Toutes les femmes du monde en une seule. Simone est une femme française à l'élégance rare, sensuelle et lumineuse, parfois insupportable, très souvent délicieuse. Entrez dans le monde de Simone et Raoul, vous n'en reviendrez pas, c'est le vôtre. Le principe ? Une photo m'inspire et j'invente des textes, des dialogues, librement inspirés de ces photos, trouvées au hasard sur la toile. Bon voyage...
mardi 30 juin 2015
Les trésors invisibles
- Pourquoi je ne t'ai pas vu... ? Comment ai-je pu ne pas te voir ?
- Tu me permets une métaphore certes un peu prétentieuse mais qui aura l'avantage de tout dire ?
- Un homme qui n'est pas prétentieux est toujours charmant quand il s'abandonne à la vanité... Parce qu'il le fait pour l'autre, pas pour lui.
- Certains diamants brillent moins que d'autres... Mais ils valent tout l'or du monde pour le regard qui sait attraper leur éclat.
- C'est beau... C'est beau mais ça n'arrange pas ma réflexion. Justement, pourquoi je n'ai pas su reconnaître ton éclat ? On a passé des jours ensemble, à travailler ensemble, à déjeuner, à se croiser, à se parler, à fréquenter les mêmes fêtes, les mêmes amis. J'ai toujours immédiatement identifié les hommes qui me plaisaient, j'ai toujours reconnu ceux à qui je plaisais. Et toi... dans ce que mon ignorance de la vie, des gens, des choses, a de plus arrogante, je ne te voyais pas. Parce que tu n'avais pas ces codes qui font qu'on s'allume quand on croise un idéal.
- Mais cet idéal, c'est toi qui l'as façonné non ?
- Oui
- C'est toi qui l'a enfermé dans une case, avec un regard précis, des yeux d'une certaine couleur, une attitude, une coupe de cheveux, une façon de porter une veste ou de faire briller ses chaussures, une carrure émoustillante ou une peau bronzée comme sur les magazines...
- C'est un peu caricatural mais... pas faux.
- Donc les codes dont tu parles t'empêchaient de déchiffrer ceux que tu laissais de côté... Tu n'avais jamais regardé mes yeux ? Entendu ma voix ?
- Mais non ! Jamais ! C'est ça que je ne comprends pas ! Aucune voix au monde aujourd'hui ne me ferait autant d'effet que la tienne et je n'ai jamais entendu le charme de tout ce qu'elle portait en elle pendant des années... Et tes yeux, ces yeux que j'aime tant, comment ai-je pu ne pas les voir ? Comment les as-tu posés sur moi ? Avec de l'amour ? De l'envie ? Comment tu me regardais ?
- Tu es la plus belle femme du monde Simone, aucune femme ne pourrait atteindre, ni même simplement apercevoir le monde de rêve que tu m'as inventé. Je peux te voir fatiguée, tendue, en colère, en sueur, démaquillée, au réveil, en larmes, je ne vois que celle qui me va comme aucune autre.
- Arrête...
- ...mais je n'ai pas toujours eu ce regard. Je te voyais bien sûr, mais moi non plus je n'avais pas encore vu mon diamant. Je voyais une jolie femme, comme on en croise mille
- Merci ça fait plaisir... (ironique, puis elle sourit)
- ...non mais tu sais ce que je veux dire...
- Oui je sais... Je te cherche un peu... avec amour...
- ...j'adore quand tu me cherches... et encore plus quand tu me trouves... je voyais donc une jolie femme comme on en voit plein, mais tu ne me faisais pas d'effet, probablement parce que je sentais que je ne t'en faisais aucun, ou parce que je n'avais pas confiance en mon pouvoir de séduction, sur toi ou sur une femme comme toi... Tu étais comme un magazine qui s'adresse à d'autres... Une distraction pour l'œil...
- C'est fou quand même... Ces gens qui ne ressentent rien quand ils se croisent, ces âmes persuadées qu'elles sont incompatibles, ces cœurs certains de ne pas être faits l'un pour l'autre alors qu'ils fondraient sur place s'ils s'ouvraient...
- C'est probablement la vengeance de la beauté intérieure sur le diktat de l'image...
- Je sais que tu plaisantes là... Tu fais référence à mon article de la dernière fois ?
- Oui mais c'était très juste finalement... Ceux qui ne font pas l'effort de regarder plus loin que ce qu'un regard propose ne verront jamais les sources bouillonnantes et mystérieuses qui font l'intensité de ce regard.
- Oui... Comme ceux qui n'écoutent pas la voix de quelqu'un parce que son intérêt est relatif en terme de canon de beauté passeront à côté de ces trésors invisibles.
- Ces trésors invisibles... C'est joli ça...
- Elles sont là les choses de la vie, dans les trésors invisibles. C'est ça Raoul, c'est exactement ça. Moi je suis tombé amoureuse de toi le jour où j'ai compris ce qui donnait naissance à tes mots, à tes silences, à tes sourires, à tes doutes. J'ai vu celui à qui je pardonnerai tout, celui que j'aimerai d'une façon inconditionnelle, celui qui sera toujours là après les tempêtes, celui auprès duquel je resterai toujours, après les vents qui écorneront ses pages, et surtout, surtout, quand j'ai vu dans tes yeux que tu avais compris, compris que je t'avais reconnu, j'ai vu un amour que très peu connaîtront, dans une vie ou même dans dix. D'une simplicité absolue. Cette simplicité qui est l'Everest du bonheur, montagne complexe et décourageante...
- Je suis tombé fou amoureux de toi le jour où tu m'as dit "je suis amoureuse". Je ne savais pas encore que c'était de moi, je ne voulais pas y croire. Mais te voir amoureuse c'était d'une beauté... L'émotion que j'ai alors ressentie était extraordinaire, comme si c'était la première à toucher le fond de mon âme, comme si mon âme m'autorisait pour la première fois à en être conscient, touchée elle aussi par tant de grâce... Alors quand j'ai su que j'étais à l'origine de cet état qui te rendait si belle... Déjà, avant toi, je pensais qu'il n'y avait rien de plus beau qu'une femme amoureuse. Et plus encore une femme qui se dit amoureuse, qui le sent, qui le sait. Elle sait qu'elle ne sera plus jamais la même à partir de cette seconde magique. Moi, quand j'écris par exemple, je me sens encore mieux qu'amoureux, je me sens amoureuse, ce doit être la sensibilité féminine qui mieux que personne sait sortir les mots de l'âme...
- Tu es absolument homme... et tu as probablement été délicieusement femme. Enfin là, quand tu me regardes croquer ma pomme, je vois une sensibilité profondément masculine...
- Simone... Si c'est toi qui avais croqué la pomme, je suis sûr que le monde n'en serait pas là...
- Tu étais déjà beau quand tu étais invisible, quand je n'étais pas prête pour toi, ni toi pour moi... mais tu n'as jamais été aussi beau qu'à découvert...
- Si mon banquier t'entendait...
- Il ne sait pas à quel point il est riche de t'avoir... C'est son problème... (elle s'approche pour l'embrasser) Moi je sais...
Franck Pelé - juin 2015 - textes déposés
mardi 23 juin 2015
Le chèche (scénarisé)
Suite d'un hôtel parisien - intérieur jour - matin
Raoul lit son journal au lit et Simone se prépare pour
sortir. Elle est habillée en blanc, elle cherche quelque chose dans le placard.
Simone
Tu n'as pas vu mon chèche ?
Raoul
ton quoi ???
Simone
mon chèche !
Raoul
Qu'est-ce que c'est que ça un chèche ?
Simone
C'est comme une écharpe légère...
Raoul
Ah... si je l'ai vu il est dans ton carnet
Simone
Dans mon carnet ?
Raoul
...ton carnet de chèches !
Raoul explose de rire.
Simone
Arrête Raoul, j'ai pas envie de rire là, je suis pressée
d'aller acheter les croissants et je ne trouve plus mon chèche...
Raoul
Mais toi tu es en blanc, tu vas pas mettre un chèche quand
même...
Simone
Et alors ? Pourquoi pas ?
Raoul
Bah je sais pas si ils vont te laisser sortir de l'hôtel...
tu crois qu'ils acceptent les chèches en blanc ici ?
Il se retient de rire, il est bord d'exploser
Simone
Tu es à fond là ? Ok, tu ne veux pas m'aider...
Raoul
Rrrrroooo ça va... attends ! Il est de quelle couleur ton
chèche...
Simone
Si c'est pour vanner la phrase d'après, c'est pas la
peine...
Raoul
Mais non... il est de quelle couleur ?
Simone
Bleu nuit
Raoul
C'est une couleur ça bleu nuit ?
Simone
Bah oui, c'est...bleu nuit.
Raoul
Mais c'est complètement con ça bleu nuit... excuse-moi mais
c'est complètement idiot, la nuit est noire, d'où il sort ce bleu nuit ?
Simone
Mais non pour les couleurs la nuit c'est bleu, c'est comme
ça, ce n'est pas noir, on n'a jamais entendu parler de chèche nuit noire...
Raoul
Remarque j'ai jamais entendu parler de chèche bleu nuit non
plus... c'est dommage d'ailleurs parce que sinon j'aurais pu t'aider, je
t'aurais dit où il se trouve... D'ailleurs on dit étole, on ne dit pas
chèche...
Simone
N'importe quoi... on dit chèche. On dit étole dans le 16ème
ou chez ma grand-mère mais ici et maintenant, on dit chèche.
Raoul
Moi je dis étole. D'ailleurs j'en avais une, une étole... tu
ne l'as pas trouvée en faisant les valises ?
Simone
Celle que tu mettais au ski là ? Qui me rend amoureuse à
chaque fois ?
Raoul
Au ski ? De quoi tu parles ?
Simone
Mais si... à chaque fois que tu la mets ça résonne en moi...
étole des neiges, mon cœur amoureux...
Raoul
Oh mais je vois que tu as l'humour aussi frais que le
cerveau...
Simone
Ah d'accord ! Parce que toi tu crois que toutes tes vannes
naissent coulées dans l'or fin mais celles des autres, pour que tu daignes les
trouver un poil drôles, il faut tutoyer l'excellence des Dieux !
Raoul
Pas du tout...
Simone
Parce que tu crois que ton carnet de chèche vaut dix fois
plus que mon étole des neiges ? Eh mais réveillez-vous les machos là, c'est
fini la supériorité présumée ! Depuis qu'on a le droit d'ouvrir la bouche pour
autre chose que demander si le gigot est assez cuit, on a rétabli deux trois
trucs vous savez ?
Raoul
Oh non...tu ne vas pas me sortir tes banderoles parce que je
pense que ma vanne est meilleure ? Sur ce coup-là elle est meilleure, point. Et
ça n'a rien à voir avec le fait que je sois un homme.
Simone
Regardez-le Monsieur-je-sais-tout avec son journal au lit,
comme un sénateur qui domine le monde et arbore le sourire de celui qui croit
qu'il vient d'envoyer sa secrétaire au 7ème ciel...
Raoul
N'importe quoi... Et puis tu as aimé non ?
Simone
Non toi tu adores l'idée que j'ai aimé, mais tu ne pourras
jamais en être sûr. Contrat de confiance mon chéri... Soit je te dis ce que tu
aimes, soit je te dis ce qui est, parfois les deux se rejoignent dans une
vérité qui rassure tout le monde, parfois une seule de ses suppositions est
vraie et alors un seul est rassuré...
Raoul
Bon, tu sais où est mon étole ou pas ?
Simone
Elle est de quelle couleur ton étole ?
Raoul
Elle est bleue... bleu...jour.
Simone
Bleu jour ? Tu te fous de moi Raoul ?
Raoul
Excuse-moi mais c'est quand même plus logique que bleu nuit
non ??? En tout cas c'est une couleur primaire.
Simone
Normal. Elle ressemble à ton humour. Niveau étole primaire.
Raoul
Ok... j'abandonne.
Simone
Attends... Raoul ! Niveau étole primaire ! Elle est bien
quand même... Avoue !
Raoul
Oui elle est pas mal...
Simone
Pas mal ?
Raoul
Ok elle est très bien, vraiment bien, joli jeu de mots et
bien amenée... mais mon carnet de chèches reste au-dessus... en toute
objectivité...
Simone
T'aimes pas quand je suis plus forte que toi à un truc où tu
te crois fort hein...
Elle s'avance vers lui et le titille un peu, avec son nez
dans son oreille, sur sa joue, ses mains qui jouent avec ses cheveux...
Raoul
Pfff...
Simone
Tu lis quoi là ?
Raoul
Un article sur l'assassinat qui a déclenché la première
guerre mondiale...
Simone
Intéressant... tiens, à ce propos, je vais t'en boucher un
coin ! Puisqu'on parle de chèches...
Raoul
Quel est le rapport entre les chèches et l'assassinat de
Sarajevo ?
Simone
Tu vas voir... Il existe un vrai lien. Savais-tu que la
femme de l'archiduc héritier François-Ferdinand en faisait collection et
qu'elle les mettait toujours au four avant de les porter ?
Il reste interloqué et silencieux
Ah ! Tu vois comme ta femme est cultivée ! Comme elle fait
se rejoindre le premier sujet et le dernier dans une seule et même anecdote, la
classe à Dallas mon trésor, le Saint-Estèphe chez Marie-Josèphe, le Pauillac à
Aurillac !
Le Pauillac à Aurillac ?
Simone
Oui, le sommet où qu'on soit quoi ! Ce n'est pas un homme
qui aurait eu l'idée d'une telle chute, n'est-ce pas mon chéri ?
Raoul
Quelle chute ? Quelle collection ? Quel four ? Mais de quoi
tu me parles Simone ?
Simone
Bah voyons, j'exprime un niveau de culture au-dessus du tien
donc tu fais comme si je délirais... tu ne me respectes pas Raoul. (elle se met
en retrait)
Raoul
Mais si... Excuse-moi... tu as raison... Je ne connaissais
pas cette anecdote non... Elle me paraissait un peu étrange c'est tout... mais
je reconnais qu'elle est le fruit d'une grande culture... J'avoue que c'est la
première fois que j'entends parler de cette histoire... Bravo, joli rebond chérie.
Simone
(le regard qui devient de plus en plus coquin, presque
rieur)
C'est fou quand même que tu ne connaisses pas cette
histoire... Tu n'as jamais entendu parler des chauds chèches de l'archiduchesse
?
Raoul se met alors la tête dans le journal pendant que
Simone se met debout sur le lit et saute en chantant la musique de Rocky et en
brandissant les poings au ciel... tin tin tin... tin tin tin...
samedi 23 mai 2015
Simone fait de la pub : JAI
- Simone chérie, tu viens te coucher ?
- Vas-y sans moi Raoul, je suis sur un Everest de plaisir qui ne permet pas
qu’on en descende avant un certain temps…
- Qu’est-ce que cette histoire ? Et tu as autant de saveurs que je t’en propose
sur ton Everest
- JAI
- Tu as la qualité autant que la quantité ?
- JAI
- Un goût unique et l’exaltation de tous tes sens, tu n’as pas ça en haut de ta
montagne !
- JAI... évidemment
- Mais qu’est-ce qui te prend Simone, tu as tes vapeurs ou quoi ?
- Exactement, j’ai mes vapeurs, mais celles-là, quand tu les as, je peux te dire
que tu es d’une sérénité absolue… Comblée.
- Tu vas voir ailleurs c’est ça ?
- Ah non, avec ces vapeurs-là, tu ne vas pas voir ailleurs, tu peux être
tranquille, personne n’oserait tromper cette qualité de plaisir…
- Mais de quoi tu parles enfin ??? On dirait que tu parles d’un amant qui te fait
léviter dans des volutes magiques !
- C’est un peu ça oui…
- Il a du goût au moins ? Il est élégant ?
- Très. Il propose des goûts ronds et typés, hier il était un mélange de fruit de la
passion et de litchi d’Asie Orientale, et ce soir, il sera frais et douceur de
menthe avec un léger goût d’agrumes…
- Il est bien fait ?
- Je dirais plutôt ELLE est bien faite. Une élégante finition noire, un toucher
doux sur toute la longueur et une extrémité lumineuse.
- Pardon
- …et elle dure beaucoup plus longtemps que les autres avec une promesse de
300 bouffées intenses…
- Mais des bouffées de quoi ???
- De bonheur Raoul, de bonheur… et puis elle est discrète au bout des doigts
comme au bout des lèvres… et elle se glisse dans toutes les poches, ce qui
représente un gros avantage, un de plus.
- Dans toutes les poches, mais de quoi tu parles ?
- De JAI ! La nouvelle cigarette électronique !
- Aaaaah !!! Oh la peur que j’ai eue… Je ne comprenais pas pourquoi tu me
disais « J’ai » tout le temps…
- C’est JAI, en trois lettres, sans apostrophe.
- J’ai tellement cru que tu me trompais…
- Mais enfin chéri, comment peux-tu penser une chose pareille…
- Tu as tout ce qu’il te faut pour être heureuse ?
- JAI
- Tu l’écris comment là ?
- Avec une apostrophe bien sûr…
Franck Pelé
Découvrez l'univers JAI ici : https://www.jaivaping.com/francais/home
jeudi 14 mai 2015
Blue Hotel
- Bonjour, je…
- Bonjour, allez, on y va là s’il vous plaît parce que j’ai
un déjeuner avec mon producteur dans deux heures à l’autre bout de la ville et
il me reste encore trois types comme vous à voir alors vingt minutes pas plus,
d’accord ?
- Mais je…
- Ne me dites pas que vous n’êtes pas prêt ? Vous avez
préparé vos questions n’est-ce pas ? Des questions un peu plus fines que vos
prédécesseurs j’espère parce qu’on ne peut pas dire qu’ils ont révolutionné
l’art de l’interview…
- Elles sont prêtes oui… Vous répondrez à tout ? Peut-on
jouer la carte de la transparence ?
- Tant que vous restez respectueux je n’ai peur de rien.
- Très bien, allons-y… Simone, vous parliez tout à l’heure
des trois types comme moi que vous deviez encore voir, à propos de type, quel
est votre type d’homme ? J’imagine qu’il est assez éloigné de ces types qui
vous font perdre votre temps… ?
- Mais non… attendez… bon c’est en off ce que je vais vous
dire d’accord ?
- D’accord
- Excusez-moi pour cette généralité, je ne voulais pas vous
blesser mais mettez-vous à ma place, avant vous j’ai eu trois
pseudo-journalistes, deux concierges qui ne pensaient qu’à savoir avec qui je
dormais à l’hôtel pendant le festival et un lourdingue qui cherchait mon regard
pour me sourire comme un séducteur de salle de bains. Personne ne m’a parlé de
cinéma ou de choses intéressantes alors que la vie propose quand même autre
chose que des potins superficiels non ? On peut creuser un peu ou personne n’en
est capable ?
- C’est quoi un séducteur de salle de bains ?
- Un type qui se regarde dans le miroir et qui se sourit en
pensant qu’il est irrésistible.
- Très bien, on y retourne ? J’ai très envie de creuser avec
vous et le temps presse.
- Allons-y. Merci.
- Vous êtes ici pour un rôle de femme qui semble avoir été
écrit pour vous.
- C’est ce que je me suis dit quand je l’ai lu, un rôle
comme ça, ça passe rarement plusieurs fois dans une carrière. J’ai adoré la
justesse de ce que j’ai lu, cet auteur a une sensibilité particulière, je suis
tombée amoureuse de lui au bout de vingt pages.
- Parlons d’amour, du vrai.
- Mais j’ai aimé au point de fondre ! Vraiment !
- Vous êtes de ces femmes inaccessibles, dont la beauté
empêche tout élan de la part de quelqu’un d’ordinaire, quand on vous voit, on
se dit que pour avoir la chance de sentir votre regard amoureusement ému il
faudrait être un apollon, un comédien aussi célèbre que séduisant ou un homme
riche, au moins d’un pouvoir particulier. Comment un homme qui n’a rien de tout
cela mais des diamants plein le cœur quand il vous voit pourrait séduire la
femme extraordinaire que vous êtes ?
- Qu’est-ce que c’est que ces conneries ? Pourquoi je serais
une femme inaccessible ?
- Pardonnez-moi mais, si je vous écrivais une lettre qui
vous touchait au cœur par exemple et que…
- Vous ?
- Oui moi…
- Parce qu’on parle de vous là ? Vous essayez de me séduire
entre les lignes ?
- Pas du tout. Reprenons le fil s’il vous plaît. Je vous
écris une lettre qui vous bouleverse, qui vous emporte, je vous donne
rendez-vous dans un restaurant, et vous tombez sur moi, sur cette banale
réalité physique qui ne reflète en rien tout ce que je suis mais peu importe,
c’est ce que vous voyez à l’instant. Je vous emporte toujours autant ?
- Et pourquoi vous ne m’emporteriez pas ?
- Vous dites ça pour me faire plaisir… mais je vois bien que
je ne vous fais aucun effet, et croyez bien que je ne cherche pas à vous en
faire, c’est pour illustrer ma question. Votre beauté, votre classe, votre
destin aussi, vous rendent inaccessible, comment pouvez-vous reconnaître un
regard particulier parmi tous ces regards sur vous, qui sont tous forcément
particuliers puisque vous êtes si particulière, à leurs yeux et dans l’absolu ?
- J’allais sévèrement vous engueuler mon cher pour votre
insistance sur ce sujet et cette caricature de femme inaccessible alors que
vous ne connaissez de moi que l’image médiatique qu’on vous sert, visant
uniquement à nourrir des curiosités essentiellement superficielles, mais votre
question est intéressante.
- Merci
- Par contre, nous n’aurons pas le temps de continuer avec
d’autres questions puisque vous tenez à développer autant sur celle-ci.
- Très bien…
- Comment vous appelez-vous ?
- Raoul
- Vous dites ça parce que je vous ai parlé de l’auteur…
- Non, non, je m’appelle vraiment Raoul, je peux vous
montrer ma carte d’identité si vous voulez
- Je vous crois. Raoul, c’est vrai que vous n’êtes pas tout
à fait mon type mais si j’étais une petite infirmière de province vous ne
seriez pas plus mon type, vous comprenez ? Je ne suis pas plus inaccessible
qu’une autre, mais c’est vrai qu’on finit par se protéger un peu plus quand on
est très sollicitée, et je passe peut-être à côté de regards qui brillent de ce
qu’ils cachent à l’intérieur. De toute façon vous savez, je suis très
fataliste, ce qui doit arriver arrive, tout est écrit, ou presque.
- Je pense exactement comme vous.
A ce moment précis, l’attachée de presse entre dans la
chambre d’hôtel et lance à Simone :
- Simone, je sais que c’est très gratifiant de rencontrer
celui qui a écrit votre rôle mais on a encore quatre journalistes qui attendent
là !
- Pardon ??? (Elle regarde Raoul un long moment,
interloquée, presque abasourdie. Il se lève, tend sa main pour prendre la
sienne, elle lui tend sans dire un mot, il embrasse sa main) Vous… vous êtes ce
Raoul là ? Pourquoi vous ne m’avez rien dit ?
- J’ai essayé mais vous étiez très pressée… Vous vouliez des
questions, et ne pas perdre de temps, alors je vous ai posé des questions…
- Pourquoi vous m’avez posé cette question sur le regard ?
- Parce que je voulais savoir si j’avais une chance d’être
aimé par une femme qui ressentait l’impression rare qu’on avait écrit pour elle
ou si mon physique ordinaire pouvait vous empêcher de prendre le temps de voir
la couleur de mes yeux.
(Elle s’approche des yeux de Raoul et les regarde
fixement)
- Ils sont magnifiques vos yeux…
- C’est un peu tard Madame, et presque trop facile après la
chute du masque du journaliste curieux des frissons de la diva…
- Vous me prenez pour une diva ?
- Non, vraiment pas, je plaisantais. Simone, j’ai écrit ce
rôle en pensant à vous, vous pourrez trouver des défauts chez moi, mais aucun
qui dit du mal de vous.
- Je ne vais pas vous faire le coup de l’encre de vos yeux mais
maintenant que je sais qui vous êtes, je vois la couleur de vos mots dans votre
regard, et c’est très troublant. Aussi troublant que séduisant.
- Vous n’auriez pas pu la voir avant de savoir qui j’étais ?
- Je ne sais pas… Peut-être. Peut-être pas. Qui sait… ?
- Je vous laisse… Quelques questions sans intérêt vous
attendent (Il sourit) Vous savez, il faut toujours prendre le temps d’observer
ce qui danse dans le regard des autres, pas le regard qui insiste, mais celui
qu’on cache, celui qu’on empêche de briller de peur de voir son éclat ne pas
trouver de réponse, celui qui dit beaucoup de l’âme et des frissons.
- Raoul, qu’est-ce qui vous fait croire que je suis une
femme aussi particulière ? Qu’est-ce qui vous fait croire que je pourrais être
la femme de votre vie ? Que vous seriez l’homme de la mienne ?
- Parce que c’est écrit. Je suis comme vous Simone, je pense
exactement comme vous, je vous l’ai dit tout à l’heure, je crois que tout est
écrit. Mais concernant votre beauté, votre élégance, votre sensualité idéale,
votre féminité absolue, concernant le fait que vous êtes la femme de ma vie et
moi l’homme de la vôtre, j’en suis sûr, parce que là, c’est moi qui l’ai écrit.
Il se lève après un sourire tendre, Simone est séduite, le
regard dans le vague, encore fixé sur la chaise désormais vide en face d’elle.
Un journaliste vient s’asseoir sur cette chaise.
- Bonjour Madame... c’est un honneur pour moi d’être ici, quel
est votre meilleur souvenir pendant ce festival ?
Simone, encore complètement sur une autre planète :
- Je viens de faire la plus belle interview de ma vie et
elle ne sera jamais publiée…
- C’est votre plus beau souvenir ?
- Pardon ? Vous êtes ? Vous dites ? Excusez-moi je dois
vraiment vous laisser là, je dois justement le rattraper...
Simone se lève
- Rattraper qui ?
- ...mon plus beau souvenir !!!
- Rattraper qui ?
- ...mon plus beau souvenir !!!
- Mais enfin Simone, on vient à peine de commencer !!! Et quel est ce souvenir ? De quoi on parle là ???
Simone met son manteau, ouvre la porte, passe devant son
attachée de presse et les autres journalistes qui attendent et lance vers
l’homme désormais seul dans la pièce :
- Du jour où j’ai rencontré l’homme de ma vie !!!
Franck Pelé – textes déposés SACD – Mai 2015
mardi 5 mai 2015
Le balcon
Raoul vivait dans cet appartement parisien depuis l'été précédent. En ces premiers jours de saison douce, il attendait l'éclosion d'une fleur particulière. Elle ne pousse pas cette fleur, elle surgit, elle vit, elle respire, elle parfume quiconque est témoin de sa présence. On peut la voir sur un balcon, là-bas, juste en face. Il l'avait vue pour la première fois l'année dernière, dans les derniers jours de l'été. Il regardait par la fenêtre, entre curieux et rêveur, et elle est apparue. Il avait alors ouvert sa fenêtre pour s'accouder à la balustrade et fumer une cigarette, feignant de l'avoir vue. Mais à l'instant où il avait levé les yeux pour la voir d'un peu plus près, elle était rentrée chez elle. Et les trois fois suivantes, ce fût le même scénario, à chaque fois qu'elle sortait il ouvrait la fenêtre pour fumer, et à chaque fois elle rentrait.
- "Je vous regarde parce que la lumière attire toujours"
- "Est-ce que vous pouvez parler plus fort ?" (toujours par voie écrite avec de grosses lettres sur une feuille blanche, plusieurs feuilles se succédant s'il le faut)
Il repart dans le salon, ajoute trois points d'exclamation, et réapparaît avec sa pancarte :
- "Je vous regarde parce que la lumière attire toujours !!!"
Elle plisse les yeux, c'est difficile de lire à cette distance, elle rentre chez elle et revient avec une paire de jumelles. Elle lit. Elle sourit. Elle rentre à nouveau, écrit sur une feuille et brandit un "merci" écrit en grosses lettres. Il plisse les yeux, faisant mine d'avoir mal lu, rentre chez lui, revient aussi avec des jumelles, il les met sur son nez et regarde attentivement le panneau qu'elle lui tend. Très attentivement. En voyant les jumelles bouger de haut en bas, elle comprend qu'il la regarde. L'angle de l'inclinaison indique clairement qu'il regarde ses jambes, ses courbes sont idéales, fondantes, il remonte sur son visage qui cette fois est complètement fermé. Elle prend une feuille, écrit nerveusement, et lui montre un "J'arrive" avec autorité. Il pose les jumelles, la regarde quitter le balcon, assez incrédule, il regarde dans la rue, attend quelques secondes, et elle apparaît, d'un pas plus que décidé. Elle s'arrête au milieu de la rue et lui crie :
- C'est où ?
- Troisième droite, au 42, la porte marron devant vous.
- Votre nom ?
- Il n'y a qu'un appartement au troisième à droite...
Elle entre dans l'immeuble. Il se dirige vers l'entrée, il entend ses pas dans l'escaliers, ses chaussures claquent chaque marche avec un élan vrament décidé. Elle frappe à la porte de Raoul. Il ouvre, avec un sourire hésitant, il ouvre la bouche pour dire bonjour, il n'a pas le temps :
- Je ne vous dérange pas là avec vos jumelles ? Vous voulez que je remonte ma jupe pour vous faire un avis précis ? Mais peut-être que vous connaissez déjà tout ce qu'elle cache depuis votre perchoir... vous m'épiez la nuit ? (elle hausse le ton) Est-ce que vous m'avez déjà observée avec vos jumelles pendant que j'étais chez moi ???
- Vous ne voulez pas entrer pour qu'on en parle ? On sera mieux... et puis il y a des voisins ici...
- Non ! Que vos voisins sachent qui vous êtes !
- Arrêtez enfin... c'est vous qui avez commencé avec les jumelles, j'ai trouvé le jeu amusant et vous m'avez fait penser que j'en avais aussi, je les ai prises pour vous faire sourire, comme pour insister sur mon étonnement à l'endroit de votre merci...
- C'est étonnant que je dise merci ???
- Un peu oui... C'était votre premier mot gentil...
- Je rentre mais deux minutes. Parce que j'ai froid.
- Je m'appelle Raoul, enchanté.
Il lui tend la main, elle l'ignore superbement en rentrant directement dans le salon. Au moment où il allait l'inviter à s'asseoir, elle a déjà pris place autour de la table. Il la rejoint, s'assoit à son tour, et au même moment elle se lève, et se dirige vers la fenêtre.
- Alors c'est ici votre poste de garde...
- Mais pas du tout... Vous ne regardez jamais dans la rue vous ?
- Si, ça m'arrive, mais je ne harcèle personne !
- Je vous harcèle maintenant ? Bon, je crois que vous n'êtes pas très objective là... Ou alors prisonnière d'une mauvaise expérience qui me fait passer pour ce que je ne suis pas...
- Ecoutez-moi bien RAOUL, les petits voyeurs comme vous ne m'intéressent pas, les concierges d'immeuble en général ils sont tout en bas, c'est pour ça que j'aime prendre de la hauteur, je vous ai trouvé sympathique au début de cet échange écrit, ça me rassurait un peu par rapport à l'idée que je me faisais de ce voisin mateur, mais quand j'ai vu que vous me dévisagiez avec vos jumelles, déculottiez serait plus juste, je peux vous dire que vous avez eu de la chance de ne pas avoir été à portée de pot !
- Ecoutez-moi bien madame qui ne daigne même pas se présenter ! Je vous regarde parce que vous êtes ce qu'il y a de plus lumineux, élégant, ravissant à des kilomètres à la ronde ! Vous éclairez tout le gris de cette rue à chaque fois que vous apparaissez ! La première fois que nos regards se sont croisés je vous ai souri, vous n'avez même pas répondu ! Et à chaque fois que j'ouvrais ma fenêtre, vous refermiez la vôtre ! C'est interdit d'être séduit par vous ? On doit tourner la tête et se réfugier dans la cave quand vous sortez prendre l'air ? Vous aimez prendre de la hauteur au point de vous croire supérieure à tout et à tout le monde ? Oui j'ai baissé mes jumelles, pas pour contenter une nature perverse mais pour regarder le tableau dans son ensemble, je n'ai pas pu m'en empêcher. Je voulais voir vos jambes, vos chaussures, comment vous les portiez, si vous aviez des bas, ce que disaient vos courbes de vous, je voulais voir votre bouche plutôt que la deviner, je voulais être sûr de la couleur de vos cheveux, presque sentir la douceur de votre peau. Ce qui est un poil plus élégant que cette intention déculottée que vous avez imposée sans discussion !
Il se lève, la prend par la main et la ramène vers la porte. Il ouvre la porte et sur sa lancée :
- ...mais je dois mettre fin à cette entrevue parce que j'ai peur que vous ne finissiez par m'accuser d'espionnage de vos traits si je devais céder à la tentation de m'y perdre plus de dix secondes. Je ne vous raccompagne pas, vous connaissez le chemin, essayez de ne pas trop exprimer votre contrariété sur le bois des marches de ma défaite, vous serez bien aimable... J'aurais rêvé que vous puissiez les monter un jour, sûre de votre succès, que j'aurais confirmé d'un regard, d'une main dans vos cheveux, d'un sourire vainqueur, mais j'ai compris que vous étiez la seule à pouvoir décider de ce qui vous rend belle, à décider des heures d'ouverture au public pendant lesquelles tout regard sur votre beauté est autorisé. Je vous trouve moins belle à présent, dormez tranquille.
Il claque la porte. Il n'entend pas un bruit pendant quelques secondes, puis des pas, lents, expressifs, presque interrogatifs, dans cet escalier devenu une métaphore beaucoup plus longue à descendre que le bois dont elle se chauffait avait été facile à monter.
Elle ne s'est pas montrée de la semaine sur le balcon. Même les jours ensoleillés. Pas l'ombre d'une fleur. Pris de remords, Raoul est allé glisser une lettre dans sa boîte. Mais ne connaissant pas son nom, il l'a laissée dans la boîte de la concierge, avec sur l'enveloppe "à la jeune femme brune du troisième". Il lui a écrit ces mots :
"Chère inconnue, je dois partir pour quelques jours dans le sud de la France, je veux vous présenter mes excuses pour la façon dont j'ai exprimé ma colère, vous vous étiez tellement trompée sur moi. J'aimerais qu'à mon retour nous dînions ensemble, je pars au moins deux semaines, je vous laisse mon adresse pour que vous puissiez me répondre avant mon retour à Paris. Si vous ne me répondez pas, je resterai probablement plus longtemps. Peut-être toujours. La vue ici est magnifique et elle ne me fait aucun procès d'intention. Merci."
Tous les matins, dans son petit village varois, il ouvre sa boîte aux lettres, avec un petit pincement au cœur, et il ne trouve rien. Rien de ce qui ressemble à ce qu'il attend. Il se demande si elle a aimé sa lettre, peut-être a-t-elle été encore plus contrariée, peut-être a-t-elle été touchée ? Ce jeudi-là, au moment de prendre son courrier, il ne s'attendait vraiment pas à cette enveloppe d'un bleu particulier, le cachet était parisien, l'adresse écrite avec élégance, c'était elle. Il ouvre l'enveloppe, le cœur battant, il déplie la lettre pliée en trois. Une seule phrase. Début de déception. Il la lit : "Bonjour Raoul, je ne viendrai pas chez vous. Mais vous saurez bientôt comment je m'appelle." Déception totale. Elle avait mal pris l'ironie légère de son voisin dans sa lettre d'excuses. Il fait une boule de papier avec la lettre et la lance dans la poubelle du jardin comme on voudrait mettre un panier. Raté... Il souffle, rentre la tête un peu basse, sourit en pensant qu'il avait été une fois de plus optimiste quant à la nature des âmes qu'il aime, puis remonte dans son appartement avec une vue imprenable sur la mer et les pins, sans trop de vis-à-vis, un havre de paix. Il se prépare un café, ouvre sa fenêtre, s'accoude à la balustrade de son balcon et regarde la mer, sa tasse à la main.
Soudain, la porte-fenêtre du balcon de l'appartement d'en face, légèrement sur la gauche, s'ouvre. Une femme apparaît. Il se redresse, n'en croit pas ses yeux. C'est elle... Elle a une feuille blanche dans la main droite, elle s'avance vers le bout de sa terrasse, face à Raoul et elle brandit sa feuille sur laquelle on peut lire "Simone".
Puis elle parle, sans crier, le silence permet une écoute idéale :
- Je vous avais promis que vous sauriez comment je m'appelle... Et je vous avais dit que je ne viendrais pas chez vous... alors j'ai pris un petit chez moi. Pour le dîner, vu le temps, on peut manger sur le balcon non ?
Franck Pelé - textes déposés SACD - mai 2015
(Photo André Kertesz - Paris 12 juillet 1975)
samedi 2 mai 2015
Plus douce sera la chute
- Vous faites vraiment très très bien la planche
- Merci...
- Vous pourriez me la prêter ?
- Ah non je suis désolée... ça fait trois fois que je la
prête depuis le début de l'année et à chaque fois les gens tombent...
- C'est parce qu'ils ne maîtrisent pas... Ils tombent
comment ?
- Amoureux.
- Ah... là... c'est vrai que je ne garantis pas d'éviter ce
genre de chute... Et vous n'avez jamais eu envie de laisser tomber ? Je veux
dire de laisser quelqu'un tomber amoureux ?
- Mais à chaque fois qu'il y en a un qui tombe raide
dingue, à chaque fou amoureux, ça tombe sur moi ! Je ne veux pas de ces
cascadeurs qui se voient tomber plus beaux qu'ils ne sont, ces hystéros du
frisson qui bouillonnent dès qu'un battement particulier dérègle leur horloge
alors qu'ils ne sont jamais à l'heure ! Moi je veux un amoureux qui tombe en
douceur, élégamment, légèrement, profondément, lentement mais sûrement, je veux
qu'il tombe amoureux de moi, pas qu'il tombe sur moi, comme on aime par
hasard... Alors là oui, je le laisserais tomber, et aucun homme n'aura jamais
été aussi heureux qu'on le laisse tomber...
- Madame... Prêtez-moi votre planche s'il vous plaît. Je
vous jure que je ne tomberai pas.
- Je ne sais pas comment je dois le prendre...
- Prenez-le comme vous voulez, il faut se méfier de certaines
attractions, parfois on croit tomber alors qu'on se redresse. Et même en amour
ce n'est pas forcément une mauvaise nouvelle. Allez savoir si ce n'est pas vous
qui vous lèverez amoureuse quand je vous aurai retiré ce poids derrière lequel
vous vous cachez...
- Vous me plaisez. Vous êtes ?
- Raoul
- Simone... Si je vous prête ma planche, vous m'emmèneriez
faire un tour ?
- Aussi loin que vous voudrez... mais vous n'auriez pas
peur qu'on tombe tous les deux ?
- Je prends le risque...
Franck Pelé - Mai 2015 - textes déposés
lundi 9 mars 2015
L'homme est une femme comme les autres
- Simone, je voudrais que vous laissiez un
instant toutes vos certitudes à terre, que vous les laissiez tomber, vos
verrous, vos limites, vos barrières, à vos pieds, là où finit tout ce qui vous
entrave, là où commence tout ce qui emporte.
- Pourquoi devrais-je m'ouvrir à ce point et
me présenter sans aucune défense ?
- Parce que vous m'avez déjà vu embrasser une
autre femme que vous, et vous ne me laisserez aucune chance de vous prouver que
vous êtes celle qui me va.
- J'ai moi aussi embrassé avant vous. Mais je
ne vous connais pas. Pas assez. Et ce que je connais de vous m'invite à la
prudence.
- Parce que j'ai aimé avant vous ?
- Non. Parce que vous semblez maîtriser cet
élan.
- Je ne maîtrise jamais le moindre élan, c'est
ce qui doit vous convaincre et c'est justement ce qui effraie ceux qui en sont
témoins. Ils me croient léger comme le vent, mais je suis enraciné, fort et
droit, dans une terre d'histoires, celles de toutes les âmes qui ont vécu avant
nous. Si un souffle puissant me fait plier, je me laisse courber, jusqu'à en
perdre ma nature. La seule chose que je maîtrise, c'est mon inclinaison sous
les vents superficiels. Quand je ne la maîtrise plus, c'est que le vent est
trop fort, une tempête de frissons, un ouragan d'évidentes couleurs tonnantes,
qui invitent mes cimes à retrouver les fleurs naissantes.
- Je n'ai pas le droit de vous embrasser.
- Pourquoi ?
- Parce que nous sommes dans la rue, parce que
je suis une femme et que si on nous voyait, vous seriez un Don Juan et moi une
fille facile. Je ne peux prendre une telle décision parce que je ne suis qu'une
femme, docile, aimante, qui cuisine et nettoie, dévouée et admirative de celui
qui a tellement de pouvoirs...
- Vous ne pensez pas ce que vous dites... Vous
savez pourquoi je ne peux aller nulle part ailleurs que vers vous ? Parce que
j'écoute la femme qui est en moi, ma mère, ma sœur, ma nourrice, la femme de
mon voisin, de mon frère, mon institutrice, ma meilleure amie, ma confidente,
toutes ces femmes qui font l'homme que je suis aujourd'hui. Mon courage est
féminin, mon élan est féminin, ma patience, ma conviction, ma certitude, mon
élégance, ma force, ma curiosité sont féminines. Les hommes ont peut-être tous
les droits, mais seuls ceux qui sauront en remercier les femmes deviendront des
hommes, libres...
- ...et égaux en droits... Vous vous prénommez
Raoul n'est-ce pas ?
- Oui
- Raoul j'ai embrassé quelques hommes dans ma
vie, mais aujourd'hui, je crois que j'ai rencontré la femme de ma vie... Et je
me sens tous les droits du monde de l'embrasser jusqu'à ce que ses courbes
défient les juges les plus obscurs…
Franck Pelé
mardi 17 février 2015
Une inoubliable Saint Valentin
Simone descend l'escalier.
- Quoi ? Pourquoi tu hurles comme ça ?
- C'est quoi ça ? J'ai cru qu'il y avait une morte sur la table du salon !!
- Oh... mais non c'est Caroline...
- Quoi "c'est Caroline" ?
- C'est ton cadeau. Enfin ton substitut.
- Mon cadeau de quoi ? Quel substitut ? Elle se substitue à quoi ?? à qui ???
- C'est ton cadeau de Saint Valentin. Je te présente celle qui va me remplacer.
- Bon Simone, tu me dis ce qui se passe ou je dois chercher les caméras ?
- Non, ce n'est pas une blague, je suis très sérieuse Raoul. J'ai pris une décision des plus sages pour la sérénité de notre couple : j'arrête le sexe.
- Pardon ?
- Je comprends que ça puisse être un peu violent à entendre comme ça pour toi, en rentrant du boulot, mais moi j'ai mûrement réfléchi cette décision. J'arrête le sexe et comme je sais que tu as quelques besoins en la matière, je t'ai offert Caroline. J'ai passé des heures dans le magasin avant de la choisir, j'espère qu'elle te plaira...
- Tu arrêtes le sexe ? Mais pourquoi ? Tu as toujours été satisfaite non ? Tu n'as plus envie de moi ? Tu as quelqu'un d'autre ? C'est quoi ce délire ???
- Voilà, c'est exactement pour ça que je veux arrêter. Le sexe régule tout le reste, s'il y en a, et que ça se passe bien, tout le monde pense que tout va bien alors que pas forcément, et s'il n'y en a pas, ou qu'il y en a moins, alors on se pose mille questions sur l'amour, l'envie, la fidélité, etc... Donc, je me suis dit que si on arrêtait le sexe, on serait tranquille, plus de prise de tête à savoir si l'autre a envie, si ses performances sont satisfaisantes, si je dois reprendre une douche parce que Monsieur a un appétit soudain, si je dois faire semblant de dormir quand tu as une envie pas synchronisée avec la mienne, si je dois travailler ma voix de tête avant l'orgasme idéal à entendre, bref, à partir de maintenant, que de l'amour non pollué par la testostérone ou la moindre hormone, et en cas de fièvre, hop, Caroline est là !
- Tu as bu... T'as déjeuné avec une conne...
- Pas du tout... Et Caroline sera toujours là, quelle que soit l'heure, le jour, l'humeur, tu pourras mal lui parler, lui pincer ce que tu veux, lui mettre une fessée en passant après l'avoir plantée devant l'évier, lui tirer les cheveux en arrière pour lui crier ta joie après un but, tu pourras même ne pas lui parler du tout pendant tes élans, elle n'en aura rien à cirer, la Caro c'est une crème... comme on n'en fait plus !
- Tu as complètement craqué en fait, maintenant c'est sûr... Tu as quelqu'un, c'est ça ?
- Mais arrête avec ça ! Non je n'ai personne, j'ai toi et ça me va très bien ! J'ai adoré le sexe avec toi mais maintenant on a des âges où franchement on peut se faire plaisir autrement et surtout quand on veut et pas quand l'autre veut ! Les couples qui durent, ce sont ceux qui font chambre à part ET ceux qui se font plaisir quand ils en ont envie, sans être prisonniers d'un contrat stipulant que le bonheur de l'un doit dépendre de l'envie d'orgasme de l'autre !
- Et c'est un cadeau de Saint Valentin donc, pour m'exprimer ton amour...
- Mais oui, absolument ! Mille fois oui ! De vouloir nous protéger et protéger la qualité de tes envies si c'est pas de l'amour, je ne sais pas ce que c'est !
- Je rêve... et toi, c'est qui ton substitut ?
- Oh non, non, moi tu sais je suis très manuelle mais je crois vraiment que je vais m'abstenir quelques mois, comme un régime. Et plus si affinités. Je suis sûre que je vais aimer cette nouvelle vie, elle va nous apporter beaucoup de sérénité. Et d'autres perspectives sentimentales, tu verras. Et puis au pire y'aura toujours le primeur en bas, il est très bien.
- Tu vas te taper le primeur ?
- Mais non je parlais d'un régime bio... bref, ça me regarde. Chacun sa sexualité maintenant, assouvie avec l'objet de son désir, et nous, on partage tout ce qui nous lie depuis toujours, l'amour, la tendresse, les rires, la présence chaleureuse, la complicité psychologique... et même physique, on pourra toujours se survoler pour quelques caresses précises, mais plus de voiture dans le garage, fini, tu feras les niveaux avec Caroline.
- Et tu crois que je vais accepter sans rien dire et aller sagement dans ma chambre jouer avec ma poupée gonflable ?
- Elle n'est pas gonflable elle est en silicone, plus vraie que nature. C'est le top tu sais chéri ce que je t'ai pris, attention...
On sonne à la porte. Raoul regarde par la fenêtre :
- C'est ta mère ! (Simone se dirige vers la porte) Non, attends !!! N'ouvre pas maintenant ! Qu'est-ce qu'on fait de Caroline ???
- Oh non pas ma mère... (Simone regarde partout autour d'elle) mets-la dans le piano à queue !
- Ta mère ?
- Non Caroline !
- Pourquoi dans le piano à queue ?
- Je ne sais pas, ça m'est venu naturellement... Dépêche-toi !!!
Raoul essaie tant bien que mal de replier la poupée sur elle-même et de la faire tenir dans l'habitacle du piano qu'il essaie de fermer.
- Mais j'ai du mal à refermer le piano !
- Bourre-la bien au fond !
Raoul se retourne, la mâchoire crispée et la peau rougie par l'effort autant que la colère sourde
- Tu le fais exprès là ?
- Oh pardon... ah non pas du tout promis... (Simone se pince les lèvres pour ne pas rire) en même temps c'est le mot idéal pour cette situation, je suis désolée du double sens... bon, alors, ça rentre pas ? Tiens ça me fait penser, à propos de double sens...
- Non ça va se voir ! Je ne peux pas fermer le piano complètement !
Odette, la mère de Simone, sonne encore et commence à frapper à la porte.
- Bon, prends-la dans tes bras !
- Quoi ?
- Prends-la dans tes bras ! Et pose sa tête sur ton épaule, comme si elle était triste ou fatiguée ou...
- Bourrée ? (regard noir de Raoul vers Simone)
- Voilà, très bien ! (Simone a du mal à retenir une crise de rire naissante) Mais surtout fais en sorte qu'elle tourne toujours le dos à ma mère, elle ne doit pas voir son visage !
- Ecoute si elle le voit tu lui expliqueras ta nouvelle lubie... Simone, s'il te plaît, évite de rire, c'est déjà assez insupportable comme ça...
Simone ouvre la porte
- Maman ! C'est gentil de passer ! Comment vas-tu ?
- Bonjour ma chérie... bah vous en avez mis du temps ! Je me demandais si... (elle tourne la tête et voit Raoul avec Caroline dans les bras) bonjour Raoul... oh pardon, je vous dérange peut-être ?
- Non ne t'inquiète pas, c'est une amie du travail de Raoul et elle n'est pas très bien...
- Oh bah oui, regardez, elle ne tient pas sur ses jambes la pauvre... Je peux vous aider mademoiselle ?
Raoul
- Non !!! Non merci Odette... ne vous inquiétez pas, je gère... Elle est un peu malade et là, si elle fait le moindre mouvement, j'ai peur qu'elle nous refasse la déco...
Odette à Simone, en chuchotant, un peu plus loin dans la cuisine ouverte sur le salon
- Dis donc ma chérie, je ne veux pas me mêler de ce qui ne me regarde pas mais... c'est Raoul qui t'a dit que c'était une amie de son travail ? Il fait quoi comme travail Raoul exactement ? Il est DJ dans un bar à putes ?
- Oh maman je t'en prie !
- Excuse-moi mais il faut bien appeler les choses par leur nom, regarde son look ! Elle n'a rien d'une collègue de travail, on dirait une poupée gonflable !
- Exactement Odette ! Et vous savez pourquoi elle ressemble à ce point à une poupée gonflable ?
Simone
- Non Raoul !
Il lance Caroline sur la table du salon
- Parce que C'EST une poupée gonflable !!!
- Non, elle n'est pas gonflable, elle est articulée et en silicone, presque réelle !
- Votre fille veut arrêter le sexe ! Et cette poupée, qui se prénomme Caroline, est mon cadeau de Saint Valentin ! C'est avec elle que je dois dorénavant envisager toute communion charnelle ! Si je puis dire...
Odette
- Mais enfin chérie, tu es folle ?
- Bon maman, c'est très profond, tu ne peux pas comprendre.
- De quoi parles-tu ? je peux tout comprendre tu sais... Il me semble qu'on a toujours été assez profond dans la famille...
- Du sujet ! C'est très psychologique, le sexe impose des comportements, induit des mensonges, produit des actes manqués, des envies pas toujours partagées, ça crée des incompréhensions, des tensions, des comparaisons malheureuses, bref, c'est peut-être très bon sur le moment mais sur le long terme, c'est la mort du couple quand on en a fait le tour !
- Mais s'il n'y en a plus, ce sera encore pire ! Tu crois que ton mari va se satisfaire de ta poupée jusqu'à la fin de ses jours ?
- Il pourra en changer, j'ai pris un forfait "4 en 10 ans + 1 offerte".
Odette
- Simone, je te défends souvent mais là, je pense que tu fais une grave erreur. Si j'avais dit une chose pareille à ton père...
Simone
- ...ça lui aurait peut-être évité d'aller voir de vraies poupées pour oublier son quotidien !
- ...
- Pardon maman... mais tu cherches aussi... c'est un sujet qui te dépasse... d'accord ? Dis-moi, tu vas au marché demain matin ?
- Oui, je pense oui...
- Tu peux me ramener des carottes ? Je vais faire un pot-au-feu demain soir.
Raoul
- Bah voyons, un pot-au-feu... et moi qui crevais de faim...pas de pot !!!
- Mais qu'est-ce que tu racontes Raoul, c'est pas la fin du monde non plus, arrête ! Je vais finir par penser que je suis assise sur la seule chose qui compte pour toi ! Je t'aime comme au premier jour ! Tu es l'homme de ma vie, et rien ne change à part ce petit régime sexuel, tu ne vas pas en faire tout un fromage non ? Et je n'ai jamais dit que c'était définitif ! De toute façon, tu ne vas pas me dire qu'en ce moment tu es à fond sur le pot-au-feu quand même ??
Odette
- Tu veux dire qu'il y a le pot mais pas toujours le feu ? (elle se tourne vers Raoul) Ah oui mais là Raoul si c'est ça, autant faire sa cuisine soi-même elle a raison...
Raoul
- Bon, Odette, ne vous essayez pas à la métaphore, je vous en supplie, je crois que nous devons avoir une explication de couple, c'est très gentil d'être passée mais là, on a besoin d'être seuls.
- Oui vas-y maman, à demain, bisous...
- Vous devriez écouter les conseils des anciens, c'est dans les vieux pots qu'on...
- Maman !!!
- Oui, oui... oh la la... j'y vais... enfin je veux bien y aller mais il me faudrait les clés de chez moi, c'est pour ça que je venais au départ...
Simone
- Han !!! Les clés...
Simone met la main devant sa bouche en regardant Raoul.
Raoul
- Quoi les clés... tu les as oubliées ?
- Ah non non, je sais parfaitement où elles sont...
- Où elles sont ?
- Dans Caroline...
- Pardon ???
- Je ne savais pas où les mettre et elle n'était pas facile à porter ! Je suis allée au magasin en vélo avec juste ma carte bancaire dans la poche et les clés me faisaient mal dans mon short moulant. L'entrecuisse de Caroline était le seul endroit qui représentait une cavité assez profonde pour que je puisse mettre les clés en lieu sûr si je transportais Caroline la tête en bas...
- Attends... Tu as traversé toute la ville avec ce truc à l'envers sous le bras ?
- Oui mais je tenais le guidon de l'autre main sans problème. Et puis elle était habillée hein, elle avait pas les fesses à l'air non plus...
- Tu as pris de la drogue...
Odette
- Bon, et on fait comment maintenant ?
Simone
- Bah on les reprend... Chéri, tu veux bien...
- Je veux bien quoi ???
- ...déshabiller Caroline s'il te plaît ?
- Tu te fous de moi là... Je vais me barrer de cette maison de fous...
- Raoul !!! Oublie le caractère sexuel de la chose d'accord, on la déshabille, tu l'ouvres un peu, tu récupères les clés et on n'en parle plus.
- Ah mais jamais de la vie ! Je veux bien la tenir en la prenant sous les bras mais c'est toi qui récupères les clés, je ne vais pas fouiller Caroline devant ta mère !
Odette
- J'en ai vu d'autres mon cher Raoul...
Simone
- Allez, plus vite ce sera fait, plus vite on pourra discuter...
Simone s'approche de Raoul, hagard, elle prend Caroline et l'allonge sur le dos sur la table du salon. Elle demande à Raoul de la tenir par les bras de l'autre côté de la table pendant qu'elle tire sur sa combinaison pour l'enlever.
- Rrrroooo j'y arrive pas, c'est trop moulant sa combinaison... Tiens, Raoul, coince sa tête entre tes jambes pour pouvoir tirer plus fort parce que là c'est impossible, je n'ai pas assez de prise, elle glisse...
Raoul n'en croit pas ses yeux, il regarde Simone, Odette, qui lui sourit comme si tout était normal, et s'exécute.
Simone, alors qu'elle essaie d'entrer la main dans la poupée, appelle sa mère.
- C'est trop étroit... Maman, est-ce que tu peux venir ici s'il te plaît, j'ai lu une astuce dans la notice mais j'ai besoin de toi...
- J'arrive ma chérie, dis-moi...
- Est-ce que tu peux lui pincer doucement les seins s'il te plaît...
- Les deux en même temps ?
- Oui, en même temps, ça la fait s'ouvrir...
Raoul a donc passé une jambe par dessus le cou de Caroline pour bien maintenir sa tête entre ses cuisses, Odette est en train de pincer les seins de la poupée pendant que Simone entre enfin à l'intérieur. Le hasard faisant toujours bien les choses, c'est à ce moment précis que Paulette débarque à l'improviste chez sa sœur. Au moment où elle entre dans la maison, sans frapper comme à son habitude, elle tombe nez à nez avec cette scène surréaliste et entend Simone dire :
- Maman, pince-lui les seins plus fort parce que je pense qu'il va falloir que j'entre la main entièrement si tu veux rentrer chez toi... Ou alors essaie toi, tu as les avant-bras plus fins, et moi je pince.
Odette
- Mais tu es sûre qu'elle ne va pas parler si on lui fait quelque chose qui lui déclenche une réponse particulière ? Parce que là je serais mal à l'aise quand même...
- Oui, oui je suis sûre. C'est juste qu'elle est hyper profonde c'est dingue, je ne sais pas sur quoi ils se sont basés mais elle pourrait avoir des jumeaux dans la salle d'attente sans s'en rendre compte la Caro, j'aurais presque pu mettre mon vélo et rentrer à pied ! (Simone rit avec sa mère de sa propre blague devant Raoul qui est livide) Dis donc chéri, si t'as froid aux pieds devant la télé, y'a un truc à faire que t'aurais jamais pu faire avec moi ! Rrrrrooo arrête de faire cette tête franchement...
Paulette laisse alors tomber le plat qu'elle venait de rapporter, figée sur place, à peu près autant que les trois autres protagonistes qui se sont arrêtés net en voyant Paulette.
Simone
- Attends Paulette, ce n'est pas ce que tu crois, on va t'expliquer !
Odette, en train de remonter ses manches
- Oui ma chérie, elle n'est pas vivante, ne t'inquiète pas...
Paulette, tremblante, affolée
- Mais qu'est-ce que vous faites... ?
Raoul
- Ah mais c'est très facile à comprendre, on récupère les clés de ta mère dans le vagin d'une poupée en silicone que ta sœur m'a offert pour la Saint Valentin parce qu'elle ne veut plus de sexe dans notre couple. Mais elle m'aime toujours hein ! Caroline est d'ailleurs une magnifique preuve d'amour... Tu te rends compte de ma chance d'avoir une femme si ouverte... d'esprit ! Et toi, ça va ? Tu venais pour quoi exactement ?
- Je... non rien, je... je venais voir Simone parce que je me sentais seule aujourd'hui... à cause de cette fête des amoureux... je voulais un peu parler avec ma sœur... mais je vais y aller, c'est mieux...
- Mais non reste, ta sœur a le bras long en amour tu sais ! Elle en connaît un rayon... et elle trouve toujours la clé du problème. Tu n'as qu'à rester dormir Paulette... En plus tu pourras dormir avec Simone parce que moi je dors avec Caro, et vu l'éducation saine de ma femme, je n'imagine pas que nous puissions dormir à trois dans le même lit, même avec une amie en silicone... Non, reste, franchement, ça me ferait plaisir que tu parles à ta sœur... (Il se tourne vers Odette) Odette, je vous embrasse, je vais aller me reposer un peu, enfin si ma femme veut bien retirer sa main de ma nouvelle compagne...
Simone se met à sourire en retirant sa main d'un coup sec, et en brandissant les clés :
- Je les ai !!!
C'est alors que Caroline commence à hurler de plaisir dans toute la maison. Un programme d'orgasme sonore s'est déclenché.
Paulette
- Pourquoi elle crie comme ça ???
Simone
- Je ne sais pas, j'ai dû toucher son point G en ressortant... Elles sont très sophistiquées ces poupées tu sais... Maman, donne-moi la notice qui est sur la table de la cuisine s'il te plaît... Vite, parce que là elle va ameuter le quartier ! On va croire que c'est moi !
Raoul
- Et ça t'ennuie qu'on puisse croire que tu prennes ton pied avec ton mari ?
Simone
- Raoul aide-nous au lieu de raconter n'importe quoi ! Tu ne sais pas comment on peut l'arrêter toi ?
- Ah non, c'est toi la spécialiste des poupées ! Moi je n'ai jamais eu besoin de notice avec ma femme ! Mais si elle fonctionne vraiment comme toi, essaie de lui parler de foot, de découvert à la banque ou dis-lui qu'elle a grossi, normalement elle devrait s'arrêter immédiatement. Et probablement se refermer automatiquement.
- Vous êtes tous pareil, vous êtes persuadés de connaître la notice de tout mais rien n'est monté comme il faut !
Raoul
- Allez, c'est bon pour moi... Salut les barges...
Raoul attrape son manteau, jette un regard noir à Simone, dit bonsoir, et quitte la maison en claquant la porte. Dehors, il croise le mari de Paulette qui s'avance vers la maison.
- Tiens salut Charles...
- Bonsoir Raoul, bah t'en fais une tête... tu t'en vas ?
- Oui
- Vous faites quelque chose de spécial pour la Saint Valentin ?
- Ah plutôt oui... Simone m'a offert un voyage pour la Silicon Valley
- C'est vrai ? Oh vous allez adorer...
- Pas sûr, c'est un voyage pour un.
- Hein ? Charles entend alors cette voix de femme qui hurle son plaisir.
Mais... qu'est-ce qui se passe là-dedans ? C'est... c'est Simone qu'on entend là ? Mais pourquoi elle...
- Simone n'est pas seule.
- Tu plaisantes ??? Elle est avec qui ?
- Elle est avec sa mère et ta femme, mais je te conseille vivement de ne pas les déranger.
Franck Pelé - textes déposés SACD - février 2015
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