quand même, ce serait con qu'on en perde un en route...
© Franck Pelé – 2011
Scène de ménage
- Alors ? Il te plaît ? La vue est superbe...
- C'est étrange, je suis partagée. J'hésite entre l'enthousiasme et l'effroi.
- L'effroi ?
- Tu ne sens pas cette ambiance ? Quand je suis ici, j'ai l'impression de vivre dans un film, dans plusieurs d'ailleurs, et pas que des comédies romantiques...
- Du genre ?
- Du genre "Body Double" de De Palma, "Mulholland Drive" de Lynch ou même "La mort aux trousses" d'Hitchcock. On a l'impression qu'il va se passer quelque chose...
- Ah quand même... Bon, et si on s'achète une petite maison dans la prairie tu n'auras pas peur de la fille de la voisine si c'est une petite peste blonde ?
- Raoul... Si je sens de mauvaises ondes, il faut que je te le dise non ?
- Oui bien sûr mais vu que tu sens TOUJOURS de mauvaises ondes, on n'est pas près de déménager !
- Et puis cette baie vitrée est magnifique... mais tu imagines l'entretien ? C'est toi qui vas passer le glassex ?
- On engagera quelqu'un.
- Une femme évidemment...
- Bah oui, c'est souvent comme ça non ?
- Et pourquoi pas un homme ?
- Parce qu'une femme de ménage ça entre chez toi et ça nettoie ta maison, alors qu'un homme de ménage, ça entre dans ta vie et ça nettoie ta femme !
- N'importe quoi... Bon, d'accord pour la petite maison dans la prairie, mais prends des petites fenêtres parce que je ne ferai pas les carreaux et je n'accepterai aucune femme de ménage chez moi ! Sexiste !
- Je les ferai les carreaux ! On serait bien le premier couple de la ville à avoir un homme de ménage ! Et ne me traite pas de sexiste s'il te plaît, tu sais à quel point je ne le suis pas, tu te fais juste un fantasme énorme et tu es déçue comme une capricieuse de ne pouvoir le vendre comme une requête évidente ! Et si on prend un petit gros moustachu du sud du Mexique, tu prends toujours ?
- ... si on a une belle vue, ce serait dommage de la gâcher alors qu'on peut choisir des gens qui ne font pas tâche dans le décor... non ?
- Voilà ! Merci ! Je vis avec une chaudasse qui veut des chippendales pour qu'ils lui en mettent plein la vue !
- Retire ça tout de suite...
- Quoi ?
- Retire "chaudasse" immédiatement !
- Je retire... mais admets que tes fantasmes t'enferment dans une image assez brûlante...
- Et si la femme de ménage fait la baie vitrée en string, tu vas regarder tes mots croisés ou la virer dans la minute qui suit ?
- Je ne sais pas... C'est rare une femme de ménage comme ça quand même...
- Mais si c'était le cas, tu nous ferais un remake de "La baie et la bête" ! Je te le dis ! Alors arrête un peu avec tes caricatures et ton costard de chevalier blanc !
- C'est vrai qu'il y a de mauvaises ondes ici...
- Allez viens, on s'en va...
© Franck Pelé – 2011
Coup de foudre
- Alors Raoul, vous le branchez votre flash ? Je pose depuis vingt minutes...
- Vous savez ce que je me dis là ? Tout de suite ?
- Non...
- J'ai une chance extraordinaire de vivre votre beauté, et j'ai une pensée pour ceux qui ne la verront qu'en photo.
- Pourquoi dites-vous cela ?
- Parce que même si la photo que je suis en train de faire est magnifique, elle est, et restera en noir et blanc, pour les siècles des siècles, parce que c'est le ton que l'histoire a choisi pour notre époque.
- Et alors ?
- Alors dans toute l'histoire de votre beauté offerte, personne d'autre que moi sur la planète ne sera le témoin de la magie de votre charme dans la vérité de ses couleurs, à l'instant précis où je vais la figer sur du papier brillant...
Un énorme flash illumine soudain Simone. Dans un réflexe inquiet, Raoul recule, sans comprendre puisqu'il n'a rien touché, et demande :
- Qu'est-ce que c'était ?
- Je crois que vous avez flashé sur moi...
Simone et Raoul se regardent alors dans les yeux, longuement, intensément, un sourire exceptionnel les réunit dans un monde où on ne vit qu'à deux.
Un énorme flash illumine soudain Raoul...
© Franck Pelé – 2011
Raoul n'est pas à la traîne
- Pippa Middleton, I love you !
Simone sort de la salle de bains :
- Qu'est-ce que tu racontes Raoul ?
- Heu... non... rien...
- Tu regardes ce truc ?
- J'aime bien les robes...
- Elle est jolie cette brune qui tient la traîne, qui est-ce ?
- La sœur de Kate
- Tu la trouves comment ?
- Mouais. Pas mal...
- C'est marrant. Si ça se trouve, il y a quinze ans, les deux sœurs jouaient à la princesse et se battaient pour savoir qui tiendrait la traîne...
Simone retourne dans la salle de bains. Raoul chuchote :
- Moi, y'a quinze ans, je me serais battu pour soulever ta traîne Pippa...
Simone, de la salle de bains :
- Raoul, arrête de rêver à ce qu'il y a sous les jupes des filles et va mettre la table !
© Franck Pelé – 2011
Une couronne pour Simone
- Qu'est-ce que c'est que ça ???
- C'est mon trophée !
- Mais tu reviens d'où là ?
- Raoul... ça fait dix fois que je t'en parle depuis une semaine... J'étais au congrès annuel des dentistes pour la remise des prix. C'était au Palais des Congrès, y'avait un monde fou...
- Et c'est quoi ce prix ? Tu n'es pas dentiste toi !
- Non, mais j'ai reçu le prix de la plus belle bouche de patiente 2011
- Ah... et bien voilà qui va nous faire une publicité absolument indispensable...
- T'aurais préféré que je gagne dans la catégorie mauvaise haleine ?
- Parce que quelqu'un d'autre l'a emporté ? Mais tu étais ultra favorite !
Simone se mit alors à courir après Raoul en brandissant un vase en cristal. Raoul fonça vers la cuisine en riant à gorge déployée, tout en demandant pardon. Simone lança son vase vers la bouteille d'huile qui attendait qu'on l'utilise pour faire la vinaigrette et fit tomber la bouteille.
Au troisième passage de Raoul dans la cuisine, il glissa sur le carrelage parfaitement huilé et s'envola à l'horizontale pour finir la nez dans les boites à épices qu'il défonça de la tête dans un strike magistral.
Simone retourna Raoul, le mit sur le dos, remonta sa robe d'été et s'assit sur son torse, le souffle court :
- Alors ?
- Ok, j'abandonne... Par contre...
Son regard se perd, et remonte le long des cuisses de sa femme.
- ...tu étais habillée comme ça à la cérémonie ?
- Et alors ? Je m'assieds rarement sur le torse des gens pour les remercier quand ils me remettent un trophée !
- Il y avait un souffleur quand tu es monté sur scène ?
- Heu... oui...
- Et voilà ! Bon bah lui, il a plus soufflé en cinq minutes qu'en cinq ans de carrière !
Simone met alors sa main devant sa bouche et réprime difficilement un cri horrifié.
- Quoi ?
- Il y avait l'orchestre aussi... Et quand je suis montée, je me souviens m'être fait la réflexion que la musique s'emballait, puis je me suis dit que c'était une impression sous le coup de mon émotion...
- Un orchestre suit toujours la baguette de son chef, et elle a dû s'emballer un poil après ton arrivée sur scène !
- Heureusement que Madame Petit-Demange avait un pantalon... L'orchestre n'aurait pas supporté de devoir suivre une baguette sans vie...
- Qui est cette dame ?
- La plus ancienne patiente du Docteur Russon, elle a gagné le prix du meilleur second râle après anesthésie.
- Du meilleur second râle ?
- Oui, Madame Petit-Demange a toujours deux râles avant de s'endormir complètement, comme toutes ses amies retraitées. Un point commun étonnant qui a donné naissance à ce prix.
- C'est la première fois que tu assistes à cette cérémonie ?
- La cérémonie des Molaires ? C'est la troisième fois. Et je compte bien y retourner ! Sauf si le chef d'orchestre m'a filmé avec son portable tout en agitant sa baguette, ce qui m'étonnerait fort ! Non... Je ne vois pas pourquoi quelqu'un aurait la moindre dent contre moi... Bon... Tu m'aides à me relever ?
- Je te rappelle que c'est toi qui es sur moi. Et franchement, j'ai envie que tu restes un peu...
- Même avec mon haleine ?
- Arrête chérie, tu sais très bien que je plaisantais... Aucune femme n'a la fraîcheur de tes baisers, et quand je te regarde comme ça, j'ai envie d'embrasser tous tes sourires pendant des heures...
© Franck Pelé – 2011
Raoul prend des couleurs
- Simone !
- Quoi ?
- Viens voir...
- Ah, on ne doit pas être loin de chez mon coiffeur...
- Pourquoi ?
- Il dit toujours que pour obtenir une bonne couleur, il faut commencer dès la racine...
- Très drôle !
- Arrête de râler un peu Raoul... Tu voulais te balader en forêt pour prendre des couleurs, tu es servi, non ?
- La forêt ? Ah elle a bonne mine la forêt !
© Franck Pelé – 2011
What else ?
Simone boit son café dans un bar, près de Montmartre. Un homme entre, prend place sur un tabouret près du zinc, à côté de Simone, et demande à la serveuse :
- Un expresso mon p'tit s'il vous plaît !
Simone enchaîne :
- On dit un espresso...
- Pardon ?
- Il n'y a pas de X dans espresso. On dit eSpresso, pas eXpresso. Mais bon, vu comment vous parlez à cette jeune fille, vous mettez sans doute des X partout...
- Oh dites donc ça va hein ! On n'a pas élevé les cochons ensemble !
- La plus pitoyable des expressions, LA répartie de ceux qui n'en ont pas. Merci de vous enfoncer pour moi...
- Je ne peux pas l'appeler mon p'tit ?
- Si bien sûr, vous pouvez l'appeler mon p'tit, et vous pouvez aussi lui claquer la fesse gauche quand elle vous aura servi votre café, et vous prendrez son sourire pour une acceptation tacite alors qu'il n'est que le vernis de la peur de perdre son emploi...
- Et allez, ça fait la féministe et ça boit comme un homme au bar ! Retourne chez toi, t'as des banderoles à écrire !
- Ah parce que tu crois qu'une femme ne peut s'asseoir au bar qu'à la condition d'être sur les genoux d'un gros vicelard comme toi ? Si j'étais toi, je finirais mon eXXXpresso fissa et je rentrerais chez moi !
- Et pourquoi donc ?
- Parce que sinon je te fais entrer une banderole par une oreille et la fais ressortir par l'autre, et je vais tellement frotter que ton petit cerveau sera aussi brillant que le cuir de la ceinture de mon Raoul !
- C'est qui Raoul ?
- C'est mon mari, et pendant qu'il te fera goûter les joies de sa ceinture, il t'expliquera à quel point j'adore être sa femme, lui préparer des petits plats, jouer à l'épouse modèle, parce que je sais qu'il me voit comme une femme à part entière, avec un respect qu'il n'a pour aucun homme. Alors moi féministe...
- Ma femme aussi adore me préparer des petits plats !
- C'est ça... allez... retourne engueuler ta bonniche... Elle doit avoir le même sourire que la serveuse quand tu l'appelles mon p'tit mais elle doit rêver secrètement depuis vingt ans de te plonger ta tronche de fasciste de la dentelle dans ce gigot -haricots que tu critiques toujours un peu plus que l'amour avec lequel elle te le prépare ! Pour un connard comme toi, quel gâchis !
- Tu m'as traité de connard là ?
- Y'a pas de haine dans connard ? Ah pardon, j'ai pas fait esprès...
© Franck Pelé – 2011
THX 1138
- Vous êtes Simone ?
- Oui... Qui êtes-vous ?
- Je suis THX 1138.
- Enchantée... Mais... on se connaît ?
- Moi un peu plus que vous... votre sang est le même que celui qui coule dans les veines de mon père.
- Qui est votre père ?
- Alessandro
- Je ne connais pas, vous devez faire erreur.
- Vous ne le connaissez pas encore. C'est le nom de votre arrière-arrière-arrière-pe
- Vous devriez arrêter la vodka mon petit... Allez, laissez-moi tranquille. Bravo pour votre déguisement en tout cas, on s'y croirait !
- Vous vous appelez Simone Dandieu, vous êtes née le 23 septembre 1938, mariée à Raoul Dandieu, né le 10 février 1931. Vous avez une sœur, Paulette, mariée à Charles Jourdain. Vous attendez un enfant, un garçon...
- ... mais on ne connaît pas encore le sexe, vous racontez n'importe quoi ! Et comment savez-vous tout ça ?
- Il s'appellera Maxence.
Simone devient blême.
- C'est le prénom qu'on a choisi avec Raoul si c'était un garçon...
- Il aura deux enfants, dont l'un sera le grand-père de mon père. C'est lui qui m'envoie.
- Pour quoi faire ? D'où venez-vous ?
- De la fin du prochain siècle. Je viens pour vous sauver. Mon père est le dernier de la génération des hommes non modifiés. Votre genre s'est lentement auto-détruit, à coup de surconsommation des ressources naturelles et d'utilisation abusive de produits chimiques, sur fond de spéculation tellement agressive qu'elle a fini par devenir aveugle. Et puis la guerre a eu raison des colombes...
- La guerre ? L'homme a réussi à déclencher une troisième guerre mondiale ?
- Non, elle n'a jamais porté ce nom. Mais dès le début du XXIème siècle, les conflits se sont tellement multipliés qu'il n'y avait plus besoin de nommer officiellement un embrasement mondial. Il n'y a jamais eu de troisième guerre mondiale, mais il y a eu mille guerres civiles.
- Et vous ? Vous êtes... quoi ?
- La robotisation "humanisée" a commencé juste après la période du clonage. Mon père m'a créé pour m'envoyer dans cet espace-temps, le vôtre, et pour y répandre cette triste nouvelle. Si l'Homme ne fait rien, il court tout droit vers le destin le plus noir qu'on lui promet...
Simone prend le robot dans ses bras, une larme difficilement contenue et lui glisse doucement, à son oreille métallique :
- Merci...
- Sauvez vos terres, vos agriculteurs, produisez sain, arrêtez cette consommation inutile, respectez cette incroyable richesse que propose la nature, elle saura vous le rendre.
- THX ?
- Oui ?
- Si je dis à mon fils de faire très attention à tout ça, et que, de mon côté, je continue à acheter de belles voitures, des fringues, à manger au restaurant, à prendre l'avion ou à mettre du parfum hors de prix, ça suffira ? Il aura le temps de sauver le monde ?
- Simone, si je suis là, c'est parce que chaque génération, depuis la vôtre, n'a cessé de transmettre la menace au lieu d'essayer de l'éradiquer en changeant d'attitude...
- Changer d'attitude ? Il est marrant lui ! Dis donc la CX 2 litres 8, tu vas rentrer chez toi, et tu vas leur dire que c'est trop facile de se payer des voyages spatio-temporels pour dire aux autres de se priver ! Alors tu rentres et tu profites de ta chance de faire partie de la première génération qui n'est pas humaine ! Si nous, on n'a pas réussi, peut-être que vous, vous y arriverez ! Parce que moi, je me parfume Môssieur, et je fais du shopping, parce que c'est la vie, et je mange de la viande, et je bois du vin, et je roule vite, et je pars en vacances, et j'ai de la chance d'être née à Saint-Cloud et pas à Dakar, alors j'en profite ! C'est égoïste, c'est injuste, mais la vie est injuste mon vieux ! La Terre est vouée à disparaître, et quand ça arrivera, il y aura forcément des gens pas très contents que ça tombe sur eux. En attendant, il faut prendre du bon temps !
- Et si ton petit-fils ne peut plus respirer un air devenu impur ? Si toute la nourriture est génétiquement modifiée ? Si une centrale nucléaire explose ? Si on n'a plus d'argent pour vivre ? Si la religion jette un voile sur la foi ou le lève sur des a priori ?
- On sera jamais aussi dingues. Allez, mes amitiés à ton papa, j'espère que t'auras pas trop de monde sur la route. Merci d'être venu, c'est toujours agréable d'avoir des nouvelles du futur...
- Bon...
- Ah, attends ! Tu pourrais m'emmener au temps de Marie-Antoinette ? Juste quelques minutes...
- Pourquoi ?
- J'adore comment elle s'habille. Je suis sûre qu'elle me donnera une de ses robes si tu lui dis qu'elle est mon arrière-arrière-arrière-ar
© Franck Pelé – 2011
Réflexions
Dans quelques secondes, Simone ne se verra plus dans le rétroviseur. Parce que face à l'insupportable délice de l'image proposée, certains miroirs ne réfléchissent plus. Ils regardent...
© Franck Pelé – 2011
Blond vénitien
- Bonjour Simone !
- Bonjour Madame Farelli...
- Vous partez ?
- Oui, Raoul m'emmène à Venise pour le week-end.
- Quelle chance !
- Oui... Et puis avec cette voiture, on se sentira comme de vrais vénitiens, c'est très excitant !
- Ah ? Et pourquoi donc ?
- Enfin Madame Farelli... Venise... Vous ne savez pas qu'on l'appelle la cité des Dodge ?
© Franck Pelé – 2011
lundi 11 avril 2011
Quiproquo
- Allô les éditions de l'Avenir ?
- Oui, bonjour Madame.
- Bonjour, Simone à l'appareil. Je voulais savoir sous quelle forme vouliez-vous que je vous envoie mon manuscrit.
- Vous travaillez sous Mac ou PC ?
- Pardon ?
- Vous travaillez avec Word ? Sous Windows Vista ? Quel est votre système d'exploitation ?
- Heu... Remington...
Le deuxième téléphone sonne.
- Excusez-moi j'ai un double appel ! Oui allô ?
- Oui chérie c'est moi... Tu n'oublies pas de passer prendre le fraisier à la boulangerie avant de rentrer ?
- Oui d'accord, je te laisse, je suis en ligne, à tout à l'heure.
- Ça avance ton roman ?
- J'écris depuis ce matin, je t'avoue que je n'ai plus beaucoup de batterie...
- Ok, à ce soir.
Simone reprend son premier correspondant qui lui dit :
- Je vous ai entendue dire que vous n'aviez plus de batterie, vous travaillez en wi-fi ?
- Ah non, je ne supporte pas la musique quand j'écris, pas de hi-fi ni aucun autre bruit satellite.
- Bon... envoyez-moi votre manuscrit par mail, mais envoyez seulement les textes, avec les photos, ce sera trop lourd...
- Parce que 450 pages de texte c'est léger pour vous ? Et si on ajoute trente photos ça devient lourd ? Dites donc, je vous trouve un peu compliqué aux éditions de l'Avenir !
- Et n'oubliez pas de mettre le directeur des rédactions en copie cachée !
- D'accord, je lui mettrai sa copie dans un sac plastique sous ses thuyas, ça vous va comme cachette ? Espèce de malade !
© Franck Pelé – 2011
Longue vue
- Simone, où es-tu ?
- Je suis à la fenêtre, avec la longue vue...
- Et alors ? Tu as trouvé quelque chose de rare à observer ?
- Oui... très rare... une chose magnifique... qui fleurit sans qu'on s'en rende compte, qui parfume les sages d'une essence légère, avant de faner en même temps que naît la conscience de cette richesse perdue...
Raoul rejoint Simone sur le balcon :
- Qu'est-ce que cette chose si dramatiquement belle ?
- Mon enfance Raoul... Je regarde mon enfance...
- On dirait que ton enfance a senti que tu l'observais...
- Non. Elle ne peut pas me voir. Elle sent juste que la femme qu'elle va devenir n'est pas loin...
- Tu pleures Simone ?
- Balance-toi ma chérie... Retourne-toi, et balance-toi... longtemps... le temps n'existe pas... n'arrête jamais de croire que tout est possible, que tout sera beau, et que tu resteras la princesse de ton monde.
© Franck Pelé – 2011
Simone dans tous ses états
- Raoul... je viens de faire un rêve incroyable...
- Tu rêvais que tu étais Louis XIV...
- Mais... Comment tu le sais ???
- Ton corps garde souvent une empreinte de tes rêves les plus forts mon amour...
- Ah bon ? Et qu'est-ce qu'il a de spécial mon corps là ? Je ne porte aucun stigmate, si ?
- Tu rayonnes mon amour... Ma Reine... Vous êtes solaire... Laissez-moi vous faire la cour...
- Bon. Je vais aller me voir dans le miroir.
- Non ! Ne bouge pas ! Si tu bouges, tout aura disparu... Moi seul peux voir le spectacle de ta mégalomanie nocturne.
- Mais qu'est-ce que tu racontes Raoul ??? Je sais très bien qui je suis, j'ai juste rêvé que j'étais Louis XIV, point ! Et je veux savoir comment tu as deviné ! Je ne me prends pour personne d'autre !
- Pourquoi tu te mets dans cet état ?
- L'état, c'est moi !
© Franck Pelé – 2011
mardi 5 avril 2011
L'impossibilité d'une île
Raoul venait de jeter la lettre de Simone à la mer. Il la regardait dériver doucement, en essayant d'oublier ce qu'il venait de lire :
Mon chéri, maman m'a dit qu'elle t'avait emmené jusqu'à cette petite île déserte qu'elle avait acquis pour une bouchée de pain et que tu avais l'air ravi. Elle viendra me chercher demain à l'aéroport, puis nous prendrons le bateau pour te rejoindre. En attendant, j'ai pu t'écrire ce petit mot qu'elle a imprimé pour que tu puisses me lire, sous le soleil, à l'ombre de ton arbre. Veinard... J'espère que l'endroit est idyllique comme elle me l'a dit. Tu connais ma mère, elle exagère toujours un peu, mais une île déserte rien que pour nous, le cadeau est tout de même somptueux, non ? Tu vois qu'elle t'aime bien... A demain mon amour pour des vacances de rêve ! Fais le tour de l'île si tu as le temps, essaie de repérer les endroits les plus magiques, que nous puissions y pétiller ensemble... A demain.
P.S. : Essaie d'être au même endroit que celui où elle t'a laissé, qu'on puisse se retrouver facilement.
Je t'aime
Simone
© Franck Pelé – 2011
Demain, il fera beau...
- Tu viens Simone ?
- Attends, laisse-moi finir, c'est passionnant...
- De quoi ça parle ?
- C'est un livre d'Histoire, qui raconte tout le siècle dernier. C'est fou... Ils ont failli faire exploser le monde avec leur technique. Ils appelaient ça le progrès... Par exemple, le tremblement de terre japonais, il y a 90 ans, tu te souviens ?
- Celui d'avant la guerre ? Avec la catastrophe nucléaire qui a dévasté la moitié du continent ?
- Oui... et bien finalement, c'était bien cette petite centrale qui a transformé le Japon, une partie de la Chine, de la Russie et l'ouest des États-Unis en désert. Et absolument pas le réchauffement climatique.
- Et la guerre, ils nomment les vrais responsables ?
- Pas vraiment. Ils parlent de religion, de mauvaises interprétations, de prétention, d'ingérence... jusqu'à l'élection de Carla Strauss-Kahn, juste après l'assassinat de son mari. A partir du moment où elle a nommé Bernard-Henri Lévy à l'Intérieur, tout est parti en vrille...
- En quelle année ont-ils compris qu'il fallait revenir à des valeurs humbles, naturelles, collectives ?
- En 2077, dix ans après la fin de la guerre, avec la grande convention internationale. Quand on a remis un fil au bout du téléphone, qu'on a interdit les pesticides, la pollution sous toutes ses formes, quand on a baissé les prix et augmenté les ressources, quand on a sauvé les agriculteurs, quand on a relu les livres Saints et qu'on y a trouvé le même amour partout. Quand le respect est revenu, dans les cours d'école, dans les repas de famille, dans le regard des uns sur les autres.
- Quelqu'un de ta famille a connu cette époque ?
- Oui, mon arrière-arrière-grand-mère, elle s'appelait Simone, comme moi. Elle en a beaucoup parlé à ma grand-mère, qui se souvient de tout, et me raconte toute sa vie, depuis que je suis en âge de comprendre. J'aimerais beaucoup lui ressembler. Il paraît que c'est le cas.
- Elle était aussi belle que toi ?
- J'ai vu des photos d'elle à mon âge, elle était d'une beauté incroyable. La plus belle femme de son époque. Raoul, son mari, a participé à la révolution contre l'industrie et le patronat. C'est un peu grâce à lui si nous avons pu retrouver un air pur et un vélo comme ceux-là. Comme ceux qu'on fabriquait en leur temps. Le temps de l'artisanat et de la qualité.
- Simone, plus je te regarde, et plus je me dis que le temps de l'artisanat et de la qualité a de beaux jours devant lui...
- Il faut qu'on y aille, le soleil commence à se coucher.
- Je sais, il a cette lumière amoureuse qui transperce les fins tissus, qui révèle les trésors du quotidien. Simone... si il tire le rideau sur cette journée, j'aimerais ouvrir le tien sur une nuit qui promet, ici, à la belle étoile...
- Belle idée... Faisons corps avec la nature...
- Faisons corps tout court...
© Franck Pelé – 2011
Chercheur d'or
Raoul, chuchotant :
- Simone... viens voir...
- Quoi ?
- Vite... viens...
- Pourquoi tu chuchotes ?
- Regarde...
Simone allait crier quand Raoul lui mit immédiatement la main sur la bouche. Avec ses yeux, elle fit signe qu'elle allait être silencieuse. Elle continua en chuchotant :
- Mais... qu'est-ce que c'est Raoul ? Qui c'est ?
- C'est le héros d'une histoire qui cherche l'inspiration dans celle d'à côté...
- Mais... et son histoire à lui... elle n'a pas été écrite jusqu'au bout ?
- Si, mais comme dans toutes les histoires, quand le héros ne connaît que trop celle dans laquelle il vit, il veut en découvrir d'autres...
- Le problème, c'est qu'il dénature l'œuvre qui l'a fait héros...
- A croire que l'imperfection de l'homme nourrit la perfection de l'art.
© Franck Pelé – 2011
Le lapin maltais
- Simone ? C'est Paulette.
- Tu as une drôle de voix...
- Il m'est arrivé un truc de dingue sur le tournage.
- Quel tournage ? Celui que je t'ai refilé à cause de ma grossesse ? Il a déjà commencé ?
- Oui. On tourne "Le Faucon Maltais" avec Bogart. On tournait la scène où nous dansions ensemble et...
- Tu dansais avec Bogart ?? C'était ça le tournage que j'ai dû refuser ? Attends, je vais m'asseoir là... Raoul, y'm'f'rait Bogart, je lui arracherais sa chemise avec les dents !
- Très drôle... Sauf que là, c'est beaucoup, beaucoup moins drôle.
- Qu'est-ce qui s'est passé ?
- Il ne savait pas que tu avais dû décliner cette proposition de rôle, quand il est arrivé avec son grand sourire carnassier en m'appelant Simone, je n'ai pas pu lui dire qu'il se trompait...
- Oh la boulette...
- Non, on se ressemble quand même pas mal toutes les deux, et puis on dansait dans l'obscurité, donc, tout se passait parfaitement. Il m'a alors pris par la taille, puis il s'est collé contre ma poitrine. Enfin à l'endroit où aurait dû être ma poitrine si la nature avait été aussi généreuse avec moi qu'avec toi...
- Non...
- Si ! Je le sentais s'appuyer, chercher, deux fois, trois fois, puis il a crié "coupez !" et a demandé la lumière.
- Et ?
- Alors il a fixé son regard sur moi, mes yeux, puis mon corps, encore mes yeux et il m'a demandé : "Mais vous n'êtes pas Simone ! Pardonnez-moi mais je ne peux pas danser avec une femme qui n'a pas le charisme de Simone."
- C'est pas vrai... Ma pauvre chérie... Je suis désolée...
- Même là on me parle encore de ton charisme, et parce que je n'ai pas les mêmes arguments mammaires que ma sœur, je ne saurais être une actrice charismatique ? Une femme fatale ? Une perle séduisante ?
- Mais si Paulette, bien sûr que si... Je suis désolée que tout tombe à plat...
- Tu aurais pu choisir une autre formule... En tout cas, ton danseur de ces dames, je ne sais pas s'il est Maltais, mais c'est définitivement un vrai con !
© Franck Pelé – 2011
mardi 29 mars 2011
Soleil trompeur
- C'est incroyable cette vue... Si j'avais su que te chanter "Fly me to the moon" suffirait à ce que tu me prennes au mot...
- Simone, la lune, je te l'avais déjà décrochée. Pour te surprendre encore, il fallait que je t'y emmène.
- Par contre, il fait un peu frisquet là, j'aurais dû te chanter "Mexico"...
- Simone...
- Je plaisante mon chéri... Tu as vu ce volcan ? Que c'est beau quand la terre gronde... Tu crois que c'est dangereux ?
- Non. Quand l'Homme fera gronder la Terre, là, ce sera dangereux.
- Parce que tu crois qu'un jour on serait assez cons pour faire un truc pareil ?
- Imagine qu'on invente des téléphones portables, des ordinateurs, des écrans plats, que tous ces objets, tout comme les profits des entreprises, aient besoin d'une énergie aussi dangereuse que difficilement contrôlable pour prospérer...
- Oui ?
- Et bien je suis certain qu'ils n'hésiteront pas une seconde. Ils choisiront le profit personnel plutôt que la sagesse collective.
- Ils pourraient donc faire exploser la planète en toute conscience ?
- Je ne sais pas. Avant qu'on fasse une bêtise aussi profonde, j'espère qu'il se passera des siècles... Mais ce qui m'inquiète, c'est l'égoïsme aveugle de l'Homme.
- Raoul, si ça arrive, tu me promets qu'on viendra habiter ici ?
- Tu n'auras pas froid ?
- Si ça continue, on aura un nouveau soleil... Et celui-là, on pourra expliquer sa naissance à notre enfant. Enfin, est-ce qu'on pourra d'ailleurs...
- Tu le sens bouger ?
- Oui, il me donne des petits coups... Raoul, je veux qu'il connaisse l'océan, les parfums de la nature, le soleil qui se couche, le nôtre, le plaisir des fleurs, la lumière du petit matin, et tout ce qui fait la vie...
- Moi aussi, chérie...
- Dis... Tu crois que tu pourrais me décrocher la Terre si jamais certains la maltraitent ?
© Franck Pelé – 2011
Ecrin noir pour nuit blanche
- Simone, quand tu remontes tes bas comme ça, je monte en température, une espèce de fièvre espagnole...
- Et si mes dessous étaient rouges, tu taperais du pied dans le sable en fumant des naseaux ?
- Tes dessous sont rouges ?
- Va savoir...
- Dis donc chérie, je me posais une question...
- Oui ?
- Pourquoi vous vous dessinez souvent un trait sur le mollet ?
- Pour laisser à penser à l'œil vagabond...
- Vous voulez nous faire croire que vous portez des bas ?
- Peut-être...
- Mais si nous arrivons jusqu'à vos cuisses, grâce à l'attrait du trait, nous découvrons forcément le pot aux roses ! Et nous comprenons alors la tromperie sur la marchandise...
- Sur l'emballage, Raoul ! Sur l'emballage ! Parce que, grands enfants que vous êtes, vous craquez d'abord sur l'emballage. Systématiquement. Vous êtes ainsi faits, pour découvrir un diamant, il faut que l'écrin vous tape à l'œil.
- Et tu penses vraiment que je vais boire cette théorie ?
- Oui. D'un trait...
- Il y a loin de la coupe aux lèvres.
- Ah oui ? Ce serait quand même dommage d'avoir découvert le pot aux roses et de ne pas venir en cueillir une seule...
© Franck Pelé – 2011
Longueurs et pointes
- Simone !!! Pourquoi tu as cadenassé les ciseaux ?
- Pour que tu arrêtes de me couper la parole !
- Qu'est-ce que c'est que ces conneries ?
- Et pour laisser la liberté flotter sur les longueurs...
- Si tu pouvais m'éclairer là, je serais ravi.
- Je veux de la longueur Raoul ! De la richesse ! J'en ai marre de cette société qui veut tout couper ! Je ne veux plus qu'on me coupe les cheveux ni qu'on me coupe au montage ! Je ne veux plus qu'on coupe court aux rumeurs, qu'on coupe les vivres ou qu'on coupe la poire en deux ! Je suis pour la liberté des gens et des choses !
- Mais si on laissait tout faire, on ne s'en sortirait jamais ! On n'aurait le temps de rien ! Il faut du rythme, de la vie, que chacun ait le temps de répondre, que les cheveux se régénèrent dans la repousse, que la poire satisfasse toutes les parties pour qu'on n'en fasse pas un fromage ! Et les coupables, il faut bien leur couper la tête aux coupables, tu ne crois pas ?
- Non ! Je ne veux plus qu'on coupe la tête aux coupables ! Ni qu'on coupe une trajectoire ou qu'on me coupe dans mon élan comme tu es en train de le faire ! Je veux de la longueur Raoul ! Je veux que ma vie soit un éternel printemps, sauvage, fleuri, et qu'on arrête d'intervenir sur la nature des choses ! Parce que si ça continue, l'Homme va se couper lui-même l'herbe sous le pied ! On dirait qu'il est pressé de s'éteindre, c'est quand même dingue !
- C'est dommage... J'avais prévu une nuit d'amour à couper le souffle...
Simone fait la moue, réfléchit, s'énerve sur sa chaise, et lance :
- Bon. La clé est dans le tiroir de la table de jeux, mais je te préviens Raoul, c'est juste pour la nuit, et si tu m'as menti, je te coupe l'électricité.
- Tu ne ferais pas ça.
- Ah tiens ! Et pourquoi ?
- Parce que tu t'éteindrais toute seule...
© Franck Pelé – 2011
Chaud devant !
- Alors là... En trente ans de carrière, je n'avais encore jamais vu ça...
- Moi non plus Monsieur l'agent... Et pourtant, en trente ans de mariage avec Simone, j'en ai vu, vous pouvez me croire...
- Elle a raté sa marche arrière ?
- Même pas.
- Quoi alors ?
- Vous ne me croiriez pas...
- Dans mon métier, on entend l'impossible tous les jours mon cher Raoul !
- Dans mon mariage, l'impossible existe tous les jours Monsieur l'agent...
- C'est bien Simone qui conduisait, n'est-ce pas ?
- Oui. En fait, j'étais au bureau, elle m'a appelé pour me dire que le moteur de la voiture chauffait. Je lui ai dit qu'il fallait absolument qu'elle trouve du liquide de refroidissement sinon le moteur allait fumer.
- Et alors ?
- Elle en a trouvé...
© Franck Pelé – 2011
Jeu de jambes
- Raoul, tu viens jouer ?
- Simone... Tu vas encore me faire perdre tous mes moyens...
- Arrête... je sais que tu as de la ressource.
- J'avoue que dans cet imper, tu me donnes envie de jouer tapis.
- Chiche...
- Bon, Simone, c'est pas le moment là, j'ai mes mots croisés à finir.
- Raoul, ne me dis pas que la paire de jambes que je te propose n'arrive pas à te convaincre de décroiser mes maux !
- Tu as mal aux jambes ?
- Non, mais elles donnent tant de mal de tête à tous ceux qui les regardent... Je comprendrais difficilement que mon doux cruciverbiste, le seul qui ait les cartes pour remporter la mise, préfère passer son tour...
- Ok, j'arrive... Qu'est-ce que tu as ?
- Une paire.
- Tu es bien modeste... Tu bluffes d'entrée ?
- Je ne vais pas dévoiler immédiatement mon jeu...
- Passe l'imper et banque...
- Les jeux sont faits... rien ne va plus...
© Franck Pelé – 2011
Soleil couchant
- Raoul...
- Dis-moi...
- J'ai mal à la vie, j'ai mal à l'humanité toute entière...
- Moi aussi Simone.
- Pourquoi la nature peut-elle frapper si violemment ? Tu y vois un message philosophique ou juste l'implacable réalité des éléments ?
- La nature semble se moquer profondément du cœur ou de la raison de ceux qui l'aiment ou la piétinent. Pourtant quand on regarde la photo de cette vague juste avant qu'elle ne frappe, on ne peut s'empêcher de penser qu'une volonté a donné de l'élan à ce poing.
- Une volonté ? Tu veux dire que que la nature serait douée de raison ? Ou plus encore, que Dieu nous parlerait à travers elle ?
- Je suis agnostique Simone. Je crois en une seule chose. Nous ne sommes pas équipés intellectuellement pour avoir les réponses aux questions essentielles. Ce serait trop facile. La Foi ne serait plus un pari, ni une question de confiance. On n'aurait plus besoin de croire puisqu'il n'y aurait plus de questions. Non, je crains la fin d'un cycle, comme pour les dinosaures. Des vagues comme celles-ci, de plus en plus, jusqu'au poing final...
- Mais qu'est-ce que tu peux être pessimiste quand tu t'y mets mon vieux ! Moi je te dis que c'est une énorme claque qui devait arriver. Je suis comme les japonais, fataliste, et confiante. Regarde comme ils sont dignes, la même chose en France, et c'était la panique du siècle ! Il fallait ce drame pour mettre fin au nucléaire, on va se remettre à la lampe à huile et puis c'est tout !
- Tu sais que si c'est ça, tu pourras dire adieu à toutes tes habitudes, ta clim dans la voiture, ton sèche-cheveux douze vitesses, tes séjours en thalasso high-tech, tes voyages en business avec connection wi-fi, tes séries sur la télé à la demande, la mise en scène lumineuse de notre maison, ton GPS, ta...
- D'accord ! Bon, finalement, c'est juste un accident, rien de plus. Faut pas s'emballer non plus, si ? C'est peut-être pas parce que ça a pété dans une centrale qu'il faille tout remettre en question.
- Simone, tu vois que tu deviens égocentrique sur un problème humanitaire...
- Ah non ! Moi, je ne suis pas comme tous ces voyeurs qui se foutent du drame vécu par tous ces gens, brisés du jour au lendemain ! Je suis consciente, à chaque minute qui passe, du traumatisme des enfants, de toute une génération, de plusieurs même, de l'immense peine de ces gens qui ont tant perdu, et je ne regarde pas ces images comme on regarde une émission de télé. Je les vis ! Je souffre avec eux ! Je me mets à leur place chaque jour un peu plus ! Je suis bien plus concernée que tous ceux qui ne pensent qu'à regarder la météo pour être sûrs qu'il n'y aura pas de retombée radioactive chez eux !
- Tu sais que s'il y a un nuage, il pourrait être chez nous dans dix jours ?
- C'est vrai ? ... mais y sont malades aussi ces mecs de construire des centrales nucléaires sur un pays qui a une telle activité sismique !!! Faut pas qu'ils s'étonnent non plus !
- Simone... Ton empathie...
- Oui. Pardon... Chéri. J'ai envie d'adopter un petit japonais...
- C'est une belle idée.
- Tu as bien fermé les fenêtres de la maison avant de partir ?
Toqué le Raoul
- C'est Raoul avec la toque ?
- Oui...
- Qu'est-ce qu'il fait sur cet engin ?
- Son restaurant vient de perdre une étoile et il a décidé de la récupérer tout seul.
- Mais il a déjà réussi à faire une chose pareille ?
- Il a décroché la lune pour Simone l'année dernière...
- Ah, dans ce cas, respect...
Simone ne manque pas d'air
Simone, à l'intérieur :
- Dis donc Raoul, tu pourrais rouler un peu moins vite s'il te plaît ? J'ai trop d'air dans la chambre !
- Tu trouves pas que tu pousses le bouchon un peu loin là Simone ?
- Bah quoi ? C'est toi qui as dit que l'essence était trop chère et que tu voulais en profiter pour cultiver ta ligne !
- Oui enfin faut pas non plus déconner chérie ! Je ne vais pas adapter ma vitesse en fonction des courants d'air ! Et puis je ne vais pas vite au point de faire bouger ta permanente !
- Ah si ! Je suis sûre que si je mets une bougie à la fenêtre, elle s'éteint.
- Bon, Simone, ça suffit ! Allonge-toi, dors, je te réveillerai quand on sera arrivés !
- Je ne peux pas dormir à cette vitesse !
- Mais je fais du vélo avec une tonne à tracter, t'arrêtes ton cinéma oui ??? Je vais pratiquement aussi vite qu'un coureur à pied !
- Hey dis donc, tu sais ce qu'elle te dit la tonne à tracter ?
- Je parle de la caravane évidemment !
- Bon... Je vais m'allonger...
Après une minute de silence :
- Raoul ?
- Quoi !!!
- Fais gaffe aux radars quand même !
mardi 15 mars 2011
L'empreinte
- Mademoiselle, plus je vous regarde, plus j'ai d'histoires à vous raconter...
- Racontez-moi toutes vos histoires Monsieur... Je prendrai le temps d'écouter chacune d'elles.
- Ce sera long.
- Je veux prendre ce temps.
- Je veux surtout vous raconter celle-ci. Cette histoire que jamais nous ne vivons et que toujours nous attendons. Nous y rêvons sans cesse. Cette histoire qui naît d'une rencontre. Une rencontre qui n'en est pas encore tout à fait une, qui n'en sera jamais complètement une, mais qui laissera une empreinte aussi forte que le désir que l'on s'interdit.
- Est-ce à dire que vous êtes aujourd'hui le fruit de toutes ces empreintes Monsieur ?
- Exactement comme vous en êtes la fleur Mademoiselle.
- Quelle est cette "presque" rencontre dont vous parlez ?
- Vous l'avez vécue mille fois, comme moi, comme tout le monde. Cette rencontre, c'est celle d'une âme, d'un cœur, qui pétillent dans un regard, un sourire, une voix, parfois même une silhouette, une démarche, un parfum. N'avez-vous jamais croisé un homme dont la seule présence dans votre instant n'ait suspendu votre temps à force de charme et de séduction ? Ne vous êtes-vous jamais dit, en voyant cet autre, en ressentant la magie de son âme, l'alchimie de vos fièvres : "Je suis certaine qu'il pourrait être un homme de ma vie" ?
- Oui, ça m'est arrivé, plus d'une fois. Je l'avoue sans peine.
- Vous en étiez certaine, et il vous a filé entre les doigts, comme le temps qui passe, comme tous ces moments de certitude future que l'on croise, et qui, parce qu'on les dépasse et qu'on les laisse derrière soi, deviennent à cette seconde même des fantasmes, des envies déjà fanées, des mystères d'une autre vie.
- Je connais ces rencontres Monsieur. Mais qu'arriverait-il si nous nous arrêtions pour les vivre ?
- Nous deviendrions fous d'amour. Et nous nous lasserions probablement de tuer le mystère, d'éteindre la magie qui aveugle la routine, souvent tapie dans l'ombre de l'exceptionnel.
- Mais l'exceptionnel existe, n'est-ce pas ? Et vous Monsieur, vous est-il arrivé de vous arrêter pour vivre une de ces rencontres ?
- Oui. Une fois. Mais je ne me suis pas vraiment arrêté.
- Que voulez-vous dire ?
- Elle m'a emporté. Dans l'élan de sa beauté. Exceptionnelle beauté. C'était à l'exact moment où j'ai pris votre main. Mademoiselle, je ne veux plus jamais m'arrêter de danser avec vous.
- Monsieur, au moment où vous avez pris ma main, j'ai su que vous sauriez m'aimer comme personne n'a encore osé l'écrire.
- Comment s'appelle cette femme qui me transporte et que jamais je ne laisserai derrière moi ?
- Simone, Monsieur...
Une ombre au tableau
- Qu'est-ce que tu fais Raoul ?
- Je cherche à savoir ce que ça fait quand on n'est plus que l'ombre de soi-même.
- Tu déprimes ?
- Non, mais j'en ai marre qu'elle me suive depuis que je suis né, j'ai décidé de l'affronter. Je suis sûr qu'on a des choses à se dire tous les deux.
- Pas sûre que tu sois son genre...
- Il suffit de s'accorder.
- De s'accorder ?
- En genre et en ombre...
- Bon, quand tu auras fini de défier ton côté obscur, tu me feras signe ? Parce que la pièce va commencer et je préférerais que tu conduises si ça ne t'ennuie pas !
- Vas-y sans moi Simone, je préfère rester dans l'ombre...
- Tu sais Raoul, si tu continues à ne penser qu'à toi, même ton ombre pourrait te quitter !
- Mais je ne pense pas qu'à moi, je fais enfin face à celle qui s'exprime toujours dans mon dos ! J'attends des éclaircissements ! Et puis c'est impossible qu'elle me quitte, elle me suivra toute ma vie, sans l'ombre d'un doute.
- Sauf si tu perdais ton soleil !
- Alors ça c'est petit...
Simone fait tinter les clés, Raoul baisse les bras, souffle, se retourne, et d'un pas résigné avance vers Simone. Il la regarde dans les yeux, et lui dit :
- Tu vois, si le fait que le doute n'ait pas d'ombre le rend aussi puissant qu'une certitude, j'aimerais assez tenter le combat... Tu imagines si j'arrivais à me débarrasser d'elle ?
- Oui, tu serais aussi imbuvable qu'une certitude. Et plus aucun jardin, plus aucun secret, n'auraient l'espoir de trouver un coin de fraîcheur sous l'insupportable et brûlante chaleur du zénith éternel de ta sur-puissance égocentrique !
- Dis donc, toi, quand t'as pas envie de conduire...
La journée de la femme
- Bon, Simone, tu veux bien jouer autre chose là...
- Je fais ce que je veux, c'est la journée de la femme...
- Oui d'accord mais là ça fait cinq heures que tu souffles dans ce truc !
- Et alors ? Toi, tu as tous les autres jours de l'année pour me jouer du pipeau et me faire croire que c'est la journée de l'Homme à chaque fois que tu ouvres la bouche ! Alors tu vois, aujourd'hui, je m'entraîne, et va savoir si demain je ne connaîtrai pas la musique...
Tout est écrit
- Pourquoi tu ne regardes pas le spectacle chéri ?
- Aucun autre spectacle que le tien ne peut me donner autant de frissons...
- C'est adorable... Mais on a payé cher pour voir cette pièce...
- Moi j'ai donné ma vie pour être aux premières loges de ton délice, laisse-moi y goûter encore... Ne t'occupe pas de moi, regarde si tu veux...
- Oh bah oui, c'est pratique tiens... embrasse-moi encore comme tu viens de le faire... ?
- ...........
- Tu as raison finalement chéri... Quand on est bien placé, c'est quand même autre chose... Le spectacle est... différent... On ne rate rien... C'est comme si on faisait partie de ce monde inventé pour notre plaisir, on jurerait presque que tout a été écrit pour nous...
- Va savoir Simone... Peut-être qu'en ce moment même, quelqu'un a écrit qu'il fallait qu'on s'embrasse, et nous, on s'embrasse...
- Sans savoir que tout notre bonheur est écrit...
- Quand je te dis que tout est écrit...
lundi 7 mars 2011
This is the end
Avant de partir libérer Paulette, Steve s'était fait arrêter dans le désert par ce flic. Il avait marché à ses côtés pendant huit heures, jusqu'au poste de police. Bizarrement, le pilote de l'avion, qui les accompagnait, n'était pas menotté alors qu'il avait quand même poursuivi un homme avec son appareil en menaçant de le tuer. Steve avait compris que le flic était corrompu par la mafia. Il l'avait définitivement compris quand, en réponse à ses questions, dans le désert, le pilote lui avait mis une droite sur le nez, couvert par le flic qui faisait mine de ne rien voir. Une fois en garde à vue, Steve décidait de la jouer cool. Son surnom de Mister Cool allait naître au cours de cet épisode.
- Monsieur McQueen, voudriez-vous arrêter de faire le pitre ?
- Monsieur l'agent, pourquoi n'avez-vous pas arrêté le pilote de cet avion ?
- C'est moi qui pose les questions ! Où est le couple qui était avec vous et qui est parti avec ma voiture ?
- Aucune idée
- Comment s'appellent-ils ?
- Aucune idée
- Vous me répondez encore une fois "aucune idée" et je vous envoie dans un camp de prisonniers ! Vous avez une idée de la vie là-bas ?
- Aucune idée
- Je vais m'évader Hendley...
- Comment tu comptes t'y prendre ?
- On a creusé un tunnel à la petite cuillère, on a fini, c'est pour ce soir. Une fois de l'autre côté, je pique une moto, et je me fais la belle.
- De qui tu parles ?
- C'est une expression Hendley...
Le plan se déroule à la perfection. Steve s'évade, pique une moto, et retourne à l'endroit où est encore séquestrée Paulette. C'est là qu'il croise Harrison, à qui il raconte son histoire de dingue. Harrison en a pourtant entendu de belles dans sa vie, mais l'histoire de Steve lui paraît tellement dingue qu'il lui promet de lui ramener un dinosaure en hélicoptère si tout ce qu'il dit est vrai. Steve lui propose de l'accompagner pour délivrer la sœur de Simone. Ford accepte. Tous les deux, ils arrivent à pénétrer dans la villa, trompant la vigilance des gardes. Ils ne trouvent pas Paulette. Ils allaient partir quand ils découvrent enfin, dans le cellier, une femme attachée.
- Paulette !!!
La femme fait non de la tête. Steve lui enlève le sparadrap collé sur sa bouche, et elle répond :
- Ah non, moi c'est Annie.
- Qu'est-ce que vous faites là ? On vous retient prisonnière vous aussi ?
- Ah pas du tout, on joue à un jeu avec les gars. Ils sont partis chercher du miel, et ensuite ils vont découper mes vêtements et...
- Où est Paulette ???
- Dans la pièce du fond, après le bureau. Elle est beaucoup mieux attachée. Elle bougeait beaucoup. Mais dépêchez-vous, les gars ne vont pas tarder à revenir. Ils sont en train de se maquiller.
- C'est une vraie maison de fous ici !
Steve et Harrison foncent vers la pièce du fond. Paulette est là, attachée en mille points par une corde tellement tendue qu'elle ne peut plus bouger un cil.
- Et ben mes cochons... Tout ça pour ton fils ?
- Oui. Mais surtout pour prouver à Simone que je pouvais faire l'impossible pour la mettre à l'abri, et lui offrir une vie en or...
- Tu n'as quand même pas peur Raoul... Piquer l'or de la mafia... Tu sais qu'ils ne vont jamais te lâcher...
- Si je n'avais pas fait ce coup, c'est Simone qui ne m'aurait jamais lâché... Et je peux te dire que la mafia, à coté, c'est "pipi of the cat" !
- Pardon ?
- Du pipi de chat, c'est peanuts quoi ! C'est une expression de chez moi...
A ce moment-là, un bruit de moteur déchire le silence de l'endroit, le bruit vient du ciel. Une scène hallucinante se produit. Raoul hurle :
- Mais qu'est-ce que c'est que ça ???
Steve le rassure, en criant à cause du bruit :
- C'est un ami qui tient ses promesses !
- Monsieur McQueen, voudriez-vous arrêter de faire le pitre ?
- Monsieur l'agent, pourquoi n'avez-vous pas arrêté le pilote de cet avion ?
- C'est moi qui pose les questions ! Où est le couple qui était avec vous et qui est parti avec ma voiture ?
- Aucune idée
- Comment s'appellent-ils ?
- Aucune idée
- Vous me répondez encore une fois "aucune idée" et je vous envoie dans un camp de prisonniers ! Vous avez une idée de la vie là-bas ?
- Aucune idée
- Je vais m'évader Hendley...
- Comment tu comptes t'y prendre ?
- On a creusé un tunnel à la petite cuillère, on a fini, c'est pour ce soir. Une fois de l'autre côté, je pique une moto, et je me fais la belle.
- De qui tu parles ?
- C'est une expression Hendley...
Le plan se déroule à la perfection. Steve s'évade, pique une moto, et retourne à l'endroit où est encore séquestrée Paulette. C'est là qu'il croise Harrison, à qui il raconte son histoire de dingue. Harrison en a pourtant entendu de belles dans sa vie, mais l'histoire de Steve lui paraît tellement dingue qu'il lui promet de lui ramener un dinosaure en hélicoptère si tout ce qu'il dit est vrai. Steve lui propose de l'accompagner pour délivrer la sœur de Simone. Ford accepte. Tous les deux, ils arrivent à pénétrer dans la villa, trompant la vigilance des gardes. Ils ne trouvent pas Paulette. Ils allaient partir quand ils découvrent enfin, dans le cellier, une femme attachée.
- Paulette !!!
La femme fait non de la tête. Steve lui enlève le sparadrap collé sur sa bouche, et elle répond :
- Ah non, moi c'est Annie.
- Qu'est-ce que vous faites là ? On vous retient prisonnière vous aussi ?
- Ah pas du tout, on joue à un jeu avec les gars. Ils sont partis chercher du miel, et ensuite ils vont découper mes vêtements et...
- Où est Paulette ???
- Dans la pièce du fond, après le bureau. Elle est beaucoup mieux attachée. Elle bougeait beaucoup. Mais dépêchez-vous, les gars ne vont pas tarder à revenir. Ils sont en train de se maquiller.
- C'est une vraie maison de fous ici !
Steve et Harrison foncent vers la pièce du fond. Paulette est là, attachée en mille points par une corde tellement tendue qu'elle ne peut plus bouger un cil.
- Paulette !
Ils la libèrent.
- J'ai cru que vous ne viendriez jamais ! Où est Simone ? Et Raoul ? Quelqu'un a-t-il prévenu mon mari ? Où est-il ? Où est Charles ?
- Simone et Raoul nous attendent sur un parking, dans le Nevada. On sort, et on fonce les rejoindre. Charles n'est encore au courant de rien, on n'a pas voulu l'inquiéter.
- Et vous, qui êtes-vous ?
- C'est Harrison, un ami qui a une bonne étoile, il est venu pour nous aider. Et puis il ne croyait pas à mon histoire, alors j'ai voulu lui prouver que je disais vrai...
Ils sortent tous les trois de la villa, courent jusqu'à un taxi, et foncent vers le garage dans lequel sont cachés Simone, Raoul, et l'or, à cent cinquante kilomètres, dans le Nevada voisin. Pendant le voyage, Paulette raconte à Harrison toute l'histoire, et confirme tout ce que Steve lui avait déjà raconté. Harrison les quitte à mi-parcours, il dit à Steve qu'il tiendra sa promesse, ce qui fait sourire Steve, souhaite bonne chance à Paulette, et part rejoindre l'Indiana, où il compte devenir professeur en archéologie. Steve et Paulette arrivent dans le garage, enfin. Le parking est immense, des centaines de voitures sont garées. Après quelques recherches, ils se retrouvent enfin. Simone saute dans les bras de Paulette, Steve tape dans la main de Raoul, qui l'invite à se pencher au-dessus du coffre d'une voiture. Il est blindé d'or...
- Oui. Mais surtout pour prouver à Simone que je pouvais faire l'impossible pour la mettre à l'abri, et lui offrir une vie en or...
- Tu n'as quand même pas peur Raoul... Piquer l'or de la mafia... Tu sais qu'ils ne vont jamais te lâcher...
- Si je n'avais pas fait ce coup, c'est Simone qui ne m'aurait jamais lâché... Et je peux te dire que la mafia, à coté, c'est "pipi of the cat" !
- Pardon ?
- Du pipi de chat, c'est peanuts quoi ! C'est une expression de chez moi...
A ce moment-là, un bruit de moteur déchire le silence de l'endroit, le bruit vient du ciel. Une scène hallucinante se produit. Raoul hurle :
- Mais qu'est-ce que c'est que ça ???
Steve le rassure, en criant à cause du bruit :
- C'est un ami qui tient ses promesses !
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