Toutes les femmes du monde en une seule. Simone est une femme française à l'élégance rare, sensuelle et lumineuse, parfois insupportable, très souvent délicieuse. Entrez dans le monde de Simone et Raoul, vous n'en reviendrez pas, c'est le vôtre. Le principe ? Une photo m'inspire et j'invente des textes, des dialogues, librement inspirés de ces photos, trouvées au hasard sur la toile. Bon voyage...
vendredi 23 janvier 2015
Tout est question d'angle
- Voilà, et là, vous avez les combles, aménagés au printemps dernier... Excuse-moi chérie, je fais visiter !
- C'est votre femme ?
- Oui, pardon de ne pas vous l'avoir présentée de façon plus officielle mais je ne peux pas la déranger quand elle fait ça...
- Elle fait de la danse ?
- Non, là elle montre son épilation maillot à la voisine d'en face.
- Vous plaisantez...
- Ah non non, elles sont très amies et elles ont une excellente vision de loin toutes les deux, alors comme les escaliers sont fatigants, elles échangent directement par la fenêtre.
- Mais comment vous pouvez être sûr que c'est la voisine ?
- Ah bah parce que quand c'est le voisin, elle fait pareil mais toute nue.
- Pardon ?
- Oui, elle pose. Mon voisin est peintre. Il est très fort pour dessiner les lèvres. J'ai d'ailleurs épousé ma femme notamment pour sa bouche. Il est marrant mon voisin, comme il est peintre et qu'il habite dans un immeuble il se dit peintre en bâtiment.
- Vous me charriez...
- Ah mais non ! Vous savez... nous sommes installés ici depuis douze ans, et on a créé des liens très forts avec notre voisinage. Il faudra d'ailleurs que vous respectiez un peu les habitudes de chacun avant d'éventuellement modérer la chose. Enfin si vous voulez modérer... Madame lève la jambe facilement ?
- Ecoutez, merci pour votre visite, nous devons vous laisser parce que les enfants sont dans la voiture.
- Vous ne m'avez pas dit que vous n'aviez pas d'enfants ?
- Heu... oui. Raison de plus, ils n'ont rien à faire là. Je vous rappelle très vite pour vous faire part de notre décision. Au revoir Monsieur. Mes hommages à votre dame.
Quelques minutes plus tard, Raoul remonte dans les combles retrouver Simone :
- Alors eux, je pense qu'on ne va pas les revoir tout de suite...
- Bon je peux baisser la jambe maintenant ? Je vais finir par m'enrhumer en ouvrant autant les angles... écoute Raoul, je ne sais pas pourquoi tu mets cette maison en vente si tu fais tout pour que la vente ne se fasse pas !
- Mais je n'ai jamais voulu vendre cette maison ! En fait, quand je m'ennuie un peu, je rédige une annonce bidon et je m'éclate à imaginer une mise en scène qui va faire fuir les plus naïfs.
- Tu es sûr qu'il était naïf ton type là ?
- Bah, t'as vu comme il a tout gobé ? Comme si il avait la bouche de Lana del Rey ! Pourquoi tu me demandes ça ?
- Alors soit il n'était pas tout à fait convaincu soit il a très envie de voir le talent de mon esthéticienne parce qu'il est en train de discuter avec le voisin d'en face là...
- L'enfoiré de pervers...
- Voilà ! Il va acheter en face avec tes conneries ! Raoul, y'a le voisin qui lui tend des jumelles, qu'est-ce que je fais ??
- Glisse un truc suggestif sous ton maillot ! Vite !
- Quoi ? Mais ça va pas ?
- Tiens, mets ça avec un t-shirt "mariage pour tous" en haut !
- Ah non ! Hors de question que je joue avec la nourriture, question de principe !
- Bon, pousse-toi. Pousse-toi ! Et passe-moi ton chapeau à grands rebords là, ça va me cacher le visage... Il va avoir des surprises le voyeur de ces dames...
- Mais chéri, tu lèves la jambe comme un canard boiteux, il va comprendre immédiatement...
- Va me chercher la jambe de ta mère.
- Mais elle tricote avec Geneviève !
- Et ben justement ! Elle ne va pas avoir soudainement envie de piquer un sprint jusqu'à l'évier pour faire la vaisselle, si ? Ce serait bien la première fois !
- Tu insinues quoi au juste là ? Ma mère est handicapée, elle vient pour se reposer et tricoter des pulls aux enfants !
- Oui enfin elle ne vient pas tricoter que des pulls hein... elle tricote des vannes aussi, et des emmerdes quand elle a le temps !
- Au moins elle dit tout en face, pas comme ta mère qui balance en sous-marin, comme une vieille buse de la guerre froide ! Alors ça, en missiles indétectables elle touche la reine-mère ! Elle tripote même ! Et elle tripote pas que des pulls, elle tripote des vannes, et des emmerdes quand elle a le temps, c'est à dire tout le temps !
- Dis donc Simone... tu lis comme moi sur la pancarte là ?
- Quelle pancarte ?
- Celle que le voisin brandit avec un grand sourire complice... Moi je lis "Tu peux me faire comme hier ?"
- Bon, je vais te chercher la jambe de maman.
Franck Pelé
vendredi 16 janvier 2015
Lancement de la campagne My Major Company / En voiture Simone !
LAncement de la Campagne My Major Company / En voiture
Simone !
Après des mois de travail avec Nicolas
Fogliarini sur cette
page, pour écrire les textes, présenter le projet, tourner une petite vidéo
d'introduction, habiller l'ensemble, j'ai le plaisir de vous annoncer
l'ouverture officielle de la page My Major Company - En voiture Simone !
En fait cette page a été lancée tout
début janvier, et nous avons déjà récolté la moitié de la somme nécessaire. Cette
campagne de financement participatif a pour but de récolter des fonds pour
tourner le pilote de la série qui sera tourné par Julien Seri qui a eu
la classe d'adhérer immédiatement au projet.
Je vous laisse lire attentivement la page, tout y est, et je vous invite surtout à la partager, et à demander à vos amis de la partager, c'est presque aussi important que les dons. Il faut toucher du monde, toucher des gens qui ne connaissent pas Simone et qui en lisant, auront envie de voir ce projet aboutir.
Sur cette page, vous découvrirez également le nouveau logo créé par Corinne Prose et Stephane Dehaumont, que je remercie chaleureusement pour cette belle réussite graphique.
Et je vous remercie du fond du cœur, vous les amoureux de la belle, du bon mot, des histoires qui font s'envoler, les fidèles des premiers jours et les enthousiastes des derniers, merci pour votre curiosité, votre amitié, votre générosité, j'ai le même rêve que vous, voir Simone prendre vie à l'écran.
Prenez le temps de lire cette page et d'en parler s'il vous plaît, et nous réussirons.
Je vous laisse lire attentivement la page, tout y est, et je vous invite surtout à la partager, et à demander à vos amis de la partager, c'est presque aussi important que les dons. Il faut toucher du monde, toucher des gens qui ne connaissent pas Simone et qui en lisant, auront envie de voir ce projet aboutir.
Sur cette page, vous découvrirez également le nouveau logo créé par Corinne Prose et Stephane Dehaumont, que je remercie chaleureusement pour cette belle réussite graphique.
Et je vous remercie du fond du cœur, vous les amoureux de la belle, du bon mot, des histoires qui font s'envoler, les fidèles des premiers jours et les enthousiastes des derniers, merci pour votre curiosité, votre amitié, votre générosité, j'ai le même rêve que vous, voir Simone prendre vie à l'écran.
Prenez le temps de lire cette page et d'en parler s'il vous plaît, et nous réussirons.
Merci.
Franck Pelé
C’est ici que tout se passe : https://www.mymajorcompany.com/envoituresimone
Voici ci-dessous, le texte
que vous découvrirez sur la page My Major Company / En voiture Simone :
"EN VOITURE SIMONE" LE PILOTE
Voilà. Nous sommes prêts. Il ne manque
plus que votre aide et la belle aventure de l'adaptation d'En Voiture Simone en format court pour
la télévision va sortir la grand-voile et lever l'ancre. Nous vous sollicitions
pour lever les fonds nécessaires au tournage du pilote de la série. Le pilote
d'une série c'est l'épisode zéro, l'épisode test.
C'est avec ce pilote que les télés
mesureront tout le potentiel visuel de notre projet, elles auront alors une
folle envie de voyager avec nous et rejoindront les convaincus de la première
heure, les milliers de lecteurs qui s'enthousiasment pour les aventures de
Simone.
Le vent qui souffle dans nos voiles est
celui de la prise de risque, en premier lieu, celle de Franck Pelé, dont le besoin d'écrire épouse idéalement l'envie de lire de ses fidèles
lecteurs et de tous ceux qui seront ravis de le découvrir. Avec
Simone incarnée à l'écran, il se réaliserait autant qu'il répondrait à une
attente maintes fois exprimées sur tous les supports médiatiques et sociaux
depuis la création des aventures de cette héroïne, le fruit le plus précieux de
sa plume, qu'il partage généreusement avec nous depuis cinq ans.
C'est aussi grâce au risque pris RR3 FILMS, société de
production et des nombreux talents qui soutiennent le projet. Mais il nous
manque le carburant pour faire vrombir le moteur de la voiture de Simone, et le
temps nous est compté. Nous avons 60 jours pour faire le plein. Nous
vous proposons donc de partager ce risque avec nous, pour que ce pilote soit
une réussite, pour qu'il nous permette de convaincre les chaines de Télévision
qu'En Voiture Simone est LE projet à soutenir.
LE FINANCEMENT
Nous avons estimé à 5000 euros le
montant minimum qui permettra la réalisation de ce pilote, mais dans l'idéal
il faudrait le double !
Nous dédierons cette somme (minorée des
20% de la TVA prélevée par l'état) à la location du théâtre, décor de
l'épisode pilote, au lancement du casting de nos héros, Simone et Raoul, à la
location du matériel de tournage, aux costumes, au maquillage et enfin à la
post production : montage, étalonnage et mixage du son.
Si nous dépassons les 5000 euros,
l'argent récolté permettra de rémunérer les nombreuses personnes qui sont
nécessaires à la concrétisation d'une telle aventure, de créer le générique
d'ouverture (très ambitieux) et pourquoi pas selon la somme de tourner un autre
épisode. Enfin, si il reste de l'argent, Franck l'utilisera pour développer son
univers et le faire connaître. Un détail important, si la somme n'est pas
atteinte, le projet de financement participatif n'est pas validé.
LE PLANNING
Dès le mois de Janvier 2015 nous allons
lancer le casting de nos héros. Trouver les acteurs qui incarneront Simone et
Raoul est l'élément fondamental de la réussite de ce projet.
Dès que nous aurons trouvé ces perles
rares, nous lancerons la pré-production du pilote.
Le tournage en lui même durera une
journée et se déroulera en région parisienne.
NOTRE PROJET EN QUELQUES MOTS
Le concept du blog est défini ainsi sur
sa page d'accueil :
"Toutes les
femmes du monde en une seule. Simone est une femme française à l'élégance rare,
sensuelle et capricieuse, insupportable et délicieuse.Entrez dans le monde de
la femme de Raoul, vous n'en reviendrez pas, c'est le vôtre. Le principe ? Une
photo m'inspire et j'invente des textes, des dialogues, librement inspirés de
ces photos, trouvées au hasard sur la toile. Bon voyage..."
Si le style et l'imagination de Franck
sont les bases du succès d'En voiture Simone, le concept du blog doit une
partie de sa réussite au choix des photos qui ont inspiré les épisodes à
l'auteur. Simone, Raoul et toutes les situations qui les mettent en scène sont
imaginés d’autant de façons différentes qu’il y a de lecteurs. Ces
situations se déroulent sur des époques différentes, les personnages peuvent
se rencontrer dans un épisode et être ensemble depuis vingt ans dans un autre,
puis se rencontrer à nouveau dans un nouvel acte.
Ces « incohérences » sont aussi les
piliers du projet, c'est la force du blog. L'auteur joue avec le temps, les
situations sont intemporelles comme l'est Simone, et cette possibilité de jouer
sur l'anachronisme, de voyager dans le temps, les costumes, les époques, cette
façon de rendre universel un moment très particulier sont autant de clés qui
expliquent pourquoi les lecteurs accrochent. C’est pourquoi nous avons
logiquement décidé d’intégrer cette singularité à l’adaptation
télévisuelle.
Le principe majeur de l’adaptation
repose sur le fait que nos personnages sont incarnés et interagissent sur une
période d’une soixantaine d’années, des années 50 à nos jours. Mais la
vraie singularité de ce concept c’est que nos personnages ne vieillissent pas.
Ils évoluent d’époque en époque au gré des épisodes. Le temps passe, les
modes changent, les costumes, les coupes de cheveux, les mentalités aussi,
mais pas notre couple ni leurs proches.
L’intérêt du concept est multiple. Par
son regard très actuel sur toutes les époques, « En voiture Simone » joue
avec le temps et avec la grande question que la sinistrose actuelle met sur
toutes les bouches : « est-ce que c’était mieux avant ? ». Simone fait se
télescoper ces décennies si différentes avec humour et sensibilité en
surfant sur une vague immortelle : la nostalgie. Sa lucidité empêche tout
compromis avec la caricature et nourrit nos réflexions en même temps qu'elle
dessine nos sourires.
La grande force de cette série est
aussi visuelle. Une vraie comédie de genre dans laquelle les personnages
prendront un plaisir fou à changer de coiffure, de décor, de costumes, selon
l’époque choisie et l’épisode du jour. C’est ce même plaisir que les
téléspectateurs prendront en voyageant dans leurs souvenirs.
L’éventail des époques proposées
permet de cibler plusieurs générations, et de créer un lien entre
elles.
L'EQUIPE
L’équipe d’EN VOITURE SIMONE est
composée d’un trio de passionnés :
Franck Pelé, Nicolas Fogliarini et
Julien Seri. Tous les trois ont trouvé leur voie, comme on épouse une
évidence.
Lecteurs assidus du blog de Franck
Pelé, Nicolas Fogliarini et Julien Seri ont décidé de réaliser ensemble les
épisodes du shortcom En Voiture Simone.
Franck écrit, la vie, les choses, les
gens, ce qui se voit et ce qui se cache entre les lignes. Son regard sur la vie
séduit beaucoup de lecteurs parce que chacun s'y retrouve. En parcourant ses
textes, on tombe toujours sur celui qui semble avoir été écrit pour soi.
Cliquez sur son nom pour accéder à son
blog et pour télécharger sa bio c'est ici Franck_Pelé.pdf
Long métrages, fictions TV, publicités,
Julien est un réalisateur qu'on ne présente plus. Il sait tout faire. Il se
chargera du casting, de la réalisation des pilotes et de la majeure partie des
épisodes. Il supervisera la décoration, les costumes, la mise en scène, les
montages, c’est lui qui donnera le rythme et le pouls de la série. Cliquez sur
son nom pour voir ses derniers films et pour télécharger son CV c'est ici cv_julien_seri.pdf
Nicolas, en plus de son rôle de
producteur, se chargera de la direction artistique globale du concept et
réalisera le générique d’ouverture de la série ainsi que quelques
épisodes. D’autres auteurs et réalisateurs viendront épauler le trio dans un
deuxième temps. Cliquez sur son nom pour voir ses derniers films et pour
télécharger son CV c'est ici fogliarini_nicolas_cv2014.pdf
EN VOITURE SIMONE, LE SHORTCOM
La richesse de l’écriture permet de
travailler les personnages en profondeur quand le côté visuel et décalé
permet de toucher tous les profils.
C’est une série d’auteur et une série
familiale. Comme Simone, elle est inclassable, c’est tout et son contraire.
Ce concept est novateur parce qu’il n’y
a pas, en France, d’héroïne féminine dans laquelle toutes les femmes peuvent
se retrouver. Simone n’est pas flic, nounou, juge ou ange gardien, elle est
d’abord femme, elle est toutes les femmes du monde en une seule. Elle est
sensible et élégante, elle a beaucoup de classe mais peut être extrêmement
familière et rock n’roll, elle est belle autant qu’elle doute de son charme ou
de ses certitudes, elle est rêveuse et lucide à la fois, elle est tout et son
contraire. Aucune autre femme ne parle aussi bien de l’amour, de la jalousie,
de la peur, de l’infidélité, du bonheur, des qualités de son homme et des
travers de tous les autres, ou le contraire. Aucune autre ne peut se permettre
de dire tout haut en 1957 ce que toutes les femmes d’aujourd’hui auraient eu
envie de hurler à l’époque.
La psychologie et l’acidité parfois
hilarante de la belle sont très actuelles. Une fois transposées dans un
contexte particulier qui répond à des codes historiques, elles concoctent des
ambiances aux saveurs délicieuses, épicées ou sucrées selon l’humeur du
jour.
« En voiture Simone » joue avec le temps,
avec l’espace, avec l’histoire. Les changements de décor et de costumes que
proposent les différents épisodes sont de formidables moteurs pour le
téléspectateur qui peut s’identifier à une époque ou au contraire la
découvrir, se laisser emporter, ressentir l’atmosphère proposée d’une façon
très personnelle, c’est une mécanique extraordinaire pour lutter contre
la routine, de la vie comme de la série.
Vous montez ? En voiture !
LE LOGO !
Un grand merci à Corinne Prose http://www.corinneprose.com/ et
Stephane Dehaumont
http://www.sdehaumont.com & http://www.les-dudes.com/ pour la création de ce superbe logo « En voiture Simone » !
http://www.sdehaumont.com & http://www.les-dudes.com/ pour la création de ce superbe logo « En voiture Simone » !
EN VOITURE SIMONE, UN ÉNORME SUCCÈS SUR INTERNET
En voiture Simone c'est l'histoire d'un blog qui a ce pouvoir délicieux de fidéliser
tous les gens qui viennent le goûter. Les statistiques sont formelles, 100% des
lecteurs qui commencent à lire Simone, sur le blog ou sur les réseaux sociaux,
restent accro à la magie de ces histoires qui sont les nôtres. Ce sont eux qui
le disent ! Lisez les commentaires sur la page Facebook officielle,
forte de plus de 7000 lecteurs, tout le monde en veut encore, et chacun attend
avec impatience un projet télé. Le blog a été créé en mai 2010 par Franck Pelé,
très vite, il est repéré par Le Monde (article du 6 octobre 2011), puis par
Canal Plus qui propose à l'auteur une collaboration dans une de ses émissions,
mais venant de signer Bref, pas de place pour un autre projet télé, qui n'était
alors pas tout à fait dans nos tuyaux. En 2013, En voiture Simone remporte le
trophée du Meilleur Espoir toutes catégories confondues (5000 blogs en lice)
aux Golden Blog Awards. Le lendemain, dans Télématin, Laura du Web fait sa
chronique en insistant sur le côté génial de la plume qui nourrit Simone. Le
blog a aujourd'hui 155.000 pages vues, et les lecteurs viennent de partout en
France et à l'étranger. Les cercles d'amis et d'amis d'amis sont désormais
atteints, et pour faire connaître Simone à tous ceux qui ne savent pas encore
qu'une héroïne idéale les attend quelque part, il faut l'offrir à leur écran !
En voiture Simone est un succès sur Internet, il sera un succès de télévision.
RR3
FILMS
RR3 est l’acronyme de Rencontre Rapprochée du 3e type, qui se
réfère à la classification des OVNIS de Josef Allen Hynek. C’est également une
référence au chef d’oeuvre de Steven Spielberg.
Société de production
résolument orientée vers l’Europe et l’international, RR3 FILMS conçoit
et produit des fictions. Créée en 2012 par Nicolas Fogliarini, auteur
réalisateur, RR3 FILMS c’est aussi un pool de talents, auteurs, graphistes,
réalisateurs, techniciens. RR3 FILMS développe plusieurs
projets destinés au cinéma et la télévision et plusieurs long-métrages, dont The Debt Inherited avec Iwan Rheon et John Bradley de Game
of Thrones ainsi que la
talentueuse Saffron Burrows (Braquage
à l'anglaise, Troie, Deep Blue Sea....) qui ont rejoint le casting. Le tournage
est prévu en Juin 2015 à Londres.
RR3 FILMS à produit le
segment français de The Owner, long métrage réalisé par 25 réalisateurs du monde entier,
titulaire du record du monde du film avec le plus de
réalisateurs et lauréat de nombreux prix et sélections en festivals. Début
2014 en partie grâce à une campagne de crowdfunding réussie sur MyMajorCompany,
RR3 Films a produit à consommer avant fin, un court métrage
inspiré de faits réels, dont le rôle titre est tenu par Patrick Poivey, la voix
français de Bruce Willis. Ce film qui commence à peine sa vie en festivals a
déjà huit sélections officielles à son actif et vient d'être vendu à TV5 Monde
!
dimanche 4 janvier 2015
Après la mémoire
- Oh non chérie, tu adorais cette photo !
- Oui... j'étais belle sur cette photo... Et je suis déjà une autre... Tellement une autre que je regarde cette femme et j'en viens à me demander si c'était bien moi.
- Oui, c'était toi. Je m'en souviens comme si c'était hier. Après cette pose, j'ai défait tes cheveux, j'ai effleuré ta bretelle, assez pour la laisser tomber, et c'était comme si j'étais le premier à avoir eu l'idée de l'origine du monde...
- Et moi... quand vas-tu me laisser tomber..? Quand vas-tu m'oublier ? Combien de temps la mémoire entretiendra-t-elle l'illusion de notre passage ? Quel matin sera celui qui naîtra sans aucune conscience de mon existence ? Quel soir sera le premier à n'avoir aucun parfum de notre amour ?
- Ooooooh... toi, tu nous fais une petite déprime...
- Non mais Raoul, je suis sérieuse ! Et je ne déprime pas du tout, mais je suis malheureuse à l'idée de l'oubli, vivre tant de choses, écrire, lire, dire tant de jolies choses, inventer tellement de frissons, chanter autant de sentiments, regarder couler autant de larmes et flotter autant de sourires pour que tout finisse par être avalé par le temps, c'est insupportable !
- Oui, toutes ces richesses vécues et finalement digérées dans un puits sans fond, un infini insolent d'indifférence, c'est inadmissible...
- Mais je suis sérieuse, ça me tue !
- Bah écris au courrier des lecteurs qu'est-ce que tu veux que je te dise ma chérie... Personne n'a vraiment le choix, c'est la règle depuis le début du jeu, c'est comme ça, et personne n'a pu la changer.
- Tu t'en fous toi ? Ce n'est pas important pour toi de te dire que tu vas être dilué dans l'oubli ? C'est comme si tu n'avais jamais existé...
- J'aurai existé pour toi, le temps de toi.
- C'est gentil mon amour... mais ça ne suffit pas...
- Merci...
- Tu sais ce que je veux dire... En fait, j'ai réfléchi, je vais me faire incinérer.
- Bon, on peut parler d'autre chose Simone là ?
- Non, non, c'est important ! Je ne veux pas être enterrée. De toute façon, y'a de plus en plus de monde sur la planète alors au bout d'un certain temps, forcément, si on ne fait rien, il n'y aura plus que des cimetières d'un bout à l'autre de la Terre. Et puis ça sert à quoi franchement ? Regarde, j'adorais ma grand-mère, elle est enterrée à vingt minutes d'ici et je suis allée la voir dix fois en trois ans... J'ai honte d'ailleurs...
- C'est vrai que tu pourrais y aller plus souvent...
- Et puis non, je n'ai pas honte d'ailleurs ! Pas du tout. Je lui parle tous les jours ! Et toi ta mère elle est à dix kilomètres et tu n'y vas jamais !
- Mais moi elle est vivante !
- Raison de plus ! Au moins y'a quelqu'un qui te répond quand tu as des choses à lui dire ! Ma grand-mère, j'ai une pensée pour elle à la moindre complicité imitée par la vie sans elle. Pas besoin de parler à une pierre pour construire une chapelle de souvenirs ou valider un respect post-mortem ! Non, je veux partir en fumée, dans ces volutes élégantes qui, elles au moins, m'enverront au ciel avec certitude.
- Moi j'aime bien l'idée de mon nom gravé sur une pierre, pour ceux qui viendront me voir, ou penser à moi devant ma dernière demeure, et pour ceux qui viendront voir un voisin et qui liront mon nom sans savoir ce qu'il signifie, qui j'étais, ce que je faisais...
- Mais justement ! Voilà, c'est ça Raoul qui est insupportable ! Les cimetières sont pleins de gens formidables qui ont fait des choses incroyables et personne ne le sait ! Ils ont tellement lu, tellement aimé, tellement compris le monde, ils ont acquis une telle expérience de la vie, et pffuiiiiit, tout disparaît comme ça, d'un claquement de doigt ?
- Certains ont laissé des traces de ces expériences, des livres, de la musique, de la peinture...
- Et les autres ? Ceux qui n'ont rien laissé ? Merci au revoir ? Ton nom gravé sur une pierre, il va servir à trois générations, peut-être quatre si tu as de la chance, et après ? Qu'est-ce qui se passe après l'oubli Raoul... (une larme semble naître dans son regard)
- Je ne sais pas ce qui se passe après l'oubli Simone, on ne le saura jamais, de notre vivant en tout cas. Mais là, moi, je suis vivant, je suis vivant parce qu'on m'a fait le cadeau de m'envoyer ici pour te vivre. Je ne sais pas qui j'étais, ou ce que j'étais avant d'être ici, et je ne sais pas qui je serai après avoir été ici, mais je sais que la conscience d'être avec toi et l'inextinguible plaisir d'avoir été avec toi feront les essences des amours dont nous ne serons jamais témoins et seront la preuve qu'on peut être et avoir été heureux dans un seul être.
- Il faudra que tu me répètes doucement cette phrase mais tu as raison, c'est fou ce que tu es vivant... Toutes ces déclinaisons de l'être... Finalement, tu es un homme de l'être, et un homme de l'être ne meurt jamais tout à fait... Mon amour, j'ai envie que tu me rendes vivante comme jamais...
- J'ai envie de toi à un point... que même dans mille ans on saura qui tu étais.
- Flatteur...
- Dis donc rien à voir mais je pensais à ton truc d'incinération là. Au cas où tu pars avant moi et que je doive organiser une réception après la cérémonie...
- Oh non Raoul, j'étais bien là ! Tu m'as tout coupé, c'est pas vrai ! Et puis j'y pensais plus et maintenant je vais angoisser comme une malade ! C'est pas possible... mais c'est quoi ton problème pour parler de ça avec autant de détachement ?!!
- Non mais vraiment, c'est important ! C'est justement parce que je me sens concerné que je veux ton avis.
- C'est une vraie question sur le sujet ?
- Oui, c'est une vraie question sur le sujet, et franchement, je n'ai pas la réponse. Je veux ton avis parce que je n'ai confiance qu'en toi et que tu es quand même la première concernée. Tu ne seras pas là pour me dire si c'est idéal ou si c'est complètement idiot alors je veux te poser la question maintenant.
- Moi aussi je n'ai confiance qu'en toi. Merci de respecter mon choix... Dis-moi.
- Donc, concernant la réception après la cérémonie...
- Oui...
- Si je fais un barbecue, tu crois que c'est déplacé ?
Franck Pelé - textes déposés SACD - Janvier 2015
jeudi 4 décembre 2014
La couleur de l'âme
Un cri extrêmement terrifiant résonna dans toute la maison.
Raoul sortit de la salle de bains et se précipita dans la chambre. Simone était
là, assise sur le lit, tremblante. Au moment où son mari est entré, elle a levé
la tête et l'a fixé longuement. Son regard était plein de questions, de peur et
d'incertitudes, sa peau frissonnait, elle n'arrivait pas à se reprendre. Raoul
est venu s'asseoir près d'elle, elle a d'abord eu un mouvement de recul, puis a
laissé ses mains la rassurer.
- C'est moi chérie... ça va... ça va... viens-là...
- Pourquoi devrais-je être rassurée par toi... Toi ou un
autre... Sais-tu toi-même qui tu es... ?
- Que se passe-t-il... Dis-moi...
- J'ai fait un rêve terrible... un cauchemar... je n'ai pas
de mots... De ces cauchemars dont tu ressors aussi fragile qu'après avoir livré
la bataille de ta vie.
- Tu veux me raconter ?
- Non. Je veux que toi tu me racontes.
- Que je te raconte quoi ?
- Nous. Je veux que tu me racontes nous. Est-ce que tu nous
racontes aussi bien qu'au début quand tu nous racontes ailleurs ? Est-ce que
notre histoire donne envie d'être heureux ou donne-t-elle envie de te rendre
heureux ?
- De quoi tu parles ? Où ailleurs ? Quel ailleurs ?
- Je ne sais pas, n'importe où ! Je ne parle de rien en
particulier, je veux juste savoir tu comprends ? Raoul... je ne veux pas te
rendre triste, sombre, menteur ou lâche, juste parce que tu voudrais me
protéger ou ne pas me faire de mal...
- Toutes les histoires ont deux façons d'être racontées, le
côté pile et le côté face. Pile, c'est pragmatique, face c'est romantique.
C'est l'humeur, la vie, le ressenti d'un moment, d'une chimie présumée
retrouvée ou perdue qui va faire tomber la pièce d'un côté ou de l'autre.
- Et le bonheur est forcément poignardé par le pragmatisme
? On ne peut pas être lucide et amoureux ?
- Que veux-tu savoir Simone ? Si je t'aime ? Oui,
profondément. Si je te regarde comme au premier jour ? Je crois qu'il y a des
jours avec et des jours sans, exactement comme toi. Si je me suis déjà lassé de
toi ? Je crois oui, mais je suis sûr que ça m'est arrivé moins de fois que toi.
Seulement, moi, à chaque fois que ça m'est arrivé, j'ai accepté que ça
m'arrive, toi je pense que tu as toujours cherché à reporter la culpabilité de
ta lassitude sur moi. De mon côté, j'ai toujours accepté l'érosion des falaises
les plus solides, mais je sais aussi qu'il est très rare de les voir
s'écrouler.
- J'ai vieilli, je sais que j'ai vieilli. Ton amour a
vieilli en même temps n'est-ce pas ?
- Non. Là aussi tu reportes assez injustement la
responsabilité de ton léger automne sur moi. Je me sens parfois responsable
de...
- De quoi ? De mes seins qui tombent ? De mes fesses qui
grossissent ? Vas-y, dis-le...
- Arrête ! Tu vois ? Regarde avec quelle agressivité tu me
demandes de parler de quelque chose dont tu es absolument consciente ! Et avec
beaucoup plus de sévérité dans le regard ! Pour moi tu es toujours parfaite !
Ta peau c'est TA peau, si tes seins tombent un peu ils seront encore plus
délicieux à relever en t'embrassant, mais il faudrait que tu arrêtes de me
faire sentir quand je les caresse que je pense ce que tu crois que je pense et
que je ne pense jamais ! Tu flippes toute seule Simone, et tu creuses la tombe
de toute légèreté dès que tu penses à ma place !
- Tu as embrassé d'autres femmes ? Tu as parlé d'amour à
d'autres femmes ?
- J'adorerais avoir confiance en ton recul sur les choses
et l'indépendance de ton intelligence pour pouvoir te dire une chose pareille
sans que tu penses que mon amour pour toi ait été une seule fois malhonnête.
- Comment puis-je croire que tu nous racontes comme
avant...
- Mais on ne raconte jamais les belles choses quand on veut
être aimé pour ce qu'on est ! Quand je cherche à être celui que tu ne vois plus
! Quand je persiste à penser que ton jugement d'un jour n'est pas la vérité de
mon être et qu'un autre regard donne parfois la force d'être plus fort !
- Mais d'être plus fort pour qui ?
- Mais on s'en fout de ton "pour qui" !!! D'être
plus fort ici !! Pourquoi laisses-tu toujours ta jalousie analyser les
situations ?!! C'est ta jalousie qui parle Simone ! C'est toujours possible
qu'un amour s'arrête, ou diminue doucement, c'est possible aussi qu'il fleurisse,
se fane, et fleurisse à nouveau, comme le sentiment naturel qu'il est, un fruit
de saisons. Et toi, me le dirais-tu si tu m'aimais moins ? Je ne crois pas. Je
crois que tu attendrais que ça m'arrive pour pouvoir me le reprocher.
- C'est comme ça que tu me vois ?
- Couvre-toi, tu as froid.
- Je n'ai pas froid, j'ai peur.
- C'était quoi ce rêve ?
- Je marchais nue, dans un jardin sombre, un homme m'a
invité à le suivre jusqu'au milieu d'une clairière, il portait une torche. Au
milieu de cette clairière, il y avait un puits. Il m'a dit de faire un vœu et
de ne rien dire, j'ai pensé très fort que je voulais savoir comment tu
m'aimais, j'ai souhaité connaître la couleur de ton âme. J'ai plongé ma main
dans le puits, et elle est ressortie noire, terriblement salie.
- Je suis le grand méchant loup n'est-ce pas ? Je suis le
coupable de tous les maux... Tu ne t'es jamais demandée si tu faisais tout ce
qu'il fallait toi ? Tu n'as jamais eu envie d'avoir un autre regard sur toi
quand le mien ne t'allait pas ? Je parle d'un regard, pas d'une main. Tu n'as
jamais eu la sensation de te tromper en me jugeant sans pour autant t'arrêter
de vider des sacs d'une injustice rare ?
- Arrête...
- Tu n'as jamais pensé que l'amour pouvait être singulier
et unique avec moi mais que l'état séduit pourrait tout à fait fleurir à ton
balcon sans que j'y sois pour quelque chose ?
- Arrête !!! Oui j'ai déjà eu envie d'être aimée ailleurs
quand je me suis sentie seule ! Oui j'ai déjà parlé d'amour à d'autres ! Oui je
sais que je te juge mal et qu'il m'est plus facile de te rendre responsable de
ce que je ne veux pas voir ! Je n'ai pas fini de te raconter mon rêve ! Quand
je suis repartie vers le jardin, je regardais ma main en pleurant, quand
soudain l'homme a crié que je m'étais trompée de puits. Je me suis retournée,
et j'ai vu mon nom écrit en lettres blanches, peintes sur le puits dans lequel
je venais de tremper ma main ! Plus loin, sur la gauche, il y avait un autre
puits, avec ton prénom dessus. Et des enfants venaient y remplir des
bouteilles. J'ai vu Simone sur le puits qui a sali ma main, tu comprends ???
C'est mon âme qui est noire !!! C'est là que j'ai hurlé...
- Simone... Simone !!! (Il la relève, la prend dans ses
bras et lui parle doucement) Simone, mon amour... C'est ta culpabilité qui t'a
entraînée dans ce puits. Parce qu'elle est vicieuse, parce qu'elle aime prendre
le pouvoir et nous voir nous affaiblir jusqu'à nous agenouiller devant elle.
J'ai déjà eu l'impression d'avoir plongé ma main dans une noirceur semblable,
et à chaque fois que je t'ai embrassée, à chaque fois que j'ai regardé ton
amour droit dans les yeux, je me sentais pur, vrai, moi-même. Tu as le droit
d'aimer ce que tu veux, qui tu veux, de te tromper, de partir, de revenir, de
tomber, de te relever, mais tu n'as pas le droit de ne pas croire, même une
seconde, à la vérité de mon amour pour toi. Tu n'as pas le droit de ne pas
croire à la fraîcheur de ton âme, à la qualité de tes choix, au sens de ton
éducation, à ce que tu fais de la morale et de l'interdit. Je n'ai pas le
droit, là, maintenant, de ne pas te dire que je t'aime justement parce que tu
es la femme la plus entière, la plus droite, la plus délicieuse, la plus
honnête dans ses folies, la plus magique dans ses envies qu'un homme puisse
rencontrer, et nous, nous n'avons pas le droit de faire semblant, de ne pas
accepter que les choses soient, qu'elle puissent être sans que l'un ou l'autre
en soit responsable. Je suis le premier témoin de ton existence, mais ça ne me
donne pas le droit de l'orienter vers un chemin qui m'arrange, et toi non plus.
Chacun accompagne l'autre, il ne le dirige pas, c'est là l'un des plus fameux
secrets des amours heureuses.
- Pourquoi ton eau était si claire... tout le mal que tu as
pu me faire, même sans le vouloir, avec des mots ou des silences, des
indifférences et des absences, tous ces crocs venimeux au creux de notre
histoire, toute cette souffrance n'était que le seul fruit de ma noirceur ?
- Mon eau était claire dans ton rêve parce qu'au fond de
toi, tu sais que je ne suis pas noir. Tu me vois sombre quand la nuit tombe sur
nous, mais si j'avais été là, dans ton rêve, j'aurais plongé ma main dans mon
propre puits, jusqu'au fond, là où le noir dort, et j'aurais réveillé les eaux
troubles. Chacun a sa façon de lester ce dont il veut se débarrasser. Mais si
on remuait tous les puits du monde, en allant à chaque fois jusqu'au fond,
aucune pureté n'y résisterait. Avant toi, je n'avais jamais été sûr qu'une
telle pureté pouvait couler en moi, sur moi. Tu es mon eau vive, mon eau
précieuse, ma rivière sans retour. Tu es les plus belles chutes du monde...
- Je veux me baigner avec toi dans toutes les couleurs
possibles, je veux flotter, plonger, couler, remonter, nager, dériver, naviguer
avec toi... J'ai horreur de te salir Raoul, et j'ai encore plus peur d'être
sale...
- Tu ne seras jamais responsable de la moindre pollution de
quoi que ce soit ou de qui que ce soit. Ton puits n'est rempli que d'amour, et
il est sans fond.
samedi 1 novembre 2014
Danser sur un fil
Simone adorait ce tableau. Il avait été peint par un ami, inspiré par une scène inoubliable à laquelle il avait assisté à la fin d’une soirée. Simone et Raoul avaient convié tous leurs amis dans l’appartement de Miles, un artiste-peintre américain que ses parents avaient prénommé ainsi en hommage à Miles Davis. Cette soirée était très spéciale, après des mois de bonheur, ils allaient annoncer leurs fiançailles. L’appartement de Miles était somptueux, mais le clou du spectacle était cette terrasse suspendue au-dessus du monde, comme un petit coin de paradis urbain au-dessus de la jungle des mortels.
Les derniers invités sont partis vers deux heures du matin. Raoul a posé un trente-trois tours sur la platine branchée sur la terrasse, il a invité Simone à danser, Miles a alors été le témoin d’une des plus belles harmonies amoureuses qui soit. Même son art d’accorder les couleurs n’aurait pu trouver de réponse à ce défi en mouvement. Personne n’aurait pu mieux définir l’amour que les danseurs de ce soir-là. Sans un mot, avec la seule fluidité de leurs gestes et la force exceptionnelle de leurs regards aimants, ils avaient laissé dans l’air un parfum dont beaucoup avaient rêvé mais que personne n’avait encore jamais réussi à inventer. Un délice essentiel. Une fragrance comme le début d’une ère.
Cette scène n’était pas si lointaine, mais aujourd’hui, elle semblait appartenir à une histoire très ancienne.
- Tu peux le prendre le tableau Simone si tu veux...
- Pourquoi je prendrais le tableau ?
- Au point où on en est, tu vas bien finir par m’annoncer que tu me quittes non ?
- Tu vois, quand je regarde ce tableau, je me dis que la capacité d’écoute de ces deux-là était bien supérieure à leurs évolutions contemporaines… et tu sais pourquoi ? Parce qu’avant l’amour, on est prêt à tout comprendre, tout entendre. Pour séduire l’autre autant que pour ne pas perdre la possibilité d’être aimé par cet idéal, du genre qui ne se présente qu’une fois. Avant l’amour, on met toutes les chances de son côté pour décrocher cette lune qu’on veut recouvrir de miel, comme si on jouait notre vie. Quelle étrange attitude pousse l’humain à ne plus faire le moindre effort après l’amour ? Pourquoi laisser l’orgueil enfiler le smoking de maître de cérémonie ?
- Parce que tu crois que si j’avais découvert que tu aimais embrasser d’autres hommes pour te rendre la vie plus douce comme tu dis, j’aurais eu la même certitude de t’aimer qu’à l’époque ?
- Je « n’aime pas » embrasser d’autres hommes. Il m’est arrivé d’embrasser d’autres hommes comme on embrasse la vie. Si tu étais mon meilleur ami, si je te racontais les raisons de ces moments interdits et les empreintes qu’ils laissent, tu comprendrais sans aucun problème ni aucun jugement moral. L’amour que je te donne est unique, il me semble parfait parce qu’il dépasse l’entendement de l’imparfaite que je suis. Si tu le trouves imparfait, tu n’as alors jamais compris la profondeur de ce que je te donne.
- Sauf que je ne SUIS PAS ton meilleur ami ! Et là, je me demande qui est la femme que j’ai épousée tu comprends ? Qu’est-ce que je vais découvrir demain ? Que tu t’es mariée à Las Vegas un soir de fête ? J’espère au moins être ton meilleur mari !
- Mais merde Raoul ! Arrête de jouer la victime ! On l’est tous la victime !
- Tu es vulgaire.
- Peut-être sur la forme mais toi tu l’es sur le fond, et ça me semble bien plus grossier ! On est tous victime. On est victime du temps qui passe, de la routine, des chambres avec vue qui font monter, des vents mauvais qui font des cendres, des départs de feu, des retours de flamme. Tu te crois tout blanc parce que tu n’as jamais glissé sur l’escalier d’Epicure ? Je ne sais pas si ça t’est arrivé et je ne…
- …ça ne m’est jamais arrivé.
- …et je ne veux pas le savoir ! Parce que tu ne seras jamais un autre pour moi ! Quoique tu aies fait ou pas fait ! Je serais folle de rage si ton amour était faux, fabriqué, en carton-pâte comme dans les décors de ces feuilletons qui font rêver les vieux, ces vieux qui ont gâché leur jeunesse à faire semblant ! Je pourrais avoir envie de te pulvériser si je savais que tu ne me respectais pas au point d’avoir une double vie, des enfants cachés, une autre que tu entretiens. Mais jamais je ne t’en voudrais de pouvoir être séduit par une rencontre imprévue, suspendue entre deux portes communicantes, entre passé et avenir, éducation et interdiction, morale et liberté !
- Mais si tu passes ton temps à avoir envie d’ouvrir ces portes c’est que tu étouffes dans ton monde ! Et puisque je suis censé être le pilier de ton monde, je me sens comme un arbre qu’on va abattre pour faire des journaux intimes sur lesquels tu écriras pour un autre, tu comprends ce que ça me fait ?
- Je n’étouffe pas avec toi, mais parfois j’étouffe dans mon monde oui, ça ne t’arrive jamais toi ? Et alors qu’est-ce qu’on fait Raoul si je suis ta logique ? Je te quitte dès que j’étouffe ? On arrête dès que la routine préside un cycle peu propice à la passion ? Non, je ne suis pas comme ça, j’attends le cycle d’après, où je te retrouverai, encore et encore. Et si en attendant, j’ai embrassé un idéal, voire même l’évidence d’un chemin qui aurait pu être le mien, je n’ai rien trahi de mon amour pour toi, tout au fond de moi.
- On n’a pas tout à fait les mêmes valeurs…
- Non ! On n’a pas les mêmes natures ! Ce n’est pas la même chose. Et l’homme avec qui je danse sur ce tableau aurait parfaitement compris cette nuance. Regarde toutes ces histoires de couples mythiques, à chaque fois ils ont duré parce que l’homme, ou la femme, a su définir ce que l’autre donnait, à l’intérieur de leur couple, et à l’extérieur.
- Et des couples mythiques où on ne donne qu’à l’intérieur, ce n’est pas possible ? C’est trop demander ? Pourquoi c’est moi qui dois me sentir con de croire en une fidélité unique et éternelle ?
- Je me suis sentie conne à chaque fois que je t’ai imaginé me voir embrasser un autre ! Mais j’ai immédiatement arrêté de culpabiliser quand j’ai compris que je devais arrêter de me sentir coupable ! Je devais vivre ma vie sans trahir mon amour pour toi. Ma vie est faite de choix, et je ne passe pas cette vie à ne faire que des choix qui rendent coupable figure-toi ! Comme tout le monde, je fais des choix dont je suis fière, même si certains me déstabilisent, d’autres me font me détester d’être si faible et pourtant ils me construisent. Tu ne sais pas ce que je donne Raoul, comment je le donne, pourquoi je le donne. Mais je te promets que si tu pouvais mesurer la franchise, l’honnêteté, la profondeur, la vérité de ce que je te donne à toi, tu m’inviterais à danser comme il y a quinze ans.
- Je ne sais pas si je peux supporter cette liberté d’aimer… Je ne pourrai jamais dormir sereinement avec toutes ces portes ouvertes… Peut-être faut-il que je te rende ta liberté…
- Mais je ne veux pas te quitter moi ! Jamais ! J’ai besoin de toi, au centre de mon monde, et j’ai besoin de sentir parfois un peu d’air autour de moi. Beaucoup respirent de l’oxygène en cachette pour retrouver l’ivresse, parce qu’ils n’ont plus d’amour en eux, chez eux, ils se dessèchent, doucement. Toi, tu es mon tuteur, mon soleil quand j’ai froid, mon eau quand j’ai soif, et si je me laisse respirer parce que c’est ma nature de fleur qui a besoin d’amour pour éclater de toutes ses couleurs, je ne me laisse pas cueillir. Je me l’interdis.
- Et tu le regrettes ?
- Voilà une question qu’un homme sûr de mon amour pour lui ne me poserait pas. Il respecterait nos natures différentes, nos impudeurs étrangères, nos élans contradictoires, il me regarderait dans les yeux, et il ne verrait que l’absolu que j’ai pour lui. Je rêve que ça suffise à son bonheur. A ton bonheur.
- Tu le regrettes…
- Non, je ne le regrette pas ! Je me l’interdis ! Et si je me l’interdis, tu as déjà une énorme partie de ta réponse ! Si tu n’avais aucune importance, ou si tu n’en avais plus, si tu ne me suffisais plus, si je te préférais tous les soleils du monde, je me serais laissé cueillir depuis longtemps ! Ou tu m’aurais retrouvé un matin, flétrie comme un espoir déchu. Il faut accepter qu’une histoire ait une fin, c’est la plus belle preuve d’amour qu’on puisse offrir à l’autre avant de l’aimer différemment. Mais je n’ai absolument pas fini de t’aimer Raoul, et je voudrais que tu n’oublies jamais l’identité de celui que j’aime, celui à qui je me suis offerte pour la vie, et que tu oublies un peu plus ceux que je pourrais aimer, selon tes interprétations diverses. J’ai un cœur oui, des goûts pour les choses et les gens, il m’arrive d’être séduite, c’est naturel, comme je l’ai été pour toi. Personne ne décrète la fin de l’état séduit à partir du moment où l’alliance arrive au pouvoir. Laisse-moi te poser une question Raoul. Qui vois-tu quand tu me regardes ? Ta femme ou la possible évidence d’un autre ? Ta femme ou une femme qui peut t’échapper ?
Ils se regardèrent longtemps dans les yeux. Très longtemps. L’émotion dans les yeux de Raoul fit naître celle de sa femme. Leurs regards pleuraient doucement toute la peur qui les inondait, la peur de se perdre, de perdre l’autre. Raoul tendit la main vers Simone, le regard bouleversé et le cœur au bord des lèvres :
- Tu danses ?
Simone sourit, les joues humides de certitudes ruisselantes.
- Avec joie.
Les derniers invités sont partis vers deux heures du matin. Raoul a posé un trente-trois tours sur la platine branchée sur la terrasse, il a invité Simone à danser, Miles a alors été le témoin d’une des plus belles harmonies amoureuses qui soit. Même son art d’accorder les couleurs n’aurait pu trouver de réponse à ce défi en mouvement. Personne n’aurait pu mieux définir l’amour que les danseurs de ce soir-là. Sans un mot, avec la seule fluidité de leurs gestes et la force exceptionnelle de leurs regards aimants, ils avaient laissé dans l’air un parfum dont beaucoup avaient rêvé mais que personne n’avait encore jamais réussi à inventer. Un délice essentiel. Une fragrance comme le début d’une ère.
Cette scène n’était pas si lointaine, mais aujourd’hui, elle semblait appartenir à une histoire très ancienne.
- Tu peux le prendre le tableau Simone si tu veux...
- Pourquoi je prendrais le tableau ?
- Au point où on en est, tu vas bien finir par m’annoncer que tu me quittes non ?
- Tu vois, quand je regarde ce tableau, je me dis que la capacité d’écoute de ces deux-là était bien supérieure à leurs évolutions contemporaines… et tu sais pourquoi ? Parce qu’avant l’amour, on est prêt à tout comprendre, tout entendre. Pour séduire l’autre autant que pour ne pas perdre la possibilité d’être aimé par cet idéal, du genre qui ne se présente qu’une fois. Avant l’amour, on met toutes les chances de son côté pour décrocher cette lune qu’on veut recouvrir de miel, comme si on jouait notre vie. Quelle étrange attitude pousse l’humain à ne plus faire le moindre effort après l’amour ? Pourquoi laisser l’orgueil enfiler le smoking de maître de cérémonie ?
- Parce que tu crois que si j’avais découvert que tu aimais embrasser d’autres hommes pour te rendre la vie plus douce comme tu dis, j’aurais eu la même certitude de t’aimer qu’à l’époque ?
- Je « n’aime pas » embrasser d’autres hommes. Il m’est arrivé d’embrasser d’autres hommes comme on embrasse la vie. Si tu étais mon meilleur ami, si je te racontais les raisons de ces moments interdits et les empreintes qu’ils laissent, tu comprendrais sans aucun problème ni aucun jugement moral. L’amour que je te donne est unique, il me semble parfait parce qu’il dépasse l’entendement de l’imparfaite que je suis. Si tu le trouves imparfait, tu n’as alors jamais compris la profondeur de ce que je te donne.
- Sauf que je ne SUIS PAS ton meilleur ami ! Et là, je me demande qui est la femme que j’ai épousée tu comprends ? Qu’est-ce que je vais découvrir demain ? Que tu t’es mariée à Las Vegas un soir de fête ? J’espère au moins être ton meilleur mari !
- Mais merde Raoul ! Arrête de jouer la victime ! On l’est tous la victime !
- Tu es vulgaire.
- Peut-être sur la forme mais toi tu l’es sur le fond, et ça me semble bien plus grossier ! On est tous victime. On est victime du temps qui passe, de la routine, des chambres avec vue qui font monter, des vents mauvais qui font des cendres, des départs de feu, des retours de flamme. Tu te crois tout blanc parce que tu n’as jamais glissé sur l’escalier d’Epicure ? Je ne sais pas si ça t’est arrivé et je ne…
- …ça ne m’est jamais arrivé.
- …et je ne veux pas le savoir ! Parce que tu ne seras jamais un autre pour moi ! Quoique tu aies fait ou pas fait ! Je serais folle de rage si ton amour était faux, fabriqué, en carton-pâte comme dans les décors de ces feuilletons qui font rêver les vieux, ces vieux qui ont gâché leur jeunesse à faire semblant ! Je pourrais avoir envie de te pulvériser si je savais que tu ne me respectais pas au point d’avoir une double vie, des enfants cachés, une autre que tu entretiens. Mais jamais je ne t’en voudrais de pouvoir être séduit par une rencontre imprévue, suspendue entre deux portes communicantes, entre passé et avenir, éducation et interdiction, morale et liberté !
- Mais si tu passes ton temps à avoir envie d’ouvrir ces portes c’est que tu étouffes dans ton monde ! Et puisque je suis censé être le pilier de ton monde, je me sens comme un arbre qu’on va abattre pour faire des journaux intimes sur lesquels tu écriras pour un autre, tu comprends ce que ça me fait ?
- Je n’étouffe pas avec toi, mais parfois j’étouffe dans mon monde oui, ça ne t’arrive jamais toi ? Et alors qu’est-ce qu’on fait Raoul si je suis ta logique ? Je te quitte dès que j’étouffe ? On arrête dès que la routine préside un cycle peu propice à la passion ? Non, je ne suis pas comme ça, j’attends le cycle d’après, où je te retrouverai, encore et encore. Et si en attendant, j’ai embrassé un idéal, voire même l’évidence d’un chemin qui aurait pu être le mien, je n’ai rien trahi de mon amour pour toi, tout au fond de moi.
- On n’a pas tout à fait les mêmes valeurs…
- Non ! On n’a pas les mêmes natures ! Ce n’est pas la même chose. Et l’homme avec qui je danse sur ce tableau aurait parfaitement compris cette nuance. Regarde toutes ces histoires de couples mythiques, à chaque fois ils ont duré parce que l’homme, ou la femme, a su définir ce que l’autre donnait, à l’intérieur de leur couple, et à l’extérieur.
- Et des couples mythiques où on ne donne qu’à l’intérieur, ce n’est pas possible ? C’est trop demander ? Pourquoi c’est moi qui dois me sentir con de croire en une fidélité unique et éternelle ?
- Je me suis sentie conne à chaque fois que je t’ai imaginé me voir embrasser un autre ! Mais j’ai immédiatement arrêté de culpabiliser quand j’ai compris que je devais arrêter de me sentir coupable ! Je devais vivre ma vie sans trahir mon amour pour toi. Ma vie est faite de choix, et je ne passe pas cette vie à ne faire que des choix qui rendent coupable figure-toi ! Comme tout le monde, je fais des choix dont je suis fière, même si certains me déstabilisent, d’autres me font me détester d’être si faible et pourtant ils me construisent. Tu ne sais pas ce que je donne Raoul, comment je le donne, pourquoi je le donne. Mais je te promets que si tu pouvais mesurer la franchise, l’honnêteté, la profondeur, la vérité de ce que je te donne à toi, tu m’inviterais à danser comme il y a quinze ans.
- Je ne sais pas si je peux supporter cette liberté d’aimer… Je ne pourrai jamais dormir sereinement avec toutes ces portes ouvertes… Peut-être faut-il que je te rende ta liberté…
- Mais je ne veux pas te quitter moi ! Jamais ! J’ai besoin de toi, au centre de mon monde, et j’ai besoin de sentir parfois un peu d’air autour de moi. Beaucoup respirent de l’oxygène en cachette pour retrouver l’ivresse, parce qu’ils n’ont plus d’amour en eux, chez eux, ils se dessèchent, doucement. Toi, tu es mon tuteur, mon soleil quand j’ai froid, mon eau quand j’ai soif, et si je me laisse respirer parce que c’est ma nature de fleur qui a besoin d’amour pour éclater de toutes ses couleurs, je ne me laisse pas cueillir. Je me l’interdis.
- Et tu le regrettes ?
- Voilà une question qu’un homme sûr de mon amour pour lui ne me poserait pas. Il respecterait nos natures différentes, nos impudeurs étrangères, nos élans contradictoires, il me regarderait dans les yeux, et il ne verrait que l’absolu que j’ai pour lui. Je rêve que ça suffise à son bonheur. A ton bonheur.
- Tu le regrettes…
- Non, je ne le regrette pas ! Je me l’interdis ! Et si je me l’interdis, tu as déjà une énorme partie de ta réponse ! Si tu n’avais aucune importance, ou si tu n’en avais plus, si tu ne me suffisais plus, si je te préférais tous les soleils du monde, je me serais laissé cueillir depuis longtemps ! Ou tu m’aurais retrouvé un matin, flétrie comme un espoir déchu. Il faut accepter qu’une histoire ait une fin, c’est la plus belle preuve d’amour qu’on puisse offrir à l’autre avant de l’aimer différemment. Mais je n’ai absolument pas fini de t’aimer Raoul, et je voudrais que tu n’oublies jamais l’identité de celui que j’aime, celui à qui je me suis offerte pour la vie, et que tu oublies un peu plus ceux que je pourrais aimer, selon tes interprétations diverses. J’ai un cœur oui, des goûts pour les choses et les gens, il m’arrive d’être séduite, c’est naturel, comme je l’ai été pour toi. Personne ne décrète la fin de l’état séduit à partir du moment où l’alliance arrive au pouvoir. Laisse-moi te poser une question Raoul. Qui vois-tu quand tu me regardes ? Ta femme ou la possible évidence d’un autre ? Ta femme ou une femme qui peut t’échapper ?
Ils se regardèrent longtemps dans les yeux. Très longtemps. L’émotion dans les yeux de Raoul fit naître celle de sa femme. Leurs regards pleuraient doucement toute la peur qui les inondait, la peur de se perdre, de perdre l’autre. Raoul tendit la main vers Simone, le regard bouleversé et le cœur au bord des lèvres :
- Tu danses ?
Simone sourit, les joues humides de certitudes ruisselantes.
- Avec joie.
Franck Pelé – textes déposés SACD – Novembre 2014
samedi 11 octobre 2014
Théories
- J'ai une théorie sur les femmes qui ont une petite chaîne
à la cheville...
- Ah oui ? J'ai peur de comprendre...
- Je suis sûr qu'il y en a de très bien hein... mais j'ai
une théorie.
- Du genre ?
- Du genre quand je mets mes chevilles derrière mes oreilles
ça met mon visage en valeur...
- Rrrrrrooo Raoul... C'est pas un peu caricatural ça ?
- Excuse-moi mais à chaque fois que tu entends parler de la
vie privée d'une femme qui a une chaîne à la cheville, t'as l'impression
qu'elle a mis une chaîne pour qu'on accroche ses clés pendant l'amour ! On
dirait qu'elle met ça pour qu'en société on sache qu'elle adore se déchaîner
dans l'intimité... Comme si elle faisait partie d'une secte !
- Donc si demain je mets une chaîne à ma cheville, je serai
automatiquement une fille facile...
- Non, parce que c'est moi qui aurais la clé...
- Ah d'accord... Une chaîne et un boulet en un coup... Ou
comment devenir esclave de la connerie avec un innocent petit bijou...
- Tu n'as pas de théories toi ?
- Ah si, plein ! J'ai une théorie sur les gens qui font
pendre quelque chose à leur rétroviseur ou qui conduisent avec le bras gauche à
l'extérieur de la portière, le bras ballant, souvent les mêmes d'ailleurs.
- J'ai une théorie sur celles qui veulent éteindre la
lumière avant de faire l'amour
- ...sur ceux qui disent « n'importe comment » au début
d'une phrase et ceux qui expriment un sous-entendu que tout le monde a compris
avec une espèce de fierté supérieure à l'endroit d'un humour qui mettrait
presque mal à l'aise
- ...ceux qui regardent les séries américaines en VF et qui
parlent sans arrêt en franglais !
- J'ai une théorie sur celles qui ont les ongles tellement
rongés qu'elles ont des boudins au bout des doigts...
- ...et celles qui ont la jupe tellement courte et le
décolleté tellement bas qu'on les croirait habillées d'un rond de serviette !
- ...ceux qui mettent des t-shirts, qui font le même effet
que s'ils avaient sur le front un néon clignotant avec l'inscription « t'as vu,
je fais de la muscu » !
- ...ceux qui manifestent avec la CGT !
- J'ai une théorie sur celles qui ont toujours le même mouvement
hyper précis et détaillé qui consiste à brasser du vent en remettant la mèche
n°12 à sa place entre la 11 et la 13. Personne d’autre qu’elles ne peut voir le
changement absolument phénoménal que leur œil analyse quand le nôtre voit
exactement la même tête et la même coupe qu’avant ce fameux geste hyper précis
et détaillé !
- ... et celles qui font style « je ne vois pas qu’on me
mate » alors qu’elles démarrent leur programme « on me mate » à la seconde où
on les mate
- ...ceux qui mettent leurs lunettes de soleil quand y’a
pas de soleil, ceux qui écoutent Booba ou la Fouine, ceux qui écoutent leur
autoradio à un niveau sonore qui permet à la ville d’à côté de savoir qu’ils
arrivent bientôt
- J'ai une théorie sur celles qui te mettent leurs seins
dans ton assiette et qui racontent outrées qu’elles ont affronté des regards un
peu limite
- Mouais... et moi j'ai une théorie sur ceux qui adorent
qu'elles mettent leurs seins dans leur assiette et qui ont une théorie sur leur
comportement juste après...
- Ah je ne mange pas de ce pain-là Madame...
- Arrête, t'en laisses pas une miette... Tiens, j'en ai une
autre qui me vient, celui qui a tout le rang vide devant le tien mais qui
choisit de s’asseoir devant toi au cinéma
- Et celle qui sait que tu es impatient derrière elle et
qui fait exprès de raconter sa vie à la caissière ou de chercher une pièce de
cinq francs dans son porte-monnaie alors que ça plus de dix piges qu’on est
passé à l’euro !
- ...celles qui regardent toutes les autres filles de la
tête aux pieds et qui disent « j’ai horreur des gens superficiels »
- J'ai aussi une théorie sur celui qui vient s’intéresser à
toi dans une soirée dans laquelle tu viens d’arriver avec une nana à tomber...
- Et qu'est-ce que tu vas en faire de toutes tes théories
alors ?
- Je vais les garder pour moi, parce que je suis bien élevé
et parce que je ne voudrais surtout pas qu’on me prenne pour ces mecs qui se la
racontent et qui ont une théorie sur tout. De toute façon, j’ai une théorie sur
les gens qui ont une théorie.
Franck Pelé - textes déposés SACD - octobre 2014
Sous le soleil exactement
- Que me vaut ce magnifique sourire ?
- Je viens de comprendre pourquoi je t'aime tant...
- Ah parce que jusqu'à maintenant tu m'aimais sans savoir
pourquoi ? Quelle aventurière !
- Et pourquoi pas ? Ce serait possible non ? Aimer
quelqu'un sans savoir pourquoi mais avec la certitude chevillée au corps et au
cœur qu'on l'aime... Tu sais pourquoi tu m'aimes toi ?
- Evidemment ! Je connais les mille raisons qui font que je
t'aime, je sais qu'il y en a d'autres mais je creuse à mon rythme...
- Je discutais avec ma sœur tout à l'heure, on faisait ce
jeu où on doit résumer quelqu'un en un mot.
- Manque de confiance en soi.
- Quoi... c'est pour moi ça ?
- Non, c'est pour ta sœur. Bon c'est en cinq mots mais on
va pas chipoter...
- Ah si, si, on chipote ! Il faut que ce soit le fruit
d'une longue et profonde réflexion ! C'est exactement ce que j'ai fait pour
toi.
- Je crains le pire...
- Tu ne devrais pas... Cette réflexion à donné naissance à
un mot, un seul, validé par ce sourire....
- Je t'écoute religieusement...
- Précis.
- Précis ? Tu m'aimes parce que je suis précis ? Précis
c'est à dire... Parce que je suis à l'heure ? Parce que je colle les vignettes
pile poil dans leur cadre ?
- Arrête Raoul... Sois sérieux deux minutes, écoute-moi
avec la même attention que celle que tu attends pour tes mots, tu peux me faire
ce plaisir ?
- Pardon. Je t'écoute. Dis-moi qui je suis...
- Tu es incroyablement, formidablement précis. Tu es même
l'homme le plus précis qu'il m'ait été donné de rencontrer. Tu es précis dans
le choix de tes mots, dans le choix de tes silences, dans le timing de tes
élans, tu es précis dans tes caresses...
- Tous les hommes sont précis dans leurs caresses non ?
- Oh non... Entre ceux qui ne pensent qu'à leur plaisir et
ceux qui cultivent la légende qui veut qu'un homme ne sache pas faire deux
choses en même temps, on a le temps de se demander dix fois ce qu'on fait là...
ajoute ceux qui pensent qu'en appuyant n'importe comment sur n'importe quel
bouton de la télécommande ils arriveront à allumer la télé et tu obtiens un
pourcentage impressionnant de chercheurs d'or qui ne savent absolument pas
comment en trouver !
- Et pourquoi j'en trouve selon toi ? Je n'ai rien de plus
que les autres, c'est un piège dessiné par les heures victorieuses ça...
- Parce que tu as cette sensibilité qui comprend ce qui
brille, tu sais exactement comment caresser un sourire parce que l'amour te
sourit, parce que ton côté féminin donne une délicieuse élégance à tes gestes
les plus masculins, tu as la précision d'un orfèvre. Que tu cisèles une nuit ou
que tu racontes le jour, que tu épouses des lèvres ou que tu emportes une âme,
c'est toujours exactement comme ce doit être fait pour l'autre. Voilà pourquoi
je t'aime. Parce que tu as cette précision de l'autre.
- Je n'ai pas cette précision de l'autre, j'ai cette
précision de toi. Et si tu la mesures si bien c'est parce que j'ai le même
sourire que toi quand je te regarde, si j'ai cette précision dans ce que je
veux offrir c'est parce que tu as cette précision dans ce que tu veux recevoir,
dans ce que tu sais recevoir, dans ce que tu attends. Personne ne sait recevoir
mes mots, mes caresses, mes silences, et même mes colères, aussi bien que toi.
Peut-être que la caresse précise dont tu parlais tout à l'heure, si je l'avais
pour une autre, je serais moi aussi un chercheur d'or qui ne trouve rien...
- J'admire la précision de ta fausse modestie, mais tu sais
comme moi que tes mains ont une histoire déjà très riche...
- Le passé ça compte pas...
- Quand tu me dis que je suis belle je te crois, je ne
crois ma beauté que dans ton regard, parce que je sais que ta sensibilité ne
ment jamais, c'est elle qui a ce pouvoir unique de faire briller l'objet de ton
frisson.
- Simone, je sais précisément ce qui brille dans tes
yeux-là...
- On va se reposer un peu là-haut ?
- Je ne suis pas sûr de pouvoir dormir avec la télé
allumée...
Franck Pelé - oct 2014 - textes déposés SACD
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